«Qu'est-ce que l'identité nationale aujourd'hui?» – Le Figaro

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que la France est confrontée à des revendications identitaires de toutes parts, pour Alexis Ouaki-Manseur, consultant en communication, il est nécéssaire de rappeler la conception républicaine de l’identité nationale française et de la protéger pour garantir l’unité de la nation.
Alexis Ouaki-Manseur est consultant en communication.
En annonçant en mars 2007, sur les conseils de Patrick Buisson, la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, le candidat Sarkozy osait une transgression majeure. Il se risquait en effet à évoquer un thème proscrit du débat public depuis plusieurs années, celui de l’identité nationale.
Se saisissant du sujet, Emmanuel Macron reconnaîtra: «l’intuition de Nicolas Sarkozy (…) était bonne même s’il me semble que la formule d’identité nationale était sujette à trop de polémiques». Et pour cause, cette notion divise. Elle divise tout d’abord parce que chacun a sa propre conception de la nation française et donc sa propre opinion sur la substance de notre identité.
Une conception française de la nation est souvent évoquée, en référence à la célèbre conférence d’Ernest Renan, qui la définissait comme le résultat conjugué d’une historicité et d’une volonté commune: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis».
Conception historique car pour Renan, c’est avoir fait de grandes choses dans le passé «la nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements.», et volontariste car c’est vouloir continuer à en faire dans le futur «une nation est (…) une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore». La nation est donc fondée sur le souvenir des grands accomplissements du passé et la volonté de les prolonger et les renouveler encore.
Si cette définition de la nation est si souvent retenue, c’est parce qu’elle réconcilie deux conceptions pourtant opposées: une conception organique, d’une part, antérieure à la Révolution et, dès lors, plus marquée à droite, et, d’autre part, une conception politique, issue de la Révolution et, depuis, plus marquée à gauche.
Autrement dit, pour reprendre la distinction de Pascal Ory, elle rapproche le «peuple ethnos» du «peuple demos», dans le sens où «là où le demos est un projet, l’ethnos est un constat». Emmanuel Macron a repris à son compte cette synthèse en affirmant qu’«être français, c’est d’abord habiter une langue et une histoire, c’est-à-dire s’inscrire dans un destin collectif».
Elle divise ensuite parce que cette expression apparaît désormais comme nauséabonde aux yeux de certains, qui y projettent les abominations qu’elle ne contient pas. Ceux-là considèrent que vouloir définir ce qui fait notre singularité en tant que peuple est forcément synonyme de rejet, d’exclusion de l’autre ou d’exacerbation des tensions.
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Mais rejeter l’idée d’identité nationale sur cette base, c’est rejeter une autre idée. Il s’agit, au fond, d’une méprise philosophique car toute entité a une identité, qui permet de la distinguer des autres et de la singulariser: c’est aussi le cas de la France, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas.
Elle divise enfin et surtout parce que nous vivons dans l’époque de l’affaiblissement de l’identité collective au profit de l’avènement de ce que Pierre Nora appelle les «identités de groupe». Celles-ci, qui étaient autrefois réduites aux sphères familiales, personnelles ou privées, structurent désormais politiquement les individus qui les portent dans le débat public.
Ces derniers délaissent le commun au profit d’intérêts particuliers qui sont, dans leur principe même, incompatibles avec la conception française de la nation. Il est aisé de constater que ceux ayant une conception «communautariste» de l’organisation politique et sociale sont opposés à la tradition nationale pour laquelle n’existe qu’un lien direct entre l’État et le citoyen.
La question de l’identité nationale est donc, en dernière instance, celle du lien, du sentiment d’appartenance. C’est ce sentiment qui permet la concrétion du politique et du culturel donnant corps à la Nation. Ce lien, si essentiel et trop souvent négligé voire rejeté, est plus que juridique ou conceptuel, il doit être vécu.
Être français, ce n’est pas seulement en posséder la nationalité. Si c’est la définition juridique admise par l’administration, ce qui répond à un principe d’égalité, toutes les personnes détentrices de la nationalité française l’étant au même titre, cela n’est pas suffisant pour définir notre identité. C’est tout au plus, un préalable.
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Les Français sont un peuple, porté par une histoire, une langue, un patrimoine, des traditions, un habitus et des mœurs communes. Le fait d’être français ne se résume donc pas à la possession d’un document officiel. Une telle affirmation reviendrait à considérer que la seule chose distinguant un Français d’un étranger serait sa pièce d’identité.
Les Français ne seraient plus que des êtres désincarnés, interchangeables sur simple modification administrative. Si une telle situation venait à se développer, la France se résumerait alors à une organisation administrative. Il ne faudrait pas s’étonner alors que les Français eux-mêmes cessent de se sentir français, de croire en la France et en ce qui les unit.
« Le peuple français est un composé, c’est mieux qu’une race, c’est une nation. »
La qualité de français ne peut pas non plus être caractérisée uniquement par la langue française. Certes, elle est la langue de l’État depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts et a été un instrument d’unification culturelle de la France, mobilisé aussi bien par la monarchie que par la République, mais les Français la partagent avec d’autres peuples. Si tout Français est francophone, tout francophone n’est pas Français.
Dans la même logique, être français ne peut résulter seulement de la naissance sur le territoire français. Comme l’avait déclaré Ferdinand Buisson, «un Français n’est pas seulement un homme né en France, c’est un homme né de la France, qui a l’esprit formé de son esprit, qui a appris d’elle à regarder toujours plus haut, à vouloir toujours plus de lumière, toujours plus de raison, toujours plus de fraternité».
Si la qualité de français ne se résume pas à la possession d’un document officiel, au maniement d’une langue, ou à un lieu de naissance, elle ne réside pas non plus dans l’assignation à une appartenance ethnique ou raciale, parce qu’elle n’est pas une nature. Avec Jacques Bainville, il faut affirmer et réaffirmer inlassablement que «le peuple français est un composé, c’est mieux qu’une race, c’est une nation».
Ces rappels, qui paraîtraient évidents à un lecteur du XXe siècle, sont aujourd’hui fondamentaux. Alors que la conception républicaine de la nation avait réussi la difficile conciliation de visions opposées, cette unité si difficilement acquise autour d’un socle commun, se trouve aujourd’hui contestée non plus sur ses modalités, mais sur son existence même. Dès lors, les ennemis d’hier doivent, plus que jamais, se retrouver pour protéger cet héritage qui fait notre singularité.
Caton Ancien
le
C’est fini tout cela, on est passé à une société multi. Hervé Le Bras dit le contraire de ce que vos dites.
Tavclo
le
République = Forme d’un état dans lequel le PEUPLE exerce sa souveraineté directement ou par l’intermédiaire des délégués élus.
………. Démocratie = type de gouvt où le peuple exerce sa souveraineté
……….
Si on fait un petit examen, en France n’exerce aucune souveraineté, ni directement, ni par l’intermédiaire des délégués élus
Conclusion : La France n’est ni une république ni une démocratie !!!
cohelet
le
Belle synthèse mais qui souffre d’un angle mort: depuis plusieurs décennies, la France a renoncé à assimiler les immigrés et l’idée nationale-républicaine est assaillie tant par les idéologues de de la déconstruction qui l’ont remisé au musée que par la mondialisation techno-marchande qui ne jure que par les flux…
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«Qu’est-ce que l’identité nationale aujourd’hui?»
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