Nouvelles technologies – Peu représentées dans la tech, les femmes proposent des solutions – Bilan

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«Lorsque je suis arrivée à mon premier cours d’informatique, dispensé par un groupe de hackers indépendants, tous des hommes, on m’a tout d’abord demandé si je m’étais trompée de salle», confie Lennig Pedron, directrice de la Trust Valley. Un exemple qui illustre à lui seul le manque de femmes dans le secteur de la tech.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), elles représentent environ 40% de la main-d’œuvre STEM (science, technologie, ingénierie, maths), 28% dans le secteur technologique. Une représentation qui baisse plus on monte dans les étages. D’après les chiffres de la dernière étude Gender 3000 de Credit Suisse portant sur 3000 entreprises cotées, en 2021, elles étaient 17% dans le management, 20% au sein des conseils d’administration des entreprises technologiques. Soit les niveaux les plus bas parmi les secteurs analysés.
Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Dans son livre Les oubliées du numérique, Isabelle Collet, ancienne informaticienne et chercheuse en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, rappelle qu’il n’y a pas toujours eu autant de disparités. Dans les années 1980, les femmes représentaient 30 à 40% dans les écoles d’informatique, avant de passer à 10-15% aujourd’hui. «À partir du moment où l’informatique est devenue synonyme de pouvoir symbolique et matériel via des emplois prestigieux et des salaires élevés, elle est devenue une composante de la masculinité hégémonique occidentale», écrit-elle.
«À partir du moment où l’informatique est devenue synonyme de pouvoir symbolique et matériel via des emplois prestigieux et des salaires élevés, elle est devenue une composante de la masculinité hégémonique occidentale.»
Pour Edith Schnapper, responsable du programme de mentorat Swiss TecLadies à l’Académie suisse des sciences techniques SATW et membre du comité de GirlsCodeToo, la disparité découle avant tout de la socialisation différenciée des filles et des garçons. «Les différentes études prouvent que jusqu’à 6-7 ans, filles comme garçons s’intéressent aux technologies de la même façon. Affirmer le contraire revient à se baser sur des arguments essentialistes qui ne reposent sur aucune base scientifique», pointe-t-elle.
Une situation qui trouve ses racines dans l’éducation. Alors qu’on encourage volontiers la prudence et la discrétion chez les petites filles, on pousse les garçons à prendre des risques, être courageux et avoir de l’audace. Un phénomène identifié par les sociologues comme «l’orientation apprise des intérêts». Les intérêts développés par l’enfant dépendent d’abord des attentes sociétales en lien avec le genre. Attentes qu’il finit par intégrer avant de s’y conformer. «Si maman était nulle en maths, alors moi aussi je suis nulle: ces croyances limitantes conduisent à la perpétuation de la répartition des rôles genrés traditionnels», ajoute Edith Schnapper.
Pour inverser la tendance, elle encourage une meilleure formation des parents et des enseignants aux biais inconscients de genre. «Cela passe aussi par la réflexion autour de l’aménagement des lieux de socialisation, notamment des aires de jeu. Construites autour des jeux de ballon, les garçons occupent la plus grande partie du champ disponible pendant que les filles sont renvoyées aux espaces périphériques. Plus tard, elles se sentiront moins légitimes à occuper l’espace, par exemple en prenant la parole en public.»
«Beaucoup de parents viennent me voir en me disant qu’ils ne veulent pas que leur fille devienne une geek, qu’elle soit asociale. Il n’y a pas besoin d’être programmeur pour travailler dans la tech, il y a beaucoup de métiers différents dans le secteur.»
Fondatrice de Digital Kidz, une plate-forme répertoriant un large ensemble d’activités – jeux, app, robots, cours et événements en Suisse – pour initier les enfants à partir de 4 ans aux nouvelles technologies, Géraldine Zahnd assure constater le même enthousiasme pour ses contenus auprès des filles que des garçons. C’est pendant son séjour à la Silicon Valley, où ses enfants, alors à l’école maternelle, testaient des jeux de programmation développés par des start-up, qu’elle a l’idée de lancer son association. Offre qu’elle complète avec des cahiers d’activités sur l’intelligence artificielle, la programmation, l’internet ou le métavers et prochainement des ateliers parascolaires pour la région de Berne.
«Beaucoup de parents viennent me voir en me disant qu’ils ne veulent pas que leur fille devienne une geek, qu’elle soit asociale. Il n’y a pas besoin d’être programmeur pour travailler dans la tech, il y a beaucoup de métiers différents dans le secteur», assure-t-elle.
C’est justement cette diversité que s’emploie à défendre Lennig Pedron avec l’ONG Icon, qu’elle a cofondée. Lors d’une table ronde organisée le 24 novembre avec le DIP, elle présentera les différents débouchés du secteur. Avec elle sur scène, que des femmes. «Il faut mettre davantage de rôles féminins en avant. Le changement des mentalités commence par ce genre d’initiatives.»
Si la tech emploie peu de femmes, elle a également de la peine à les retenir: une femme sur deux quitte la tech au bout de huit ans. Avec moins de 30% d’effectifs féminins, les cultures d’entreprise restent souvent hostiles aux femmes. Dans une étude sur l’état de l’égalité des genres dans la tech, publiée par Web Summit début novembre, la moitié des sondées ont affirmé avoir fait face à du sexisme sur leur lieu de travail, alors que près de 40% avaient l’impression de devoir faire un choix entre vie familiale et carrière. À quoi s’ajoutent des difficultés à accéder à des promotions, ainsi que des écarts de salaire. Selon l’étude 50inTech, les salaires des femmes dans le secteur de la tech sont en moyenne inférieurs de 20% à ceux des hommes.
