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Vers la fin de la culture de la charrette dans les écoles d'architecture ?
Après avoir été dénoncé à plusieurs reprises dans la presse, le mal-être des étudiants en architecture pourrait être en voie de disparition. En mars dernier, le ministère de la Culture publiait un plan d’action censé donner les règles de conduite à suivre pour améliorer la santé des étudiants dans les écoles. La charrette fera-t-elle enfin partie du passé ?
“Je déplore ce qu’on a pu lire dans la presse et je ne nie pas que ça existe encore aujourd’hui…”, admet Agnès Hausermann, maîtresse de conférences associée élue à la commission de la formation et de la vie étudiante (CFVE) à l’école nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Nancy. Ce n’est donc pas en un claquement de doigts ou plutôt en un plan d’action sur le bien-être et la santé des étudiants en architecture que tout va s’arranger. Le chemin est long pour faire reculer la culture de la charrette, cette surcharge de travail jusqu’à l’épuisement vue comme une sorte d’institution banalisée dans les ENSAP (écoles nationales supérieures d’architecture et de paysage).
D’ailleurs, le plan d’action pluriannuel du ministère de la Culture, publié le 10 mars dernier, ne vise pas expressément à abolir la charrette. “La culture de la charrette est un sujet de fond mais il n’y a rien dessus en tant que tel car elle est influencée par une multitude de petites choses. On va donc commencer par ce qu’il y a de plus simple et de moins coûteux à faire”, résume Lise Le Bouille, présidente de l’UNEAP (union nationale des étudiants en architecture et paysage). Or, quelques mois après la sortie du rapport, toutes les écoles d’architecture ne sont pas sur un pied d’égalité pour améliorer les conditions de vie de leurs étudiants.
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Il faut dire que certaines recommandations donnent le vertige. “Assurer une égalité d’accès aux bourses et aux aides sociales entre étudiants”, “réviser les emplois du temps pour réserver une heure minimum dédiée à la restauration des étudiants”, “mener une réflexion visant à améliorer le rythme des études et à mettre fin à la pratique de la charrette”, “renforcer la vigilance sur les offres de stage afin de prévenir tout abus“…
Au total, pas moins de 30 actions à mettre en place dans les ENSAP, au sujet de la vie étudiante ou de la formation. “C’est devenu un sujet très important, il n’y avait pas cette idée de santé étudiante dans ma génération. Il y a une prise de conscience mais il faut une envie collective d’évoluer”, estime Agnès Hausermann.
L’architecte également enseignante à Nancy a été surprise de lire la recommandation sur la pause déjeuner. “C’est une question de respect, je ne comprends pas.” Interrogée en avril dernier à ce sujet, Caroline Lecourtois, directrice de l’ENSA Paris-La Villette, reconnaissait faire partie des “mauvais élèves”.

“Nos locaux sont occupés à 117%, de 8h à 22h et même le samedi, les emplois du temps sont donc contraints. Il nous faut plus de m², on demande la relocalisation depuis 20 ans car nous sommes à 3 m² par étudiant au lieu des 10 préconisés“, précisait-elle. Solène Le Rai, étudiante en troisième année à l’ENSA La Villette et élue à la CFVE, confirme que depuis la rentrée “certains étudiants se retrouvent sans pause un jour par semaine en licence 3 mais le problème a été remonté à l’administration, la situation est réglée pour le reste”.
Des problématiques relevées aussi par l’UNEAP qui confirme que “les journées mal-foutues existent, mieux vaut l’écrire pour que ce soit appliqué”.
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Parmi les autres préconisations : laisser au minimum une demi-journée de temps libre aux étudiants pour pratiquer une activité physique ou culturelle. À La Villette, les emplois du temps ont été revus pour favoriser ce temps libre comme à Nancy. “C’est important que la vie étudiante puisse fonctionner, cela nous permet aussi à nous, enseignants, de caler nos réunions le jeudi après-midi plutôt qu’entre 18 et 20h”, explique Agnès Hausermann.
