Quelle école pour demain ? – PS

En cette période d’incertitude l’école doit s’adapter au contexte sanitaire, économique, écologique, social, sociétal. On doit la repenser dans son ensemble. Dans ce contexte, les socialistes ont le devoir de développer des propositions à la hauteur du défi éducatif du XXIe siècle.
Les inégalités entre les élèves sont inquiétantes et elles sont favorisées par une politique nationale qui profite essentiellement au secteur privé et à la concurrence entre élèves plus qu’à la construction de savoirs en commun par la coopération.

Pour cela, trois axes nous apparaissent essentiels pour bâtir l’Ecole de demain: accélérer la transformation de l’école, aider les familles et les élèves en difficultés et donner à l’école les moyens de réussir sa mission.
Accélérer la transformation de l’école
Notre pays a connu un épisode épidémique inédit qui a montré les forces et les fragilités de notre système éducatif. Comment mieux se préparer ? Comment réorganiser les écoles et les établissements pour limiter l’isolement et le décrochage ?
Faire le bilan avec les acteurs éducatifs
Cela pourrait se traduire par une grande enquête nationale avec recueil de témoignages mais aussi par la création d’un site des bonnes pratiques mises en place. L’expérimentation pédagogique a été trop souvent négligée voire découragée. Son encadrement par l’institution a parfois aussi été décrié dans ses biais (comme les neurosciences). L’article 1 de la loi sur l’école de la confiance a entraîné une grande méfiance vis-à-vis de l’institution. Le recrutement récent d’une usurpatrice déjà condamnée en tant qu’enseignante montre la défaillance du système face à l’urgence du recrutement1. Les parents sont ulcérés par les absences non remplacées (même s’ils sont moins absents que les autres2). C’est donc bien le système de l’éducation nationale qui est fautif.
Former les personnels aux nouveaux défis planétaires et à la gestion de crise
Nous devons intégrer la gestion de crise dans les contenus disciplinaires, en développant des compétences sociales et émotionnelles qui permettront aux jeunes de les dépasser dans les décennies à venir : autonomie, coopération, gestion du stress, empathie.
Renforcer le réseau de la médecine scolaire et développer l’accompagnement psychologique des élèves et des personnels.
Le retard à ce niveau est immense. La progression des addictions inquiétante (jeux en ligne, protoxyde d’azote, pornographie…)
Accentuer la formation des enseignants aux outils numériques
Nous devons construire des outils publics efficaces et solides pour ne pas dépendre d’acteurs privés. Qui peuvent parfois poser problème (formation des esprits des enfants, soumission à ces grandes entreprises, sécurisation des données). Le confinement a montré l’impréparation de l’école dans ce domaine (équipement, formation). De nombreuses initiatives ont vu le jour. Il faudrait les valoriser et les diffuser très largement. Les enseignants doivent être accompagnés et formés sur le temps scolaire.
– Repenser la gouvernance de l’école.
Les enseignants sont réactifs et inventifs, capables de construire des solutions à des problèmes inédits. Le ministère doit renoncer à imposer des décisions et des pratiques à coups de circulaires. Il faut en finir avec la caporalisation de l’école. La solution ne viendra pas d’une école dirigée par un manager qui choisirait son équipe. D’ailleurs pour cela il faudrait que l’école redevienne attractive.

Éviter l’illusion de l’enseignement « 100 % distanciel ».
Celui-ci n’a pas vraiment fait ses preuves pendant le confinement: le décrochage a été massif, particulièrement pour les plus défavorisés. La majorité des enseignants a plutôt travaillé sur des acquis que sur la transmission de nouvelles acquisitions. Il est de plus en plus tentant de palier au manque de places par du distanciel. C’est aussi injuste qu’inefficace. Nous devons créer des places à la hauteur des attentes plutôt que de mettre en avant une sélection injuste.
– L’individualisation des parcours sans rupture avec le « groupe classe ».
Le processus d’apprentissage n’est pas exclusivement individuel. L’apprentissage relève aussi de la dimension sociale de la personne. Comment mettre en avant le « vivre ensemble » quand on passe l’essentiel du temps scolaire à mettre les élèves en compétition entre eux ? L’école ne peut pas apprendre les valeurs d’égalité et de fraternité tout en s’appliquant des règles opposées dans son fonctionnement.

