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Budget et fiscalité Alerter sur la charge de la dette N°235 • juillet 2022
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Éducation et culture
01 juillet 2022 • Alessandro Roberto
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Une lycéenne de terminale à Pau acceptée en licence par Parcoursup avec une recette de gâteau en guise de lettre de motivation : cette histoire ayant cumulé plusieurs millions de vues sur les réseaux sociaux a récemment relancé le débat quant à l’efficacité du processus de sélection de Parcoursup, portail numérique en charge de l’affectation des bacheliers à l’enseignement supérieur. Manque de transparence des critères de classement des algorithmes, discrimination selon le lycée d’origine, quotas de boursiers… malgré la réforme de 2018, les critiques perdurent et la France est encore à la recherche d’un modèle de sélection efficace et stable dans le temps. Le sujet avait fait l’objet de plusieurs propositions lors de la campagne présidentielle. Au-delà du « comment » de la sélection des futurs étudiants, ce sont aussi les enjeux du « qui » et « combien » qui ressortent lorsque l’on se compare à nos voisins. Bilan français et tour d’horizon européen.
Avant de souligner ses défauts, il s’agit tout d’abord de regarder en quoi la création de Parcoursup en lieu et place d’Admission Post-bac (APB) s’imposait au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, mise en place le 15 janvier 2018.
APB était la plateforme chargée de l’attribution des places en première année de l’enseignement supérieur. Au début de l’été 2017, plus de 100 000 élèves (sur 800 000) ne disposaient pas d’affectation pour la rentrée. Au final, ils étaient environ 6 000 en septembre à toujours être à la recherche d’un établissement du cycle supérieur. Surtout, les universités n’étaient alors pas autorisées à sélectionner leurs étudiants et se retrouvaient donc contraintes au tri par tirage au sort lorsque le nombre de candidatures excédait le nombre de places disponibles. Beaucoup de lycéens se retrouvaient démunis et stressés par la procédure sans même en comprendre le fonctionnement. De plus, l’époque était (et est encore) à la massification de l’accès à l’enseignement supérieur, parfois au détriment de la solidité des dossiers des élèves. Autant dire que jouer l’avenir de la jeune génération sur les coups du hasard et sans aucun fondement méritocratique ne pouvait durer.
La réforme de Parcoursup menée par la ministre Frédérique Vidal avait ainsi pour objectif de faciliter l’accès à l’enseignement supérieur ainsi que le processus pour y parvenir. Les moyens mis en œuvre étaient les suivants :
Cependant, depuis sa mise en place (et même avant), la plateforme Parcoursup soulève de nombreuses interrogations et contestations.  
Si Parcoursup attribue plus de places qu’APB le faisait, c’est aussi au prix d’un étalement des résultats d’affectation tout au long de l’été, notamment au détriment des lycéens aux dossiers considérés comme les plus faibles. Ainsi, en juillet 2021, 91 000 lycéens de terminal n’avaient toujours pas reçu de proposition avant le début de la phase complémentaire. Ce chiffre pourtant très important a été présenté comme une réussite par la ministre de l’Enseignement supérieure de l’époque, car cette situation concerne 40 000 lycéens de moins que l’année précédente à la même période. Quoi qu’il en soit, la procédure étant longue et continue, les lycéens-candidats ne disposent que de très peu de visibilité et la planification de leurs objectifs est bien plus compliquée qui si les résultats définitifs étaient donnés au même moment. De l’aveu de la plupart des lycéens, la procédure de Parcoursup est donc la source de beaucoup de stress. C’est entre autres pour cela qu’est proposé l’abandon du non-classement des vœux afin de réduire le phénomène des listes d’attente et de permettre à chacun d’obtenir une proposition le plus rapidement possible, qui plus est davantage ciblée et en adéquation avec les demandes du candidat.
La Cour des comptes a publié un long bilan d’étape sur Parcoursup en février 2020[1]. Elle a ainsi formulé plusieurs recommandations à destination de la plateforme d’orientation nationale, reprisent par nombre d’acteurs politiques et syndicaux : l’anonymisation de l’établissement d’origine et la levée du secret qui entoure les « algorithmes locaux » utilisés par les commissions d’examen des vœux pour procéder au classement des candidats.
