Pouvoir d'achat : « Nos clients délaissent la grande marque pour la … – 20 Minutes

Économie « Certains clients commencent à moins acheter », note le PDG de Système U
20 MINUTES AVEC Dominique Schelcher, PDG du groupe indépendant Système U, qui compte plus de 1.500 magasins Super U et Hyper U en France, revient sur la crise « multifactorielle » du secteur agroalimentaire
Grippe aviaire, sécheresse et maintenant crise énergétique… Le secteur de l’agroalimentaire est confronté à une crise « multifactorielle » sans précédent, alerte le PDG de Système U, Dominique Schelcher, qui pointe un risque de pénurie de certains produits, notamment au rayon des produits frais. Egalement directeur du magasin de Fessenheim dans le Haut-Rhin, il revient pour 20 Minutes sur la crise du carburant, et évoque les tendances de consommation pour les fêtes de fin d’année.
Quelle est la situation par rapport à la disponibilité du carburant dans vos stations-service ?
Cela s’améliore, mais on n’est pas encore dans une situation optimale, car la logistique du transport de carburant est extrêmement huilée, donc quand elle est grippée, elle met du temps à se remettre en place. C’est d’autant plus long qu’il y a toujours de l’achat de précaution de la part des consommateurs : on vend plus de carburant qu’il ne faudrait, car les gens restent inquiets de ne pas en trouver.
Quel bilan tirez-vous de cette crise ?
Ce sont les stocks stratégiques qui nous ont sauvés, et la leçon la plus importante que je tire, c’est qu’en cas de crise d’une gravité de la sorte, il faut absolument que le gouvernement aille le plus vite possible vers la libération de ces stocks stratégiques pour mettre de la fluidité. On a peut-être un peu tardé au début de la crise. Il n’y a pas eu suffisamment de remontées de terrain, pour mesurer l’ampleur de la situation.
Constatez-vous des pénuries sur certains produits dans vos magasins ?
Post-Covid, la disponibilité habituelle des produits n’a pas été retrouvée. La chaîne alimentaire est un peu déréglée, ce ne sont pas des pénuries franches, mais ce sont pour beaucoup des ruptures ponctuelles de produits, qui manquent à un moment et qui reviennent. Cela pour plein de raisons. Par exemple, il manque 40.000 chauffeurs routiers en France, donc parfois les industriels n’arrivent pas à livrer. D’autres fois, des chaînes de production s’arrêtent par manque de main-d’œuvre. Il y a des pénuries de matières premières, ou d’emballage : on manque ainsi de verre en France. Et le point dur, c’est la hausse des prix de l’énergie, qui touche particulièrement les entreprises agroalimentaires.
Sur quels produits cette menace pèse-t-elle le plus ?
Dans les produits frais, cela risque d’être sensible. On commence à le constater, car derrière il y a des entreprises qui ont beaucoup de frigos et un process qui nécessite beaucoup de gaz et d’électricité. Je pense aux difficultés rencontrées par certains producteurs de volaille aussi. Mais tous les produits alimentaires peuvent être concernés. La chaîne agroalimentaire est à un tournant, elle est à l’heure du changement.
La prise en charge de ces hausses des coûts de l’énergie par l’État, est-elle insuffisante selon vous ?
Les chefs d’entreprise n’aiment pas demander des aides. Ils veulent pouvoir travailler et vivre de leur métier. Sauf que là, l’ampleur des hausses est telle, qu’il faut de l’accompagnement. Et en l’état, il n’est pas suffisant pour certaines entreprises, notamment pour les PME de l’agroalimentaire, qui sont stupéfaites par l’ampleur des hausses l’année prochaine, et qui n’y arriveront pas avec les dispositifs actuels.
Êtes-vous préoccupé vous aussi ?
Oui nous sommes inquiets. Chez nous, la facture va doubler, alors qu’on avait pris nos dispositions en achetant l’électricité de manière groupée pour 2023. Mais on va trouver des solutions pour la digérer, de toute façon, nous n’avons pas le choix.
Comment faire pour ne pas répercuter cette hausse sur le consommateur ?
