Olivier Dubois toujours otage : l'insupportable attente ! – Le Point

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ENTRETIEN. Vingt et un mois qu’Olivier Dubois est l’otage de djihadistes au Mali. Sa soeur, Canèle Bernard, et son beau-frère, Benjamin Fouquoire se sont confiés au Point Afrique. 
Temps de lecture : 10 min
Cela fait vingt et un mois que notre confrère journaliste et correspondant au Mali, Olivier Dubois, est retenu en otage par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda et opérant au Sahel. Depuis que l’information a été révélée puis confirmée en mai 2021, très peu de nouvelles ont filtré sur ses conditions de captivité mais aussi sur d’éventuelles négociations menées par l’État français ou par d’autres voies. Comment sa famille traverse-t-elle cette épreuve ? Avec quel état d’esprit entend-elle poursuivre le difficile combat de la médiatisation du cas d’Olivier ? Quelles actions concrètes peuvent être envisagées par les familles d’otages ? Des questions qui méritent d’être posées alors que le contexte géopolitique du Sahel a changé et qu’entre-temps le Mali et la France n’entretiennent plus de relations diplomatiques. Canèle Bernard, la sœur d’Olivier Dubois, et le conjoint de celle-ci ont bien voulu confier au Point Afrique leurs sentiments et réflexions, un an après avoir lancé plusieurs initiatives fortes dont une pétition en ligne pour demander la libération d’Olivier Dubois, sur laquelle la famille fonde de nombreux espoirs, car si elle atteint les 550 000 signatures, elle peut permettre au Conseil d’État français d’accélérer les démarches.
Le Point Afrique : Vingt et un mois qu’Olivier Dubois est détenu par le Jnim (selon l’acronyme en arabe du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), affilié à Al-Qaïda, au Mali. Comment vivez-vous la situation ?
Canèle Bernard et Benjamin Fouquoire : Nous n’avons pas d’autre choix que d’être combatifs pour Olivier. Nous ne pouvons pas nous montrer abattus ou tristes par ce qui lui arrive, parce que c’est lui qui est en train de subir cette détention injuste et inhumaine. Même s’il nous a été très difficile au début d’accepter la situation, aujourd’hui, nous sommes à chaque instant sur le qui-vive en attendant des nouvelles d’Olivier. Nous continuons, sans relâche, à sensibiliser les Français sur son histoire mais aussi les États français et malien, puisque nos actions s’adressent également à eux. Nous invitons à voir qu’au-delà de sa profession de journaliste, Olivier est un être humain, nous avons à cœur de montrer cette humanité. Puisqu’il n’est pas là, ce rôle nous revient.
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Quels sont vos ressentis par rapport à cette longue attente, et quel bilan tirez-vous de vos actions menées jusqu’ici ?
Vingt et un mois, c’est long pour nous, mais c’est surtout très long pour Olivier. Nous nous devons de garder la tête haute et de rester dignes comme lui lors de ses apparitions à travers deux vidéos diffusées par ses ravisseurs. Bien sûr qu’il nous manque, mais nous devons aller au-delà de cette douleur, pour trouver de nouvelles actions plus efficaces afin de faire remonter sa situation et aussi faire participer les Français. Nous tenons à souligner qu’ils ont été extrêmement nombreux à prendre part à nos différentes opérations de communication, comme la pétition signée à ce jour par près de 120 millions de personnes, la carte postale à envoyer au président Macron a aussi très bien fonctionné. De nombreux Français nous interpellent afin de savoir ce qu’ils peuvent faire de plus. Les familles se sont identifiées à nous, elles sont sensibles à la situation d’Olivier.

Olivier Dubois est le seul otage français non retenu par un Etat dans le monde depuis la libération en octobre 2020 de Sophie Pétronin, également enlevée au Mali. © – / UNKNOWN SOURCE / AFP

Faut-il nécessairement en faire plus ?
Oui, absolument. Car à notre grande surprise, au bout de six cents jours de détention pour Olivier, et malgré nos opérations de communication, il reste quand même un otage dont on parle extrêmement peu ou pas. Les Françaises et Français ont envie que cela change.
En vingt mois, qu’avez-vous dû apprendre ?
En vingt mois, nous avons dû apprendre beaucoup de choses, emmagasiner des informations, nous plonger dans la géopolitique. Par exemple, nous ne connaissions le Mali qu’à travers ce que nous en disait Olivier. Ensuite, il est devenu père et nos discussions étaient moins centrées sur son travail dans ce pays. Nous ne sommes pas devenus des experts, cependant nous commençons à avoir une certaine vision des choses.
