Pénurie de carburant : « La CGT réfute tout blocage » – Le Monde

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Les grèves dans les raffineries, pour de meilleurs salaires, se poursuivent ce mercredi, alors que le gouvernement a lancé des réquisitions pour permettre aux Français de faire le plein. Nos journalistes Marjorie Cessac et Aline Leclerc répondent à vos questions dans un tchat.
Bonjour Damien,
Le président du RN Jordan Bardella a pointé sur France 2 « un défaut d’anticipation » du gouvernement qui refusait il y a quelques jours encore de parler « de pénurie ».
Tout en jugeant « pas illégitimes » les demandes d’augmentation de salaires « au regard du contexte de superprofits de l’entreprise et du salaire du patron de Total », M. Bardella a estimé qu’on « ne peut pas paralyser le pays », appelant au besoin à « réquisitionner des salariés ».
Bonjour Friky,
Vous êtes nombreux à nous poser cette question, et malheureusement, je n’ai pas la réponse. Nous nous renseignons.
Bonjour,
Nous avons répondu un peu plus haut. Non, pas de « blocage » mais des salariés en grève, ce qui compromet donc le fonctionnement habituel. Pas de barricades, pas de non-grévistes « bloqués » pour aller travailler.
Bonjour Vinny,
Pour l’heure, la compagnie Air France indique ne pas avoir eu d’impact sur son activité en lien avec la grève. De son côté, Aéroports de Paris (ADP) souligne que l’entreprise – jusqu’à hier du moins – n’avait, elle non plus, pas enregistré de répercussions. Cette dernière nous a cependant signalé qu’elle était en train de se renseigner sur ses futures livraisons en kérosène.
Bonjour MC,
Vous êtes beaucoup à nous poser cette question sur les salaires. C’est, en effet, la stratégie de communication choisie par TotalEnergies dès ce week-end : lancer que ces raffineurs gagnent « 5 000 euros ». De nombreux journalistes, dont notre équipe des Décodeurs, ont travaillé sur le sujet pour essayer de répondre à vos interrogations. Leur papier sera publié dans quelques minutes.
C’est une question compliquée. D’abord parce qu’on ne sait pas trop ce que comprennent ces 5 000 euros : on mélange du salaire, de l’intéressement, des primes ? Voilà les données qu’a pu nous donner l’Ufipem, l’Union française des industries pétrolières énergies, mobilités, qui représente donc la branche professionnelle du pétrole : le salaire de base d’un salarié en début de carrière dans une société de raffinage est proche de 2 200 euros brut par mois, auxquels s’ajoute une prime de quart d’environ 540 euros. Soit 2 740 euros brut par mois en début de carrière.
Pour un salarié ayant près de vingt ans d’ancienneté, le salaire de base se situe à environ 3 600 euros brut, auxquels il faut ajouter près de 1 200 euros de primes (dont la prime de quart et d’ancienneté, à 1 % par année d’ancienneté). Soit un salaire brut mensuel de 4 800 euros après vingt ans de carrière. Les 5 000 euros mensuels avancés par TotalEnergies semblent ainsi bien plus proches du salaire d’un opérateur de raffinerie très expérimenté que de celui d’un salarié moyen.

Mais, au-delà des chiffres, ce « débat » sur les salaires pose des questions politiques et même morales : on parle de salariés qui travaillent en équipe, donc tournent aux 3 × 8, travaillent de nuit, le week-end, dans des conditions dangereuses, et à qui on demande technicité et expertise, le tout dans un groupe qui fait des bénéfices astronomiques. Y a-t-il dans ce cas un niveau juste de salaires ? Et au-delà : y a-t-il un niveau de salaire au-delà duquel on estime qu’un salarié n’est pas fondé à lutter pour son pouvoir d’achat ? « A ce jour, notre force de travail en 2022 est moins payée qu’en 2021, et on devrait accepter cela ? », interroge un salarié.
Je laisse chacun trouver la réponse qu’il estime juste à cette question. 😉
Bonjour Totaux,
C’est à la direction de l’entreprise, en l’occurrence Esso-ExxonMobil, qu’il revient de précisr à la préfecture de quelle personne elle a besoin pour effectuer les tâches qui ne le sont plus. La préfecture dresse une liste. Les gendarmes ou policiers notifient ensuite les personnes requises en se rendant à leur domicile. Celles-ci doivent être à leur poste dès le lendemain au risque, sinon, de s’exposer à des poursuites.
L’usine Total de La Mède à l’arrêt, à la suite du mouvement de contestation lancé par la CGT sur les salaires et l’inflation.
Bonjour Le Randonneur,
En fait il y a deux situations différentes : ExxonMobil-Esso d’un côté, TotalEnergies de l’autre.
Chez ExxonMobil, la grève a commencé le 21 septembre, au lendemain de l’ouverture des négociations annuelles sur les salaires, avancées de décembre au 20 septembre. La direction a proposé une augmentation générale des salaires de 6,5 %, une prime de partage de la valeur (défiscalisée, désocialisée, autorisée par la loi sur le pouvoir d’achat du mois d’août) de 3 000 euros. Insatisfaite, la CGT a alors appelé à la grève. Mais lundi, deux syndicats, majoritaires à eux deux, la CFDT et la CFE-CGC, ont finalement accepté de signer l’accord prévu, auquel la direction a ajouté une prime transport exceptionnelle de 750 euros brut. Pas assez pour la CGT, qui a décidé de continuer le mouvement.

