Le Zimbabwe est-il mieux loti sans Mugabe ? – BBC News Afrique – BBC

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Robert Mugabe a été président du Zimbabwe pendant trente-sept ans.
Un climat de peur persiste dans le pays, cinq ans après la destitution de Robert Mugabe, le dirigeant de longue date. Peu de gens sont prêts à dire ouvertement si le gouvernement qui a pris le pouvoir a honoré sa promesse de transformer le pays, que ce soit en termes d'augmentation du niveau de vie ou de respect des droits humains.
"Je m'occupe de mes propres affaires. Certaines gens qui disent ce qu'ils pensent finissent en prison. Alors, je garde les choses pour moi et je fais ce que je dois faire pour survivre", déclare à la BBC un vendeur de rue préférant garder l'anonymat.
Peu de choses ont changé à cet égard depuis le départ du président Mugabe. De nombreuses personnes critiques envers les autorités actuelles du pays risquent toujours d'être arrêtées et accusées d'avoir insulté le chef de l'État, affirment les militants des droits humains.
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Tendai (son nom a été modifié) vend des produits alimentaires dans le coffre de sa voiture, où poudre à laver, déodorants, snacks et huile alimentaire sont soigneusement empilés. Bien qu'il soit diplômé de l'université avec une double spécialisation en marketing et en gestion des ressources humaines, il dit que le métier de vendeur ambulant est le seul moyen pour lui de gagner sa vie, car il n'y a pas d'emplois.
"Les mêmes choses, sinon elles ont empiré depuis le départ de Robert Mugabe. Mais même si cela peut sembler tiré par les cheveux, j'ai encore de l'espoir pour l'avenir", ajoute-t-il.
L'inflation atteint aujourd'hui 268 %, soit beaucoup plus que lorsque M. Mugabe quittait le pouvoir, selon les données de l'organisme national chargé des statistiques du Zimbabwe. En même temps, la proportion de Zimbabwéens en situation d'extrême pauvreté a presque doublé – passant de 30 % en 2017 à 50 % pendant la pandémie de coronavirus, indique la Banque mondiale.
Cela a poussé davantage de personnes au désespoir.
Harare, la capitale du pays, regorge de commerçants informels, dont de plus en plus de membres de la classe moyenne, qui vendent des marchandises dans leur voiture. Une femme vend de la viande fraîche dans des bacs en plastique de sa camionnette à des clients qui arrivent à pied ou en voiture…
"Personnellement, je ne faisais pas partie des gens qui étaient heureux lorsque Mugabe a démissionné. Les gens ne savaient pas qu'ils célébraient un désastre à venir", explique le vendeur de viande à la BBC.
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Des femmes tenant un drapeau du Zimbabwe participent à une manifestation d'étudiants de l'Université du Zimbabwe, le 20 novembre 2017 à Harare, alors que la pression s'accentuait sur le président du pays, Robert Mugabe, le poussant à la démission.
"Ils pensaient qu'après son départ, ils auraient du pain avec de la margarine et de la confiture, des œufs et du lait – mais ce n'est pas ce qui s'est passé", commente le vendeur de viande.
Les rues de Harare étaient en liesse, les Zimbabwéens célébraient la démission de M. Mugabe, le 21 novembre 2017. Une semaine plus tôt, des chars avaient roulé dans les rues de la capitale, alors que les militaires s'emparaient du service de l'audiovisuel national et plaçaient le président âgé de 93 ans en résidence surveillée.
L'ancien vice-président du pays, Emmerson Mnangagwa, est apparu comme le héros qui a tenu tête à l'homme fort. Il a promis de redresser l'économie et de rétablir les relations rompues avec les pays occidentaux.
Toutefois, les sceptiques ont souligné qu'il avait travaillé en étroite collaboration avec M. Mugabe pendant de nombreuses années et qu'il avait été accusé d'avoir joué un rôle déterminant dans certaines des pires atrocités de l'ère Mugabe. Ils se sont demandé s'il était vraiment l'homme du changement. La Zanu-PF, le parti politique de M. Mugabe, est resté au pouvoir.
"Je suis entrée au gouvernement parce que j'aimais mon pays et non le coup d'État", a déclaré Petina Gappah, auteure et avocate distinguée, lors d'une conversation électronique avec le groupe de réflexion politique SAPES Trust, pour faire le point sur l'après-coup d'État.
Mme Gappah avait été recrutée comme conseillère du ministère des Affaires étrangères, mais elle n'a tenu que dix-huit mois. Elle dit être partie dans la tristesse, pas dans la colère, et dans la déception, pas dans l'amertume.
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"J'aimais mon pays, mais pas le coup d'État", déclare l'avocate Petina Gappah.
"Certains dirigeants ont estimé que la transition était un miracle, nous avions le sentiment que quelque chose de nouveau allait se produire. Malheureusement, cela n'a pas été le cas", déclare-t-elle.