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Qu’est-ce qui n’a pas été fait en vingt mois qui pourrait aujourd’hui avoir un impact plus important sur le cas d’Olivier Dubois ?
Toutes nos actions de communication ont pour objectif de mettre en exergue, à chaque fois que c’est possible, la situation d’Olivier, en soulignant le fait que cela fait 20 mois qu’il est détenu, ce qui est malheureusement un record pour un journaliste. Il est extrêmement urgent de prendre son cas à bras-le-corps. Nous restons conquérants, vaillants, même si le stress quotidien de ne pas avoir de nouvelles est oppressant. Dans tous les cas, nous essayons du mieux possible, que ce soit sa mère ou Canèle et moi, de parler d’une seule voix. Notre message, aujourd’hui, est clair : après vingt et un mois de détention, que pouvons-nous faire de plus que de poursuivre la pétition ou l’envoi de carte postale au chef de l’État ?
Nous réfléchissons en permanence aux actions concrètes à mener, la pétition est un outil extrêmement puissant, celle pour Olivier a recueilli en un an 120 000 signatures, notre objectif est d’atteindre les 550 000 signatures, un seuil nécessaire pour solliciter le Conseil d’État qui pourra alors accélérer les démarches. Cela paraît utopique et pourtant, en y pensant, on se rend compte que d’autres pétitions ont atteint des chiffres moindres mais ont eu beaucoup plus d’impacts, nous pensons aux Gilets jaunes, il y a trois ans.
Après, nous sommes réalistes, les gens sont tout le temps sollicités, l’actualité est dense, elle va vite, ça ne date pas d’aujourd’hui, et cela ne concerne pas seulement le cas d’Olivier, c’est la société actuelle qui veut ça.
Nous commençons à maîtriser ces outils, mais il faut que le peuple s’exprime, qu’il puisse dire notamment à travers cette pétition ou d’autres actions auxquelles nous pensons que lui aussi s’interroge sur la situation d’Olivier, qu’il ne comprend pas non plus ce qu’il se passe, d’ailleurs c’est ce que beaucoup de citoyens nous ont dit. Nous comprenons que la temporalité chez les ravisseurs est différente, mais pourquoi cela prend-il autant de temps, alors qu’il y a eu, au bout d’un an de captivité d’Olivier, deux preuves de vie ? Est-ce qu’il n’est pas possible à un moment donné d’essayer de remettre les deux temporalités à niveau, c’est-à-dire celle des ravisseurs et celle des États français et malien, de se concerter autour de la situation d’Olivier ?
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Quels éléments vous semblent essentiels pour que d’une part les Français et de l’autre les autorités aient une meilleure compréhension du rôle de famille d’otage ?
Effectivement, c’est une question importante pour nous, parce que nous avons une manière de communiquer qui ne convient pas à tout le monde, mais elle semble avoir été efficace jusqu’ici. Notre priorité désormais est de faire en sorte qu’il y ait des rappels réguliers sur le cas d’Olivier Dubois, comme cela se faisait dans les années 80-90, dans les médias, car dire qu’Olivier Dubois est otage depuis X jours ne suffit plus. Il faudrait urgemment préciser qu’Olivier Dubois est otage depuis X jours et voilà ce qui peut être fait pour aider la famille. C’est ce que nous voulons.
Lorsque nous avons sorti la pétition l’année dernière, nous dénoncions directement, sur le plateau de Laurent Ruquier et Léa Salamé sur le service public, ce fameux silence assourdissant autour d’Olivier, un terme repris par la suite. Si cela peut-être plus clair : nous avons besoin d’établir un contact plus pérenne avec le Quai d’Orsay. Nous avons écrit une deuxième fois au président de la République, Emmanuel Macron, pour le rencontrer. Nous avons besoin de lui parler, de comprendre, de savoir ce qu’il se passe, comment il voit la situation. La France le certifie et nous croyons qu’Olivier est la priorité de l’État, mais il faudrait que le président nous le dise directement. Les familles d’otages savent à quel point il est important d’établir une communication avec la personne qui est au plus haut niveau de l’État. Aujourd’hui, nos seuls contacts sont le chef de cabinet du ministère des Affaires étrangères, et la cellule de crise. Ils ne sont pas toujours bien informés, et nous donnent très peu d’informations, également. C’est le bout de la chaîne.
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Qu’est-ce qui pourrait être fait différemment ?
