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Que veut dire « tracer sa chaîne de production » pour une marque ?
Rédigé par Victoire Satto
Le 28 juil. 2022
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De la matière première (plant de coton ou baril de pétrole) à votre dressing, une multitude d’étapes s’enchaîne. Extraction ou culture, filature, teinture, tricotage ou tissage, apprêts, finitions, emballage, exports… La plupart des marques de mode actuellement sont uniquement créatrices et distributrices, mais rares sont celles qui fabriquent leurs vêtements. A de rares exceptions près, aucune ne connaît de A à Z l’ensemble des acteurs, des lieux et des méthodes impliqués dans la fabrication des collections, comme en atteste le Transparency Index 2021 édité par Fashion Revolution [1]. “Remonter ou tracer une chaîne de production”, c’est mener scrupuleusement cette quête. C’est la condition sine qua none de la transparence… Et si transparence ne signifie pas nécessairement éco-responsabilité, là est bien le point de départ d’une amélioration continue, mesurable et concrète. Nous sommes encore loin d’un changement significatif des pratiques, mais on s’en approche et cela sera bientôt requis par la loi [2]. Voici pourquoi et comment tracer/remonter sa chaîne de production.

De la matière première (plant de coton ou baril de pétrole) à votre dressing, une multitude d’étapes s’enchaîne. Extraction ou culture, filature, teinture, tricotage ou tissage, apprêts, finitions, emballage, exports… La plupart des marques de mode actuellement sont uniquement créatrices et distributrices, mais rares sont celles qui fabriquent leurs vêtements. A de rares exceptions près, aucune ne connaît de A à Z l’ensemble des acteurs, des lieux et des méthodes impliqués dans la fabrication des collections, comme en atteste le Transparency Index 2021 édité par Fashion Revolution [1]. “Remonter ou tracer une chaîne de production”, c’est mener scrupuleusement cette quête. C’est la condition sine qua none de la transparence… Et si transparence ne signifie pas nécessairement éco-responsabilité, là est bien le point de départ d’une amélioration continue, mesurable et concrète. Nous sommes encore loin d’un changement significatif des pratiques, mais on s’en approche et cela sera bientôt requis par la loi [2]. Voici pourquoi et comment tracer/remonter sa chaîne de production.
Depuis l’avènement d’une économie mondialisée, dans les années 80, la recherche de la main d’œuvre aux coûts les plus bas a poussé progressivement les marques à sous-traiter, sous-sous-traiter voire sous-sous-sous-traiter les différentes étapes de la fabrication d’un vêtement. Ainsi la personne qui cultive le coton n’est pas celle qui le file, ni la même qui le teint, le tricote etc. Ajoutons à cela une dynamique de « prix tirés vers le bas” qui requiert de changer perpétuellement d’intermédiaire vers le plus offrant… La cartographie de la chaîne d’approvisionnement est devenue un tel casse-tête qu’aucune marque n’est capable de la connaître à 100%. 
“Remonter ou tracer une chaîne de production”, c’est donc ça : aller en quête scrupuleuse de l’ensemble des acteurs, des lieux et des méthodes de chaque étape. Jusqu’aux conditions d’assurance maladie et de salaire de ses employé·e·s, jusqu’à connaître l’énergie utilisée par le bâtiment pour alimenter ses machines ou ses leds… C’est la condition sine qua none de la transparence… Autant vous dire que nous n’y sommes pas encore. 
La chaîne d’approvisionnement de la mode fait référence au processus de traçabilité de chaque étape de la fabrication, de l’approvisionnement des matières premières aux usines où ces matériaux sont transformés en vêtements, y compris le réseau de distribution par lequel ils sont livrés aux consommateurs. C’est un processus long et il est extrêmement rare que les matières premières soient cultivées, transformées, cousues et vendues au même endroit.
L’industrie du vêtement, du textile et de la chaussure est extrêmement exigeante en main-d’œuvre. Elle emploie plus de 100 millions de personnes à travers le monde, dont 90% en Asie. Les chaînes d’approvisionnement sont généralement divisées en quatre niveaux, le niveau 1 étant le plus proche du vêtement final (l’assemblage), le niveaux 4 le plus éloigné (la culture ou l’extraction des matières).