La visite, la semaine dernière, d'une délégation du Commonwealth chargée d'examiner la réadmission du Zimbabwe suggère qu'il y a eu un changement positif depuis le départ du président Mugabe. Une telle visite aurait été impensable auparavant.
Le Zimbabwe s'est retiré de l'organisation en 2003 en dénonçant une "alliance anglo-saxonne impie, dirigée contre le Zimbabwe". L'année précédente, le Zimbabwe avait été suspendu pour des violations des droits humains, notamment des prises de contrôle violentes de fermes appartenant à des Blancs et la persécution de militants de l'opposition.
Le retour du Zimbabwe au sein du Commonwealth serait une victoire symbolique pour le gouvernement du président Mnangagwa – un signe que sa querelle avec le Royaume-Uni au sujet des terres est terminée, selon certains analystes.
Le principal parti d'opposition – la Citizen's Coalition for Change (CCC) – souhaite que des conditions préalables soient fixées avant que le Zimbabwe puisse réintégrer le Commonwealth. Elle invoque la persécution continue de ses membres, des journalistes et d'autres critiques du gouvernement.
Au cours de la semaine de la visite du Commonwealth, 15 membres de la CCC, dont le député Godfrey Sithole, ont été libérés sous caution après avoir passé cinq mois en prison. Ils étaient accusés d'incitation à la violence, à la suite d'affrontements avec des partisans du gouvernement à Nyatsime, au sud de Harare, qui, selon eux, sont motivés par des raisons politiques. Job Sikhala, un autre député, est resté derrière les barreaux pour les mêmes raisons.
Bien que la délégation du Commonwealth dirigée par le secrétaire général adjoint de l'organisation, Luis Franceschi, ait déclaré que le Zimbabwe avait fait des "progrès très impressionnants" pour satisfaire aux conditions de sa réintégration, les pays membres doivent savoir si les réformes économiques et électorales, ainsi que les droits humains sont suffisants pour une réadmission.
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À ce stade, le gouvernement zimbabwéen garde espoir. "Nous avons fait tout ce qui est possible pour être réadmis – il y a des pays du Commonwealth qui sont comparables à nous", déclare Nick Mangwana, porte-parole de la Zanu-PF.
Cependant, certaines entreprises affirment qu'il y a eu un changement positif. Le PIB (produit intérieur brut) est passé de 17,5 milliards de dollars en 2017 à 20,2 milliards de dollars l'année dernière.
"Ce gouvernement est plus sensible que son prédécesseur aux besoins des entreprises. Il pourrait faire plus. Vous ne pouvez pas le comparer au gouvernement précédent", déclare Kurai Matsheza, le président du lobby manufacturier Confederation of Zimbabwe Industries.
Il affirme que les fermetures d'entreprises sont moins nombreuses que sous l'ère Mugabe…
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Les grandes entreprises s'en sortent peut-être mieux, mais l'inflation nuit aux commerçants informels.
Le gouvernement a réussi à capter des centaines de millions de dollars d'investissements, principalement dans le secteur minier. Le géant du platine Zimplats investira 1,8 milliard de dollars au cours des dix prochaines années, à la suite de négociations avec le gouvernement. Parallèlement, la société minière chinoise Zhejiang Huayou Cobalt va investir 300 millions de dollars dans sa mine de lithium.
Un projet sidérurgique, au point mort sous M. Mugabe, a été relancé. Le secteur de l'horticulture, qui s'était effondré, est de retour grâce à des investissements dans l'irrigation. La production de blé n'a jamais été aussi élevée depuis dix-sept ans. Les routes et les barrages sont réparés et construits.
Toutefois, cela ne se traduit pas encore par un nombre suffisant d'emplois pour empêcher les jeunes Zimbabwéens de faire tout leur possible pour aller faire leur vie ailleurs.
"Aujourd'hui, 50 % des recettes sont consacrées aux investissements en capital – pour améliorer la vie des Zimbabwéens. Il faut améliorer les résultats, et le gouvernement a donc dû mettre en place des catalyseurs, c'est-à-dire des infrastructures", explique M. Mangwana, porte-parole du gouvernement.
"Selon la Banque mondiale, le pays a atteint le statut de pays à revenu intermédiaire, ce qui signifie que les revenus ont augmenté. Nous ne sommes pas arrivés à destination, ce que nous avons est un travail en cours", ajoute-t-il.
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Mais Ranga Mberi, rédacteur en chef du site d'informations commerciales Newzwire, estime qu'il faut faire plus. "S'il est bon de parler de croissance et d'investissement dans le secteur minier, ce qui compte, c'est ce qu'il y a sur la table à manger et dans les poches des gens", analyse-t-il.
"L'inflation est le grand problème sur lequel les gens vont juger [Mnangagwa]. Tout doit se traduire par des estomacs pleins. Et c'est le grand test pour M. Mnangagwa à l'horizon 2023", ajoute le journaliste.
Emmerson Mnangagwa, qui va être investi président du Zimbabwe vendredi, a déclaré que le pays est à l'aube d'une nouvelle démocratie.
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