Focus sur les lycées privés
La première mesure viserait à empêcher toute discrimination en fonction du lycée d’origine par la mise en place d’une « mesure de l’écart entre les résultats au baccalauréat et la notation au contrôle continu ». En effet, les lycéens de certains établissements privés seraient discriminés par certains établissements. On observe un double problème : d’une part, ces lycées sont très exigeants dans la notation de leurs élèves, qui sont donc sous-notés par rapport à la plupart des autres établissements. Un 12 de moyenne dans un lycée privé d’excellence vaut peut-être plus qu’un 16 dans un lycée public lambda, une simple comparaison des notes n’est donc pas pertinente. Mais une comparaison par classement au sein de la classe ne l’est pas plus, les lycées privés étant plus compétitifs avec des élèves d’un niveau élevé et homogène, au contraire des lycées publics où le niveau est inférieur et bien plus hétérogène. Il y est donc bien plus facile d’être mieux classé au sein de sa classe. Par conséquent, un lycéen avec des notés moyennes dans le public mais un classement haut en raison du faible niveau sera boosté par les algorithmes de Parcoursup, au détriment d’élèves pourtant excellents qui subissent simplement la compétition d’élèves encore plus excellents. Uniquement en raison de son classement dans sa classe, un lycéen qui aura pourtant une meilleure note au bac qu’un autre pourra donc se voir refusé un vœu auquel ce dernier aura été accepté. Sans oublier la montée de la discrimination positive par des quotas boursiers (seuil plancher de 5% par académie, sachant que toutes les formations se sont récemment vu imposer une hausse de 2 points du quota, certaines appliquant un taux pouvant aller jusqu’à 20%) et le nivellement par le bas qui en suit. Injustice méritocratique quand tu nous tiens.
Or, cette inégalité de traitement envers les lycéens aux profils d’excellence a pour conséquence directe la fuite des cerveaux français à l’étranger dès l’enseignement supérieur, les opportunités y étant plus nombreuses et prestigieuses. Ainsi, plus de 90 000 français sont partis étudier à l’étranger entre 2011 et 2016, représentant une hausse de 50% en cinq ans[2] !  Les principales destinations sont le Canada, le Royaume-Uni, la Belgique, la Suisse et l’Allemagne. Ces pays proposent des formations de rayonnement international, et davantage que la France, offrent des enseignements en anglais qui permettent de se démarquer par la suite sur le marché du travail. Cet exil des meilleurs bacheliers est une véritable perte pour la France et est directement amputable à l’illisibilité de la sélection de l’enseignement supérieur français et de son nivellement par le bas.
La seconde mesure avancée par la Cour des comptes a pour objectif de rendre les critères de classement plus transparents, afin que chaque lycéen connaisse en tout état de cause les attentes des établissements auxquels il postule. Le Conseil constitutionnel a statué en ce sens deux mois plus tard à la suite d’une QPC, mais la mesure reste encore incomplète et mal appliquée.
En outre, l’accompagnement et les conseils d’orientation pour les lycéens sont des axes majeurs qui restent encore trop fragiles. Il s’agirait de renforcer le volume horaire sur le temps scolaire dédié au suivi des démarches de lycéens et à la construction de leurs projets, qu’il s’agisse d’un accompagnement dispensé par des professeurs ou sous forme de tutorat par des étudiants du supérieur étant déjà passé par la procédure.
Avant d’évoquer des modèles autres que la France, il semble pertinent de brièvement préciser le cadre commun dans lequel s’est développé l’enseignement supérieur en Europe. En effet, le processus de Bologne, un programme d’harmonisation des systèmes d’enseignement supérieur à l’échelle européenne, a été amorcé dès l’année 1998.  48 Etats y adhèrent (dont la Turquie et la Russie) et s’accordent sur plusieurs dispositions, notamment l’organisation des diplômes en cycles (bachelor, master, doctorat) et semestres ainsi que la reconnaissance de crédits ECTS universels, permettant de faciliter les passerelles et comparaisons entre tous les différents pays. Chaque pays dispose pour autant d’un système de sélection qui lui est propre et qui se démarque de ses voisins.