Élaborer des plans de continuité pédagogique
Ces plans doivent permettre de faire travailler les élèves et des petits groupes de solidarité de type trinômes pour que les élèves ne soient pas isolés. Cela peut permettre aussi aux élèves victimes d’accidents de la vie (maladie, handicap) de ne pas se mettre en rupture avec l’école.
Mettre en place à l’échelle locale des tiers-lieux
Cela permet un accompagnement des familles et des élèves pour la continuité pédagogique. On ne peut pas renvoyer de l’école primaire un élève violent ce qui peut entrainer des situations catastrophiques dont tous les acteurs sont victimes. Il y a besoin d’un accompagnement qui permette à chacun de retrouver de la sérénité et qui permette un retour en classe satisfaisant.
Accélérer les travaux dans les écoles et les établissements
Il faut mettre en place un cahier des charges écologique contraignant pour la construction du bâti scolaire. Il y a des exigences de fraîcheur, d’autonomie, d’efficacité énergétique, de matériaux durables. Les cours doivent être végétalisées avec des ilots de fraicheurs et non genrées. L’installation de climatisations est parfois nécessaire mais elle accentue le réchauffement, elle ne peut être une solution. l’État doit créer un fond dédié pour aider les communes à procéder à ces travaux indispensables.
Aider les familles et les élèves en difficulté
– Atténuer le coût de la rentrée pour les familles.
Les fournitures scolaires de base devraient être gratuite pour les élèves. La tarification sociale des cantines devrait être mise en place partout en lien avec les collectivités territoriales. L’Etat devrait pour 
sa part s’engager en finançant par exemple la création d’une tranche gratuite pour la restauration scolaire à destination des familles vivant sous le seuil de pauvreté.
En cas d’épidémie, les masques ou autre matériel nécessaire doivent être gratuits pour les élèves. C’est bien sûr une question de justice sociale mais aussi une nécessité. On ne travaille pas bien sans matériel, avec le ventre vide ou en étant malade.
Atténuer le coût des études universitaires pour les étudiants les plus modestes.
Lors de la crise sanitaire, de nombreux étudiants se sont retrouvés avec des ressources diminuées ce qui a pu affecter leurs études. Les repas du CROUS à 1€ sont une bonne idée. On peut imaginer leur extension à l’ensemble des étudiants et/ou la gratuité pour les boursiers. Le doublement du nombre de bourses à taux zéro s’impose plus que jamais dans ce contexte. Le gel des loyers des résidences universitaires paraît indispensable. Une grande politique de construction de logements serait essentielle en complément de l’ouverture des places en études supérieures nécessaires aux néo- bacheliers.
Renforcer le réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté.
Les professeurs spécialisés et les psychologues scolaires sont des renforts utiles aux équipes enseignantes et aux parents. Les besoins en postes sont un mal récurrent. Un moratoire sur la fermeturedespostesenRASEDdevraitêtreappliquéainsiqu’unecartedesrenfortsnécessaires. Dans le second degré, l’abondement des fonds sociaux des établissements constitue une urgence pour les familles pauvres. Il y a une grande inquiétude sur la santé mentale des jeunes renforcée par l’état désastreux des structures de soins dans le domaine. Chaque enfant qui n’est pas soigné aujourd’hui verra ses troubles augmenter.
La scolarisation des enfants en situation de handicap
En dépit des efforts faits pour le recrutement de postes d’AESH, la situation n’est pas satisfaisante sur le terrain. Le statut des accompagnants devrait être sécurisé et une véritable formation dispensée. Les classes dans lesquelles sont scolarisés des élèves en situation de handicap ne devraient pas excéder 20 élèves et les élèves inscrits dans des dispositifs ULIS devraient être pris en compte dans les effectifs de classe. Ce n’est hélas pas toujours le cas. Le recrutement de contractuels dans le domaine peut parfois poser des problèmes (formation insuffisante). Le temps d’attente pour la création d’un diagnostic DYS est insupportable. Il serait nécessaire que l’institution puisse aider et encadrer les familles. On ne peut se permettre d’attendre un an pour un bilan orthophonique.
Education prioritaire
La période de confinement a été particulièrement révélatrice et préjudiciable pour les élèves scolarisés en REP et en REP+. Les conditions de logement, le manque de ressources dans l’univers familial, l’absence de matériel ont eu des répercussions sur les apprentissages. Pour remobiliser les élèves et les équipes pédagogiques, des moyens supplémentaires devront être engagés, en particulier dans les classes charnières. Il faut aussi favoriser un meilleur brassage social. Les cartes scolaires deviennent trop souvent un prétexte à la ghettoïsation des élèves. L’école républicaine n’existe que par le mélange des sexes, des cultures, des niveaux sociaux. Supprimer l’ENA était symbolique mais inefficace. La proposition d’Amélie de Montchalin de quotas4 n’étant finalement qu’une manière de chercher des faire-valoir pour faire perdurer le système éducatif parmi les plus discriminants au monde. Nous sommes dans une phase de régression inquiétante sur ce sujet.
Donner à l’école les moyens de réussir sa mission
Tout n’est pas réductible à une question de moyens, mais sans moyens suffisants, c’est la meilleure façon de faire échouer les élèves, notamment les plus fragiles.
Premier degré : pour une réelle différenciation pédagogique