La chaîne d’approvisionnement mondiale des vêtements implique des millions de personnes, des tonnes de litres d’eau, de produits chimiques, des hectares de cultures et des milliers de barils de pétrole. Tout ce petit monde s’affaire à piller les ressources et l’énergie pour remplir nos garde-robes… Particulièrement ces 30 dernières années grâce à la fast fashion et plus récemment l’ultra fast-fashion. C’est ainsi qu’on perd – ironiquement – le fil de la traçabilité et qu’arrivent des tragédies comme le génocide des Ouïghours ou l’effondrement de l’usine Rana Plaza au Bangladesh. Côté consommateur·ice·s, nous sommes victimes du phénomène de “mort au kilomètre” : ce qui se passe loin de nos yeux nous indiffère, car nous ne sommes pas en mesure de comprendre la réalité désastreuse des Êtres et du Vivant loin de chez nous.
La production de textiles requiert l’extraction de matières premières naturelles ou création de synthétiques, secondairement filées. Dès cette étape, de nombreux produits chimiques sont utilisées dans le monde entier, dont beaucoup sont rejetés dans les eaux douces et les terres vers les nappes phréatiques, mais également les océans, au fil des lavages itératifs lors de la confection d’un vêtement. Ainsi sont contaminées les eaux et les terres agricoles, notamment utiles à la consommation humaine, mais aussi eutrophisés les rivières et les océans (c’est-à-dire appauvris en oxygène et acidifiés) ou encore contaminés par des microparticules.
La culture du coton à elle seule repose sur une forte consommation d’eau douce, et il peut falloir des milliers de litres d’eau pour fabriquer le coton nécessaire à la production d’un seul t-shirt. Les pesticides utilisés pour la culture du coton polluent l’eau et le sol, entraînant une perte importante de biodiversité. De nombreux agriculteur·ice·s sont victimes d’empoisonnements aux pesticides… Et soumis·e·s à la pression des lobbies des pesticides pour un rendement toujours plus intensif de leurs cultures.
En parallèle, nous n’ignorons pas l’existence de conditions de travail précaires et forcées pour la majorité des travailleur·euse·s du vêtements, notamment aux rangs 3 et 4. Par exemple, le travail des enfants est connu pour être courant en Ouzbékistan, sans rémunération, en tant que cueilleurs de coton, particulièrement lors des périodes de production intenses comme celles qui précédent nos soldes en Occident…. BREF : si on revient à nos moutons (et nos champs de coton), on comprend que connaître le parcours d’une graine jusqu’à la porte de nos placards est intéressant pour s’habiller en cohérence avec nos valeurs, auprès de marques consciencieuses et prêtes à en faire la démonstration.
Plus les circuits sont courts et moins les intermédiaires sont nombreux (par exemple, un produit en lin français, transformé en Europe, assemblé au Portugal), plus la composition du produit est simple (pas ou peu d’éléments de mercerie, monomatière, pas de teinture), plus l’exercice est aisé. 
Plusieurs outils sont disponibles sur le marché, plusieurs entreprises sont spécialisées dans cette quête. Il faut contacter l’un après l’autre les différentes parties prenantes des rangs 1, 2, 3 et 4, obtenir des factures, des preuves d’achats, des certificats… Par la suite, ces données doivent être stockées :
– S
oit renseignées d’un maillon de la chaîne à l’autre et sans intermédiaire, via un système de blockchain permettant d’encrypter ces informations (comme un contrat notarié digital intouchable)
– Soit dans une base de données propre à la marque.
Évidemment, à chaque fois qu’on change de fournisseur ou de partenaire, il faut recommencer.

Si, comme la plupart des marques, votre relation principale est avec le fournisseur ou le fabricant du produit fini, l’idée de cartographier l’ensemble de votre chaîne d’approvisionnement peut sembler décourageante… et comme traditionnellement dans l’industrie de la mode, la liste de vos fournisseurs reste un secret bien gardé… Le Transparency Index de Fashion Revolution montre une augmentation d’une année sur l’autre du nombre de marques connaissant et publiant leurs fournisseurs de rang 1. Cependant, le nombre de ceux qui ont cartographié leurs chaînes d’approvisionnement jusqu’aux matières premières est beaucoup moins élevé.
