Urgences médicales : la gangrène du transport sanitaire (Enquête) – Le Matin

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Hajjar El  Haïti Hajjar El Haïti,
Le transport sanitaire au Maroc est un secteur sensible puisqu’il constitue un maillon important de la prise en charge des urgences médicales.
La situation du transport sanitaire au Maroc est déplorable. Bien qu’il constitue un maillon important de la prise en charge des urgences médicales, ce secteur souffre de nombreux maux. Tous les intervenants et les professionnels de la santé que «Le Matin» a contactés sont unanimes à souligner la nécessité d’agir pour améliorer la qualité de ce service vital. Tous s’accordent à dire que le secteur baigne dans l’anarchie. De graves dysfonctionnements sont constatés à plusieurs niveaux, à commencer par l’absence de cadre juridique, la persistance des disparités régionales, la vétusté des véhicules qui manquent souvent d’équipements et parfois même de carburant, l’insuffisance de ressources humaines qualifiées, des entreprises privées qui ne répondent à aucune règle et la est liste longue. Enquête.

Personne n’est à l’abri d’un accident ou d’un malaise soudain. Dans ce genre de situation d’urgence, chaque seconde compte. La disponibilité d’une ambulance et d’un professionnel de santé qui prend rapidement en charge le patient, avant son arrivée en milieu hospitalier, peut tout changer et sauver une vie. Pourtant, il n’en est rien sur le terrain. Si ce genre de scènes peut paraître normal dans les fictions, tout le monde sait que c’est loin d’être le cas dans la réalité. Nous avons certainement tous vécu ou au moins entendu parler d’expériences difficiles et malheureuses avec le transport sanitaire. Les histoires sont nombreuses et aussi choquantes les unes que les autres. Ce secteur constitue, en effet, l’une des problématiques les plus complexes du système sanitaire. En l’absence d’une réglementation et d’un cadre juridique, le secteur est loin d’être contrôlé comme devrait l’être toute structure de santé. Il est géré avec beaucoup d’improvisation. Les défaillances et les dysfonctionnements sont multiples et touchent en premier lieu les patients. «Le transport sanitaire, malgré sa grande importance, reste anarchique. Cela se répercute sur la qualité de ce service, et par conséquent sur la vie des victimes», affirme Pr Ahmed Rhassane El Adib, président de la Société marocaine de médecine d'urgence (SMMU). «Ce secteur relève de plusieurs intervenants au Maroc. Dans le public par exemple, on trouve les ambulances de la protection civile et celles du ministère de la Santé. Ces véhicules interviennent généralement dans le transport primaire en pré-hospitalier. Mais ils assurent dans la plupart des cas un transport non médicalisé et leurs délais d'intervention sont extrêmement variables. Les conditions de transport ainsi que les ressources dont ils disposent ne répondent pas au besoin et à la situation clinique des patients et sa gravité», nous déclare-t-il.
Contactée par nos soins, la Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires (DHSA) affirme que le ministère de la Santé et de la protection sociale dispose d’un parc de 1.320 ambulances dont 230 sont de type A équipées de dispositifs biomédicaux nécessaires pour la prise en charge des cas urgents. «Le transport sanitaire constitue l’une des composantes essentielles des Services mobiles d'Urgence et de Réanimation (SMUR) qui relèvent des Services d'Assistance médicale urgente (SAMU). Les ambulances du ministère de la Santé sont réparties sur tout le Royaume et desservent toutes les formations sanitaires aux niveaux urbain et rural. Le ministère veille au renouvellement continu de son parc. Un nouveau marché pour l’acquisition de 20 ambulances de type A et 70 de type B est en cours. Ces dernières ne sont pas médicalisées, mais dotées des équipements adaptés au cas du patient qui est accompagné par un personnel infirmier selon le besoin», annonce la DHSA.
