Royaume-Uni : Kwasi Kwarteng, bras armé des « Trussonomics » – Les Échos

Tout juste nommé ministre des Finances par la Première ministre Liz Truss, Kwasi Kwarteng s'est lancé pour la première fois dans l'arène, en annonçant vendredi un virage économique qui doit sortir l'économie britannique de sa mauvaise passe. Né de parents ghanéens et éduqué à Eton et Cambridge, ce brillant historien n'avait rien d'un trublion dans le gouvernement Johnson. Il veut désormais faire table rase de l'orthodoxie budgétaire en vigueur depuis dix ans.
Par Ingrid Feuerstein
Dans l'un des nombreux ouvrages qu'il a écrits, Kwasi Kwarteng s'est penché sur les six premiers mois de Margaret Thatcher et sur la façon dont, malgré son handicap d'« outsider », la « Dame de fer » a assis son autorité en se débarrassant de la vieille garde du parti conservateur.
On retrouve dans l es premiers pas du nouveau ministre britannique des Finances la même volonté de faire table rase. Sauf qu'il n'a pas attendu six mois pour prendre les décisions radicales. A peine nommé par la Première ministre, Liz Truss, il a mis à la porte Tom Scholar, le très respecté patron du Trésor britannique, cette administration chargée d'orchestrer la politique économique et garante du sérieux budgétaire.
Pour certains, c'est une attaque scandaleuse au principe constitutionnel de neutralité des fonctionnaires. Pour d'autres, c'est un mal nécessaire pour changer de cap et tourner la page de l'orthodoxie budgétaire. Face aux équipes du Trésor encore sous le choc, Kwasi Kwarteng a annoncé la couleur : finie la politique économique « au boulier chinois » ; désormais, la priorité est de libérer la croissance plutôt que de se focaliser sur les recettes et les dépenses.
Vendredi, il a détaillé son plan d'action dans sa première allocution en tant que chancelier de l'Echiquier à la Chambre des communes. L'occasion, pour la plupart des Britanniques, de découvrir cette personnalité encore peu connue du grand public, à la carrure d'un pilier de rugby, d'apparence un point bourrue, sauf quand il affiche son sourire rayonnant. « Nous avons besoin d'une nouvelle approche pour une nouvelle ère qui sera focalisée sur la croissance », a-t-il annoncé.
Ses recettes ? Un cocktail de faibles taxes et de dérégulation. L'objectif est ambitieux : retrouver une croissance supérieure à 2,5 % par an, ce que le Royaume-Uni atteignait régulièrement avant la crise financière. Dans la politique économique du pays, c'est clairement un virage.
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« Kwasi Kwarteng et Liz Truss considèrent que la croissance, la productivité et les salaires ont été freinés par des politiques fiscales trop conservatrices. De leur part, c'est clairement une attaque du bilan économique de Boris Johnson, et peut-être plus encore de David Cameron et George Osborne », analyse l'économiste Jonathan Portes, professeur au King's College de Londres.
A tel point que dans l'opposition, la députée travailliste Rachel Reeves, conseillère de l'ombre sur les questions financières, les a remerciés d'« avoir démoli leur propre bilan des douze dernières années ».
Jusqu'à la campagne à la tête du parti conservateur cet été, rien ne laissait penser que Kwasi Kwarteng serait un jour à l'origine d'un tel virage. Dans le gouvernement Johnson, où il était ministre de l'Economie et de l'Energie, il n'est jamais sorti du rang. Il n'a jamais joué le rôle de « trublion » qui laisserait présager une telle rupture. On lui connaît peu de dérapages depuis son élection, en 2010, comme député de Spelthorne, dans la grande banlieue de Londres.