L’UNEAP reste tout de même vigilante sur les dérives possibles, que ce temps libre ne fasse que conforter la charrette. Car c’est aussi toute la pédagogie qu’il faut revoir. “Il faut interroger la construction des programmes, des maquettes“, souligne Lise Le Bouille de l’UNEAP.
À Nancy, des discussions s’organisent avec les étudiants qui “ne cherchent pas à avoir moins de travail mais à avoir une charge plus lisible et adaptée”, assure l’enseignante. L’ENSA a développé une approche par compétences en licence, affiché les acquis par matière et la quantité de travail demandé. À La Villette, la charrette a encore du mal à disparaitre : “On essaie de lutter, je ne dis pas qu’on réussit, on le fait en allégeant la surcharge de travail, en faisant de la prévention mais dans les faits, c’est difficile…”, admet Caroline Lecourtois.
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Parmi les solutions données par le ministère de la Culture, la mise en place de référents-étudiants pour faciliter le dialogue. Un indispensable selon Caroline Lecourtois : “Il faut être plus proche des étudiants pour qu’ils nous fassent remonter les problèmes, à l’école ou en stage. Si les étudiants ne viennent pas me voir, je ne peux pas savoir.” Du moins pas tout car des évaluations des enseignements sont aussi préconisées et déjà réalisées dans certaines écoles d’architecture. Un premier outil qui permet d’alerter sur ce qu’il se passe en cours.
Des formations sont aussi proposées aux enseignants pour qu’ils “se rendent compte qu’il y a des choses à ne pas dire”. “Il y a toujours une bataille d’égos entre professeurs pour que leurs étudiants soient meilleurs” déplore la directrice.
À Nancy, une assemblée générale est organisée pour qu’étudiants et enseignants puissent débattre. Un premier pas pour libérer la parole.Quand on a quelqu’un qui se fait humilier devant tout le monde, ça choque mais on est très jeune et à mon époque, on n’était pas aussi libéré. Aujourd’hui, les étudiants s’engagent et s’expriment avec beaucoup de respect, ils peuvent faire pencher la balance dans les commissions, c’est positif”, tranche Agnès Hausermann.
Selon l’UNEAP, “tout le monde a un rôle à jouer pour changer le système et peut dire stop pour prioriser sa santé“. Toutes le confirment aussi, l’arrivée d’une nouvelle génération d’enseignants, plus ouverte, permet aussi d’inverser la tendance. “Ça change beaucoup mais ça ne résout pas tout. Il y a une base avec ce plan, on ne peut pas râler mais il n’a rien de révolutionnaire. On rajoute des missions aux écoles sans engagement sur les moyens financiers et humains, ça va donc mettre du temps”, résume Lise Le Bouille.
Selon la directrice de La Villette, le manque de moyens financiers est un véritable frein. “On voudrait développer un plan anti-substance illicite car la charrette va avec mais on n’a pas d’infirmier, ça a un coût.” Alors que les discussions autour du budget 2023 sont en cours chez les parlementaires, le projet de loi de finances ne précise pas les montants attribués aux ENSAP. Contacté à plusieurs reprises depuis la publication du plan d’action, le ministère de la Culture n’a pas répondu à nos questions.
Les dix principales actions préconisées par le ministère de la Culture en mars 2022
– Renforcer la prévention et la sensibilisation en matière de santé étudiante et d’hygiène de vie
– Améliorer le suivi médical, psychologique et social des étudiants
– Prévenir et lutter contre les discriminations, les inégalités hommes-femmes, les violences et le harcèlement sexistes et sexuels
– Favoriser les activités physiques, sportives, culturelles et de détente
– Assurer une offre de restauration satisfaisante en termes de qualité et de coût dans les ENSAP
– Valoriser l’investissement pédagogique et l’engagement des communautés des ENSAP
– Agir sur l’organisation pédagogique pour améliorer le rythme des études
– Généraliser les démarches qualité en matière d’enseignement
– Consolider les dispositifs d’aide à la réussite et à l’intégration des étudiants
– Favoriser l’insertion professionnelle
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