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Supply & LogistiqueConjoncture économique

52% des directeurs financiers soulignent que le processus sur lequel ils vont investir prioritairement concerne la trésorerie, selon une enquête de Spoking Polls en 2021. Un an plus tôt, ce pourcentage n’atteignait que 18%. Le climat de tension économique international semble ainsi susciter des inquiétudes au premier chef sur les encaissements et décaissements de court terme. Si les débats récents relatifs à la supply chain évoquent largement les ruptures d’approvisionnement et les enjeux de la relocalisation, le sujet du financement ne semble pas sur le devant de la scène. La supply chain est pourtant prise en tenaille dans de nombreux secteurs, entre la nécessité de payer rapidement les fournisseurs et une demande difficile à prévoir.
Selon l’entreprise spécialiste du domaine Prime Revenue, la « supply chain finance » désigne un ensemble de solutions améliorant les flux de trésorerie, afin de permettre aux entreprises d’optimiser leurs conditions de paiement à l’égard des fournisseurs, tout en offrant la possibilité à ces derniers d’être réglés plus tôt. Concrètement, les solutions en la matière se traduisent par une réduction des pressions financières sur les parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement, des délais de paiement augmentés pour les acheteurs et réduits pour les fournisseurs, une amélioration des fonds de roulement pour les entreprises clientes.
La nécessité d’envisager de nouveaux modèles de financement relatifs à la supply chain semble d’autant plus pertinente que les tensions relatives aux approvisionnements s’annoncent durables, si l’on en croit les experts. Fin 2021, la banque internationale Goldman Sachs estimait que 24 milliards de dollars de marchandises étaient en attente sur des porte-conteneurs, uniquement au large des ports californiens. En février dernier, le FMI (Fonds monétaire international) a d’ores et déjà annoncé que ces problèmes pourraient se poursuivre en 2023 en Europe. « L’offre est malmenée avec la fermeture périodique de certaines usines et des contextes de fonctionnement à plusieurs vitesses selon les régions du monde. Il en ressort un effet domino de l’inadéquation entre l’offre et la demande, explique Loïc Le Dréau, directeur des opérations France chez FM Global, une mutuelle d’assurance largement positionnée sur les risques supply chain. L’interconnexion globale actuelle entre les économies des différents continents constitue une autre problématique de taille qui perdurera nécessairement. Les risques sont de fait liés entre eux. Par ailleurs, certaines pénuries comme celle des composants électroniques se produisent régulièrement depuis l’avènement de la puce électronique et continueront probablement à se produire à l’avenir. »
Lire aussi : Comment faire face à la hausse des prix ?
L’affacturage inversé se présente comme une solution dirigée par l’acheteur dans laquelle une institution financière prend à sa charge le règlement des factures des fournisseurs à des taux réduits, en offrant au client un crédit à court terme en contrepartie de la créance. Le fournisseur est payé immédiatement et que l’acheteur dispose de plus de temps pour s’acquitter de ses factures. L’amélioration de la trésorerie et la possibilité de bénéficier de cash plus rapidement pour les fournisseurs s’inscrit aussi dans l’évolution du cadre légal. De plus en plus de pays en Europe mettent en place des politiques incitant à la protection des fournisseurs contre les retards de paiements des donneurs d’ordre, à l’image de la LME (Loi de modernisation de l’économie) en France qui impose des délais de paiements au-delà desquels les entreprises peuvent appliquer des pénalités. Pour David Dogimont, associé au sein du cabinet de conseil Mazars, spécialisé dans la transformation digitale des processus transactionnels, « il en va aussi de l’application de mesures en phase avec les politiques RSE qui prennent toujours plus d’importance. Les critères d’exemplarité dans les relations partenariales et le fait de fournir des garanties financières facilement contribuent à nourrir ce volet RSE. Cet aspect est de plus en plus étudié. »
