L’heure du bilan de la formation professionnelle – Syndicalisme Hebdo

Syndicalisme Hebdo
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N°3840
13 septembre 2022
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iconeExtrait de l’hebdo n°3810
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Les mandatés emploi, formation et orientation professionnelle (Efop), réunis en séminaire le 2 février, ont passé au crible les dernières évolutions de la formation professionnelle. Regards croisés et perspectives.
Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 08/02/2022 à 13h00
1. Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles ; opérateur de compétences ; association des transitions professionnelles.
Deux ans qu’ils ne s’étaient pas retrouvés. Les mandatés CFDT siégeant en région dans les différentes instances de la formation professionnelle – Crefop, Opco, AT Pro1 – étaient une centaine à se connecter le 2 février à l’occasion de la reprise de leur traditionnel séminaire. Une revue de détail de l’action déployée par la CFDT ces deux dernières années a permis à tous de mesurer le chemin parcouru : les propositions faites au plus fort de la crise sanitaire afin d’éviter la casse sociale, la défense des précaires et des travailleurs saisonniers, le combat pour la Garantie jeunes, la bataille contre la réforme de l’assurance chômage et ses nombreux rebondissements, la création du dispositif Transco…
Plus récemment, les travaux menés par les partenaires sociaux pour améliorer la loi Avenir pro de septembre 2018, avec en point de chute 49 propositions transmises au gouvernement et la signature, le 15 octobre 2021, d’un accord-cadre national interprofessionnel (Acni), sont le signe que « les partenaires sociaux reviennent dans le jeu », résume Yvan Ricordeau, chef de file CFDT dans le domaine de la formation professionnelle. Il leur revient désormais de poursuivre ces travaux dans le cadre des sept chantiers définis par l’accord-cadre.
Des tendances se dégagent et des enseignements sont à tirer de cette période marquée par la crise et une grande incertitude. Les enjeux de compétences prennent une place croissante dans le débat public. « La réforme de 2018 a, pour une fois, été controversée, pour le meilleur et pour le pire, mais cela a permis de sortir la question de la formation professionnelle du cercle des spécialistes, constate Yvan Ricordeau. On a vu apparaître des éléments de développement des compétences dans les dispositifs anti-crise comme l’APLD [activité partielle de longue durée] et dans le plan de relance, où la question des compétences est très liée aux enjeux économiques. » Les dispositifs eux-mêmes ont gagné en visibilité : le CPF est aujourd’hui largement connu du grand public.
Le soutien massif apporté à l’apprentissage fait aussi partie des moments forts de la période, signe que le regard sur cette modalité de formation initiale évolue et que le principe de l’alternance gagne du terrain. « Nous n’avions jamais connu une telle dynamique », insiste le secrétaire national. Le record réalisé en 2020 a été battu en 2021 avec 718 000 contrats signés, soit une hausse de 37 % en un an. La question de la soutenabilité financière de ce dispositif reste toutefois posée…
Évidemment, le succès de l’apprentissage soulève quelques interrogations chez les mandatés, qui sont plusieurs à alerter sur le risque d’effet d’aubaine. « C’est un moyen pour de nombreux employeurs, artisans, pâtissiers, coiffeurs, etc., d’employer en continu des jeunes qui ne leur coûtent rien », constate Bernard, de Bourgogne-Franche-Comté. « Les cabinets d’expertise recourent à un système de rotation des apprentis de façon abusive », signale un autre participant. Si l’effet d’aubaine n’est pas un phénomène nouveau, « il convient de rester vigilant et de signaler les filières qui ont des pratiques délétères », alerte Yvan Ricordeau. Cela dit, « l’insertion professionnelle des apprentis se confirme, même pendant la crise, et la montée en charge de l’apprentissage ne dégrade pas les chiffres. Plus de la moitié des apprentis restent dans l’entreprise qui les a accueillis ».
Tout aussi notable est le succès rencontré par le compte personnel de formation (CPF), dont l’utilisation est en constante hausse depuis le lancement de l’application. Mais sur ce dispositif, des réserves s’expriment également. « On constate une évolution dans le positionnement des individus, qui se situent plus en clients qu’en demandeurs d’accompagnement », indique la référente des mandatés d’Auvergne-Rhônes-Alpes, qui se dit « heureuse de voir cette question de l’accompagnement ancrée dans l’Acni ». Il reste en effet à trouver « un équilibre entre une hyper-individualisation du CPF, avec le risque de voir le retour des “formations macramé” et le fait de préserver son caractère professionnalisant », considère Yvan.
Les outils visant à aider les actifs à tirer le meilleur parti des possibilités de formation sont pourtant là : l’entretien professionnel en entreprise, obligatoire tous les deux ans, et surtout le conseil en évolution professionnelle (CEP), qui permet aux salariés et aux demandeurs d’emploi de construire leur parcours. Mais ces outils ne sont pas encore pleinement exploités. « On a encore un sujet concernant l’accès aux droits ; tout a tellement changé dans le paysage de la formation professionnelle que ceux qui les utilisent sont encore des initiés », constate Jean-Paul, de Normandie. L’enjeu de l’accompagnement semble toutefois faire son chemin. La députée corapporteure de la mission d’évaluation de la loi Avenir professionnel a ainsi souligné l’intérêt du CEP. « C’est une bonne nouvelle quand on sait les réticences que nous avions rencontrées au départ, souligne Yvan Ricordeau. Il faudra veiller dans les discussions à venir à mieux ancrer le recours au CEP dans l’entreprise. »
Comparés au succès du CPF, qui repose sur l’initiative individuelle, les dispositifs collectifs ont plus de peine à s’installer dans le paysage. Plusieurs mandatés soulignent les difficultés de mise en œuvre de Transco, essentiellement dues « au manque d’analyse des entreprises et de partage des orientations stratégiques », selon Cécile, de la Fédération CFDT des Services. Mieux les articuler avec les dispositifs de branche, comme le proposent plusieurs mandatés ? « Ce ne serait qu’une réponse partielle, souligne Yvan. Il manque dans le paysage un service aux entreprises sur les enjeux emploi et formation. On voit encore des DRH d’entreprises de plus 250 salariés qui ne connaissent ni le CEP ni le dispositif Transco, leurs services des ressources humaines ne sont pas suffisamment étoffés pour traiter ces questions. Là où nous avons inventé un CEP pour les salariés, nous devons aussi imaginer un CEP pour les entreprises. »
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Comme le résume le secrétaire national, « le sujet des transitions professionnelles est le dossier en haut de la pile. Nous avons outillé le “petit risque”, permettant à un individu de se former au moyen du CPF ; il nous reste à répondre à la problématique du “gros risque” : comment accompagner les transitions qui vont faire changer des secteurs entiers ? Avec quelles passerelles ? » Autant de questions dont les partenaires sociaux vont s’emparer dès le 18 février, lors de la réunion de lancement du chantier des transitions professionnelles, inscrit au calendrier des suites de l’Acni.
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https://www.a2forces.fr/bilan-d-orientation-articl…

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