Focus sur le modèle britannique 
L’Angleterre dispose sans doute d’un des modèles les plus efficaces et équilibré basé sur une logique de sélection et d’ouverture. Cette double exigence est matérialisée par la plateforme numérique UCAS. Les lycéens peuvent formuler cinq vœux en y associant leur dossier composé de leurs notes antérieures ainsi qu’une prédiction de leur résultat à l’A-level, similaire au bac en France. Là où l’Angleterre se différencie fortement, c’est dans l’importance accordée à la valeur personnelle de chaque lycéen. Les candidatures sont en effet complétées par un personal statement, sorte de lettre de motivation bien plus exigeante et exhaustive que ses équivalents français, d’une longueur d’une dizaine de pages, dans lequel le futur étudiant expose ses motivations et expériences, notamment professionnelles. Les compétences extra-scolaires sont ainsi mises à l’avant. Il s’agit donc d’un compromis intéressant entre place importante accordée à la méritocratie dite scolaire tout en valorisant des formes alternatives de mérite. Or, en France, les établissements de l’enseignement supérieur ne s’attardent pratiquement que sur les notes et non aux profils individuels des candidats, comme en atteste l’anecdote culinaire évoquée en introduction.
Concernant le déroulé de la sélection, les lycéens font leur choix leur choix après que les universités aient communiques leurs réponses, certaines, les plus prestigieuses du pays, conditionnant l’admission à un résultat minimum donné au bac ou à un entretien oral.
Et contrairement à la France, plutôt que de garantir bec et ongles une place à ceux n’en ayant toujours pas obtenu au bout de la procédure complémentaire (Clearing, très similaire à la phase complémentaire de Parcoursup), l’Angleterre promet des études au sein de l’Open University, accessible sans sélection particulière et qui comptabilise près de 200 000 étudiants. Des formations y sont proposées dans tous les domaines, permettant donc aux profils se retrouvant moins dans la voie académique classique de tout de même suivre des études, davantage adaptées et adaptables à chaque situation[3]
La Suède et l’Allemagne sont deux autres exemples dont la France pourrait sans doute tenter de s’inspirer. Ce sont deux pays qui donnent la part belle aux profils professionnels.
Particularité où l’Allemagne se distingue encore de la France : les différences entre les universités s’y manifestent en termes de contenus de formation, et non en niveau de prestige. Il s’agit d’un système très horizontal et non hiérarchisé, qui pourrait dans une certaine mesure se comparer au modèles français des facs mais sans les grandes écoles. De plus, la place accordée aux établissements privés y est bien moindre qu’en France (cf. les écoles de commerce), la grande majorité des universités étant publiques.
D’un point de vue peut-être plus anecdotique mais non moins pratique, et surtout révélateur des maux de Parcoursup, seule une minorité de jeunes, 44%, trouve la plateforme utile, 38% intuitive et 33% en mesure de répondre à leurs questions[5]. L’esthétique et la facilité d’utilisation des plateformes Parcoursup et UCAS sont aux antipodes. Plus important, selon le même sondage, à peine trois jeunes sur dix estiment que Parcoursup permet un accès équitable à l’enseignement supérieur. Comment confier l’avenir de ces jeunes à un système auquel ils ne font pas confiance ?
Les plateformes Parcoursup et UCAS.

Quel coût financier ?
Par ailleurs, le coût de Parcoursup est relativement important : la dépense annuelle avoisinerait les 100 millions d’euros pour la gestion de plateforme et le traitement des demandes et vœux, c’est à dire l’équivalent de 2 000 professeurs à temps plein[6]. Les dispositifs de soutien aux étudiants ne disposant a priori pas de toutes les compétences pour leur formation, le fameux « Oui, si », est le principal poste de dépense des 867 millions d’euros alloués aux universités par le plan étudiant et la loi (ORE) depuis 2 ans[7].
Les errements français des successifs processus de sélection se vérifient dans les chiffres: en 2016, dernière année d’APB, seuls 44% des bacheliers inscrits en première année de licence ont obtenu leur diplôme après 3 ou 4 ans, contre un taux de réussite situé entre 70 et 85% dans les pays voisins du notre[8]. Cet écart considérable est révélateur d’un certain échec de la politique française d’accès à l’enseignement supérieur. 

Mais à quoi est dû cette réussite si différenciée une fois dans l’enseignement supérieur comparaisons à la plupart des pays européens ? Sans doute à une massification de l’accès aux études. Le baccalauréat étant le seul prérequis pour accéder à l’enseignement supérieur, il devient le critère déterminant le niveau des futurs étudiants. Or, son niveau ne fait que baisser et il est donné à un nombre disproportionné de lycéens. Par exemple : alors que l’Abitur allemand est obtenu par 51,4% d’une classe d’âge en 2018[9], ce taux s’élève à 80% la même année en France[10], soit 30 points de pourcentage de différence. 30 points ! A force de se fixer des objectifs quantitatifs de réussite, la France a délaissé l’aspect qualitatif. Le graphique ci-dessous montre clairement la tendance continue à la massification de l’obtention du baccalauréat et de l’accès aux études supérieures[11].

