Projet pétrolier en Ouganda : la réponse de TotalEnergies aux 400 jeunes catholiques – Famille Chrétienne

Dans une tribune publiée début octobre, quatre-cent jeunes catholiques dénonçaient le mégaprojet pétrolier de TotalEnergies en Ouganda et en Tanzanie. Atteintes à la biodiversité, aux droits de l’homme, accointance avec un régime dictatorial… Le porte-parole de TotalEnergies, Cheik-Omar Diallo, répond aux critiques.
Le groupe TotalEnergies va prochainement exploiter de nouveaux gisements pétroliers en Ouganda (Tilenga et Kingfisher) et acheminer ce pétrole via un gigantesque pipeline à travers l’Ouganda et la Tanzanie (EACOP).
Vos projets en Ouganda et en Tanzanie seront à l’origine de 35 millions de tonnes de CO2 chaque année, d’après la tribune publiée par notre confrère La Croix. Pourquoi TotalEnergies ne respecte-t-il pas la recommandation de l’agence internationale de l’énergie (AIE) de cesser tout investissement dans de nouvelles énergies fossiles en vue d’atteindre la neutralité carbone, d’ici 2050 ?
Les projets Tilenga et EACOP sont compatibles avec l’ambition Net Zero 2050 que s’est fixé TotalEnergies en cohérence avec l’Accord de Paris sur le climat. L’AIE, sur la base d’hypothèses, a étudié plus de 1200 scenarii. Quatre-vingt-dix-sept d’entre eux tablent sur 1,5º C de réchauffement d’ici 2050, avec une demande et une offre théoriques en produits pétroliers qui prennent l’année 2020 pour point de départ. Hélas, on voit que la réalité est déjà complètement en décalage par rapport aux projections de l’AIE avec une demande effective, en 2021 et 2022, plus forte que prévu. Or, il faut bien que l’offre suive…
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Pourquoi faut-il que l’offre suive ? Vous en parlez comme si cela allait de soi…
Parce que, sans cela, les pays seraient en rupture de pétrole, ce qui signifie des carburants chers et plus disponibles en quantité suffisantes pour tout le monde. À partir de là, il faut comprendre que, certes, nous investissons dans l’exploitation de nouveaux champs pétroliers. Mais ce n’est pas pour augmenter notre offre en produits pétroliers : c’est seulement pour maintenir notre niveau actuel de production de pétrole. Car il nous faut tenir compte du fonctionnement d’un champ de pétrole : au bout d’un certain temps, le niveau de sa production diminue. Ce phénomène de déclin ou de déplétion est de l’ordre de 4% par an.
Il reste que la demande augmente et que, selon vous, l’offre doit suivre. Comment votre groupe entend-il y faire face avec la même quantité de produits pétroliers sortant de ses raffineries ?
En augmentant la production de gaz naturel liquéfié, d’énergies renouvelables et de nouvelles formes d’énergie (biocarburants, biogaz, hydrogène, etc.). Chaque année, TotalEnergies investit dans le renouvelable et l’électricité 4 milliards, et un milliard dans la décarbonation, soit un tiers des montants investis. D’ici 2050, 75% de notre production sera constituée d’énergies renouvelables et de ces nouvelles formes d’énergies.
Autre point abordé par la tribune : la biodiversité du parc Murchison Falls qui sera mise en péril – 132 puits y seront forés…
J’y suis allé quatre ou cinq fois. Le parc Murchison Falls, c’est 3900 km2. Il est immense ! Initialement, notre permis d’opérer était sur 10% de la surface du parc. Soit à peu près 400 km2. Mais on a fait des études d’impact environnemental, on a discuté avec les autorités, avec des rangers, et on a regardé techniquement ce qui était faisable. On a travaillé, travaillé. Et on est arrivé, sur ce terrain, à une occupation minimale de 0,03%, soit 1,2 km2 ! J’ajoute qu’à la fin du projet, au bout de vingt-cinq ans en général, on désinstalle de façon à respecter le couvert végétal. Je suis allé sur d’anciens sites d’exploration : si vous n’avez pas un GPS précis, ou quelqu’un avec vous qui connaît par cœur l’endroit, vous n’êtes même plus capable de repérer l’ancien site de forage.
Votre groupe affirme que son « empreinte » sur la biodiversité locale sera « globalement positive ». Comment croire cela ? 
Il faut avoir en tête la situation réelle de ce parc victime de la pression humaine. Le fait, notamment, du braconnage : les populations animalières y sont en déclin. Les lions, les éléphants, les chimpanzés disparaissent. TotalEnergies, en coopération avec les autorités ougandaises, va agir de façon à protéger ces animaux. Concernant le parc, nous avons pour engagement d’augmenter le nombre de rangers et d’améliorer leur formation, ou encore d’élaborer un programme pour augmenter de 25% la population des lions et des éléphants. En Ouganda, nous nous sommes également engagés à développer des actions supplémentaires en faveur de la biodiversité comme la restauration de 1000 hectares de forêt pour permettre le déplacement des chimpanzés, et 10 000 hectares de forêt préservés.  
Troisième point présent dans la tribune : le sort de « 100 000 personnes déplacées et contraintes d’abandonner l’agriculture vivrière », des compensations financières qui arrivent avec retard…
Reloger des populations quand il y a des travaux d’infrastructure, ce n’est pas quelque chose de propre à l’Ouganda. Ça se fait dans tous les pays du monde. Je ne sais pas pourquoi on en a fait une spécificité ougandaise. Quant au chiffre de 100 000 personnes… J’ai pu aller sur place, là encore. En réalité, 720 foyers sont relogés pour les deux projets, avec une moyenne de huit personnes par foyer, ce qui fait un total de 5000 personnes. Le chiffre de 100 000, lui, englobe toutes les personnes concernées par les projets, par exemple, parce que le tracé du pipeline traverse une parcelle de terrain qu’elles possèdent, même si elles n’y habitent pas, et que cette parcelle de terrain soit cultivée ou pas.
