Michaël Fribourg, président directeur général de Chargeurs : "L'inflation n'est pas un enjeu pour le groupe" – La Lettre de la Bourse – La lettre de la bourse

Malmené en Bourse ces derniers mois, ce groupe industriel leader mondial sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée n’a pas démérité au premier semestre et demeure très confiant sur ses perspectives. Son président et principal actionnaire, Michaël Fribourg nous explique pourquoi.
Quel regard portez-vous sur la première partie de l’exercice de Chargeurs ?
Michaël Fribourg : Nos métiers traditionnels des pôles technologies et luxe ont enregistré un très fort rebond et sont même parvenus à dépasser leur niveau d’avant covid à la fois en termes de chiffre d’affaires et de rentabilité opérationnelle courante. C’est donc une très grande satisfaction obtenue dans un environnement pourtant perturbé par une forte inflation, la persistance de confinements sanitaires en Asie et la guerre en Ukraine. Notre pôle luxe a quant à lui enregistré d’importants succès commerciaux appelés à générer du chiffre d’affaires et des profits sur les prochains semestres, ce qui nous apporte de la visibilité dans ces métiers. Enfin, l’activité sanitaire (protections contre le covid) développée avec succès en pleine pandémie pour apporter des solutions aux gouvernements et aux populations conserve une très forte rentabilité de ses capitaux engagés, supérieure à 35 %, avec des à-coups liés aux différents vagues épidémiques mais qui n’affectent pas le taux de profitabilité de la branche. Je rappelle que cette activité n’est pas notre cœur de métier et ne mobilise que 3% de nos capitaux engagés, mais elle nous a déjà rapporté des dizaines de millions, ce qui est un amortisseur lors des pics pandémiques.
Est-il pertinent pour les observateurs de comparer la performance 2022 à celle de l’avant-pandémie, donc à celle de 2019, et si oui quel est en 2022 l’impact relatif de l’inflation et du reflux de la pandémie ?
M. F : Vous avez raison, la bonne base de comparaison est l’avant-pandémie. Comparé à 2019, notre résultat opérationnel du premier semestre 2022, qui s’est établi à 25,4 millions, est en croissance de 11,9 %, et notre résultat d’exploitation en croissance de 23 % ! Au premier semestre 2021, nos activités sanitaires avaient représenté un chiffre d’affaires de 71,3 millions et un résultat opérationnel courant de 18,1 millions (contre respectivement 6,2 et 3,4 millions sur les six premiers mois de cette année). C’était un excellent amortisseur, dans des proportions exceptionnelles qui reflétaient notre savoir-faire entrepreneurial de gestion et dans un contexte où la pandémie pesait négativement sur nos autres métiers traditionnels, qui ont depuis fortement rebondi. Abstraction faite cet effet de base entre 2021 et 2022, ce qui est très important c’est que nos métiers traditionnels ont bénéficié de grands succès commerciaux en 2022 sans vraiment souffrir de l’inflation. Ils disposent d’un très bon « pricing-power » facilitant la répercussion des hausses de prix des intrants auprès de nos clients.
Quels sont les ressorts de Chargeurs pour absorber l’inflation et quels sont les métiers les plus menacés par l’envolée des prix ?
M. F : L’inflation ne constitue pas vraiment à ce stade, un enjeu aussi majeur pour Chargeurs que pour les autres industriels, car nous sommes leaders mondiaux de métiers de niche à forte valeur ajoutée. Nous parvenons à la répercuter à nos clients. Notre taux de pénétration a augmenté depuis la pandémie et nous disposons aujourd’hui sur chacun de nos deux pôles (technologies et luxe) d’une part de marché de plus de 30% au niveau mondial. Également, nos clients évoluent sur les secteurs du luxe peu sensibles aux effets prix.
Le groupe a-t-il couvert sa facture énergétique ?
M. F : Fort heureusement, Chargeurs n’est pas un très gros consommateur d’énergie. Notre objectif a été de sécuriser nos approvisionnements et de trouver des solutions destinées à continuer de fonctionner même en cas de pénurie. C’est ainsi que d’immenses générateurs ont été installés dans nos usines en Europe. Nous avons également cherché à anticiper en nous assurant auprès de nos fournisseurs la signature de contrats offrant des conditions tarifaires très flexibles pour 2023. Enfin, des mesures ont été prise en vue d’optimiser notre consommation d’énergie en renforçant la part de notre production hors d’Europe dans des zones géographiques non pénalisées par la crise énergétique comme les Etats-Unis ou l’Asie.
Percevez-vous des signes de ralentissement sur vos différents segments de marché ?
M. F : A ce stade, Chargeurs semble surperformer ses concurrents. Nos clients évoluent sur des secteurs peu sensibles à la conjoncture comme le luxe industriel pour notre pôle technologies (films de process et les textiles techniques) et du luxe de consommation et expérientiel pour notre second pôle. Par ailleurs, notre équilibre géographique (40% de notre chiffre d’affaires sur les continents américains, 30% en Asie et 30% en Europe) et notre forte dimension internationale avec une présence dans une centaine de pays offrent une source de résilience à la conjoncture.
Quelle est la finalité de la nouvelle organisation du groupe en trois pôles (technologies industrielles, luxe et diversification) annoncée fin juillet ? Existe-t-il des complémentarités entre ces différents métiers ?
