Sciences Po Strasbourg : un programme pour cultiver l'ambition des futurs étudiants boursiers – Le Monde

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ReportagePendant leurs vacances de printemps, 128 lycéens d’excellent niveau ont passé une semaine dans la peau d’un étudiant de l’Institut d’études politiques de Strasbourg. Le point d’orgue d’un programme visant à lever l’autocensure dans l’orientation. « Le Monde » est allé à leur rencontre dans le cadre de la Nuit de l’Europe, le 21 mai, au Cardo.
Les étudiants installés dans un amphithéâtre de l’institut d’études politiques (IEP) de Strasbourg, au Cardo, paraissent bien jeunes cet après-midi. Et pour cause. Pour l’instant, ces élèves de 1re ne font que s’imaginer étudiants ici. Leur rêve pourrait devenir réalité à partir de la rentrée 2023, s’ils réussissent le concours l’an prochain.
Vivre dans la peau d’un élève de cette prestigieuse école pendant leur première semaine des vacances de printemps fait partie du programme d’études intégrées – PEI, prononcé « paye » – dont 128 lycéens de la région Grand-Est bénéficient cette année.
A l’heure de la pause, Dorssaf Sayari et Lucas Morin-Haas, élèves au lycée Robert-Schuman à Haguenau, à une trentaine de kilomètres de là, assurent en chœur qu’ils ont « trois fois plus de chances d’avoir le concours avec PEI ». Selon le dernier bilan fourni par l’école, plus de quatre élèves sur dix, participant à ce programme et se présentant au concours, parviennent à intégrer un IEP, alors que le taux de réussite moyen au concours est de 13 % seulement.
« Nous avons actuellement 30 % de boursiers dans l’école. Nous progressons », se réjouit Anne-France Delannay, responsable de ce programme. A l’initiative du Réseau Sciences Po, il s’est déployé depuis 2007 dans sept IEP. Lancé à Strasbourg avec un seul lycée de la ville, PEI implique désormais trente-trois lycées de toute la région Grand-Est.
Des professeurs référents y repèrent des élèves issus des catégories populaires et vivant dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville ou des territoires ruraux. Ils les accompagnent tout au long de l’année dans la préparation du concours commun aux IEP du Réseau Sciences po, dont celui de Strasbourg.
Cet après-midi, Anne-France Delannay y dispense le cours de méthodologie de la dissertation. L’enseignante sait ce qui se joue ici : « Notre objectif est de réussir à cultiver l’ambition et à lever l’autocensure dans les projets d’orientation des élèves, afin qu’ils ne s’orientent pas en fonction de leur origine sociale ou géographique. »
Devenue maîtresse de conférences en sciences de gestion, Anne-France Delannay a bien connu l’autocensure. En 1992, la lycéenne d’Arras, dans le Pas-de-Calais, n’a pas osé se présenter au concours de Sciences Po. Elle doit son intégration à l’IEP à sa mention très bien au baccalauréat. Ses parents n’ont pas fait d’études.
Ceux de Lucas Morin-Haas non plus. Son profil ressemble fort au portrait-robot de l’élève ciblé par le programme. Sa mère s’est arrêtée en fin de collège, son père au bac professionnel. Futur boursier, il sera, à ce titre, exonéré des frais de scolarité de l’IEP, s’il l’intègre. « Supermotivé », le lycéen anticipe déjà le coût de sa vie étudiante en remplissant des rayons de supermarché tous les samedis. Il sera le « premier étudiant de la famille ».
Bilan à l’appui, l’enseignante se réjouit de constater que « les bénéficiaires du programme qui échouent ou ne se présentent pas au concours poursuivent des études ». Selon la dernière enquête réalisée par l’école, la majorité d’entre eux (60 %) ont rejoint les bancs de l’université, principalement en droit, à la rentrée 2021.