«[Aux États-Unis,] le financement des équipes dirigées par des femmes ou des équipes fondatrices mixtes a chuté de 16,9 à 14,4%. Les femmes n’ont obtenu que 2,3% des fonds de capital-risque en 2020.»
Une disparité qui se reflète également lors de la levée de fonds. L’étude de Credit Suisse note que le capital-risque reste moins accessible aux femmes entrepreneures. «[Aux États-Unis,] le financement des équipes dirigées par des femmes ou des équipes fondatrices mixtes a chuté de 16,9 à 14,4%. Les femmes n’ont obtenu que 2,3% des fonds de capital-risque en 2020, soit une baisse de 0,5 point de pourcentage par rapport à 2019», écrit dans le rapport Janneke Niessen, cofondatrice de CapitalT. Les montants obtenus sont quant à eux 15 à 49% inférieurs en comparaison avec les équipes masculines. Si la représentation des entrepreneures s’est améliorée au cours des cinq dernières années, les entreprises fondées par les femmes sont généralement plus petites avec des revenus et une évaluation plus faibles. «À ce rythme-là, l’écart mondial ne sera pas comblé avant 2031», précise Sara Carnazzi Weber, analyste chez Credit Suisse.
Plutôt que la mise en place de quotas, contreproductifs pour les femmes et les entreprises, estime-t-elle, ce sont les conditions du marché du travail qui devraient être améliorées. «Pendant la pandémie, on a assisté à une forte augmentation du télétravail, qui a accéléré la mutation vers un travail plus flexible. Les premiers chiffres sur les attitudes des hommes et des femmes face au télétravail montrent toutefois qu’il y a toujours des différences dans l’acceptation de ces formes de travail. Les femmes y sont plus favorables, or si la flexibilité de l’emploi peut accroître le taux de participation, tant qu’elle n’est pas acceptée de la même manière par les hommes, elle peut s’avérer un obstacle à leur avancement dans leur carrière car elle entrave le réseautage et accroît l’isolation.» La plus grande disparité est d’ailleurs observée en Suisse où 46% de chercheuses travaillent à temps partiel, contre 24% d’hommes.
«Si la flexibilité de l’emploi peut accroître le taux de participation, tant qu’elle n’est pas acceptée de la même manière par les hommes, elle peut s’avérer un obstacle à leur avancement dans leur carrière car elle entrave le réseautage et accroît l’isolation.»
Fixer des objectifs de primes à la diversité, établir des grilles de salaires, créer un label qui reconnaissent les entreprises de la tech «women friendly» ou renforcer les dispositifs de parentalité figurent parmi d’autres solutions évoquées.
Attirer les femmes et les garder dans le secteur est pourtant crucial car c’est aujourd’hui que sont élaborées les technologies qui régiront le monde demain. «Les femmes ont énormément à apporter dans le développement d’applications pour mieux gérer la vie de famille, comme des calendriers partagés avec les activités des enfants par exemple, auxquelles les hommes ne penseraient pas forcément», pointe Géraldine Zahnd.
«Cette disparité contribue à créer des angles morts. Des algorithmes de recrutement sexistes écartent les profils féminins, des applications autour de la santé des femmes dysfonctionnent, sans parler de la cybersécurité où les femmes sont moins bien reconnues.»
«Cette disparité contribue à créer des angles morts, souligne Lennig Pedron. Des algorithmes de recrutement sexistes écartent les profils féminins, des applications autour de la santé des femmes dysfonctionnent, sans parler de la cybersécurité où les femmes sont moins bien reconnues.» Un gender data gap qui alimente les inégalités qui sont ensuite reproduites par l’intelligence artificielle. Celle-ci n’étant qu’un amplificateur de nos représentations, écrit Isabelle Collet.
Une meilleure représentation de femmes dans la tech ne suffira toutefois pas à déconstruire les dynamiques de domination, relève Jessica Pidoux, chercheuse au Centre d’études européennes de Sciences Po Paris, et spécialiste des algorithmes – elle a rédigé son Mémoire sur celui de Tinder. «Même des applications féministes comme Adopte un mec, développée par des femmes, reproduisent le modèle patriarcal où c’est l’homme qui paie et filtre la recherche, jusqu’au choix de la couleur des sous-vêtements. Les femmes reproduisent donc ce discours, parfois à leur insu ou en connaissance de cause. Il faudra du temps pour le déconstruire.»
«Même des applications féministes comme Adopte un mec, développée par des femmes, reproduisent le modèle patriarcal où c’est l’homme qui paie et filtre la recherche, jusqu’au choix de la couleur des sous-vêtements.»
Pour Line Pillet, présidente de l’Association Femmes PME Suisse romande et directrice de l’institut Entrepreneuriat et management à la HES-SO Valais, cette déconstruction ne pourra avoir lieu qu’en incluant les hommes dans le processus. «Nous veillons toujours dans nos formations à créer des équipes mixtes pour bénéficier d’une diversité de compétences et de perspectives. Pour la deuxième année consécutive, plus de la moitié des inscrits à la Business eXperience sont des étudiantes, et celles-ci sont également de plus en plus nombreuses à rejoindre la Team Academy et la filière informatique de gestion. Un constat réjouissant.»
«Il y a un grand changement au sein de la jeune génération. Les femmes que l’on encadre à travers le programme d’incubation Tech4Trust osent plus s’imposer. Elles savent qu’elles vont faire partie de celles qui vont pouvoir prendre des décisions. Elles ne vont rien lâcher», conclut Lennig Pedron.
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