Ces 1.320 ambulances du ministère de la Santé s’ajoutent à celles de la protection civile et aux 950 véhicules du secteur privé. Mais d’après les professionnels de la santé qui travaillent sur le terrain, la majorité des ambulances fonctionnelles est concentrée dans les villes bien que réparties sur l’ensemble du territoire national. Et leur nombre reste très en deçà des besoins.
«Le nombre des véhicules dédiés au transport sanitaire est très insuffisant, surtout dans le milieu rural et les zones enclavées. Beaucoup de personnes perdent la vie simplement parce que les ambulances arrivent trop tard», se désole Tarek Nouga, président de l'Association marocaine des techniciens ambulanciers (AMTA). Même son de cloche auprès du Pr Ahmed Rhassane El Adib. «Il est important de signaler le problème de la mauvaise répartition géographique des services de transport sanitaire et la non-disponibilité des ambulances que ce soit pour le transport primaire ou secondaire. En effet, la couverture nationale n’est pas adaptée pour des délais d’intervention rapides, surtout dans les zones enclavées», déplore le président de la SMMU. Et d’insister qu’«il faut absolument améliorer la distribution des ambulances pour qu’elles soient plus proches des populations et des zones à risque d’accident. Souvent, le patient est obligé d’attendre beaucoup de temps alors que son état est critique simplement parce que l’ambulance vient d’une autre ville».
Pis encore, plusieurs communes rurales ne disposent que d’une seule et unique ambulance pour assurer le transport sanitaire et… funéraire en même temps, d’après le président de l'Association marocaine des techniciens ambulanciers. «Aussi choquant que cela puisse paraître, c’est malheureusement la vérité. De plus, il arrive souvent que ces ambulances soient retenues par les centres hospitaliers, après avoir parcouru une longue distance pour transporter le patient. Au lieu d’aller secourir une autre personne, elles restent bloquées, car l’établissement n’est pas sûr d’avoir une place pour accueillir et soigner le patient. S’il n’y a pas d’accord, il faudra ramener le patient et chercher un nouveau centre qui pourrait le prendre en charge, sachant que pendant ce temps l’ambulancier peut recevoir de nombreux appels d’autres cas urgents et le patient perd un temps précieux», regrette Tarek Nouga.
De même, Pr El Adib souligne que dans le transport secondaire ou inter-hospitalier – d’une structure hospitalière à une autre – on constate qu’il y a souvent un problème de régulation et de coordination entre les équipes. «Lorsqu’il y a un cas grave qui nécessite un transfert, il y a un grand manque de communication pour préparer cette action et la faire dans des conditions et délais appropriés. Il arrive souvent que le patient soit envoyé sans accord de la structure qui devrait le recevoir. À son arrivée, cette dernière n’est donc pas préparée pour lui prodiguer la prise en charge nécessaire», s’insurge le médecin. Il rappelle également que dans la majorité des cas, ces transferts sont assurés par des ambulances des communes qui ont des problèmes d’équipements, d’entretien et même de disponibilité du carburant…
Le problème de vétusté des ambulances et le manque d’équipements et d’entretien mécanique concerneraient essentiellement les véhicules des communes, et ceux de certaines sociétés privées, selon le président de l’AMTA. «Ces ambulances sont généralement très anciennes. Certaines roulent depuis plus de 30 ans. Alors que le patient est dans un état critique et a besoin d’un véhicule robuste, bien entretenu et équipé pour le transférer dans un milieu hospitalier le plus rapidement possible et dans de bonnes conditions, il se retrouve dans une ambulance qui peut avoir un problème de démarrage ou de freinage, par exemple, ce qui met sa vie encore plus en danger. Il est urgent de réglementer le secteur et d'imposer le changement de la flotte des ambulances tous les 5 ans pour avoir constamment des véhicules bien entretenus pour transporter les malades», appelle Tarek Nouga. Ce dernier regrette, par ailleurs, que les ambulances du SAMU relevant du ministère de la Santé n’interviennent que rarement pour assurer le transport sanitaire primaire ou pré-hospitalier alors qu’elles sont bien équipées. «En cas