On va dire que les choses ont récemment évolué, encore sous François Hollande et Nicolas Sarkozy, les familles d’otages étaient reçues. Je ne sais pas si la doctrine adoptée par la France qui consiste à faire le moins de bruit possible autour de l’otage a fait ses preuves, mais pour nous, au bout de vingt mois, il est assez étonnant justement de ne pas recevoir la famille alors que les forces militaires françaises sont parties du Mali, qu’il y a eu un redéploiement sur les frontières de pays voisins. Il faudrait peut-être nous expliquer exactement comment les choses vont évoluer pour Olivier, qu’est-ce qui est entrepris dans ce contexte pour sa libération ?À LIRE AUSSI Hassan Naciri : « L’objectif ultime n’est autre que la stabilité du Mali »
Quels échos avez-vous de la situation d’Olivier du Mali ?
Nous sommes obligés de nous informer quotidiennement sur la politique étrangère, et plus précisément en ce qui concerne les relations entre la France et le Mali. Il est difficile pour nous de savoir comment se passe la communication entre les deux États pour que justement la situation d’Olivier soit au cœur de leurs décisions et actions. Nous espérons vivement que les nouveaux éléments, notamment les conflits entre les différentes factions des groupes djihadistes, n’aient pas un impact direct sur ce que vit Olivier.
Malheureusement, nous n’avons aucun relais sur place, pour nous dire ce qu’il se passe ou pourrait se passer. Parce que le Mali est un pays très complexe. À l’époque, la diplomatie existait entre la France et le Mali, maintenant qu’il n’y a plus d’ambassade de France on imagine que la diplomatie est au point mort. Il est devenu difficile d’avoir une information fiable, juste et vérifiable. Pour cela, il faut au minimum avoir en face quelqu’un qui comprend la situation, qui a la culture du pays, et encore ! Nous sommes obligés d’être plongés quotidiennement dans la presse, dans les médias, sur Internet, dans nos livres, pour rester au courant de ce qui se passe, essayer d’imaginer justement quels seraient les freins à la libération d’Olivier et vérifier aussi ces informations.
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Avez-vous un message particulier pour les autorités maliennes en place ?
Nous savons que, quelle que soit la nationalité de l’otage, le gouvernement malien a toujours été un acteur central dans la libération des otages qui étaient sur son sol. Ils ont de l’expérience dans ce type de situation. Le Mali a toute sa part dans cette histoire, nous comptons sur lui. Et si j’avais quelque chose à ajouter à ce propos, l’an dernier, un chanteur malien, appelé Dr Keb, a été libéré en trois mois. Nous avons bien intégré le fait que le pays est isolé sur le plan international, depuis notamment que la présence de Wagner a été dénoncée. Cependant, nous sommes persuadés que la France et le Mali finiront par avoir raison sur cette situation et tirer Olivier d’affaire, maintenant la question est : quand ? C’est cette temporalité qui n’est pas du tout la même que la nôtre qui est vraiment très difficile pour nous au quotidien. La vie d’Olivier est en train de défiler, loin des siens, et plus on attend pour le libérer, plus Olivier aura des difficultés pour se reconstruire quand il sera libéré, tout comme nous d’ailleurs.
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Un dernier mot ?
Nous souhaitons continuer de sensibiliser les Français sur le métier de journaliste, qui nous semble aussi essentiel que les professions de la santé et d’autres. Il est important de savoir comment tourne ce monde. Olivier n’est pas qu’un métier, tout le monde peut être otage. Nous demandons un soutien concret de la part de tous et de ses confrères en particulier. Vingt mois après, les spécialistes ne doivent plus seulement analyser le cas d’Olivier sous le prisme de l’analyse politique ou contextuel du terrorisme, ils doivent aussi agir. Chaque journaliste peut se retrouver à la place d’Olivier, il faut qu’ils osent hausser le ton pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la situation. Ce silence assourdissant nous pèse également. Parce qu’il y a comme une omerta, alors qu’Olivier n’a fait que son travail, il faudrait se battre aussi pour que les journalistes conservent ce droit de pouvoir circuler partout pour faire leur travail.
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* Pour signer la pétition cliquez sur le lien suivant : Pour la libération d’Olivier Dubois, seul otage français au Monde depuis le 8 Avril 2021.
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Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? Au-delà de la légitime émotion, il serait intéressant de comprendre pourquoi et comment il est devenu otage. Se laisser prendre a de grandes conséquences sur notre diplomatie et ne doit pas être risqué à la légère.
Olivier DUBOIS, nous ne vous oublions pas.
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