Rétro. La tragédie Robert Benoist : pilote automobile appelé par l'armée de l'air, en 1939… – Le Mag Sport Auto

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En cette année 2022, année où la République aurait dû commémorer le 80ème anniversaire de la bataille de Bir Hakeim (un oubli sans doute…) et de la reconnaissance internationale de la France Libre dirigée par le Général de Gaulle aux yeux du monde entier, Le Mag Sport Auto souhaite quelques jours après les cérémonies du 11 novembre, jour souvenir des soldats morts pour la France, se remémorer quatre pilotes automobiles tricolores qui se sont battus au péril de leur vie au sein de la résistance intérieure, pour que notre pays se retrouve à la table des vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Il s’agissait de Raymond Sommer, Jean-Pierre Wimille, Louis Rosier et Robert Benoist.
C’est de ce dernier pilote que Le Mag Sport Auto va conter son histoire…
Marcel Charles Benoist, dit Robert Benoist, est né le 20 mars 1895 à Auffargis dans le département des Yvelines. Il est le fils de Gaston Benoist, garde-chasse chez les Rothschild, et vainqueur du Grand Prix de l’automobile Club de France en 1925 et 1927, des Grand Prix d’Italie, d’Espagne, de Grande-Bretagne 1927 et officieux champion du monde la même année (seul le titre constructeur existait alors). Il est en outre vainqueur des 24 heures du Mans (en équipe avec Jean-Pierre Wimille) en 1937 et de celles de Spa en 1929.
Âgé de treize ans, il s’engage comme apprenti mécanicien chez Grégoire, où il reste durant quatre ans. Il devient ensuite agent commercial pour la firme Unic. Il sert dans le 131e régiment d’infanterie puis passe à l’aéronautique militaire. Il obtient son brevet de pilote le 3 novembre 1915 et est affecté à des missions de reconnaissance, il est aussi brièvement pilote de chasse. Il abat un avion allemand, mais son appareil est abattu à son tour et il doit atterrir entre les lignes de front. Il devient ensuite instructeur de vol et moniteur d’acrobaties aériennes à Pau, avant d’être démobilisé en août 1919. Il a alors le grade de sous-lieutenant.
Cherchant à retrouver l’adrénaline éprouvée comme pilote de chasse, Robert Benoist rejoint la société automobile Marçay comme pilote d’essai : il remporte la première édition régulière du Grand Critérium international de tourisme Paris-Nice en 1921 sur une voiturette 7hp de la marque, puis rejoint Salmson avec laquelle il remporte des courses de cyclecars ( des voiturettes à moteur 1 100 cm3).
En 1922, il gagne le Junior Car Club Cyclecar “200” de Brooklands, puis le Grand Prix de l’UMF (l’Union Motocycliste de France)  Cyclecars au Mans (les deux fois devant son équipier Desvaux). Il s’impose aussi au Trofeo Armangue Cyclecar de Tarragone. Pilote rapide, il a les meilleurs temps en course à Brooklands et Tarragone.
En 1923, il remporte le Bol d’or automobile sur Salmson L4 (1 084 cm3), après avoir terminé deuxième l’année précédente. Il s’impose ensuite au Grand Prix Cyclecars de Milan et au Grand Prix de l’UMF, en ayant entre-temps enchaîné une série de deuxièmes places (au Trofeo Armangue puis au Grand Prix de Suisse, au Grand Prix du Moto Club de France, au Grand Prix de San Sebastian, enfin au Grand Prix de Boulogne). En fin d’année, il est encore troisième du Junior Car Club Cyclecar “200” et il obtient une troisième victoire en novembre au Grand Prix d’Espagne. Meilleur pilote de la saison sur ce type de véhicules, il a en outre obtenu le meilleur temps au Tour de Suisse, au « MCF, » et à Brooklands. Son plus fréquent rival durant les années cyclecars chez Salmson n’est autre que son équipier, Lucien Desvaux.
En 1924, il signe un podium au Grand Prix de l’Automobile Club de France dès son entrée chez Delage, puis l’année suivante, faisant équipe avec Albert Divo il remporte l’épreuve sur l’autodrome de Linas-Montlhéry tout juste un an après l’inauguration du tracé, au cours duquel le célèbre coureur italien, Antonio Ascari, perd la vie. Benoist est aussi deuxième du Grand Prix de Saint-Sébastien moins de deux mois plus tard.
