Plan social chez Weleda : économique ou stratégique ? – CFTC

AccueilActualitésSocialPlan social chez Weleda : économique ou stratégique ?
4 octobre 2022 | Social
Weleda France a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Ce, alors même que l’entreprise française avait jusqu’en 2027 pour sortir du rouge. Un « coup de massue » pour Laurence Saturni, déléguée syndicale CFTC.
Plan social chez Weleda : économique ou stratégique ?
Le 4 juillet, Weleda France a annoncé au comité social et économique la liquidation de 127 emplois au premier trimestre 2023, dans le cadre d’un PSE. Soit 64 % des emplois de l’entreprise ! Ce plan social prévoit la suppression de 112 postes sur le site d’Huningue (Haut-Rhin).
Parmi eux, 50 concernent la production, les autres les services annexes (service clients, informatique, bureau d’étude, services généraux…). À cela s’ajoutent dix postes de visiteurs médicaux et les trois postes du « concept-store » de Paris, avenue Franklin Roosevelt.
Ce lieu de vente et de massage sera donc fermé, malgré les 600 000 € qui y ont été investis en 2019. En outre, sept salariés vont se voir proposer un aménagement de fonctions (s’ils refusent, ils seront licenciés). Suite à l’annonce de cette nouvelle, les salariés de Weleda France ont débrayé en nombre le 7 juillet, ce qui est extrêmement rare dans cette entreprise. La direction n’a pas réagi.
« Personne n’est venu à la rencontre des salariés », explique Laurence Saturni, conseillère clientèle et déléguée syndicale CFTC. Pas plus de réaction chez les politiques locaux, alors qu’« il va y avoir des impacts sur les restaurants et les commerces de la ville », prévoit-elle.
C’est un véritable coup de massue ! On s’attendait à une cinquantaine de licenciements, mais là, c’est monstrueux ! s’étrangle-t-elle. On nous a toujours dit que, dans un groupe, on se soutient !
La filiale française invoque une baisse de 36 % de son chiffre d’affaires depuis 2018. Mais il y a un an, le groupe austro-germano-suisse lui avait donné jusqu’en 2027 pour redresser la barre. D’ici là, les mauvais résultats devaient être compensés par ses autres filiales. L’entreprise impute ces derniers au déremboursement des produits homéopathiques en France[1].
Cependant, « le déremboursement est une épée de Damoclès qui plane au-dessus de Weleda depuis au moins 30 ans », précise Laurence Saturni, qui reproche au groupe son manque d’anticipation. Les cosmétiques représentant plus des trois quarts des ventes au niveau mondial (Cf « chiffre d’affaires »), « pourquoi ne pas avoir davantage innové et investi dans ce segment pour le développer encore plus ? »
Au contraire, la production de cosmétiques a été transférée en Suisse et en Allemagne en 2012. Si bien qu’à Huningue, on ne produit plus que des médicaments homéopathiques… Weleda France était donc condamnée par le groupe à réaliser de mauvais résultats.
 
« Barre-toi ! », la pièce de théâtre inspirée d’un plan social
Depuis août 2019, 67 personnes sont déjà parties suite à un accord de gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) et un PSE concernant les salariés d’une agence de logistique dans le Val-de-Marne. Le groupe Weleda décide maintenant de « réorganiser le site d’Huningue et d’y arrêter la production des médicaments », détaille Laurence Saturni. Finalement, « on ne va plus rien produire du tout », résume-t-elle. Même logique en Suisse : « Le groupe va transférer en Allemagne toute la fabrication des médicaments. »
En fait, Weleda a le projet de regrouper toute sa production outre-Rhin. Ainsi, « un énorme pôle logistique et de production va sortir de terre en 2023, à Schwäbisch Gmünd », explique Laurence Saturni. Une recherche sur Internet le confirme. L’architecte choisi est MichelGroup, un habitué des projets d’envergure, comme le centre commercial Redi de 64 000 m² à Helsinki.
Transsolar aussi est engagé. Ce cabinet de conseil en ingénierie compte à son actif le Louvre Abu Dhabi, EuropaCity (Val-d’Oise), ou encore le palais de justice de Lille. On peut donc s’attendre à un projet coûteux. C’est à se demander si le PSE n’est pas davantage dû au choix stratégique du groupe qu’aux difficultés économiques de Weleda France.
On va demander des comptes, annonce Laurence Saturni.
À cette fin, le CSE s’adjoint les services d’un avocat et d’experts techniques et financiers. Une négociation a débuté le 1er septembre et se poursuit jusqu’au 26 octobre. Premier objectif : « Récupérer quelques postes, affirme la déléguée CFTC. Il ne suffit pas de vendre des produits, le SAV dans sa globalité est très important. Et nous ne voyons pas comment, avec le peu de moyens humains qu’il va rester, nous allons pouvoir continuer à satisfaire le client en termes de qualité et de suivi. »
Deuxième objectif : le doublement, voire le triplement, des indemnités de licenciement. Le PSE prévoit pour l’instant 15 000 € par personne, plus des indemnités conventionnelles en fonction de l’ancienneté.
La CFTC souhaite aussi négocier des congés de reclassement, des mutations internes dans le groupe, ou encore un plan seniors. Dans tous les cas, le PSE devra être examiné par la Dreets[2] pour entrer en application. Ce qui constitue un espoir pour la section CFTC.
Laurent Barberon
[1] Les produits homéopathiques étaient remboursés à 30 % avant le 1er janvier 2020, puis à 15 % à partir de cette date, et plus du tout depuis le 1er janvier 2021, sur une décision de la ministre de la Santé Agnès Buzyn.
[2] Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités.

La Dreets examine la régularité d’un PSE. Elle contrôle par exemple :
Les salariés de #Weleda étaient en grève mardi pour exprimer leur inquiétude face à l’avenir de l’entreprise. Itw de Laurence Saturni, déléguée syndicale #CFTC au micro de @F3Alsace https://t.co/kP3rUc5P5p
— Syndicat CFTC (@SyndicatCFTC) September 22, 2022

9 septembre | Social
Mise en liquidation le 28 juin, la société Maisons Phénix du groupe Geoxia s’est effondrée en un rien de temps. Un coup dur pour les emplois directs et indirects, comme…
2 août | Social
Il y a 14 ans, les salariés de la Barre Thomas subissaient un plan social particulièrement brutal. De ce drame est née une pièce de théâtre, actuellement jouée en Bretagne….
Logo




Actualités, ressources, ne manquez rien…
Abonnez-vous à la newsletter !


source

A propos de l'auteur

Backlink pro

Ajouter un commentaire