d’accident, par exemple, ce sont généralement les ambulances de la protection civile qui sont mobilisées, même si elles sont beaucoup moins bien équipées et ne disposent pas du matériel nécessaire pour prendre en charge le patient avant son arrivée à l’hôpital», explique l’ambulancier. Ce dernier rappelle également l’urgence de recruter des ressources humaines qualifiées. «Le transport sanitaire souffre d’un énorme manque de ressources humaines et de personnel qualifié, que ce soit les conducteurs d’ambulance ou les professionnels de la santé qui assistent le patient. La majorité des conducteurs et techniciens de transport sanitaire qui ont plusieurs années d’expérience et maîtrisent bien le métier sont arrivés à l’âge de la retraite. Bien que nous disposions aujourd’hui de 8 instituts de formation de technicien ambulancier, les lauréats sont peu expérimentés et leur nombre n’est pas suffisant pour répondre au besoin», indique-t-il. «L’incompétence technique en soins de certaines personnes qui assurent le transfert des patients est un grand problème auquel il faut remédier. Ces personnes doivent obligatoirement avoir une formation professionnelle leur permettant de savoir conduire une ambulance. À titre d’exemple, juste la façon de freiner, si on n’a pas une formation spécifique, peut tuer une victime transportée. Hormis le transport, le personnel doit être capable de surveiller les paramètres vitaux du malade, faire les gestes techniques nécessaires en pré-hospitalier…», insiste Pr El Adib.
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«Le secteur du transport sanitaire n’obéit à aucune réglementation. Aucune structuration n’est évidente entre secteur public et privé dans ce domaine, ni aucune inspection concernant les modalités et les moyens de transport utilisé. Cette anarchie dans le secteur du transport sanitaire a malheureusement un impact très négatif sur le système de santé. Ces problèmes se répercutent sur la qualité de ce service, sur le devenir des victimes et sur le pronostic des patients transportés. Nous enregistrons un grand nombre de décès à cause des retards d’intervention… Ce genre de situation qui se répète provoque la colère et l’insatisfaction des citoyens. Une refonte globale du système national de santé est en cours de mise en place en application des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Dans le cadre de cette refonte il faut prévoir une carte sanitaire qui s’appuie sur des structures hospitalières solides des urgences et effectivement fonctionnelles 24 h/24. Pour ce faire, il faut mettre en place un système d’ambulance réparti équitablement de façon à ce qu’il soit proche de tous les patients pour que le délai d’intervention en cas d’urgence soit le plus court possible. Il est aussi très important de garder un numéro national unique pour la régulation du transport sanitaire même s’il y a plusieurs intervenants dans le secteur. En effet, ces derniers peuvent bien travailler en collaboration, ce qui va permettre d’optimiser la réponse. En ce qui concerne les ambulances, celles-ci doivent avoir un cahier des charges qui fixe les normes techniques, mécaniques, d’équipements, de formation et des compétences du personnel… il faut aussi avoir un organisme de contrôle qui veille sur l’application de ces normes. Par ailleurs, il est important de motiver les ressources humaines qui assurent le transport sanitaire, que ce soit par rapport à la pénibilité de ce travail ou par rapport aux risques qu'elles encourent lors de leurs déplacements en extrahospitalier. Leur rémunération doit être adaptée aux différents actes et missions accomplis. Tous ces diagnostics et propositions sont disponibles et bien développés dans le “Livre blanc” édité par la SMMU.»
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Le transport sanitaire au Maroc souffre globalement de nombreux maux, mais la partie gérée par les sociétés privées baigne dans l’anarchie et n’obéit à aucune réglementation, d’après les différents intervenants de ce secteur. Selon l’Association nationale des services d’ambulances du Maroc (ANSAM), le secteur ambulancier privé est composé de 310 entreprises avec un parc estimatif de 950 véhicules. Mais la majorité de ces entreprises exercent ce métier sans autorisation.
