Maladie d'Alzheimer : premiers symptômes, stades, prévention – Top Santé

[JOURNEE MONDIALE ALZHEIMER] La maladie d’Alzheimer touche environ 900 000 personnes en France. Zoom sur cette maladie, ses causes, ses symptômes, ses traitements et les moyens de prévention, avec le Dr Nicolas Villain, neurologue.
La maladie d’Alzheimer est une pathologie neuro-dégénérative évolutive s’exprimant par des troubles de la mémoire et un déclin cognitif, le plus souvent associé à des troubles comportementaux, et évoluant vers une perte progressive d’autonomie, caractérisant un syndrome démentiel. "Cette maladie consiste en une sorte de vieillissement accéléré du cerveau notamment des neurones et des synapses, éléments qui permettent aux neurones de communiquer entre eux. Les neurones meurent plus vite qu’attendu", explique Dr Nicolas Villain, neurologue à l’Institut de la Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. La maladie d’Alzheimer représente environ 70% des cas de syndromes démentiels. 900 000 Français sont atteints d’Alzheimer. Parmi eux, 850 000 ont plus de 65 ans et 33 000 moins de 60 ans.
Une des spécificités de la maladie d’Alzheimer par rapport à d’autres maladies neuro-dégénératives est qu’elle touche en premier la zone du cerveau qui s’occupe de la mémoire : l’hippocampe. Il y a plusieurs formes de la maladie d’Alzheimer. Donc plusieurs symptômes.
Lire aussi : Alzheimer : 9 signes qui peuvent y faire penser
"La maladie d’Alzheimer est une maladie neuro-dégénérative comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou la maladie de Parkinson mais elle a la particularité de s’accompagner d’une accumulation anormale de protéines bêta-amyloïde et tau dans le cerveau, informe le Dr Villain. Ces protéines se mettent à faire des agrégats anormaux qui empêchent les neurones de fonctionner correctement et entraînent progressivement leur mort", explique le neurologue. Ces accumulations de protéines forment les lésions cérébrales caractéristiques de la maladie, appelées plaques amyloïdes et dégénérescences neurofibrillaires. On sait aujourd’hui que ces lésions cérébrales peuvent se former 10 à 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes.
"La maladie d’Alzheimer est une maladie multifactorielle. La plupart des facteurs de risque s’accumulent avec le vieillissement mais ce n’est pas le fait de vieillir en lui-même qui entraîne directement la maladie", explique le Dr Villain. Il existe une composante génétique (60-80%) et environnementale (20-40%). "Cependant, il ne s’agit pas d’une maladie génétique classique avec une mutation unique mais d’une prédisposition génétique. Plusieurs gènes confèrent ce risque", précise le médecin. On parle de susceptibilité génétique : certains variants normaux de gènes (polymorphisme génétique), lorsqu’ils sont exprimés ensemble, augmentent le risque de la maladie.
Au niveau des facteurs environnementaux on retrouve comme facteurs de risque des facteurs de risque cardiovasculaires (diabète, tabagisme, surpoids, hypertension artérielle…), la consommation d’alcool, une dépression mal soignée, un traumatisme crânien…. "Il existe aussi un facteur de risque plus spécifique à la maladie d’Alzheimer qui est la presbyacousie. Cela est probablement lié au fait que cette audition qui faiblit est un facteur de retrait social et donc de moindre stimulation du cerveau, ce qui accélère la neurodégénérescence", ajoute le neurologue.
Au cours de l’évolution de la maladie d’Alzheimer, d’autres zones du cerveau que l’hippocampe sont touchées, ce qui entraîne d’autres symptômes. On peut distinguer trois principaux stades dans la maladie d’Alzheimer :
"C’est le stade où le risque de grabatisation apparaît", explique le Dr Villain. Ce stade se termine par le décès de la personne, qui n’est pas directement lié à la maladie d’Alzheimer mais l’est de façon indirecte du fait des conséquences de cette grabatisation (infections, dénutrition, troubles de la déglutition…).
Le traitement est essentiellement non médicamenteux. "L’accompagnement du patient et de l’aidant par des équipes spécialisées Alzheimer (psychologue, ergothérapeute…) ne soigne pas à proprement parler mais leur apprend à mieux vivre avec la maladie et à maintenir une stimulation cérébrale", informe le médecin.
Du côté des médicaments, aucun n’est curatif mais les inhibiteurs de l’acétylcholine estérase (donépézil, galantamine, rivastigmine) ont des effets modestes mais démontrés sur la mémoire et la concentration. Ils ont été déremboursés en France mais comme ils sont génériqués le coût pour un mois de traitement tourne autour de 20 euros.