Les plateformes digitales de paiement prévues à cet effet sont toujours plus souvent adoptées par les directions financières. Elles permettent de mieux prévenir le risque de fraude grâce à des procédures d’analyse systématiques pour chaque paiement. Elles renforcent ainsi le respect des politiques paiements des entreprises en diminuant les coûts de gestion et en garantissant la conformité interne. David Dogimont, insiste sur l’importance de la digitalisation dans ce type de contexte : « Elle apporte une réduction des charges des entreprises, du volume de litiges, un meilleur pilotage de certaines activités. Il y a bien sûr aussi un enjeu de récupération de données via l’e-invoicing, l’e-reporting, qui vise à disposer le plus rapidement possibles de données utilisables pour fluidifier et accélérer les échanges et les flux. »
Si l’affacturage inversé semble attractif et avantageux, il présente toutefois quelques inconvénients. C’est d’abord un dispositif qui dans la pratique est réservé à des entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 5 millions d’euros. Par ailleurs, bon nombre d’organismes financiers n’acceptent ce type de contrats d’affacturage uniquement s’il existe une relation partenariale de long terme entre le fournisseur concerné et son donneur d’ordre. De nouvelles structures issues des innovations de la Fintech se positionnent différemment en se montrant plus souples en la matière. Des outils logiciels intelligents dotés d’algorithmes sophistiqués de vérification sont généralement mis à profit par ces jeunes acteurs. A noter que l’offre bancaire pourrait évoluer rapidement sur ce plan. Les bouleversements et les modernisations que connaissent les chaînes d’approvisionnement à l’heure actuelle contraignent les établissements bancaires traditionnels à envisager de nouveaux mécanismes visant à soutenir les relations dans une perspective gagnant-gagnant.
Les accords peuvent également être longs à se concrétiser. La mise en place du contrat implique un contrôle accru au départ et exige souvent une configuration des logiciels informatiques plus évoluée que dans le cas d’un contrat d’affacturage classique. S’il s’agit d’une organisation étendue à l’international, les contextes juridiques et réglementaires locaux peuvent être un obstacle à la mise en place des programmes d’affacturage inversé, les cadres d’application étant très variables dans ce domaine d’un pays à l’autre. Enfin, rien ne garantit que le fournisseur accepte une telle option : même si elle est à son avantage, celui-ci privilégient parfois ses propres solutions.
Lire aussi : L’incertitude pèse sur les chaînes d’approvisionnement
Risques financiers ou autres, la gestion des risques dans la supply chain est devenue une priorité. Ainsi, 70% des entreprises disposaient d’une évaluation des risques de la supply chain et 77% d’entre elles souhaitaient la modifier sous cinq ans fin 2020, selon le cabinet de conseil Kyu, spécialisé dans la transformation des chaînes d’approvisionnement.
Au sein de l’arsenal des approches financières destinées à optimiser le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement, le calcul du stock minimum est toujours plus évoqué comme un incontournable. « A l’heure actuelle, les entreprises de la quasi-totalité des secteurs d’activité réinternalisent certaines activités. Il est crucial de constituer des stocks pour mieux maîtriser la demande. Nous constatons d’ailleurs que nos clients qui ont le mieux traversés les deux dernières années économiquement sont systématiquement ceux qui disposaient de stocks. Mais il faut aujourd’hui rendre cette gestion compatible avec une approche dédiée », souligne Julien Morin, responsable commercial des outils logiciels chez le fournisseur de solutions logistiques Mecalux.
Le stock minimum correspond à la quantité minimale de produits indispensables pour pouvoir répondre à la demande. Il convient de le réapprovisionner dès qu’il est atteint. Il sert de relais pour pallier les délais de livraison des fournisseurs et permet de satisfaire les clients sans avoir à recourir au stock de sécurité dont la fonction est plutôt de couvrir les éventuels imprévus et pics de demande. Le stock minimum à envisager est obtenu à partir du stock d’alerte, qui varie selon les entreprises et la criticité des activités, auquel on soustrait le stock de sécurité. Son volume dépend aussi des coûts de stockage qui peuvent excéder le coût que représente l’indisponibilité. Les quantités de stocks doivent alors être ajustées. « Les éléments d’optimisation dans ce domaine ont un impact direct sur l’état de la trésorerie », conclut Julien Morin.
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