Orientation des élèves : des parents déboussolés – La Croix

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Choix des spécialités au lycée, nouveaux diplômes… Alors que la phase d’information de Parcoursup commence mardi 20 décembre, nombre de familles abordent avec appréhension les étapes clés de l’orientation, souvent perçues comme irréversibles.
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Orientation des élèves : des parents déboussolés
Parcoursup permet de choisir entre plus de 20 000 formations, éventuellement en alternance, mais généralise la logique de classement, source de stress.
Aurélie Audureau/LE PARISIEN/MAXPPP
« L’orientation, c’est la jungle ! », s’exclame Marie, mère de cinq enfants. Pas facile en effet de se frayer un chemin vers les études et l’emploi quand le paysage apparaît touffu et l’info luxuriante, parfois fiable, parfois bien moins.
Pas facile non plus pour les parents d’accompagner un jeune, surtout quand il a du mal à se projeter dans sa vie future. « Une de mes filles savait dès la sixième qu’elle voulait devenir architecte, un rêve qu’elle a réalisé. Mais jusqu’à tard, mes quatre autres enfants n’avaient aucune idée de métier. C’est plutôt normal de ne pas savoir ce qu’on veut faire quand on a 15 ou 16 ans… Ce qui l’est moins, c’est que le système soit dans l’injonction, qu’il pousse les jeunes à se déterminer précocement », déplore cette ancienne responsable de l’association de parents d’élèves Peep, à Avignon.
Marie se souvient de l’année où l’un de ses fils était en seconde, sans projet particulier. « Lui voulait rester avec ses potes, qui choisissaient tous une première générale. Mais je sentais qu’il souffrait en classe, qu’il avait besoin de concret. C’est moi qui l’ai convaincu de bifurquer vers la voie technologique et un bac en sciences et techniques de laboratoire, dans lequel il s’est épanoui. Depuis, d’ailleurs, il est devenu ingénieur dans ce domaine. »
Au moment de remplir le formulaire d’orientation, c’est un peu le vertige, l’impression d’être à la croisée des chemins, le sentiment qu’il sera difficile voire impossible de rejoindre une voie que l’on a écartée. Géraldine conserve un vif souvenir de la période où s’est peut-être joué le destin d’une de ses filles. Bérénice, aujourd’hui âgée de 23 ans, était alors en troisième et affichait des résultats scolaires assez médiocres. Suggestion de la conseillère d’orientation : une inscription en CAP couture.
Les résultats de Bérénice ont légèrement décollé au troisième trimestre. Ce qui lui a permis de passer en seconde, d’obtenir un bac littéraire puis une licence en arts plastiques. Aujourd’hui, elle termine son master métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation et se destine au professorat…
« J’ai toujours su que ma fille, lente mais persévérante, y arriverait », s’enorgueillit Géraldine. « Mais tout de même,comment peut-on conseiller une jeune fille sans la connaître, sur la base d’un seul rendez-vous ? », interroge-t-elle, convaincue que la proposition n’était pas exempte de stéréotypes sexistes. « Si cela avait été un garçon, on lui aurait suggéré la mécanique ? »
Marie et Géraldine font partie de cette large majorité de parents pour qui l’orientation est une source de préoccupation. Un sujet qui occupe bien des discussions familiales et révèle un décalage entre les deux générations, comme le dit Héloïse Guérin-Lefebvre, psychologue clinicienne, spécialisée dans ce domaine. « Les jeunes d’aujourd’hui ont été habitués très tôt à ce qu’on sollicite leur avis. Faire un choix pour leur orientation n’est pas aussi émancipateur que pour la génération précédente », relève-t-elle.
« Le rapport au travail, lui aussi, a beaucoup évolué et influe sur le choix des formations. » Beaucoup de jeunes ne raisonnent plus en termes de niveau de salaire ou de perspectives de carrière mais privilégient les emplois qui font sens, tiennent compte des enjeux environnementaux ou permettent de concilier vie personnelle et vie professionnelle.
Surtout, les parents ne peuvent plus s’appuyer sur la grille de lecture qui était la leur, élèves, car l’architecture du lycée et du supérieur a changé. Dans la voie générale, fini les filières, remplacées par un tronc commun et des spécialités à la carte qui conditionnent pour partie – avec plus ou moins de transparence – l’entrée future dans des formations du supérieur.
De son côté, Parcoursup – dont la phase d’information démarre le mardi 20 décembre – permet de choisir entre plus de 20 000 formations, éventuellement en alternance, mais généralise la logique de classement, source de stress. Et puis, de nouveaux types de diplômes montent en puissance, comme le bachelor (à bac + 3), tandis que de plus en plus de passerelles voient le jour pour rejoindre les grandes écoles.
Pour tenter d’y voir clair, beaucoup de familles se rendent dans les salons de l’orientation. « Depuis une dizaine d’années, les parents y sont aussi nombreux que les enfants », relève Julie Mleczko, directrice déléguée chez Studyrama, qui organise chaque année 130 à 150 rendez-vous de ce type. « Sur les stands, ce sont eux, souvent, qui s’enquièrent de la valeur du diplôme, des débouchés et bien sûr du coût de la formation. Car ils sont souvent les principaux financeurs. »
Confrontés à un manque de conseillers d’orientation et psychologues de l’éducation nationale (1 pour 1 500 élèves en moyenne), certains parents s’adressent en privé à des psys ou des coachs. « C’est vrai, cela représente un business, mais il n’existerait pas si l’école accompagnait correctement les élèves », estime Véronique, ex-ingénieure, ex-professeure des écoles, qui au sein du réseau Mental’O met son expérience au service des familles. Pour plusieurs centaines d’euros, sur la base d’un bilan d’une heure « qui va bien au-delà des notes », elle esquisse pour les années à venir un chemin permettant au jeune de mener à bien son projet.
Toutes les familles n’ont cependant pas les moyens de recourir à de tels services, ni même d’épauler leur enfant. « Dans notre quartier populaire, beaucoup de parents ne comprennent pas le système et laissent leur enfant choisir, convaincu qu’il sera à l’abri s’il suit des études, quelles qu’elles soient », constate Tony Vecchio, directeur du centre social de Folschviller (Moselle). « C’est ainsi qu’un jeune a accepté une formation sur Parcoursup, avant de s’apercevoir qu’elle était payante, 8 000 € par an, tandis que d’autres arrêtent au bout de quelques semaines des études qui ne leur conviennent pas… »
Les tâtonnements de ce type, des jeunes de tous milieux en font l’expérience. Avec des conséquences financières plus ou moins lourdes. Et toujours un peu de culpabilité. « Ils ne devraient cependant pas être perçus comme des échecs », insiste Marie, qui à ses cinq enfants n’a cessé de citer Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »
——
Pour les trois quarts des parents (et même 85 % des parents de collégiens et lycéens), l’orientation est une source d’inquiétude.
Seuls 42 % d’entre eux ont le sentiment d’être bien accompagnés.
Parmi les critères de choix d’orientation de leur enfant, les parents sont 60 % à citer « ce qu’il envisage comme métier ». Viennent ensuite : « Sa personnalité, ce qu’il aime faire »(56 %), puis « les perspectives d’emploi à l’issue de la formation » (43 %) et « les résultats scolaires » (42 %).
Six parents sur dix affirment avoir choisi leur orientation et 54 % la regrettent.
Source : sondage BVA pour l’Apel, 2019.
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