Michel-Édouard Leclerc : « L'inflation devrait atteindre un sommet … – Le Journal du dimanche

INTERVIEW. D’après le président d’E.Leclerc, la baisse des prix n’est pas pour tout de suite. Face à l’inflation, Michel-Édouard Leclerc assure que les magasins continueront d’être « au service du pouvoir d’achat » des Français.
Jusqu’où voyez-vous monter les prix dans les rayons ?
L’inflation va continuer au moins pendant les six premiers mois de l’année et devrait atteindre un sommet entre avril et juin. La hausse des prix alimentaires dans la distribution a atteint en moyenne 12 % en 2022 dans les hypermarchés. Les enseignes les moins chères, E.Leclerc, Hyper U et Lidl, n’ont pas fini de répercuter toute cette hausse aux consommateurs. Chez E.Leclerc, nous continuons à prendre sur nos marges pour éviter la chute des ventes. L’an dernier, alors que les institutions, jusqu’au FMI, minoraient leurs prévisions d’inflation, j’étais considéré comme « l’agité du marché » parce que j’annonçais des taux plus élevés. En tant que distributeurs, nous savons trois à quatre mois à l’avance comment les prix vont évoluer à travers nos centrales d’achats.

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Croyez-vous, comme les pouvoirs publics, à un retour de l’inflation autour de 2,5 % en fin d’année ?
Non. Ils se sont plantés l’an dernier sur leurs prévisions en 2022. Eux raisonnent sur des indices macroéconomiques pour permettre une comparaison européenne. Mais ce sont des indices trop généraux pour refléter les prix du quotidien payés par les consommateurs.

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Quand les prix vont-ils baisser ?
Pas de baisse à l’horizon. Nos acheteurs appréhendent les négociations avec des industriels qui sont tout sauf transparents, contrairement aux producteurs agricoles. En ce moment, ils nous réclament des hausses de prix allant de 12 à 30 %. Nos acheteurs sont effarés et franchement inquiets. Après une année inflationniste, ils nous reproposent des hausses exorbitantes. Les plus gros fournisseurs de croquettes pour chiens et chats, Nestlé et Mars, demandent des augmentations de 17 à 39 %. Unilever réclame 25 % sur la moutarde. Bien entendu, toute la distribution va essayer de négocier ces hausses, ne serait-ce que pour les étaler.

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Nos acheteurs sont effarés et franchement inquiets
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Leclerc est le champion des prix les plus bas, mais est-ce encore tenable ?
Quel que soit le niveau d’inflation, l’utilité sociale d’E.Leclerc c’est d’être le moins cher et au service du pouvoir d’achat. On ne vend pas que du premier prix pour autant. Sur chaque segment de marché, de l’entrée de gamme au produit premium, nous maintenons ce cap. Et d’ailleurs demain, pour que les Français adhèrent à la mobilisation pour le climat, et donc à des produits décarbonés qui coûteront plus cher à produire, l’offre devra rester accessible au plus grand nombre.