Nous sommes l’un des derniers pays d’Europe à ne pas appliquer la sélection à l’entrée de l’université. Que ceux qui s’offusquent d’un soi-disant manque de places à l’université cessent de fantasmer cette massification où chacun sans exception devrait être intégré à l’enseignement supérieur, alors que la France est un des pays avec le taux de complétion d’études le plus bas d’Europe, et de très loin. Il s’agirait au contraire de désengorger l’enseignement supérieur en orientant tôt et mieux, notamment vers les filières professionnelles. Le problème n’est pas le nombre trop faible de places à l’université, c’est le nombre trop important de candidats.
Pour cela, il semble indispensable de s’inspirer des modèles allemands et néerlandais notamment, qui permettent très tôt, dès la sixième, de s’orienter vers des cursus davantage techniques ou professionnels. Si cela peut paraître prématuré, il existe de nombreuses passerelles au fil des années pour réintégrer la voie générale, ce qui permet donc à chaque jeune de faire son éducation dans une filière qui lui correspond, sans pour autant qu’il s’agisse d’un choix irréversible. Résultat : l’orientation dans l’enseignement supérieur se fait de manière beaucoup plus sereine, étant l’aboutissement d’un projet personnel et chaque dossier étant en adéquation avec la formation demandée.
Dans le même temps, il s’agit de rehausser le niveau du baccalauréat et ainsi d’améliorer la lisibilité du niveau lycéens-candidats. Cela permettra de réaliser une sélection juste et efficace à l’entrée de l’enseignement supérieur en affectant les bacheliers à des voies qu’ils seront en mesure de suivre.
Influence des études supérieures sur le taux d’emploi et le niveau de revenu

Données Eurostat (2019) et OCDE
Le baccalauréat n’étant plus un diplôme d’exigence et la sélection y étant inexistante, cette dernière se fait au cours des études, une fois que de nombreux étudiants mal orientés se retrouvent dans des filières inadaptées à leurs profils. Conséquence : l’échec y est quasiment inévitable et la discrimination qui en ressort est très forte. Ainsi, la France, comparée à l’Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni, est le pays qui possède le plus important écart de taux d’emploi entre diplômés des secondaires et supérieur, l’écart de revenu entre les diplômés des 1er/2nd cycles et du 3ième cycle le plus grand et enfin un gain salarial brut marginal pour une année d’études supplémentaire également supérieur. Bref, à force de dévaloriser le bac et massifier l’accès à l’enseignement supérieur sans orientation sérieuse, le niveau baisse et les inégalités se creusent.
La comparaison du taux de chômage des jeunes entre les différents pays évoqués précédemment est sans équivoque : la France est loin derrière ses voisins. Cela devrait inciter la France à repenser sa politique d’insertion des jeunes dans la vie professionnelle.
Comparaison de l’évolution du taux de chômage des jeunes en Europe depuis 2001

Données OCDE
[1] Cour des comptes, « Accès à l’enseignement supérieur : premier bilan de la loi orientation et réussite des étudiants », février 2020
[2] Campus France, mars 2019
[3] Charles, Nicolas, et Delès, Romain « Les conceptions de la justice sociale en Europe : le cas de l’accès aux études supérieures », L’Année sociologique, 2020, pp. 313-336.
[4] Blitman, Sophie « Entrée à l’Université : En Suède, Une Sélection Transparente et Démocratique » Le Monde.fr, 24 septembre 2018
[5] Sondage 2022 sur l’orientation des jeunes mené par BVA pour l’Etudiant auprès de 1829 jeunes entre la Seconde et le bac +2, entre avril et mai 2022
[6] Collectif Nos services publics, « Parcoursup : une génération « en attente » – 100 millions d’euros pour tout changer sans rien régler », juin 2022
[7] Cour des comptes, « Accès à l’enseignement supérieur : premier bilan de la loi orientation et réussite des étudiants », février 2020
[8] Charles, Nicolas, et Delès, Romain « Les conceptions de la justice sociale en Europe : le cas de l’accès aux études supérieures », L’Année sociologique, 2020, pp. 313-336.
[9] DIPF | Leibniz-Instituts für Bildungsforschung
[10] Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance
[11] Gossa, Julien « 50 Ans de Massification, et Après ? » EducPros, 3 février 2022
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