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Gilles Perrotin
« Les gens fantasment ce métier »
« Les gens fantasment ce métier »

Ancien directeur d’usine en agroalimentaire, Gilles Perrotin tient depuis onze ans la librairie Le Marque Page à Quintin, dans les Côtes-d’Armor. Avec Claire Bangert, ils agissent en dénicheurs de perles littéraires dans cette commune de 3 000 âmes surpeuplée de jeunes. Le succès est tel que la librairie a déménagé dans une ancienne bâtisse de 900 m2. Leur formule gagnante ? Proposer peu de références pour mieux les défendre tout en développant les partenariats avec des établissements scolaires.
Par Propos recueillis par Isabel Contreras,
Créé le 19.05.2022 à 15h35 ,
Mis à jour le 29.05.2022 à 17h27

Le local précédent était trop petit. Je m’en suis rendu compte peu après mon arrivée en 2010. J’avais récupéré la clientèle et rattrapé le chiffre d’affaires perdu par mon prédécesseur. Mais il fallait déménager si je voulais garder cette croissance. Il y a cette règle économique simple qui dit que si l’entreprise ne croît pas, même physiquement, elle finit par décliner. Je cherchais donc un nouveau local quand je suis tombé sur cette vieille bâtisse à colombages. J’ai saisi de suite l’opportunité et fait des travaux sur 280 m2 de la surface totale pour installer la librairie.
Il est très positif. Nous avons largement dépassé notre budget prévisionnel. Le chiffre d’affaires va doubler entre 2020 et 2022. La librairie attire désormais des personnes de tout le département. Parfois, ils viennent uniquement pour visiter le lieu. Nous recevons des tonnes de compliments, et certains nous disent aussi qu’on trouve ici des livres qu’on ne voit pas ailleurs. Cela me réjouit d’autant plus que mon souhait premier était d’inscrire cet endroit dans un territoire. Quand j’ai décidé d’investir dans cette vieille bâtisse, j’ai surtout investi dans le patrimoine de Quintin. Il y a des villes, et je pense particulièrement à celle-ci, qui ont été abandonnées et sont tombées malheureusement en ruines. Nous, librairies, avons ce devoir de sauvegarde.
Car elle s’inscrit dans un cadre global, celui de l’attractivité du territoire dit rural. J’ai réuni architecte, juriste, agence de communication et artisans pour faire de ce lieu un pôle d’attractivité culturelle. Bien sûr, nous parlons d’abord littérature mais aussi culture en général et c’est pour cette raison que nous organisons des expos. Le Marque Page est un lieu de rencontre. Tout cela est là pour créer une émulation culturelle dans les territoires et c’est à nous de créer cette politique culturelle. Les petits commerces de proximité ont de beaux jours devant eux, j’en suis convaincu. Vous n’avez qu’à regarder le prix du gasoil… Et pour que les gens restent dans cette commune, il faut que la ville donne envie, qu’elle propose des services et que ces derniers soient beaux aussi.
La librairie de demain a plusieurs espaces dans l’espace. Le client doit trouver une certaine intimité en librairie, une bulle où il puisse s’isoler pour feuilleter son livre, assis dans un fauteuil ou accoudé à une table, sans être bousculé. À mes yeux, cette librairie est plus attractive que la précédente où j’étais le seul à savoir où se trouvaient les livres. Elle est aussi le reflet des nombreux choix de lecture que nous faisons avec ma collègue Claire Bangert.
Oui, en quelque sorte. Si on regarde la surface et le nombre de références et que l’on compare cela aux préconisations de l’École (de la librairie, ndlr) – tant de références par mètre carré, tant de mètres linéaires par mètre carré… On remarque rapidement que nous sommes largement en dessous. Je n’ai que 15 000 références sur 280 m2. Et on me demande souvent, comment peux-tu vivre avec 15 000 références ? C’est justement parce qu’on les a choisies, on les connaît. Et c’est parce qu’on les connaît qu’on peut les défendre auprès des lecteurs.