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Comment faites-vous face à la concurrence de Lidl, d’Aldi et des nouveaux hard discounters ?
Par principe, je redoute tout nouveau concurrent, jeune, vieux ou petit. Dans les magasins, nos équipes sont hyper réactives. On sait que 18 millions de clients viennent chez nous, mais aussi saisissent les meilleures promos de Lidl ou d’Action.
Vos 140 000 salariés sont-ils la variable d’ajustement du moins cher ? La presse faisait état de leur mécontentement en décembre face à des salaires toujours au ras du smic…
C’est une tentative de déstabilisation. Je connais quelques magasins où il y a des tensions en Normandie ou dans l’Est. Mais E.Leclerc est une marque employeur qui attire. On a recruté 2 700 personnes l’an dernier. Cette année, nous visons plus de 1 600 embauches avec un système de participation et d’intéressement. On a aussi donné beaucoup de primes.
L’utilité sociale d’E.Leclerc c’est d’être le moins cher
Que pensez-vous du panier de 20 produits à prix bas proposé par Olivia Grégoire ?
Tous les distributeurs sont outillés pour construire des paniers adaptés. On ne rejette pas l’idée d’une action collective, mais comme nous n’avons pas de lisibilité sur les négociations en cours et que la loi nous interdit de revendre à perte, c’est difficile d’imaginer des prix stabilisés. Nous sommes face à une injonction contradictoire. On nous demande de baisser les prix pour les démunis, et en même temps on nous demande d’augmenter ces mêmes produits pour assurer la rémunération des agriculteurs. Aux pouvoirs publics d’arbitrer !
Une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité comme en Espagne est-elle une bonne idée ?
Pourquoi pas. Mais c’est une perte pour les finances publiques alors que la loi pourrait nous inciter à vendre moins cher en supprimant les marges minimum sur l’alimentaire et en nous accompagnant positivement dans la négociation. En période d’inflation, surtout face à des lobbys hyper puissants d’industriels qui ont leur entrée au Parlement, qu’est-ce qui revient vraiment aux agriculteurs dans le prix d’une barre de chocolat Nestlé, d’une eau d’Évian ou d’une bouteille de Coca ?
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Quid d’un blocage des prix ?
C’est le couvercle sur l’eau qui bout. Face à la pression des prix, ça ne tient pas. Et d’ailleurs, soyons pragmatiques : qui décide de bloquer, à combien et à quelles conditions ? Ça suppose de connaître la réactivité de chaque marché. Cette envie de travailler avec la distribution ne transpire pas avec les débats récents au Parlement.
Quelles sont les bonnes mesures anti-inflation appliquées jusqu’ici en France et en Europe ?
Le bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie a été une bonne mesure. En France, on a été meilleurs globalement dans la gestion de l’impact de l’inflation que nos voisins européens. Nous avons eu la chance d’avoir un ministre de l’Économie à l’écoute depuis la crise du Covid avec le « quoi qu’il en coûte ». Aujourd’hui, tout le monde comprend que les caisses sont vides. Chacun essaie de refiler ses factures à l’autre. Le commerce lui-même a vu ses coûts d’exploitation exploser. Chez Leclerc, on prend sur nos marges – nos marges nettes sont de 2,5 % en moyenne.
Le bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie a été une bonne mesure
Vous vous êtes élevé contre la proposition de loi portée par Frédéric Descrozaille qui a été amendée mercredi…
C’est toute la distribution qui s’est mobilisée, et elle a bien fait. Bercy a fait connaître ses réserves. Le rapporteur n’a pas maintenu sa version initiale, qui allait donner le pouvoir aux industriels d’imposer des prix trop élevés. On est tous renvoyés dos à dos. Il a imaginé une période d’expérimentation pendant deux ans.
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La France a sanctionné votre retard dans les négociations commerciales conduites par votre centrale d’achats commune avec l’allemand Rewe. Vous êtes toujours en bagarre sur ce sujet…
E.Leclerc s’est allié avec des partenaires européens. Comme d’autres entreprises dans tous les secteurs économiques. C’est curieux que l’Administration et des politiques relaient l’argument des multinationales qui n’ont souvent pas leur siège en France et nouent elles-mêmes ce genre d’alliance ! ​Cela reflète bien la défiance des élites françaises envers les commerçants. L’Europe a été faite pour bénéficier aussi aux consommateurs, afin qu’ils jouissent des meilleurs prix en Europe.
En vingt ans, comment la consommation des Français a-t-elle évolué ?
Les Français ont mûri et maîtrisent leur consommation quels que soient les aléas. Les centres Leclerc ont été créés à l’époque du marché noir. Dans les années 1960, Carrefour a inventé l’hypermarché avec une profusion de choix, ce qui a permis à des industriels français de l’agroalimentaire de prospérer. Depuis cinq ans, on va vers un modèle de produits plus qualitatifs. Même si, pendant le Covid, les consommateurs ont surconsommé du snacking et veulent, malgré la baisse de pouvoir d’achat, des aliments avec un bon Nutri-Score, du local et du bio sans se faire taper au niveau des prix. Cette demande nous oblige à revoir nos recettes. On s’occupe désormais autant de la composition des produits que du prix. Je remarque aussi que s’ils restent sensibles aux marques, ils achètent moins qu’autrefois les étiquettes.
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