Chez TotalEnergies, il n’y a aucune négociation en cours. Mais depuis le printemps, les syndicats (toute étiquette confondue) interpellent la direction sur les pertes de pouvoir d’achat des salariés en raison de l’inflation. La dernière augmentation générale remonte à la négociation de février : tous les syndicats ont signé l’accord actant une hausse de 2,35 % de tous les salaires, l’enveloppe s’élevant à 3,5 % en tout, avec l’ancienneté et les augmentations individuelles. Mais l’inflation a atteint 5,8 % en juin, 6,1 % en juillet. Les syndicats ont interpellé la direction en juin lors d’un comité européen du groupe. Ils ont obtenu en réponse une prime de 200 euros pour tous les salariés du groupe dans le monde. Il y a eu ensuite une journée de grève le 24 juin, une autre à la fin de juillet. Un accord a été signé pendant l’été pour les salariés de la filiale Argedis, qui travaillent dans les stations d’autoroute et qui ont des salaires très bas, éligibles à la prime d’activité. Et pour la rentrée, la direction de TotalEnergies a proposé d’anticiper les négociations annuelles obligatoires pour 2023, en les avançant à novembre plutôt que janvier.
Mais la CGT, comme la CFDT sur ce point, veut aussi obtenir un rattrapage de l’inflation pour l’année 2022. Ils réclament deux enveloppes, une pour 2022 et une pour 2023. C’est leur désaccord avec la direction.
En réponse à une demande de la CFDT, Total a proposé d’ouvrir les négociations dès aujourd’hui, mais a posé pour préalable la levée de la grève. Ce que refuse de faire la CGT, qui veut que les discussions s’ouvrent, mais refuse de suspendre le mouvement.
Bonjour jc,
Sur le plan du droit administratif, notamment en vertu de l’article L.2215-1 4° du code général des collectivités territoriales, le préfet peut, par un arrêté motivé, « réquisitionner tout bien ou service, requérir toute personne nécessaire au fonctionnement de ce service ou à l’usage de ce bien », ainsi que « prescrire toute mesure utile, jusqu’à ce que l’atteinte à l’ordre public [prenne] fin ».
Cependant, comme le précise l’avocat Adrien Fourmon (Jeantet), l’administration ne peut prendre que les mesures strictement proportionnées, imposées par l’urgence et proportionnées aux nécessités de l’ordre public.
Dans une ordonnance du 22 octobre 2010, le juge du référé liberté du tribunal administratif de Melun, lors du blocage de raffineries, liées aux grèves dans le cadre de la réforme des retraites, avait précisé : « en réquisitionnant la quasi-totalité du personnel de la raffinerie Total de Grandpuits en vue, non seulement d’alimenter en carburants les véhicules prioritaires, mais également de fournir en produits pétroliers de toute nature l’ensemble des clients de la raffinerie, dans le but de permettre aux entreprises du département de poursuivre leurs activités, et alors, au surplus, que le représentant du préfet a déclaré à l’audience que des stations-service du département étaient déjà réservées au profit des véhicules d’urgence et de secours, l’arrêté a eu pour effet d’instaurer un service normal au sein de l’établissement et non le service minimum que requièrent les seules nécessités de l’ordre et de la sécurité publics. » (Trib. adm. Melun, ord. 22 oct. 2010, Confédération générale du travail – Confédération de syndicats et autres, no 1007329/6.).

Bonjour,
Il existe, en effet, un droit à la grève, mais pas au blocage, et Elisabeth Borne, alors ministre des transports, l’avait rappelé en 2020 lors des tensions de l’époque, comme l’avait rapporté l’Agence France-Presse.
Mais dans le cas qui nous occupe, la Confédération générale du travail (CGT) réfute tout blocage : il n’y a pas de barricades, et les non-grévistes peuvent travailler comme ils veulent. Ce qui « bloque » la sortie du carburant, c’est le fait que des agents qui occupent les postes-clés pour permettre cela, sont en grève. Les modalités précises de la grève sont d’ailleurs négociées en interne afin que toutes les installations restent en sécurité, certains grévistes peuvent être « requis » sur place pour permettre cela (attention cela n’a rien à voir avec les réquistions lancées par le gouvernement, ce sont les modalités de la grève dans ces installations sensibles).
Pour la CGT, l’emploi du terme « blocage » par la direction de Total comme par le gouvernement est une façon de faire passer l’inacceptable. « Dire “on ne négocie pas face au blocage” passe mieux que dire “on ne négocie pas face à une grève” qui n’aurait aucun sens ! », nous disait hier soir Thierry Defresne, de la CGT Total.