Cartographier sa chaîne d’approvisionnement permet d’identifier les risques et les zones d’influence négatives, les domaines prioritaires pour améliorer l’impact social et environnemental d’une marque et communiquer en transparence à ce sujet. C’est aussi le meilleur moyen de comprendre où prendre des décisions commerciales plus efficaces et économes, et avoir une meilleure confiance en les matières ou produits (par exemple, éviter l’écueil de l’achat d’une matière présumée bio qui ne le soit pas, comme le coton par exemple). 
Établir de solides relations de confiance avec les fournisseurs est essentielle pour la cartographie de la chaîne d’approvisionnement, mais aussi pour faire de meilleures affaires in fine, éviter les scandales et faire dormir sa confiance sur ses deux oreilles (nous n’y sommes pas non plus).
La cartographie de la chaîne d’approvisionnement est très chronophage, mais grâce notamment à la technologie et – ne sous-estimons pas le pouvoir citoyen – la multiplication des scandales des méthodes peu scrupuleuses des marques comme la liste infinie de celles qui exploitent les Ouïghours, ainsi que du fait des lois en passe d’application comme le Product Environmental Footprint qui rendra l’ACV (Analyse du Cycle de Vie ou impact environnemental d’un produit) obligatoire, ou encore le Fashion Sustainability and Accountability Act qui contrôlera à l’import les produits de mode très polluants (fast fashion et ultra fast fashion en lice), on peut espérer s’approcher d’une industrie un peu plus honnête et propre.
Comme de nombreux mots nébuleux dans l’industrie de la mode, “traçabilité”, “RSE”, “durabilité” ou encore “transparence” peuvent être trop facilement récupérés par des marques aux intentions peu nobles. Ces mots sont devenus tendances, porteurs d’opportunités commerciales et il est trop facile pour les marques de prétendre qu’elles sont durables sans s’attaquer fondamentalement à leurs impacts. Si la loi est en passe de punir les allégations fausses et non prouvées, les consommateur·ice·s que nous sommes devons aussi redoubler de vigilance.
En  2021, le Transparency Index de Fashion Revolution [1] révélait qu’environ 47% des grandes marques partagent les informations au sujet de leurs fournisseurs de rang…1. 27 % ont publié des informations sur les usines de rang 2 et 11 % des marques au sujet du rang 4, concernant certaines matières premières, de façon non exhaustive.
Les revendications d’une marque sur l’éco-responsabilité de ses collections se concentrent donc uniquement sur les usines où la coupe, la couture et la coupe ont lieu. Mais fabriquer un vêtement est bien plus complexe. Plusieurs matières rentrent en jeu, parfois des mélanges, des étiquettes, des éléments de mercerie (zips, boutons, cordons, fils), des teintures, des apprêts, des emballages… Chaque graine de coton, chaque produit chimique versé, chaque goutte de métal fondue et transformée en une attache qui implique des compétences humaines et des coûts environnementaux.
La transparence est un grand effort mais n’est pas nécessairement synonyme d’éco-responsabilité !
De nombreuses marques se proclament « transparentes », mais rarissimes sont celles qui connaissent leurs produits du champ aux vitrines de vente ou d’e-commerce… De même, la transparence est un grand effort mais n’est pas nécessairement synonyme d’éco-responsabilité ! C’est un premier pas en revanche pour mesurer concrètement son impact et s’améliorer au fil des ans.
La conclusion pour un·e consommateur·ice ? Favoriser la seconde main de qualité, les marques de petite taille, humaine, les circuits ultra-courts, les matières naturelles locales (lin français, coton recyclé en France) et les vêtements simples et robustes qui dureront dans le temps. Et questionnez sans relâche les marques pour avoir accès aux informations les plus poussées et scientifiquement ou concrètement prouvées. Dans notre annuaire de marques, nous référençons les entreprises ayant transmis les factures de leurs fournisseurs et partenaires de confection, leurs certifications et labels, leurs audits éventuels, ainsi que les documents relatifs à leurs statuts (à mission, par exemple).
De nouvelles méthodes scientifiques comme la PCR ou la génomique sont en cours de développement, ou dont l’usage se banalise pour attester tangiblement des allégations des marques. En attendant des lois efficaces et des sanctions dissuasives, la responsabilité du devoir de vigilance et des choix d’achats en conséquence revient à chacun·e.
 
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