Dans quelles conditions les personnes sont-elles relogées ?
TotalEnergies s’est appuyé sur deux principes : la loi ougandaise et les critères de la Société financière internationale qui est une filiale de la Banque mondiale. Je précise que ces terrains sont acquis par le gouvernement ougandais, pour le compte duquel nous agissons : en aucun cas TotalEnergies ne devient propriétaire des terrains. Quant à la valorisation de ces terrains, elle a été réalisée par des cabinets sur la base d’études : on a regardé à quel prix s’échangeaient les biens dans les localités concernées. Ces études ont été validées par l’État ougandais. Suite à cette validation, on est entré dans les processus de paiement. Il est vrai qu’il y a eu des délais dans ce processus.
Comment expliquez-vous ce retard ?
Une partie des paiements a été perturbée par la période Covid. Une autre du fait des délais nécessaires pour réunir l’ensemble des titres de propriété ouvrant le droit à une indemnité. Pourtant, les personnes concernées gardaient la pleine utilisation de leur terre jusqu’à ce qu’elles soient indemnisées.
Ce point est contredit par le rapport des ONG Survie et Les Amis de la Terre.
Cela ne vous étonnera pas : nous sommes en désaccord, avec ces ONG, sur de nombreux points. Ici, j’exprime un point de vue légal : légalement, les personnes gardaient la pleine utilisation de leur terre jusqu’à ce qu’elles soient indemnisées. Hélas, certaines d’entre elles ont pu prendre pour une interdiction de cultiver ce qui n’était qu’une limite définie dans le temps pour répertorier tous les biens à indemniser. Pourtant, une campagne de communication a été lancée pour bien préciser les choses, au moyen de dépliants, de la radio publique et des agents de liaison communautaire pour transmettre ce message en anglais ainsi que dans les langues locales.
Lorsque la compensation était effectuée, ensuite, il a été appliqué une surcote de 15% par année de retard, sachant que le prix initial était lui-même majoré, de facto, de 30% pour indemniser les perturbations liées au déménagement. Après avoir touché sa compensation, la personne recevait un panier alimentaire pendant six mois, lequel était défini en fonction de la taille de sa famille. Puis elle bénéficiait d’un accompagnement pendant trois ans, minimum, pour lui permettre de retrouver une autonomie sur le plan économique.
Dernier point de la tribune, les revenus du pétrole qui ne feraient « qu’alimenter la corruption du régime dictatorial du président ougandais Museveni ».
Les sociétés dans lesquelles nous opérons ont des contrats avec les gouvernements ougandais et tanzanien. Le gouvernement ougandais a adhéré à l’initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). Cela signifie que les revenus du pétrole seront connus de façon transparente. Ensuite, le gouvernement ougandais a mis en place un cadre réglementaire bien précis. L’argent qu’il recevra ira au financement des infrastructures dont le pays a besoin. Car il ne faut pas oublier que l’Ouganda, aujourd’hui, c’est 45 millions de personnes, 130 millions dans quatre-vingts ans – la population va donc être multipliée par trois – et qu’un Ougandais sur quatre vit avec moins de deux euros par jour. C’est comme si on avait 18 millions de Français qui vivaient avec seulement 60 euros par mois ! Imaginez-vous cela ?
Enfin, la répartition des richesses se fera aussi à travers la lutte contre la déforestation. Car le pays perd actuellement son couvert forestier. De 20% en 1990, il est passé à 12% en 2019 : il a presque été divisé par deux. Nos projets vont permettre de produire un gaz qui sera commercialisé auprès de la population, laquelle n’aura plus besoin de couper du bois pour cuisiner. Pour que les Ougandais puissent acheter ce gaz en partie subventionné par le gouvernement, TotalEnergies accompagnera aussi la création d’activité économique des personnes qui accepteront d’utiliser le gaz comme source d’énergie. Ainsi, ces projets auront un impact positif sur la biodiversité bien au-delà des limites du parc Murchison Falls. Tandis que, sans ceux-ci, le gouvernement ougandais affirme que le pays n’aurait plus de forêt dans les années à venir.
Sur 100 dollars engendrés par le projet, combien vont à TotalEnergies et combien vont à l’Ouganda ?
Le contrat passé avec l’Ouganda est un PSC (Production sharing contract). Les détails sont à la discrétion de l’Etat ougandais, TotalEnergies ne peut donc pas les communiquer, puisque les données sont à ce jour confidentielles. Toutefois, TotalEnergies encourage l’Ouganda à le faire. En effet, soutenu par TotalEnergies, l’Ouganda a été admis à l’ITIE en août 2020 en tant que pays candidat et a publié son premier rapport en mai 2022. Il s’agit d’un engagement important. En promouvant la transparence dans les relations entre les gouvernements et les entreprises, l’ITIE vise à renforcer les systèmes des gouvernements et des entreprises, à informer l’opinion publique et ainsi à accroître la confiance dans la probité des activités dans les secteurs du pétrole, du gaz et des minéraux. Pour l’instant l’Ouganda n’a donc pas encore publié ses contrats, mais en décrit la structure dans ce premier rapport.
Guilhem Dargnies
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