Un temps, il a même été surnommé le « Black Boris » pour la similitude de son parcours avec l'ancien Premier ministre. Né dans l'Est londonien de parents ghanéens, Kwasi Kwarteng n'a pas le parcours de ces enfants d'immigrés condamnés aux écoles publiques des quartiers défavorisés. Sa mère était avocate et son père économiste au secrétariat du Commonwealth. Dès l'âge de 8 ans, il a été envoyé dans un très chic internat privé au moment où son père était muté à Genève.
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Comme Boris Johnson, il est entré dans la prestigieuse école d'Eton comme boursier , un statut réservé aux élèves les plus brillants. Kwasi Kwarteng y a remporté en 1992 le prix Newcastle qui distingue chaque année les deux meilleurs étudiants. On dit qu'il partage avec l'ancien Premier ministre un talent particulier pour le « wall game », ce sport joué uniquement à Eton, sorte de rugby où presque tous les coups sont permis. Comme souvent les « etoniens », il dégage cette confiance en soi que rien ne semble pouvoir ébranler.
Lorsqu'il étudie à Cambridge, il gagne le jeu « University challenge », un équivalent de « Questions pour un champion » pour les étudiants. Il décroche une bourse pour Harvard, puis revient à Cambridge où il obtient un doctorat en histoire économique.
Sa proximité avec Boris Johnson, il l'a aussi exprimée sur le terrain politique. A deux reprises, en 2016 et en 2019, Kwasi Kwarteng a soutenu très tôt l'ex-maire de Londres dans la course à la tête du parti conservateur, une fidélité qui lui a été plus tard récompensée par un poste au gouvernement.
Il s'est aussi rangé derrière la cause du Brexit dès la première heure. Dans une interview avec le think-tank UK in Changing Europe en 2019, il expliquait qu'il n'était pas eurosceptique dans sa jeunesse. En revanche, la sortie de l'UE lui paraissait inévitable depuis que le Royaume-Uni avait choisi de ne pas adopter la monnaie unique. A la conférence du parti conservateur l'an dernier, il disait aussi que le Royaume-Uni « ne pouvait plus continuer d'importer 150.000 travailleurs européens chaque année », parce que cela pèse sur les salaires et la productivité, reprenant fidèlement une thématique « johnsonienne ».
En plus de parler l'italien, l'allemand, de maîtriser le latin et le grec, il aurait lu Thomas Piketty en français dans le texte.
Contrairement à Boris Johnson, dont le travail de journaliste était souvent vu comme brouillon et partial, les écrits de Kwarteng ont reçu un bon accueil de la critique. En 2011, il a publié un livre retraçant l'histoire de l'Empire britannique, « Ghosts of Empire » (« Les fantômes de l'Empire »), salué comme étant un travail d'historien fouillé et nuancé.
L'économiste Julian Jessop, qui l'a côtoyé dans des cercles néolibéraux, le considère « particulièrement brillant. » « Il aurait eu la carrure pour se lancer dans la course à la tête du parti », estime-t-il. On dit de lui qu'il a un talent particulier pour les langues étrangères. En plus de parler l'italien, l'allemand, de maîtriser le latin et le grec, il aurait lu Thomas Piketty en français dans le texte.
Si le surnom de « Black Boris » n'a pas survécu à ses premières années en politique, c'est aussi qu'il n'a pas placé la question raciale au centre de son discours. Dans un point de vue au média en ligne « True Africa » en 2016, il critiquait cette atmosphère de Westminster, où les médias attendent que vous vous positionniez sur des sujets ayant trait aux minorités ethniques sous prétexte que vous êtes noir : « C'est comme si venir d'un milieu en particulier donnait à un politique un droit divin de parler au nom de chaque personne venant de ce milieu. »
Vous avez deux écoles chez les conservateurs : ceux qui croient pleinement à moins d'Etat et moins de taxes, à plus de croissance et plus de dérégulation, et puis ceux qui ont une approche plus pragmatique.
