#metoo, en direct : cinq ans après les premiers témoignages, « Le Monde » consacre une journée spéciale aux conséquences de cette révolution – Le Monde

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Le 5 octobre 2017 éclatait l’affaire Weinstein. Cinq ans après, « Le Monde » fait le bilan de cette révolution sexuelle, culturelle, sociale et judiciaire, en France et dans le monde. Laurence Rossignol et Nelly Garnier ont répondu à vos questions dans un tchat.
La libération de la parole sur les violences sexistes et sexuelles, en 2017, devenue virale grâce aux réseaux sociaux, a provoqué une forte mobilisation des collectifs féministes et rassemblé ensuite un large public, jeune, lors de grandes manifestations. Il y avait alors l’espoir que cette parole sur les violences sexistes et sexuelles porte en elle-même l’annonce d’une grande transformation.
Cinq ans après #metoo, « Le Monde » a contacté des militantes féministes. Pour elles, ni étonnement ni surprise face à ce déferlement qui a suivi la proposition faite aux femmes par l’actrice américaine Alyssa Milano de témoigner de leur vécu de violences sur Twitter, accompagné d’un même hashtag (mot-clé), #metoo, dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein. « Je me suis demandé, quelque part, comment ça n’était pas arrivé plus tôt », dit Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) et cofondatrice, en 1985, du Collectif féministe contre le viol. Chaque année, 213 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles dans le cadre conjugal, 94 000 femmes victimes de viol ou de tentative de viol, selon les sources officielles.
Depuis cinq ans, on ne peut pas dire que rien n’a changé, d’autant plus lorsqu’on travaille au sein d’infrastructures aussi poreuses que des établissements scolaires. Le ministère fait de l’égalité un fer de lance de ses politiques éducatives et de ses priorités axiales dans les circulaires de rentrée : dans les faits, peu d’actions sont proposées concernant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Il nous revient de nous dépatouiller seuls avec des récits de violences sexuelles de nos élèves, le pôle médico-social jamais au complet, comme dans la plupart des établissements scolaires du 93. Aucune formation sur la culture du viol, sur la culture de l’inceste, aucun levier majeur pour favoriser une véritable éducation affective et sexuelle tout au long de la scolarité. Nous sommes une équipe engagée et très volontaire, on essaie de mettre en place des actions mais le défi est colossal et la culture professionnelle n’est pas au rendez-vous. Il y a un gap énorme entre les chiffres sus par beaucoup d’entre nous (3 ou 4 élèves concernés par classe) et l’insuffisance des espaces-temps pour aborder ces questions de violences faites aux femmes et aux enfants.
Léa, professeure documentaliste
Pour compléter et clore cette matinée #metoo très politique, nous vous conseillons d’écouter les explications de nos journalistes Claire Gatinois et Raphaëlle Bacqué dans un podcast du « Monde ».
Laurence Rossignol, sénatrice (PS), et Nelly Garnier, conseillère de Paris (LR), ont terminé de répondre à vos questions.
Merci pour vos nombreuses interrogations et contributions.
Restez avec nous pour la suite de cette journée spéciale consacrée aux 5 ans de la révolution #metoo. A 14 h 30, Catherine Le Magueresse, juriste, répondra à son tour à vos questions dans un tchat consacré à #metoo et la justice.
On tâtonne ! Les retours d’expérience me conduisent à penser que ces cellules doivent être externalisées ; trop de liens entre les mis en cause, les plaignantes et les instances politiques. Et le traitement des plaintes exige de l’expérience, de la compétence. On ne s’improvise pas expert ou experte dans ce type d’enquêtes simplement parce qu’on est motivé·e.
Laurence Rossignol
Cela fait longtemps que je dis qu’on ne peut pas tout attendre des cellules internes aux partis. Pourquoi ? Parce qu’un parti politique est toujours pris dans des logiques de stratégie politique ou, du moins, il n’échappe pas au soupçon de céder prioritairement à ces logiques. C’est ce qu’a montré l’affaire Bayou. Sandrine Rousseau était peut-être sincère dans ses déclarations. Mais elle ne peut échapper ni à son statut ni à sa fonction, et donc en mettant en cause son principal adversaire politique au sein d’EELV, il était évident qu’elle serait soupçonnée d’instrumentalisation politique. C’est pour cela que j’en ai toujours appelé à des instances indépendantes ou transpartisanes.
Nelly Garnier
Paradoxalement, ce sont les partis qui s’affichent les plus féministes – ou du moins ceux dans lesquels les militantes féministes sont les plus offensives – dans lesquels les pratiques ont été le plus mises en cause, qui sont le plus exposés par des affaires. Mais ce n’est pas si paradoxal, dans ces partis les femmes sont plus en confiance sur le traitement de leur parole et aussi plus exigeantes sur la conformité des paroles et des actes. Traiter les violences sexistes et sexuelles dans leur parti, faire respecter la parité, transformer leur parti en partie réellement féministe, est inséparable de leur engagement politique.