Tous les enseignants constatent une accentuation de l’hétérogénéité entre élèves. Il conviendrait de faciliter la différenciation pédagogique au sein des classes. D’autant que le dispositif des classes dédoublées en GS, CP et CE1 est à la fois coûteux et peu efficace5. Le gouvernement devrait relancer le dispositif « plus de maitres que de classes » en allouant à nouveau une partie des moyens affectés aux classes dédoublées, ce qui permettrait de toucher un plus grand nombre d’écoles au bénéfice d’un plus grand nombre d’élèves.
Le second degré en souffrance
Le gouvernement fait voter chaque année la suppression de centaines d’emplois alors qu’il faut accueillir 30 000 élèves supplémentaires par an. Il faudrait au contraire ouvrir des postes. Le secteur de l’éducation ne doit pas être une marge d’ajustement budgétaire. Le collège unique est délaissé (pour pouvoir mieux le supprimer ?). Les financements ne vont pas réellement en priorité dans les établissements difficiles. Il faut donc modifier les cartes scolaires et forcer à un plus grand mélange des classes sociales. On s’enrichit de la présence de l’autre. On s’appauvrit dans l’entre-soi.
L’enseignement professionnel délaissé
Les lycées professionnels scolarisent 650 000 jeunes, soit 40 % des lycéens en France. Le projet de réforme est un retour en arrière intolérable. L’augmentation de 50% du temps passé en stage est discriminant et inefficace. Discriminant car trouver un stage nécessite un réseau. Inefficace car même s’il y a de bons tuteurs de stage, ils n’ont pas forcément les capacités pédagogiques et les matériels disponibles des lycées professionnels. Cette réforme voulue par le chef de l’état est surtout une réforme budgétaire. Un élève de lycée professionnel coûte plus cher qu’un élève de lycée général. Pourtant c’est aussi un fort moyen d’ascension sociale. Le lycée professionnel peut former à l’excellence dans de nombreux domaines indispensables à notre économie (on peut penser notamment à l’hôtellerie, la restauration, l’industrie…). Les enseignants demandent avec raison un accroissement du nombre de places dans les lycées professionnels et les sections de techniciens supérieurs. Cela permet la poursuite ou la reprise de formation des jeunes dont le contrat d’apprentissage aura été rompu ou dont le projet d’insertion professionnelle est remis en cause. Ces projets se déroulent souvent dans un contexte familial parfois compliqué avec des publics fragiles. La nécessité d’encadrement est importante.
– Une orientation choisie et non subie pour tous les élèves
L’aide à l’orientation est aujourd’hui insuffisante, peu efficace, pénalisante pour les élèves issus de milieu modeste. Nous devons créer un grand service public de l’orientation au service d’une formation tout au long de la vie, intégrant les dispositifs actuels pour que les jeunes et les adultes soient pleinement informés des débouchés offerts par chaque voie de formation.
C’est ainsi que nous pourrons passer d’une logique de l’orientation par défaut à une logique de parcours éducatif et professionnel choisi, construit et accompagné, quel que soit son milieu social.
Les choix d’orientation sont aussi très souvent déterminés par les offres de formation à l’échelle d’un bassin. Plus l’offre est complète, cohérente, et plus le choix offert est réel. Si cette dernière dépend légalement de l’Etat, il est indispensable qu’une plus grande coopération se développe avec les collectivités territoriales qui ont en charge la construction, la rénovation, l’entretien et l’équipement des établissements scolaires.page4image242432
Les communes, les départements et les régions jouent aussi un rôle éducatif de plus en plus important en mettant en place des dispositifs visant à la réussite des élèves : soutien scolaire, lutte contre le décrochage… Elles doivent devenir des partenaires à part entière des politiques éducatives territorialisées.
Leur expérience dans le domaine périscolaire, notamment pour les communes ou les intercommunalités, ne peut-être qu’un atout. Pour autant, l’échelon le plus pertinent pour mettre en place une structure d’observation et d’évaluation des politiques éducatives territoriales est la région. L’observatoire de la réussite scolaire et de la mixité sociale créé par la région Ile-de-France est un bon exemple à suivre.
Le choix de Parcoursup comme moyen de sélection a de nombreux effets pervers. Il impose une concurrence délétère entre élèves, accentue la pression sur les enseignants par l’exigence du contrôle continu. Il peut dégrader ainsi les relations entre les enseignants et familles Les choix d’orientation sont subis. Il démotive les élèves et casse leur estime de soi. De nombreuses démissions ont lieu seulement quelques mois après l’orientation, ce qui gâche des places pour des personnes motivées exclues à tort.
Un parcours universitaire réussi
Le taux d’échec en première année universitaire est insupportable et pénalise les étudiants des milieux les plus modestes. C’est pourquoi chaque étudiant doit se voir offrir la garantie d’être accompagné dans son parcours, de construire progressivement son projet et de bénéficier, durant ses études, d’une première expérience.
Il faut garantir l’accès aux formations en IUT aux jeunes issus des baccalauréats technologiques et professionnels. Cette filière sélective voit les élèves des baccalauréats généraux truster les places. De plus, un système d’allocations publiques remboursables sous conditions de revenu et sans intérêts à payer de la part de l’étudiant doit être mis en place afin de mettre un terme au caractère profondément inégalitaire des conditions de ressources des étudiants.

