RDC : après des inondations ayant fait 169 morts, l'urbanisation … – Le Monde

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Seul un quart de la mégapole de 15 millions d’habitants suit un plan d’aménagement et de nombreuses constructions sont bâties dans des zones exposées aux catastrophes naturelles.
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Kinshasa n’en finit pas de pleurer ses morts : au moins 169 personnes ont péri dans les inondations qui ont dévasté la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) dans la nuit du 12 au 13 décembre, selon le dernier bilan arrêté le 20 décembre par les autorités. Au total, 38 000 personnes ont été affectées. Un deuil national de trois jours a été décrété par le gouvernement au lendemain de la catastrophe. Si les inondations sont habituelles en cette saison des pluies, le nombre de victimes est, lui, exceptionnellement élevé. Et c’est une nouvelle fois l’urbanisation anarchique de cette mégapole dont la population est estimée à 15 millions d’habitants qui est pointée du doigt.
A l’ouest de la ville, le quartier de Muluala, situé dans la commune de Ngaliema, une des plus durement touchée. Etendu sur le versant d’une colline et un fond de vallée, il est entouré aujourd’hui de plusieurs crevasses, dont la plus grande atteint une vingtaine de mètres de profondeur. Des amas de déchets jonchent le sol, car il n’existe ici aucun système de collecte des ordures ni d’épuration des eaux usées. Pour accéder aux habitations, il faut arpenter des ruelles en terre argileuse.
C’est là que Françoise Mafuta a acheté une parcelle il y a plusieurs années. Faute d’argent, cette quinquagénaire y a bâti trois logements en tôle plutôt qu’une maison en dur. Deux étaient occupés par sa famille et un par ses locataires au moment où le glissement de terrain les a emportés. Sa fille, son gendre, six de ses petits-enfants ainsi qu’un ami de la famille qui était de passage sont décédés. Les locataires ont eu la vie sauve grâce notamment à l’intervention d’un voisin, Ange Sutuka Dibundu :
« J’ai secouru le jeune Miguel, qui criait à l’aide. Je me suis servi de ma pelle pour retirer la terre qui l’avait englouti des pieds jusqu’au torse. C’était un sauvetage périlleux, car des pans de terre continuaient de nous tomber dessus sous la pression de l’eau qui cherchait à se frayer un chemin. »
Comme eux, de nombreux Kinois au faible pouvoir d’achat investissent dans ces terrains non constructibles de la ville, dont la croissance est galopante. L’afflux de population en provenance de régions en proie à l’insécurité alimente cet étalement urbain incontrôlé. Seul un quart de Kinshasa suit un plan d’aménagement et dispose d’infrastructures, sur une superficie totale de 9 965 km², soit près de cent fois Paris.
Joël Kyana Basila, président de la Corporation des urbanistes congolais et enseignant à l’Institut supérieur d’architecture et d’urbanisme de Kinshasa, affirme que l’occupation des flancs de collines, le long des cours d’eau, des rivières ou des voies de chemin de fer, remonte aux lendemains de l’indépendance, en 1960 :
« Nos villes sont des anciens comptoirs coloniaux transformés en agglomération. Dans la plupart de cas, après 1960, elles se sont développées de manière anarchique. On a observé une expansion spatiale désordonnée et incontrôlée, avec une croissance démographique exponentielle. Ces zones ont été occupées sans planification préalable. »
Les tentatives successives de plans d’aménagement sont restées sans effet et la compétition à laquelle se livrent tous ceux qui disposent d’un petit pouvoir sur la cession des terres (chefs coutumiers, services de l’Etat, hommes politiques…) n’a fait qu’accroître le désordre général. « Le plan régional d’aménagement de 1967 et le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de 1975, établis par le Bureau d’études d’aménagement et d’urbanisme, sont restés lettre morte », déplore ainsi Michel Lusamba, directeur du Centre de recherche en aménagement du territoire et urbanisme (Cratu).
Le dernier projet en date, le Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération kinoise (Sosak), élaboré en 2014 et inscrit dans la loi, n’a pas eu davantage de succès. Ce document proposait huit orientations stratégiques visant entre autres à étendre la voirie pour désenclaver certains quartiers et désengorger le centre-ville. Il proposait la création de nouveaux pôles d’activités et de commerces spécialisés et se fixait pour objectif une reprise en main des processus d’urbanisation de la ville entre 2015 et 2030.
Mais huit ans plus tard, le Sosak « n’est même pas pris en compte dans l’organisation spatiale de la ville », regrette Joël Kyana Basila. Pour justifier ce retard, les autorités urbaines mettent en avant l’absence de moyens financiers. Il faudrait près de 4,7 milliards de dollars (soit 4,4 milliards d’euros) pour mettre en œuvre ce plan, selon elles. Contacté par Le Monde Afrique, le ministre de l’urbanisme n’a pas répondu à notre demande d’entretien. Pourtant, pour Joël Kyana Basila, des solutions existent :
« Les autorités urbaines doivent mettre en place des mécanismes pour générer des recettes. Par exemple, face au problème d’embouteillages que connaît Kinshasa, elles pourraient instaurer un système de péage sur certaines voies. La ville, qui possède des terres arables, pourrait aussi développer une agriculture urbaine. C’est ainsi qu’elle pourra trouver des ressources. »
Quoi qu’il en soit, ce spécialiste en urbanisme estime que même si les moyens financiers font défaut, le respect des orientations fixées par le Sosak en matière d’utilisation des sols permettrait d’épargner des vies, en interdisant les constructions dans les zones les plus exposées aux catastrophes naturelles.
Nathalie Sala Gisa
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Daté du mardi 3 janvier
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