S’il y a moins de femmes en politique, c’est d’abord, parce que les partis politiques ne les désignent pas. Les électeurs sont moins misogynes que les partis.
La vague de témoignages #metoo a montré que dans tous les milieux où les hommes avaient un pouvoir d’ascendant sur les femmes ou les enfants, les violences sexuelles se développaient. Or, qu’est-ce que le monde politique ? C’est un monde avec d’un côté des hommes qui ont beaucoup de pouvoir entre leurs mains (le pouvoir de vous attribuer un logement, une place en crèche, de régler une situation de vie compliquée) et de l’autre des femmes parfois en situation de grande fragilité : des femmes sans papiers, des mères célibataires, de jeunes collaboratrices. Le risque d’abus de pouvoir qui prend la forme de violences sexistes et sexuelles y est donc particulièrement élevé. C’est pour cela que je milite depuis longtemps pour l’instauration de commissions indépendantes de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les assemblées d’élus qui permettent d’accueillir la parole des victimes et réfléchissent aussi à la manière de prévenir le risque d’abus sur les femmes qui sont dans l’entourage des hommes politiques : administrées, collaboratrices, jeunes journalistes, élues, etc.
A titre personnel, j’en rencontre moins aujourd’hui. Mais il faut beaucoup plus de galons à une femme qu’à un homme pour être respectée. Les partis politiques sont toujours des boys clubs, un peu plus vigilants sur les apparences que par le passé.
Il y a un continuum de la violence à l’égard des femmes. Pendant longtemps, on a traité les violences sexuelles comme un fait divers, l’acte de déséquilibrés isolés. Mais quand des faits de violence sont aussi généralisés, cela veut dire qu’ils se propagent à partir d’un terreau qui les favorise. Le rôle de la justice est de condamner a posteriori des actes qui ont été commis. Le rôle du politique est de porter un combat politique et culturel pour prévenir ces violences. Cela passe nécessairement par l’interrogation de comportements, qui ne sont pas forcément des délits ou des crimes, mais qui placent les femmes dans un rapport de domination. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’erreur serait de vouloir criminaliser des comportements qui ne sont pas des crimes et de s’instituer en justice parallèle. Mais que le monde politique interroge certains comportements masculins jusque dans l’intime, cela me paraît indispensable pour faire reculer à la fois les violences et les inégalités.
Bonjour,
Selon moi, c’est la société qui porte #metoo, et le monde politique dans son ensemble reste très réticent à faire son examen de conscience. Quand je suis arrivée au Conseil de Paris, en juin 2020, en six mois, trois barons de la gauche parisienne ont été visés par des accusations graves dans le cadre d’affaires de violences sexuelles. Et la réaction d’élus qui se disaient pourtant féministes a tout de suite été d’étouffer ces affaires. De la même manière, dans le cas de Taha Bouhafs, il a certes été écarté, mais La France insoumise a voulu faire croire que c’était parce qu’il était victime de racisme. Parce que ce n’est pas bon politiquement non plus, lorsqu’on défend la cause féministe, de montrer qu’on a laissé prospérer des années des hommes qui ont pu être les auteurs de violences, alors même qu’il y avait eu des alertes en interne. Le #metoopolitique, ce n’est pas une question de droite ou de gauche. C’est une question de dérive dans le rapport des hommes au pouvoir.
Cent vingt femmes victimes de féminicide par an, près de 300 000 victimes de violences conjugales, des milliers d’enfants victimes de violences sexistes et sexuelles et de viol, 20 % d’écart de rémunération, je considère consacrer mon engagement et mon mandat à des sujets majeurs. Et ceux qui prétendent le contraire ne font que défendre le statu quo et l’omerta.
Le combat que je mène depuis plusieurs années, avec d’autres femmes politiques, c’est de dire : on ne peut pas tout attendre de la justice. Parce que, dans de nombreux cas, on sait qu’il sera très difficile d’aboutir d’un point de vue judiciaire. Prenez le cas de Damien Abad, on parle d’une pratique non consentie dans le cadre d’un rapport consenti. Dans ce type de situation, il est très compliqué d’apporter des preuves. Pour autant, cette affaire a aussi amené de nombreuses femmes à témoigner de comportements problématiques à l’égard des femmes, avec des échanges de SMS et autres éléments tangibles à l’appui. Les partis politiques peuvent alors se poser la question de savoir si ces comportements sont en cohérence avec les valeurs d’égalité et de respect de la dignité des femmes qu’ils portent politiquement. Ne plus être ministre, ce n’est pas avoir été condamné par la justice. Il est normal que l’on attende d’un responsable politique que son comportement personnel soit cohérent avec les valeurs qu’il défend.
Oui ! Combattre les propos sexistes, quand ils visent une adversaire politique et viennent de mon propre camp, est une règle que j’applique depuis longtemps.
Laurence Rossignol

Dans le cadre du #metoopolitique, je peux témoigner que je travaille de manière transpartisane avec des femmes d’autres bords politiques qui n’ont pas hésité à me défendre lorsque j’ai été attaquée en raison de mes positions féministes.