– Revaloriser les carrières et les salaires.
Les enseignants ont besoin de travailler dans un environnement sécurisé et reconnaissant, à la hauteur de leur niveau de qualification et de leur responsabilité sociale. La revalorisation engagée dans le PPCR a eu de nombreux effets pervers. Les salaires doivent être revus à la hausse pour mieux apprécier leur travail et prendre en compte l’utilité sociale de leur métier. Les nombreuses promesses faites et non tenues ont entraîné une rupture de la confiance avec l’exécutif. A minima il paraît essentiel de garantir l’évolution des salaires sur l’inflation. Il faut éviter aussi les injustices à l’intérieur du corps enseignant. S’il est bien nécessaire d’augmenter les salaires des arrivants, il n’est pas moins nécessaire de le faire pour les autres. Il y a aussi un réel problème de représentativité syndicale qui entraîne une défiance et la recherche de nouvelles manières de s’opposer. Peut-être faut-il simplifier le vote et le rendre obligatoire pour les élections professionnelles pour redonner un sens à cette représentativité.

Sens de l’action
Nous, socialistes, réaffirmons que la nécessaire priorité de l’école passe par l’investissement dans la connaissance pour réhabiliter la promesse républicaine de démocratisation de la réussite scolaire. Une société sans éducation est une société sans avenir. C’est un enjeu mais surtout un défi : celui de garantir le droit à la réussite pour tous nos jeunes, quel que soit l’endroit où ils vivent, quel que soit le milieu d’où ils viennent, partout sur le territoire de la République.
 
1 https://www.francetvinfo.fr/economie/fraude/fraude-une-usurpatrice-a-reussi-a-exercer-en-tant-que- medecin-avant-de-devenirinstitutrice_5388604.html
2 Source DGAFP et étude de la DARES (Direction de l’Animation, de la Recherche, des Etudes et des Statistiques) https://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2016/03/19/les-profs-moins-absents-que-la- moyenne-des- salaries.html#:~:text=Elle%20est%20de%203%2C6,nuance%20encore%20les%20chiffres%20pr%C3% A9c%C3%A9dents).
3 http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/10/03102019Article637056848695154802.as px
4 https://www.france24.com/fr/20201008-diversit%C3%A9-dans-la-fonction-publique-le- d%C3%A9bat-sur-la-discrimination-positive-est-rouvert


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