En 1924 et 1925, il est vainqueur de la Course de côte Limonest – Mont Verdun sur Delage 6 cylindres. Il est récompensé du premier Grand Prix de la Côte d’Azur attribué en 1925 : un trophée récompensant les résultats acquis dans les trois courses de côte de La Turbie, du Mont Agel et de l’Ésterel, décerné par les Automobile Clubs de Nice, Monaco et Cannes.
En 1926, le 9 février, il gagne la course de Gjersjoen sur neige et glace en Norvège devant près de 1 500 autres concurrents dans un fjord gelé, avec Delage mais il doit essentiellement se contenter de deux troisième places, lors du « Royal Automobile Club » Grand Prix de Brooklands, et au Grand Prix d’Espagne à Lasarte, associé à Louis Wagner qu’il relaie pour terminer l’épreuve, sa propre voiture ayant abandonné sur panne de compresseur..
En 1927, fidèle à Delage, il remporte les Grands Prix de l’ACF pour la seconde fois puis d’Italie, d’Espagne et de Grande-Bretagne. Il est finalement sacré officieusement Champion du Monde 1927 (le titre officiel des constructeurs revenant à Delage). Il est le seul pilote à avoir jamais remporté l’ensemble de ces Grand Prix lors de la même année, ce qui lui vaut de recevoir la Légion d’honneur. La voiture sera réengagée en course lors des 500 miles d’Indianapolis 1929 entre les mains de Louis Chiron.
En 1928 la société Delage se retire de la compétition automobile, Robert Benoist se retrouve alors sans volant. Il est engagé comme directeur du Garage Banville à Paris. Il participe cependant encore à quelques courses pour Bugatti, terminant deuxième du Grand Prix d’Espagne à Saint-Sébastien. Faisant équipe avec Attilio Marinoni en 1929, il remporte les 24 heures de Spa sur Alfa Roméo. A l’issue de la saison, il se retire de la compétition.
Il est rappelé en 1934 chez Bugatti et signe une 4ème place au Grand Prix de l’A.C.F. Le « Patron » Ettore Bugatti le nomme directeur du département compétition de la marque, visant une première victoire aux 24 heures du Mans.
En 1935, il s’impose lors du Grand Prix de Picardie, puis en 1936 il termine deuxième des Grand Prix de la Marne et du Grand Prix du Comminges. La même année, il obtient en septembre, quatre records internationaux à Montlhéry avec une Bugatti Sport 3,3 l : 100 kilomètres (à 216,543 km/h de moyenne), 100 miles (à 217,537 km/h de moyenne), 200 kilomètres (à 217,865 km/h de moyenne) et de l’heure (à 217,941 km/h)12.
L’année suivante, faisant équipe avec Jean-Pierre Wimille, il remporte à sa troisième tentative depuis 1928, les 24 Heures du Mans Edition 1937 sur une Bugatti Type 57G : la fameuse « Tank » ainsi qu’une victoire à l’indice de performance ! Ce résultat exceptionnel permet aux deux hommes d’être titulaires de deux records de 24 heures avec la Type 57S (en distances parcourues): celui mondial des 24 heures sur route avec la victoire mancelle, mais aussi celui acquis le 20 novembre 1936 sur l’autodrome de Linas-Montlhéry (record international sur piste). À la suite de sa victoire au Mans, Benoist se retire cette fois définitivement de la compétition automobile, mais continue toutefois de diriger le département compétition de la marque alsacienne.
Lorsque la seconde guerre mondiale éclate en septembre 1939, il est rappelé par l’Armée de l’Air. Robert Benoist et Jean-Pierre Wimille, qui avaient remporté ensemble les 24 heures du Mans, étaient amis d’un autre pilote de Grand Prix : William Grover-Williams. En mai 1940, lorsque la France est envahie puis occupée, les trois amis partent pour l’Angleterre où ils rejoignent le « Special Operations Executive » en tant qu’agents secrets. Sa première mission a pour nom de code : Chestnut.
Parachuté en France, Robert Benoist organise des cellules de sabotage et, avec William Grover-Williams, il s’occupe de la récupération de parachutage d’armes et de munitions en forêt de Rambouillet, qu’il stocke dans sa maison d’Auffargis d’où il organise leur distribution. En juin 1943, le réseau Prosper-Physician à Paris s’effondre, avec l’arrestation de ses chefs, Francis Suttill « Prosper », Gilbert Norman « Archambault » et Andrée Borrel « Denise », puis d’une grande quantité d’agents et de résistants.