«Le transport sanitaire privé au Maroc se retrouve dans l’impasse totale. N’importe qui pourra exercer le métier ambulancier sans aucune autorisation et sans aucune formation. Sur les 310 entreprises existantes, nous constatons que seules 60 entreprises sont autorisées par la commune urbaine à exercer. Les autres ne le sont pas et circulent sans autorisation. Un peu plus de 50% d’entre elles exercent sous la forme de la SARL, 30% sous forme de personne physique et le reste sans aucun aspect juridique», déclare au «Matin» Abdelhamid El Moudden, président de l’ANSAM. Ce dernier souligne également que plus de 70% des entreprises ne disposent pas d’un local commercial. Elles exercent leur activité dans le véhicule sanitaire ou à domicile. En revanche, le nombre de sociétés exerçant dans un local aménagé avec un bureau de secrétariat et un espace pour l’accueil de la famille est estimé à 90 sociétés.
Le président de l’ANSAM révèle aussi que la grande majorité des entreprises ne disposent d’aucune formation dans la gestion des secours ni les soins d’urgence à bord du véhicule ou encore l’utilisation du matériel d’urgence nécessaire. «Ces entreprises pratiquent le “Transport Taxi allongé”. Il n’existe pas d’école de formation pour ambulanciers privés. La seule école de formation est celle du ministère de la Santé pour la formation de techniciens-ambulanciers dont la durée de formation est de deux années», indique El Moudden. «Le nombre de personnes exerçant dans le secteur privé qui est composés de chauffeurs, brancardiers, secouriste et infirmiers est estimé entre 1.500 à 1.600 personnes. Seulement 15% de ces ambulanciers sont formés et titulaires d’un certificat de formations aux premiers gestes de secours délivré par le croissant rouge ou un institut de formation à la sécurité. Plus de 50% d’entre eux n’ont pas dépassé la cinquième année de l’enseignement primaire. Ils improvisent le ramassage ou le secours. Et il arrive même que certains brancardiers travaillent à la course. Le véhicule peut, en effet, être prêté à un ami, un gardien de voiture ou un chômeur…», déplore-t-il.
S’agissant du parc d’ambulances utilisé dans le transport sanitaire privé, l’ANSAM précise qu’il existe deux principales catégories, à savoir les ambulances de type A et les ambulances de type B. «Les ambulances de type A sont des véhicules de grand volume bien équipés dédiés au transport des patients nécessitant des soins d’urgence ou la réanimation. L’équipage est composé d’un chauffeur, un infirmier et d’un médecin pour les cas d’urgence. On dispose de 150 véhicules de type A répartis sur les grandes villes», explique El Moudden. Et d’ajouter que «les ambulances de type B, quant à elles, sont des véhicules moins grands, aménagés pour permettre le transport d’un patient conscient qui ne nécessite pas de soins d’urgence. L’équipage est composé d’un chauffeur, un secouriste ou aide-soignant et un infirmier diplômé. On compte 600 véhicules de ce type. Les 200 ambulances restantes sont classées “hors catégorie”. Il s’agit de véhicules break ou stations-wagons âgés de plus de 25 années». Le président de l’ANSAM rappelle, en outre, que seuls 100 véhicules du parc ambulancier privé ont moins de 5 ans, alors 300 ont entre 10 et 20 ans (soit près de 32%) et 150 entre 20 et 25 ans. Il note aussi que 60% des ambulances sont concentrées au niveau des grandes villes telles que Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, Meknès, Oujda, Nador et Marrakech. Et 20% des véhicules se trouvent dans les villes secondaires comme Kénitra, Béni Mellal, Tétouan, Agadir, Tiznit, El Jadida, Berrechid, Safi et Laâyoune.