Bonjour Fantômas,
Selon le gouvernement, une reprise du travail dans les dépôts pourrait entraîner une amélioration assez rapide. « Les dépôts sont pleins, l’enjeu est juste de les débloquer », explique-t-on au ministère de la transition énergétique, précisant que le sujet est celui de « l’acheminement ». Certains syndicalistes évoquent cependant le fait qu’il n’est pas possible de faire le plein des camions-citernes le soir ou la nuit. La remise en route des raffineries devrait, en revanche, prendre au moins deux à trois semaines avant que celles-ni ne retrouvent une activité normale.
Marjorie Cessac et Aline Leclerc, spécialistes des énergies et des conflits sociaux, répondent à vos questions. N’hésitez pas à participer ! Merci de mentionner « Tchat » au début de votre message, nous retrouverons vos contributions plus facilement.
Bonjour Nathan,
Les salariés qui refuseraient d’exécuter l’arrêté préfectoral de réquisition encourent jusqu’à six mois d’emprisonnement et 10 000 euros d’amende.
La députée écologiste Sandrine Rousseau a appelé mercredi à « la grève générale », espérant que la mobilisation dans les raffineries et dépôts de carburants chez TotalEnergies et ExxonMobil provoque une « étincelle ». « J’espère que ce sera l’étincelle qui déclenchera un mouvement de grève générale, parce que la colère dans le pays est telle que je pense qu’il y a vraiment matière à bloquer et à changer les politiques libérales qui sont mises en place par le gouvernement », a déclaré la députée Europe Ecologie-Les Verts (EELV) de Paris à FranceInfo.
Toujours à la Nupes, le député La France insoumise (LFI) Alexis Corbière a, lui, estimé sur RTL qu’une « victoire » des grévistes dans les raffineries « ouvrirait la porte à tous ceux (…) qui n’ont pas le même rapport de force ». L’élu de Seine-Saint-Denis a battu le rappel de la « marche contre la vie chère et l’inaction climatique », organisée dimanche par les partis de gauche. Rassemblement auquel la Confédération générale du travail (CGT), principal syndicat à l’initiative de la mobilisation dans les raffineries et dépôts, a refusé de s’associer.
Bonjour Lazare,
Dans le droit français, deux textes permettent théoriquement la réquisition de salariés. En s’appuyant sur l’article L.1111-2 du code de la défense, l’exécutif peut, par décret pris en conseil des ministres, mobiliser des personnes et des biens « en cas de menace portant notamment sur une partie du territoire, sur un secteur de la vie nationale ou sur une fraction de la population ».
Mais, précisant mardi avoir « demandé aux préfets d’engager la procédure de réquisitions », Elisabeth Borne renvoie plutôt vers l’article L.2215-1 du code général des collectivités territoriales. Ce dernier donne pouvoir aux préfets, par arrêté, de « requérir toute personne nécessaire » quand « l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques l’exige ».
Pour une explication plus détaillée :

Bonjour Katy,
Nos Décodeurs ont réalisé une carte des approvisionnements en carburant des stations-service de France métropolitaine. Elle se met à jour toutes les dix minutes.
Bonjour Laurent,
La dégradation de la situation la semaine dernière a poussé le gouvernement à mobiliser une partie des stocks stratégiques, ainsi qu’à autoriser la circulation des camions-citernes dimanche. Elisabeth Borne s’est félicitée dimanche d’avoir pu ainsi augmenter les livraisons dans stations de 20 %. Aucune précision n’a cependant été apportée sur la quantité de stocks libérés.
En octobre, le ministère de la transition écologique assurait que la France disposait de « 90 jours de consommation en stock stratégiques sur tout son territoire ». Ces stocks sont répartis sur 89 sites (80 dépôts commerciaux, huit raffineries et un site de cavités salines souterraines), selon la Société anonyme de gestion de stocks de sécurité (Sagess).
Le code de l’énergie impose à chaque opérateur de constituer un stock stratégique équivalant à 29,5 % de la consommation de l’année précédente. Seul l’Etat peut décider de puiser dans ces réserves.
Nos journalistes Marjorie Cessac, spécialiste des énergies, et Aline Leclerc, pour les conflits sociaux, répondront à vos questions dans un tchat ici même à partir de 11 h 30. N’hésitez pas à leur poser vos questions grâce au formulaire de contribution. Si vous y ajoutez la mention « Tchat » au début, nous les retrouverons plus facilement.
Devant l’enlisement du conflit social sur plusieurs sites TotalEnergies et Esso-ExxonMobile, le gouvernement a mis sa menace à exécution. Une première réquisition de salariés grévistes a été lancée mercredi pour débloquer le dépôt de carburant Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime). Les travailleurs indispensables à la libération des cuves seront contraints par un arrêté préfectoral de reprendre leur activité, sous peine de sanction pénale.
Sous quelles conditions l’Etat-il peut-il réquisitionner des salariés d’une entreprise privée ? Que risquent les travailleurs réfractaires ? Le Monde fait le point.
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