Le 31 juillet, l’opérateur radio Roland Dowlen « Achille », repéré par radio-goniométrie, est arrêté chez lui en pleine émission (à Pierrelaye, près de Pontoise).
Le 1er août, le propre frère de Robert Benoist, Maurice, est arrêté chez lui à Paris. Le 2 août, il accompagne les Allemands au château d’Auffargis. La maison de Benoist est mise à sac par la Gestapo. Sa femme, son père, les domestiques et Grover-Williams sont arrêtés (ce dernier sera exécuté au camp de Sachsenhausen). Le 4 août, Robert Benoist est lui-même arrêté à Paris. Pendant son transfert au quartier général de la Gestapo, il saute du véhicule et parvient à s’échapper. Il reste caché quelque temps dans l’appartement de sa secrétaire. Dans la nuit du 19 au 20 août, il rentre en Angleterre par avion qui le récupère près d’Angers.
Sa deuxième mission en France a pour nom de code : Clergyman. l’objet de celle-ci est d’établir un réseau dans la région nantaise ; ne faire appel qu’à ses amis et éviter tout contact avec Privet, le réseau d’Edward Wilkinson qui lui est tombé. Des missions de sabotage sont organisés près de Nantes, les pylônes qui amènent l’électricité des Pyrénées en Bretagne sont attaqués dans la perspective du prochain débarquement en Normandie. Puis il s’agit de préparer les sabotages des voies ferrées convergeant vers la ville, ainsi que des actions destinées à protéger le port de Nantes contre une possible destruction par les Allemands.
Il est renvoyé en France dans la nuit du 20 au 21 octobre. André Dubois dit « Hercule » est son radio. Le 30, Robert Benoist, arrêté près de Chartres par un Feldgendarme, parvient de nouveau à s’échapper. Le 19 novembre, André Dubois est arrêté à Montrouge, près de Paris. Privé de communication avec Londres pour ses commandes de matériels, et jugeant les environs de Nantes inadaptés pour des parachutages, il retourne dans sa propriété familiale aux environs de Rambouillet et y récupère quelques armes de Chestnut. Mais il ne trouve malheureusement pas d’explosifs pour saboter les pylônes, ni des contacts pour préparer la protection du port de Nantes. Il laisse son réseau continuer sans lui et demande à Henri Déricourt de le ramener en Angleterre dès que possible.
Dans la nuit du 4 au 5 février 1944, il rentre à Londres. Il prend connaissance de sa troisième mission en France. Il vient relancer le réseau Clergyman dans la région de Nantes, pour y préparer de nouveaux sabotages de pylônes sur la Loire et à l’île Héron, couper les voies ferrées et les lignes téléphoniques vers Nantes, afin de désorganiser les communications de l’ennemi avant le débarquement. Il est accompagné de Denise Bloch, son courrier et opérateur radio Il est renvoyé en France dans la nuit du 2 au 3 mars avec Denise Bloch.
Ils procèdent à un premier repérage de leurs cibles dans la région de Nantes avant de regagner la banlieue sud-ouest de Paris.
En avril, Robert Benoist reconstitue un groupe autour de lui, dont notamment son ami pilote Jean-Pierre Wimille. Ils s’installent dans une petite maison du village de Sermaise dans l’Essonne, près de Dourdan. Ensemble, ils se mettent au service du groupe du réseau Turma-Vengeance.
Grâce aux échanges radio de Denise Bloch avec Londres, de multiples parachutages d’armes sont réalisés avec succès dans les environs de Dourdan, en mai puis en juin. Robert Benoist crée également, début juin 1944, le « maquis de Sermaise » un groupe dit « d’action immédiate » avec les renforts de résistants de Chelles dans le département de Seine-et-Marne. Ce groupe mènera divers attentats et actions de sabotage dans la région de Dourdan, pendant ce même mois de juin. Le 18, il est arrêté, en rentrant à son domicile. Le lendemain, à Sermaise, Denise Bloch est  également arrêtée avec cinq autres membres du groupe ; seul Jean-Pierre Wimille parvient à s’échapper.
Robert Benoist est déporté à Buchenwald et le 10 septembre 1944 il est exécuté par les Nazis . Denise Bloch sera exécutée en 1945 au camp de Ravensbrück…
Article publié le 16/11/2022 à 7h00
Rédacteur polyvalent Commissaire de piste, Technicien informatique au civil
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