M. F : Nos métiers de niche sont gérés selon le même modèle basé sur l’expansion internationale et l’émergence de leaders fournissant des produits et des services. L’organisation de ces métiers en trois pôles (technologies, luxe et diversification) permet de mettre l’accent sur la transformation créatrice de valeur. La branche technologie, par exemple, connait une combinaison de croissance de produits et de services, un verdissement de ses offres et une même flexibilisation de sa logistique mondiale. La division luxe rencontre des problématiques marketing et d’opportunités de digitalisation des offres similaires entre les métiers et s’articule autour de stratégies très complémentaires d’innovation et de créativité. Notre nouvelle organisation vise ainsi à renforcer les synergies entre les métiers et avec les clients, le but étant d’étoffer notre taux d’emprise auprès de nos interlocuteurs en leur proposant toute une gamme de solutions et de services.
La croissance externe fait partie de l’ADN du groupe. Dans quel secteur ou zone géographique cherchez-vous à renforcer vos positions ?
M. F : Notre politique donne la priorité aux pays développés où nous souhaitons disposer d’importantes parts de marché. Notre approche est plus prudente dans les zones émergentes. Le groupe a toujours été économe dans sa stratégie d’acquisitions en ne surpayant pas ses cibles, privilégie les transactions entre actionnaires familiaux et vise un retour sur investissement rapide et des cibles fortement génératrices de trésorerie. Raison pour laquelle Chargeurs conserve une solide structure financière avec un endettement net raisonnable correspondant à la moitié de ses fonds propres. Nous sommes à l’affût pour nos deux pôles (technologies et luxe) mais souhaitons dans l’immédiat rester prudents sur les acquisitions devant l’environnement instable. L’art de Chargeurs n’est pas seulement d’acquérir, c’est aussi d’intégrer nos acquisitions avec succès. C’est pourquoi nous veillons toujours à attendre de réunir les meilleures conditions pour l’intégration réussies de nos cibles.
Livrez-vous des perspectives pour cette année ? A moyen terme, l’objectif est d’atteindre 1 milliard de chiffre d’affaires à l’horizon 2025. Comment y parvenir ? Quid de la rentabilité ?
M. F : Non pour la bonne et simple raison que nous ne délivrons jamais de perspectives chiffrées. Nous restons extrêmement confiants sur la qualité des fondamentaux du groupe. A plus long terme, l’objectif est, à environnement macroéconomique et géopolitique restabilisé, de disposer au sein de Chargeurs, d’ici à la fin 2025, d’un portefeuille d’activités capables de générer 1,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 1 milliards par le fruit de la croissance organique de nos métiers déjà en portefeuille, et le solde par l’apport des croissances externes nouvelles et des croissances organiques additionnelles dont ces croissances externes seront-elles même capables. Nous visons par ailleurs une cible normative de rentabilité opérationnelle de 10 % à cette échéance, encore une fois si l’environnement se restabilise bien sûr.
Rappelez-nous les principes de votre politique de dividende ?
M. F : Depuis que j’en suis l’actionnaire de référence, Chargeurs a toujours mené une politique de distribution régulière visant à récompenser la confiance de nos investisseurs. L’utilisation des 200 millions de déficits fiscaux permet d’optimiser la fiscalité du groupe et d’être plus généreux dans notre politique de distribution équivalente à plus de la moitié de nos résultats. Par ailleurs, le versement en deux fois du dividende dans l’année sous forme d’acompte et de solde offre de la régularité dans les revenus de nos actionnaires.
Vous venez de renforcer votre participation au tour de table de Chargeurs. Faut-il y voir un signe de sous-valorisation de l’action en Bourse ? Allez-vous continuer de racheter des titres ?
M. F : Mon Groupe familial s’inscrit dans une démarche de long terme et, effectivement, nous avons souhaité profiter de la volatilité actuelle des marchés pour renforcer notre participation au tour de table de Chargeurs et adresser à nos actionnaires un signe de confiance dans ses fondamentaux et dans notre capacité à valoriser ses actifs et la valeur patrimoniale de la société. Nous allons continuer d’acheter des titres sur le marché selon les opportunités. Par ailleurs, un programme de rachat d’actions de 8 millions a été adopté à la dernière assemblée générale. Il est mis en œuvre avec parmi ses objectif l’annulation de titres, ce qui aura un effet relutif sur le bénéfice net par action.
Cette affaire industrielle spécialisée dans les solutions intégrées à forte valeur ajoutée pour les secteurs de la mode, de la santé et de la muséographie a réalisé un solide début d’année et a démontré une capacité à relever ses prix. La forte baisse de l’action en Bourse ramène sa valorisation à des niveaux attractifs dans une optique de long terme.
Le titre de ce holding industriel très bien géré n’a pas été épargné depuis le début de l’année par la chute des marchés. Au point d’afficher une décote de valorisation importante par rapport à son ratio de moyen terme.
Grâce à la reprise de ses métiers historiques, ce holding industriel présent sur les films de protection temporaire de surfaces, sur les textiles techniques, sur les services aux musées et la santé a dévoilé un très bon chiffre d’affaires au troisième trimestre et des perspectives meilleures que prévu.
Si cette société spécialisée dans la protection temporaire des surfaces, l’entoilage et les textiles techniques avait bénéficié l’an dernier de la crise sanitaire, en se positionnant sur les masques, elle compte sur le dynamisme de ses métiers historiques, la pérennité de ses nouvelles activités et la croissance externe pour atteindre les objectifs ambitieux qu’elle s’est fixée à l’horizon 2025.

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