​Parmi les grands problèmes qui touchent particulièrement le secteur du transport sanitaire privé, la tarification qui est très arbitraire. Selon les témoignages que nous avons collectés, les prix appliqués pour le transfert des patients varient d’une société à une autre. «À la naissance de ma fille, il fallait la transporter d’urgence dans une clinique dotée d’une unité de néonatologie. La clinique où ma femme a accouché a contacté une ambulance. J’ai dû payer un montant de 1.500 DH contre ce transfert alors que la distance entre les deux cliniques ne dépassait pas 4 kilomètres. Durant la période où ma fille est restée hospitalisée, j’ai rencontré des parents qui se sont retrouvés dans la même situation que moi à la naissance de leurs enfants, mais ce que je ne comprenais pas ce sont les prix du service de transport médical qui changeaient à chaque fois 700 DH, 800 DH, 1.000 DH, 2.000 DH…, sans tenir compte de la distance parcourue», témoigne Hamza, 32 ans.
Tarek Nouga, président de l'Association marocaine des techniciens ambulanciers (AMTA), affirme qu’en l’absence d’une réglementation ou de normes exigées à suivre, les sociétés restent libres d’appliquer des tarifs à leur guise, au détriment de la santé des citoyens. «Chacun fait ce qu’il veut. Aucune règle de tarification unifiée n’est respectée par les sociétés privées. Souvent, les prix ne prennent en compte ni la distance en kilomètres, ni l’état de la personne à transporter. Ils sont appliqués à la tête du client sans aucun contrôle. Le patient ou sa famille essayent parfois de négocier, mais ils n’ont d’autres choix que d’accepter ce qu’on leur demande puisqu’ils se trouvent “en position de faiblesse”, ils ont besoin de ce service “quel que soit le prix”. Il est grand temps de mettre en place une réglementation des tarifs et veiller à contrôler son application», s’insurge-t-il.
Propos confirmés par Abdelhamid El Moudden. «Il n’existe pas de tarification précise pour le service des ambulances privées. Comme de nombreuses sociétés travaillent sans autorisation, elles appliquent les prix qu’elles veulent sans aucun contrôle. La famille du patient est soumise à un tarif imposé et non réglementé. Et la négociation passe malheureusement en premier pour secourir un patient. Les tarifs sont souvent chers, mais pour quels moyens et dans quelles conditions ?!»
Et comme si cela n’était pas suffisant, certains ambulanciers privés vont même jusqu’à conclure des marchés avec les cliniques privées pour percevoir une somme d’argent contre chaque patient transporté chez eux. «Il s’agit malheureusement d’une pratique douteuse très courante dans le secteur privé. Plusieurs ambulanciers se mettent d’accord avec des cliniques pour leur transférer des patients contre de l’argent et divers autres avantages. Ils perçoivent des sommes importantes selon la gravité du cas et des soins nécessaires», rapporte Tarek Nouga. «Comme ils négocient souvent un pourcentage qui peut aller jusqu’à 30%, certains ambulanciers n’hésitent pas parfois à rester en contact avec la famille du patient pour être au courant du nombre de nuitées qu’il va passer à la clinique et des actes qu’il a faits. C’est devenu un marché très florissant pour ces personnes sans scrupule qui mettent quotidiennement en danger avec la vie des gens pour leur propre intérêt. Il leur arrive souvent de ne pas emmener les patients à la clinique la plus proche, mais parcourir plutôt plusieurs kilomètres inutiles pour les déposer à l’établissement avec lequel ils sont liés par un accord», se désole le président de l’AMTA.
Ce genre de manigances est tellement fréquent que l'Association nationale des cliniques privées (ANCP) a publié, en octobre dernier, une note pour mettre en garde les établissements qui font des deals avec les ambulanciers. «Ce genre de pratiques a un impact négatif sur le système de santé national, et particulièrement sur les patients. Au lieu de recevoir rapidement les soins dont il a besoin, on peut lui faire perdre un temps précieux pour l’emmener à telle ou telle clinique qui s’est mise d’accord avec l’ambulancier qui le transporte. Nous dénonçons ces comportements qui n’ont rien à voir avec l’éthique médicale. Fort heureusement, les cliniques qui s’y adonnent ne représentent qu’une minorité. Et notre objectif est d’assainir notre communauté», déclare au «Matin» Redouane Semlali, président de l’ANCP.