« Rater le concours n’empêche pas de faire de belles carrières », abonde Fabrice Robardey, professeur référent de PEI au lycée Jean-Jacques-Henner, à Altkirch, dans le Haut-Rhin. Le parcours de Jawad, l’un de ses anciens élèves, illustre parfaitement son propos. Après un échec au concours, le lycéen a entamé des études de droit avec l’idée de le repasser. « Il a finalement poursuivi jusqu’au master en droit international, à Zurich, et il travaille aujourd’hui dans un grand cabinet d’avocats au Luxembourg », se réjouit l’enseignant.
Au fil d’une année d’accompagnement, Fabrice Robardey voit l’horizon de ses élèves s’élargir, comme cela a été le cas pour Claire. Avec 19,5 de moyenne générale, cette ancienne élève, bénéficiaire du PEI, a commencé à s’imaginer en prépa à Fustel-de-Coulanges, lycée du centre-ville de Strasbourg, puis au lycée Henry-IV, à Paris. « Claire a finalement osé tenter Sciences Po Paris. Elle a été prise. Elle est partie en troisième année près de New York et a opté pour le master de journalisme de l’école », se réjouit le référent. Il compare : « Nous sommes comme des coachs sportifs. Nous préparons les jeunes progressivement, d’abord au niveau régional, puis national. »
La responsable du programme ajoute que les recalés au concours sont « de plus en plus nombreux à aller vers des filières sélectives ». En 2021, un ancien bénéficiaire du programme PEI sur dix a intégré une classe préparatoire aux grandes écoles.
Entre ce printemps et le prochain, les élèves de 1re sélectionnés cette année pour le programme auront étudié trois semaines au sein de l’IEP – tous frais payés – sur leurs petites vacances. Fabrice Robardey voit ses élèves revenir « avec des étoiles dans les yeux ».
L’objectif des séjours à l’IEP est aussi de faire découvrir les opportunités de la vie étudiante, du restaurant universitaire au musée. A une quinzaine de minutes à pied du Cardo, un autre groupe de futurs boursiers du supérieur écoute avec attention la conférencière du Musée Vodou.
Cette semaine, les stagiaires passeront également un après-midi au Musée Tomi-Ungerer et une soirée à l’opéra. Une première pour la quasi-totalité d’entre eux, à l’instar de Mona Larraj, 17 ans. « Première fois en internat, sans mes parents, à Strasbourg, et à l’opéra », liste-t-elle. Face à un amas de coulées de cire, dont elle vient d’apprendre qu’il s’agit d’une divinité vaudoue, la lycéenne de Troyes se dit à la fois « intimidée par la grande ville » et « contente de sortir de son élément ».
Chloé Becker, 19 ans, qui accompagne le groupe, a connu cela. L’ancienne bénéficiaire du PEI est originaire de Forbach, en Moselle. Actuellement en deuxième année à l’IEP, elle s’implique auprès de ces lycéens pour « rendre ce qu’elle a eu ».
« Dire merci et donner aux autres », c’est aussi ce qui a poussé Camille Dupont, 30 ans, à accompagner la montée en puissance du PEI. Elle a intégré l’IEP de Strasbourg en 2009, après avoir bénéficié du programme à Lille. Soucieuse de « partager [son] expérience et voir ce qui pouvait être développé », elle a proposé son aide. Anne-France Delannay lui a ouvert sa porte.
A l’époque, seulement une dizaine d’élèves du lycée Jean-Monnet, à Strasbourg, étaient concernés par ce qui n’était alors qu’une préparation du concours. Le réseau des lycées partenaires s’est progressivement élargi. Le programme s’est enrichi des immersions à l’IEP, du parrainage de chaque bénéficiaire par un étudiant et des activités culturelles.
Camille Dupont travaille aujourd’hui à Londres pour une fondation. La jeune femme – « issue d’un milieu minier » et « habituée à une grande diversité sociale et ethnique » – est chargée de « la diversification des profils dans les médias ». Treize ans après son entrée à l’IEP, elle n’a pas oublié « les efforts » et « la pression » pour « s’intégrer socialement » à son arrivée, quand d’autres lui semblaient « naturellement à leur place ». Le programme PEI s’étend désormais au collège, à partir de la 4e, afin d’élargir le spectre des élèves susceptibles de se sentir « naturellement à leur place » à Sciences Po. Un défi.
Isabelle Maradan
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