Nelly Garnier

Il faut casser cette idée reçue qui voudrait que les femmes sont plus discrètes, ne veulent pas se mettre en avant et s’écartent elles-mêmes des cercles de pouvoir. Des femmes engagées prêtes à prendre des responsabilités, il y en a beaucoup ! Des femmes qui présentent leur candidature pour être investies sur des circonscriptions gagnables, il y en a beaucoup ! Cependant, elles sont souvent bloquées dès le début de leur carrière. A titre personnel, je sais que si j’ai pu être élue, avec les positions très libres qui sont les miennes notamment sur les sujets liés au féminisme, c’est parce que j’ai été investie dans des territoires dirigés par des femmes : Rachida Dati à Paris et Valérie Pécresse en Ile-de-France.
Leur dire que « la honte doit changer de camp ». Transformer la compréhension collective, et changer les lois, les pratiques de la police et de la justice pour qu’elles n’aient pas peur de les solliciter. Ça avance mais on est encore loin du compte. C’est une évolution profonde de la société. Mobiliser les organisations syndicales pour que les femmes y trouvent du soutien. Créer des cellules dans les entreprises. Leur assurer que si elles parlent, ce sont elles qui seront protégées, pas les auteurs, même s’ils ont davantage de pouvoir.
Vous avez raison. Beaucoup s’inquiètent d’un tribunal médiatique et des réseaux sociaux qui feraient tomber des centaines d’hommes puissants. Mais, parmi les hommes qui ont été mis en cause ces dernières années, combien ont été réellement écartés des cercles de pouvoir ? Quasiment aucun. Alors que les femmes qui ont parlé ont souvent dû changer de milieu professionnel. Elles ont aussi fait face à des attaques pour salir leur réputation et en restent souvent très affectées psychologiquement.
Indispensable.
Je ne saurais pas dire pour l’ensemble des assemblées, mais pour ce qui concerne celles où je suis élue, il y a des formations obligatoires pour prévenir les violences sexistes et sexuelles. Mais, il faut être lucide. Pour lutter efficacement contre les violences, il faut qu’il y ait la peur de la sanction. Il faut mettre fin au sentiment d’impunité et, pour cela, casser les logiques de protection qui se mettent en place autour des hommes qui utilisent leur position de pouvoir pour abuser de femmes sur lesquelles ils ont une situation d’ascendant.
Live animé par Julie Bienvenu
#metoo : les 5 ans d’une révolution. En 2017 éclatait l’affaire Harvey Weinstein aux Etats-Unis, provoquant une onde de choc mondiale qui allait libérer la parole contre les violences sexistes et sexuelles. Au gré d’une cinquantaine d’articles, de reportages et tribunes, publiés du 5 au 15 octobre, Le Monde retrace les grandes étapes de cette révolution, qui, si elle compte quelques excès, est porteuse de nombreux progrès et d’immenses espoirs.
Que veut dire #metoo ? Le 5 octobre 2017, le New York Times publiait une enquête révélant les agressions et le harcèlement sexuels que le célèbre producteur de cinéma Harvey Weinstein faisait subir depuis des années à de nombreuses femmes. Parti d’Hollywood, le mouvement est symbolisé par ce hashtag repris par l’actrice Alyssa Milano dix jours plus tard, le 15 octobre, et qui déferle sur les réseaux sociaux, #metoo (« moi aussi »). D’autres mots-clés apparaîtront à travers le monde, dont #balancetonporc, lancé en France par la journaliste Sandra Muller. Cinq ans après, faisons le bilan de cette révolution sexuelle, culturelle, sociale et judiciaire, en France et dans le monde. Les choses ont-elles réellement changé en 2022 ? L’égalité entre les hommes et les femmes a-t-elle avancé ?
Nous discuterons ensemble toute la journée du mouvement #metoo et de son impact sur vos vies comme dans le monde entier. Vous pourrez témoigner en commentaire et poser vos questions à nos intervenants lors de deux tchats :
Enquête. Cinq ans après #metoo, l’onde de choc : ce qui a changé dans les familles, à l’école, au tribunal…
Analyse. L’antiféminisme prospère sur les réseaux sociaux
Décryptage. #metoo, le « moteur colère » des militantes féministes
Enquête. Dans les entreprises, une lutte difficile contre les actes sexistes et le harcèlement sexuel
Reportage. A Saint-Denis, le difficile #metoo des quartiers populaires
Récit. Dans le sport, une prise de conscience à géométrie variable
Témoignages. A l’Ecole supérieure d’art dramatique du Nord, le consentement en étendard
Entretien. « Aujourd’hui, tous les jeunes adultes ont déjà entendu parler de consentement »
Tribune. Violences sexistes et sexuelles : « Le faible nombre de condamnations incite à trouver de nouvelles façons de travailler »
Retrouvez tous nos articles sur les 5 ans de #metoo dans notre grand format
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