«L’anarchie règne sur le secteur du transport sanitaire privé particulièrement à cause de la gestion inadaptée. Il faut savoir que la Direction générale des collectivités locales assure la gestion de ce secteur avec les communes urbaines. Or pour gérer ce secteur, les communes urbaines établissent un cahier des charges afin de délivrer des concessions à un nombre limité de sociétés et pour une durée de 5 années. La concession qui est proposée par la commune décourage les investisseurs, car ils sont limités dans une durée de 5 années avec un investissement prévu estimé à 2,5 millions de dirhams pour l’acquisition d’un local, l’obligation de mettre en circulation un parc neuf ou de moins de 5 années d’âge, l’équipement nécessaire, le matériel, la formation et le recrutement du personnel. Après une durée de 5 ans, il sera obligé de participer à un nouvel appel d’offres au risque de ne pas être adjudicataire. Une procédure rejetée par plus de 90% des entreprises existantes. C’est ce qui explique que plus de 60% des entreprises préfèrent travailler dans l’informel.
Pour mettre de l’ordre dans le secteur, il faut annuler les autorisations sous forme de concessions et accorder des autorisations d’exploitation ou agrément dont la durée est illimitée ou bien une concession renouvelable par tacite reconduction par simple demande du concessionnaire. Il faut aussi ouvrir le marché aux investisseurs et à la concurrence et annuler toute forme de monopole.
Il faut également établir un système de contrôle pour obliger les chefs d’entreprise à respecter des règles importantes, notamment en ce qui concerne l’adaptation des véhicules utilisés pour le transport sanitaire. Il faut aussi veiller à ce que l’équipe ambulancière soit obligatoirement titulaire du certificat des premiers gestes de secours dont la durée de la formation est de 12 h. Il est fortement conseillé que le ministère de la Santé accorde une formation aux urgences des hôpitaux aux ambulanciers et brancardiers pour avoir les compétences nécessaires pour l’accueil des patients, le brancardage, le transfert, la prévention par l’analyse des risques, identifier les signes de détresse et douleur, administration d’oxygène…»
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La vie des ambulanciers et des professionnels de santé qui assurent le transport sanitaire oscillent entre urgence et quotidien difficile. En plus des conditions de travail qui sont généralement dures, leur métier s’avère dangereux. Ils se plaignent également du manque de reconnaissance et réclament une prime de risque ; d'autant plus qu’ils sont souvent obligés de sortir en urgence, sans ordre de mission généralement, ce qui les prive même des frais de déplacement. Certains corps de métiers sont confrontés à des difficultés plus que d’autres. C’est notamment le cas pour les infirmiers en psychiatrie qui doivent accompagner des patients souffrant de maladies mentales. «Parmi les principales contraintes que doivent gérer les infirmiers en psychiatrie, la nature souvent agressive des patients, surtout quand le chemin est long. Cela met en danger l'ensemble du personnel mobilisé pour les accompagner à la structure de soins. Il faut adapter les ambulances au cas particulier des personnes souffrant de maladies mentales », revendique Hafid Bentaj, Infirmier en psychiatrie.
Les sages-femmes (SF) assurant le transport des femmes enceintes ont aussi un quotidien difficile. «C'est un calvaire ! L’assistance d’une femme enceinte dans une ambulance dépend de plusieurs facteurs. C’est pourquoi il faut nous fournir des véhicules spécialement dédiés à ce type de transfert, qui soient toujours disponibles, mais aussi dans un bon état et dotés d’équipement nécessaire pour prendre en charge une femme enceinte», déplore Nadia Ouzahra, présidente de l'Association marocaine des sages-femmes. Et d’ajouter que «le transfert est retardé parfois à cause d’un manque de carburant, sans parler de la qualité des routes et l’accessibilité des structures de santé ou encore l’irresponsabilité de certains chauffeurs. On a perdu plusieurs vies et d’autres SF sont restées invalides à cause de ces transferts». Lors d’un transfert d’une femme enceinte, la SF se retrouve souvent seule face à plusieurs défis, notamment à cause du manque de coordination et surtout de régulation. «Elles sont parfois obligées de gérer des situations compliquées surtout dans des centres de santé avec module accouchement qui sont non médicalisés et sans médecin gynécologue ou sans SF de garde», indique Najat Boucetta, sage-femme, d’après les témoignages transmis de SF assurant le transport médical. «Les cas des accouchements en route durant le transfert vers la maternité sont nombreux. La SF fait de son mieux pour sauver la maman et le nouveau-né alors que les ambulances sont sous-équipées – pas de bouteilles d’oxygène, pas de monitoring portable…- Et à leur arrivée, on peut leur demander de continuer leur travail dans la structure de soins.
