L'UE s'engage à élaborer des plans pour protéger ses infrastructures critiques – EURACTIV France

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Par : Alexandra Brzozowski et Kira Taylor | EURACTIV.com | translated by Anne-Sophie Gayet
05-10-2022
Quatre fuites ont été détectées la semaine dernière sur les deux pipelines Nord Stream qui relient la Russie à l’Allemagne en passant par la mer Baltique. [Shutterstock/Eseniy]
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Les soupçons de sabotage russe des gazoducs européens ont mis l’Union européenne dans l’embarras. Elle doit à présent élaborer un plan de protection de ses infrastructures critiques.
« Les actes de sabotage à l’encontre des gazoducs Nord Stream ont montré à quel point notre infrastructure énergétique est vulnérable. Pour la première fois dans l’histoire récente, elle est devenue une cible », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, devant le Parlement européen mercredi (5 octobre).
Quatre fuites ont été détectées la semaine dernière sur les deux pipelines Nord Stream qui relient la Russie à l’Allemagne en passant par la mer Baltique.
Une enquête est en cours, mais les Occidentaux estiment que ces fuites sont très probablement le résultat d’un acte délibéré. La Suède et le Danemark ont écrit une lettre au Conseil de sécurité des Nations unies.
Les dirigeants de l’UE doivent discuter de la question vendredi lors d’un sommet informel qui se tiendra à Prague. Les États européens ont déjà renforcé les mesures de sécurité afin de préserver les approvisionnements en énergie en mer du Nord et au large des côtes italiennes.
Ces incidents ont poussé certains pays à envoyer des militaires pour sécuriser les systèmes énergétiques qui pourraient être vulnérables.
Les États membres de l’Union doivent renforcer la protection de leurs infrastructures critiques en effectuant des tests de résistance et en utilisant la surveillance par satellite afin de détecter les menaces potentielles, a déclaré Mme Von der Leyen.
« Les pipelines et les câbles sous-marins relient les citoyens et les entreprises européens au monde entier. Ils permettent le transfert des données et le transport de l’énergie. Il est dans l’intérêt de tous les Européens de mieux protéger ces infrastructures critiques », a-t-elle ajouté.
En début de semaine dernière, l’Irlande avait déjà exprimé des inquiétudes quant à la sécurité de ses câbles de communication sous-marins.
La Norvège a déclaré que ses alliés l’aideraient à patrouiller autour de ses plateformes pétrolières et gazières en mer après les explosions.
La Commission européenne, quant à elle, a déclaré la semaine dernière qu’elle allait procéder à un « test de résistance » sur la sécurité des infrastructures européennes critiques, mais les implications d’une telle mesure sont restées floues.
« Pour beaucoup à Bruxelles, il a été surprenant que de tels “tests de résistance” ne semblent pas avoir été menés plus régulièrement, ou que l’exécutif européen manque de conscience par rapport à la situation pour nommer carrément leurs infrastructures critiques à travers le bloc », a confié un fonctionnaire européen à EURACTIV sous couvert d’anonymat.
Ce serait également la conséquence du fait que l’Union a, pendant des années, « vécu en paix » et n’a pas été capable d’anticiper les attaques potentielles qui pourraient devenir réalité, a ajouté le fonctionnaire européen.
La Boussole stratégique, la stratégie militaire du bloc, qui a récemment été adoptée, fait pour la première fois une référence voilée au changement de situation géopolitique dans le voisinage de l’UE, qui affecte « la sécurité de nos citoyens, de nos infrastructures critiques et l’intégrité de nos frontières ».
Toutefois, elle fait surtout référence aux cybermenaces.
« Nous devons également être en mesure de répondre rapidement et vigoureusement aux cyberattaques, telles que les cyberactivités malveillantes soutenues par des États et ciblant les infrastructures critiques, ainsi que les attaques par ransomware », indique la Boussole stratégique.
L’exécutif européen est en train de mettre à jour sa directive de 2008 sur les infrastructures critiques. La directive révisée cherchera à couvrir 11 domaines de risque, dont les catastrophes naturelles, les attaques terroristes, les menaces internes et le sabotage, mais aussi les urgences de santé publique comme la pandémie de Covid-19.
La nouvelle législation devrait entrer en vigueur en 2024, mais Mme von der Leyen a déclaré que « nous pouvons et devons dès à présent travailler sur cette base ».
Pour cela, la présidente de la Commission a annoncé qu’elle présenterait bientôt un plan en cinq points couvrant différents aspects de la préparation de l’UE face à de telles menaces.
L’Europe doit être mieux préparée, a-t-elle déclaré, soulignant la nouvelle législation visant à renforcer la résilience des entités critiques de l’UE, qui doit être votée au Parlement européen la semaine prochaine.
L’Union doit également soumettre ses infrastructures à des « tests de résistance », en premier lieu celles liées à l’approvisionnement énergétique, mais aussi « d’autres secteurs présentant un risque élevé », notamment les câbles sous-marins numériques et les réseaux électriques.
« Nous ne devons pas attendre que quelque chose se produise, mais nous devons nous assurer que nous sommes préparés et nous avons donc besoin de ces tests de résistance », a-t-elle déclaré.
« Nous devons identifier nos points faibles si nous en avons et déterminer où ces points faibles se trouvent. Bien sûr, nous devons préparer notre réaction à des perturbations soudaines. Que faisons-nous alors ? Tous les canaux d’information sont-ils en place ? Tout le monde est-il informé ? Ce scénario d’urgence fonctionne-t-il vraiment dans notre marché unique », a-t-elle déclaré devant le Parlement européen.
Parallèlement, l’Europe devrait également accroître sa capacité de réaction, notamment en fournissant du carburant et des générateurs aux zones touchées, par le biais du mécanisme de protection civile.
Le sabotage présumé du Nord Stream a également soulevé des questions sur la façon dont de telles infrastructures peuvent être protégées.
Mme Von der Leyen a mis en avant l’utilisation de satellites afin de surveiller la situation et a souligné la nécessité de renforcer la coordination avec l’OTAN.
« Nous avons des satellites en place, nous avons la capacité de faire la surveillance pour détecter les menaces potentielles, donc c’est aussi une question de prévention et de sensibilisation », a-t-elle déclaré.
Les membres et partenaires nordiques de l’OTAN ont déjà commencé à renforcer la sécurité.
« Toutes les informations actuellement disponibles indiquent qu’il s’agit du résultat d’actes de sabotage délibérés, imprudents et irresponsables », a déclaré le Conseil de l’Atlantique Nord dans un communiqué la semaine dernière.
Il a également déclaré s’être engagé « à se préparer, à dissuader et à se défendre contre l’utilisation coercitive de l’énergie et d’autres tactiques hybrides par des acteurs étatiques et non étatiques ».
« Toute attaque délibérée contre les infrastructures critiques des Alliés ferait l’objet d’une réponse unie et résolue », a ajouté le Conseil.
Toutefois, les diplomates de l’OTAN ont admis à huis clos qu’il serait « plutôt difficile » de faire en sorte que la capacité de la Russie à saboter les infrastructures européennes soit limitée.
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