Je n’ai pas la réponse aujourd’hui, mais on y travaille. Nous devons faire face à une conjonction de facteurs exceptionnels. Avec la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique, le prix de l’électricité… La crise est multifactorielle, c’est la tempête parfaite pour la chaîne agroalimentaire. En même temps, le monde de l’entreprise arrive à s’adapter, et je suis persuadé qu’une fois de plus, on va tout faire pour résister, particulièrement les commerçants, qui sont au cœur de la vie des gens.
Quels sont les produits qui subissent le plus l’inflation ?
Les produits à forte base de matière agricole, comme les produits laitiers, car le lait est plus cher. Le steak haché aussi, car la viande de qualité est plus rare. Certains fruits et légumes, du fait de la sécheresse, sont moins disponibles.
On parle beaucoup du riz pour 2023, vous partagez cette inquiétude ?
Il y a une alerte sur le riz, pour l’instant elle n’est pas avérée, mais on surveille cela de très près.
Craignez-vous une inflation plus importante en 2023 qu’en 2022, comment anticipez-vous l’année prochaine ?
Je suis face à l’année 2023, dans une incertitude comme je n’ai jamais été. Répondre à cette question est extrêmement difficile. L’inflation va se poursuivre, à quel niveau, à quelle ampleur, ça, je ne sais pas.
Toutes les hausses de prix sont-elles justifiées ?
C’est notre travail de commerçant et de négociateur, de discuter les hausses qui sont demandées par nos fournisseurs. Grâce à des critères de comparaison, on peut évaluer si une hausse qui nous est demandée est justifiée ou pas. Si elle est justifiée, on la répercute sur nos prix, en totalité ou partiellement, car il arrive parfois que nous prenions sur nos marges pour amortir le choc. Notre crainte actuellement est qu’on en arrive à des niveaux de prix qui fassent trop peur aux clients, car l’inflation va continuer. Des changements de comportement s’observent déjà chez nos clients, qui se tournent désormais en priorité vers les produits en promotion.
D’une manière générale, quels sont les changements de comportement dans la consommation des Français ?
Ils achètent moins au rayon traditionnel, moins de fruits et légumes, moins de viande, moins de poisson, moins de fromage à la coupe, parce que c’est plus cher. Mais quand ils en achètent, c’est de qualité. Ils délaissent aussi de plus en plus la grande marque pour la marque distributeur, c’est un phénomène qui est en train de s’accélérer.
Comment se présentent les fêtes de fin d’année, va-t-il y avoir des changements dans les habitudes de consommation ?
Sur tout ce qui est non alimentaire, il n’y a pas d’alerte de disponibilité. Pendant le Covid, il a pu y avoir des alertes sur des containers de jouets bloqués dans des ports. Ce n’est pas le cas cette année. Il y aura des jouets, de la déco et des cadeaux. Dans l’alimentaire en revanche, il y aura des produits en tension. Avec la grippe aviaire, il y aura peut-être un peu moins de foie gras, et plus cher.
Et quid des illuminations de Noël dans vos magasins ?
J’ai envie de dire que ce n’est malheureusement pas une année à décorations lumineuses, et je crois que beaucoup de patrons vont y renoncer, ou feront le strict minimum. Quand on vous dit que vous risquez de manquer de courant pendant deux heures, je préfère ne pas mettre de décorations de Noël. Je n’en installerai pas dans mon magasin de Fessenheim, alors que ça fait des années que j’en mettais.
Sur les économies d’énergie de manière plus générale, que mettez-vous en place pour limiter votre consommation ?
La grande distribution est la première profession à s’être manifestée sur cette thématique, dès le mois de juillet. Cela se traduit par l’extinction des enseignes dès la fermeture des magasins le soir, moins d’éclairage le matin quand les clients ne sont pas encore là, et une température plafonnée à 19°C. J’encourage les patrons de magasins U à investir dans des panneaux photovoltaïques, et dans de nouvelles productions de froid. Il faut continuer à se moderniser dans des technologies qui consomment moins d’énergie, et quand les magasins le font, leur facture énergétique baisse significativement. C’est mon cas dans mon magasin de Fessenheim.
Finalement, cette crise est-elle un accélérateur en faveur de la transition énergétique ?
Oui, c’est la note positive de cette crise. Beaucoup de gens avaient besoin d’un choc pour les pousser à baisser leur facture, et protéger la planète. Nous y sommes.
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