Les antiglutamates (antagonistes des récepteurs NMDA)(mémantine) ont montré une certaine efficacité dans les formes avancées de la maladie d’Alzheimer. "La prise en charge de la maladie d’Alzheimer repose également sur la prise en charge des comorbidités : hallucinations, risque d’AVC et risque important de dépression. La dépression notamment doit être soignée car elle aggrave les symptômes de la maladie d’Alzheimer", ajoute le neurologue.
Dans le futur, il pourrait y avoir des médicaments curatifs (qui guérissent). La recherche est très active, beaucoup de médicaments sont en développement. "Deux médicaments en particulier sont au stade final des essais cliniques. Nous aurons les résultats d’ici peu",annonce le Dr Villain qui précise que ces médicaments sont des cousins d’un médicament autorisé en 2021 par l’agence du médicament américaine (aducanumab, un anticorps monoclonal qui s’attaque aux plaques amyloïdes) mais qui fait l’objet de nombreuses polémiques. L’Agence européenne du médicament (EMA) a rendu un avis défavorable à la mise sur le marché de celui-ci.
"Les traitements non-médicamenteux ne ralentissent pas l’évolution biologique de la maladie, les neurones vont continuer de dégénérer. En revanche, si on stimule le cerveau, les zones du cerveau épargnées par la maladie se trouvent renforcées et permettent de palier plus efficacement les troubles causés par la maladie", répond le Dr Villain qui précise "qu’au-delà de ralentir les symptômes les traitements non-médicaments aident à vivre plus sereinement avec la maladie d’Alzheimer". Ces traitements non-médicamenteux ont aussi pour but d’aider l’aidant à savoir quoi faire face à tel symptôme, lui apprendre à ne pas s’épuiser, comment remplir un dossier d’aide…
En moyenne, le stade débutant dure de 2 à 5 ans, le stade modéré une dizaine d’années et le stade sévère 3 ans voire plus. Cependant, chez certaines personnes la maladie évolue très lentement et chez d’autres beaucoup plus vite. "Nous ne pouvons pas donner d’espérance de vie chiffrée car la variabilité est très importante", indique le neurologue qui explique qu’il est impossible de savoir à quelle vitesse et comment la maladie va évoluer. "Cela dépend de plein de facteurs : l’agressivité de la maladie mais aussi des évènements environnementaux (décès d’un proche, déménagement…) qui peuvent accélérer les effets de la maladie", détaille le médecin.
La maladie d’Alzheimer a de nombreuses répercussions sur le patient et sur son entourage. Les symptômes peuvent compromettre la sécurité du patient qui a en outre de plus en plus de mal à accomplir les gestes de la vie quotidienne et devient de plus en plus dépendant. Aux stades avancés, la personne malade a besoin de l’assistance de l’aidant pour se laver, s’habiller, se nourrir…
Pour les malades Alzheimer et leur entourage, la souffrance est identique à celle de toute maladie chronique incurable et évolutive. "Les personnes souffrant d’Alzheimer souffrent d’anosognosie, cela signifie qu’ils oublient qu’ils oublient. Ce symptôme est souvent précoce mais peut parfois apparaître plus tardivement. Aussi, il y a des personnes qui pendant longtemps se rendent compte de leurs symptômes ce qui peut créer une souffrance", explique le neurologue. Si les personnes oublient qu’elles oublient, elles peuvent malgré tout ressentir de l’incompréhension et de la frustration à voir l’entourage changer d’attitude à leur égard.
La maladie d’Alzheimer peut être prévenue en limitant les facteurs de risque environnementaux qui sont modifiables : contrôler les facteurs de risque cardiovasculaire, traiter la presbyacousie, avoir une consommation modérée d’alcool, traiter une dépression, avoir une activité physique régulière, des stimulations intellectuelles et des échanges avec les autres. Lire aussi : Alzheimer : 9 bonnes habitudes à adopter (sans tarder) pour prévenir la maladie
Sources :
Brochure Comprendre la maladie d’Alzheimer, Fondation Vaincre Alzheimer
Fondation Recherche Alzheimer
Remerciements au Dr Nicolas Villain, neurologue à l’Institut de la Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris
Papier ou numérique
Certifié par :
Vous êtes bien inscrit(e) à la newsletter avec l’adresse :
Les informations recueillies par ce formulaire font l’objet d’un traitement informatique à destination de Reworld Media Magazines et/ou ses partenaires et prestataires afin de pouvoir envoyer les bons plans et offres promotionnelles. Conformément à la loi « Informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès, de modification et de suppression des données vous concernant. Pour en savoir plus ou exercer vos droits, vous pouvez consulter nos conditions générales d’utilisation.

source

A propos de l'auteur

Backlink pro

Ajouter un commentaire