Dans ce même point de vue, il rappelait tout de même qu'en 2003, lorsqu'il a pour la première fois approché le parti conservateur, après un passage comme analyste financier chez JP Morgan, aucun député ne venait des minorités ethniques. « Il n'y avait aucun modèle, aucun mentor », disait-il. Ce n'est qu'en 2010 qu'il a obtenu l'investiture, à une époque où David Cameron a poussé pour plus de diversité dans l'idée de dépoussiérer l'image du parti conservateur.
Désormais, c'est lui qui aura la charge de mettre en oeuvre des « Trussonomics ». Pourquoi un tel virage de la part de deux fidèles de Boris Johnson ? Sans être francs-tireurs, Kwasi Kwarteng comme Liz Truss s'étaient montrés critiques vis-à-vis des hausses d'impôts décidées dans l'après-Covid. Tous deux sont réputés pour être des ultralibéraux décomplexés et vénèrent le culte de Margaret Thatcher. « Vous avez deux écoles chez les conservateurs : ceux qui croient pleinement à moins d'Etat et moins de taxes, à plus de croissance et plus de dérégulation, et puis ceux qui ont une approche plus pragmatique », explique John MacDonald, directeur de la stratégie à l'Adam Smith Institute.
Le réel danger d'une telle politique est que la croissance provienne uniquement d'une stimulation à court terme de la demande et non de réformes structurelles qui soutiennent l'investissement, les compétences, les infrastructures publiques.
Liz Truss et Kwasi Kwarteng appartiennent clairement à la première chapelle. Une proximité idéologique qui remonterait aussi loin que l'essai « Britannia Unchained » publié en 2012 par plusieurs jeunes élus conservateurs et désormais célèbre pour avoir qualifié les Britanniques de « pires fainéants » au monde.
Kwasi Kwarteng a cherché à les remettre au travail lorsqu'il a été nommé ministre en 2021, en proposant de supprimer la limite de 50 heures de travail hebdomadaires, héritée de la législation européenne. Après avoir suscité quelques remous, l'idée a finalement été enterrée. Le tandem, en somme, pourrait fonctionner de manière plus symbiotique que ce que le « 10 Downing Street » et le no 11, où vit le ministre des finances, ont connu par le passé.
Mais ce virage des « Trussonomics » suscite des doutes. Les investisseurs paraissent de moins en moins confiants dans l'économie britannique, comme en témoigne le dérapage de la livre. Vendredi, au moment où Kwasi Kwarteng parlait, la monnaie britannique a encore touché un plus bas historique à 1,115 dollar.
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« Le réel danger d'une telle politique est que la croissance provienne uniquement d'une stimulation à court terme de la demande, grâce aux baisses d'impôts, et non de réformes structurelles qui soutiennent l'investissement, les compétences, les infrastructures publiques », explique Jagjit Chadha, directeur du National Institute of Economic and Social Research (NIESR).
Le risque est de voir l'inflation s'amplifier, les taux d'intérêt remonter encore davantage , et les coûts d'emprunt augmenter pour le Trésor britannique. L'inquiétude est d'autant plus forte que toutes les vigies indépendantes ont été neutralisées pour la publication de ce plan : le directeur du Trésor est parti, l'Office for Budget Responsibility (OBR) n'a pas publié de nouvelles prévisions budgétaires. Quant à la Banque d'Angleterre, elle a été régulièrement critiquée pendant la campagne.
Le Royaume-Uni a déjà connu un tel précédent, sous Edward Heath en 1970. Son ministre des Finances, Anthony Barber, avait diminué les taxes pour relancer l'économie. Ce « Barber boom » avait accentué encore davantage l'inflation et les revendications salariales du secteur public, préparant le terrain pour le retour des travaillistes au pouvoir en 1974. Ce n'est sans doute pas à ce chancelier que Kwasi Kwarteng, en bon amateur de Thatcher, aimera être comparé dans l'histoire.
Ingrid Feuerstein (Correspondante à Londres)
Tous droits réservés – Les Echos 2022

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