À cause de l’ambiguïté et de l’ignorance des lois et des protocoles qui organisent le transfert, elles ne savent pas si elles ont le droit de le faire et si elles seront couvertes en cas de complication liée aux soins prodigués», rapporte-t-elle. La responsabilité juridique fait également peur aux infirmiers anesthésistes (IA) qui sont souvent considérés comme qualifiés et assez compétents pour assurer les transferts médicaux. «À cause du vide juridique et de la crainte de se faire accuser de non-assistance à une personne en danger, les IA n’ont d’autre choix que de s’acquitter de cette mission et subir des décisions improvisées de dernière minute. Tout en risquant d’être poursuivis juridiquement pour faute médicale en cas de complications. Car finalement la loi ne les protège pas dans ce cas», souligne Abdelilah Asaissi, président de l’Association marocaine des infirmiers anesthésistes et réanimateurs (AMIAR). Ce dernier met également le risque accru d’accident et le manque de compensation financière adéquate malgré le poids psychique et physique d’un transfert médical d’un patient. «Il est temps de se pencher sur le sujet dans le cadre de la refonte du système de santé. Il faut s’inspirer de l’expérience de gestion de la pandémie la Covid-19. Il faut également créer des masters spécialisés en urgentologie pour les infirmiers et recruter les ressources humaines qualifiées dédiées au transport sanitaire. Ces derniers doivent avoir droit à une compensation financière définie selon le nombre des heures de travail et la distance parcourue. Il faut aussi penser à créer des zones de repos pour le personnel accompagnant pour leur permettre de mener à bien leur mission», recommande-t-il.
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En l’absence d’un cadre juridique et d’une réglementation stricte pour gérer le secteur du transport sanitaire public et privé au Maroc, ce dernier connaît plusieurs dysfonctionnements et fait face à de grands défis qui nécessitent la mobilisation de tous les intervenants. Un projet d’arrêté relatif à ce service fondamental dans le système sanitaire national a été élaboré récemment. «Vu l’importance du transport sanitaire dans la prise en charge des patients et devant l’anarchie du secteur, particulièrement l’absence d’une réglementation en la matière, le ministère de la Santé et de la protection sociale a élaboré un projet d’arrêté relatif au transport sanitaire conjointement avec le ministère de l’Intérieur et avec la participation de tous les intervenants et les partenaires dans ce domaine», révèle au «Matin», la Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires (DHSA), relevant du ministère de la Santé. Cet arrêté vise l’amélioration des conditions du transport sanitaire et la prise en charge de qualité des malades. «L’arrêté en question va mettre en place des critères et des exigences obligatoires pour exercer le transport sanitaire. Ces critères seront inclus dans le cahier des charges spéciales d’exploitation de ce service», joute la même source. À cet effet, le projet détermine les conditions d’accès à l’exercice de l’activité du transport sanitaire, les conditions d’exploitation de ce service, les catégories des véhicules du transport sanitaire terrestre, leurs aménagements et équipements, ainsi que les catégories du personnel habilité à effectuer des transports sanitaires, ainsi que la qualification et la composition des équipages. À suivre…
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Nous avons souvent tendance à croire qu’une situation d’urgence sanitaire n’arrive qu’aux autres. Nous pensons rarement à comprendre comment se fait la prise en charge dans ces cas-là. Résultat : peu de personnes connaissent les étapes à suivre en cas d’urgence. «Comme il y a plusieurs intervenants dans ce secteur, beaucoup de citoyens ne savent pas qui appeler ni où aller en cas d’urgence ou en cas d’accident, par exemple. Il existe plusieurs numéros, notamment celui de la Protection civile, les Services d’aide médicale urgente (SAMU), les ambulances privées… Et à cause du manque de communication sur ce sujet, le citoyen n’a pas les informations nécessaires qui lui permettent d’agir rapidement. Il n’est pas sensibilisé non plus à la manière d’alerter», indique Ahmed Rhassane El Adib, président de la Société marocaine de médecine d'urgence (SMMU). Et d’ajouter qu’«en plus plusieurs personnes appellent les numéros d’urgences et de transport sanitaire simplement pour s’amuser.En effet, ces numéros sont submergés quotidiennement par de fausses alertes et des appels “bidon”. Les sapeurs-pompiers de Casablanca, par exemple, reçoivent chaque jour environ 3.000 appels de ce genre. Ce grand nombre de fausses alertes fait perdre un temps précieux et retarde leur intervention le temps que l’alerte soit confirmée». Le président de la SMMU signale également la problématique des infrastructures routières inadaptées au transport sanitaire au niveau des métropoles. «Elles ne disposent pas de passages dédiés aux ambulances. Celles-ci se retrouvent souvent bloquées dans les embouteillages, d'autant que certains citoyens ne sont pas vraiment sensibles à l’urgence de la situation et ne les laissent pas passer».
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Le secteur du transport sanitaire n’échappe pas aux accidents de la circulation. De nombreux patients perdent la vie avant même d’arriver à l’hôpital, à cause de ce fléau. Plusieurs professionnels de santé décèdent aussi chaque année dans des accidents de la circulation alors qu’ils assuraient leurs missions. À l’image de Radwa Laâlou, qui avait tout juste 24 ans lorsqu’elle a perdu la vie à bord d’une ambulance alors qu’elle évacuait, en urgence, une patiente depuis la ville d'Assa (dans la région de Guelmim-Oued Noun) à destination de l’hôpital régional d’Agadir. «Près de trois années se sont écoulées depuis son décès et nous n’arrivons toujours pas à le réaliser. C’est un véritable drame pour notre famille», témoigne son grand frère Sohaib Laâlou. «Elle commençait à peine sa vie professionnelle. Nous sommes originaires de Casablanca, mais elle a choisi d’exercer son métier d’infirmière-anesthésiste dans le Sud pour venir en aide aux populations vulnérables. Elle était pleine de vie et de rêves». Concernant les circonstances de l’accident, le frère de Radwa estime que celui-ci a lieu quand le chauffeur a perdu le contrôle du véhicule à cause d’un malaise dû à son diabète. «Nous déplorons les nombreux accidents de travail qui surviennent notamment au cours du transport des patients et qui coûtent la vie à beaucoup de nos confrères ou leur cause des handicaps et autres invalidités», déclare au «Matin» Abdelilah Asaissi, président de l’Association marocaine des infirmiers-anesthésistes et réanimateurs (AMIAR). «Ces accidents de route sont dus à plusieurs facteurs. Il s’agit, entre autres, de la situation de certaines routes, de l’état de certaines ambulances et les conducteurs souvent non qualifiés pour assurer ce genre de mission délicate», développe-t-il. De même, Tarek Nouga, président de l'Association marocaine des techniciens-ambulanciers, estime que les accidents sont souvent provoqués par les conducteurs qui sont dans la plupart des cas de simples chauffeurs sans aucune formation ou qualification pour transporter le patient dans les meilleures conditions. «Ces conducteurs ont tendance à penser que quand ils ont un cas urgent à secourir, l’essentiel est de faire le plus vite possible sans se soucier du Code de la route parce que l’urgence est prioritaire. Ils peuvent ainsi faire des excès de vitesse ou avoir des comportements irresponsables au volant ce qui augmente malheureusement le risque des accidents».
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