Notre credo c’est la variété. J’ai toujours voulu que les lecteurs puissent trouver de tout pour tous les goûts. Je ne suis pas un censeur, libre à chacun de faire ses choix. Si je n’ai pas placé en tête de gondole le livre d’Éric Zemmour, par exemple, j’ai commandé trois exemplaires pour des clients. Je ne lis pas non plus Guillaume Musso ou Aurélie Valognes, ils n’ont pas besoin de nous pour les défendre, mais ils sont également présents ici car ils ont toute leur place dans ma librairie. Encore une fois, ici on trouve de tout. On ne peut pas être libraire sans défendre des valeurs humanistes. On est forcément portés par la curiosité et l’envie de comprendre le monde sans porter de jugement. Je déteste tout ce qui est clivant et divise. Nous sommes libres, car indépendants. Ainsi on fait nos choix éditoriaux, sans se soumettre à l’injonction permanente de la nouveauté.
Je mets en avant de la fiction et de la poésie. Ce dernier genre, même s’il est plus difficile à vendre, se trouve à l’entrée de la librairie. Les livres qui portent sur l’écologie, la justice de genre, la justice sociale… Je ne donne pas de leçons de morale mais je veux que les gens s’intéressent à ces questions. Je souhaite porter, à ma modeste échelle, ces valeurs-là. J’aime aussi défendre les textes de maisons indépendantes comme les éditions Do, Terres du Couchant, Quidam, Des Lisières ou Le Tripode. Chez ces éditeurs, et bien d’autres, les textes font ressortir des langues qui ne sont pas standardisées. Et je souhaite défendre une diversité au niveau de la langue française. Je n’aime pas catégoriser entre petites et grandes maisons d’édition mais je pense que les éditeurs que je viens de citer portent une attention particulière aux premiers romans, à la création. Et c’est fascinant de découvrir une nouvelle plume, je me transforme en dénicheur.
C’est inquiétant à plein de titres. D’abord pour les auteurs : comment vont-ils trouver leur place dans des structures qui ne sont plus éditoriales mais financières ? C’est inquiétant pour les librairies aussi car nous n’aurons, en face, qu’un seul interlocuteur, un grand distributeur. Aujourd’hui, nous pouvons mieux nous entendre avec des représentants qu’avec d’autres mais tous connaissent les catalogues qu’ils défendent, ils savent de quoi ils parlent. Que se passera-t-il demain s’ils disparaissent ? Être dépendant d’un gros distributeur est dangereux. Nous le constatons déjà depuis des mois avec MDS (qui fait face à d’importantes difficultés de réassort, ndlr). En tant que libraires, cela nous oblige à être encore plus attentifs, à veiller à la diversité éditoriale. Nous défendons de nombreuses maisons qui sont auto-diffusées et auto-distribuées. Il faut qu’on garde ces liens. Et si un jour il faut en venir à commander directement auprès de l’éditeur, on y viendra. C’est dommage car c’est l’aspect économique qui prend le dessus.
Je gère toujours des objectifs et réalise des tableaux Excel, notamment en ce qui concerne la gestion des flux. Je commande peu d’exemplaires de chaque référence. Et je garde toujours à l’esprit que je suis entrepreneur car il ne faut pas se leurrer, les gens s’imaginent souvent ce métier comme un fantasme mais en réalité, une librairie reste une entreprise. Il faut faire de la comptabilité et comme aux échecs, toujours réfléchir au coup d’après, voire au deuxième ou au troisième coup d’après.
J’ai choisi Quintin car c’est historiquement un carrefour commercial. De plus il y a un marché scolaire avec 2 500 élèves, pour une ville qui compte 3 000 habitants. Mais surtout une jeune génération à suivre. J’ai rencontré notre apprenti lorsqu’il était en seconde et n’achetait que des bouquins de philo. J’ai donc suivi cette génération de jeunes enfants et jeunes parents. Sur le plan entrepreneurial, comme je suis extrêmement prudent, je me suis dit qu’il fallait démarrer petit pour gagner en crédibilité aux yeux de mes clients. Et cela a pris du temps car je n’étais pas libraire avant, je ne connaissais pas le réseau des éditeurs, des distributeurs… J’ai mis entre trois et quatre ans avant de caresser l’espoir de devenir un peu crédible.
La librairie reste impressionnante pour beaucoup de personnes. Même si les médiathèques font un travail extraordinaire dans ce sens, je pense que les librairies ont aussi leur rôle à jouer. C’est pourquoi, nous avons développé des partenariats avec les établissements scolaires où je fais des interventions, je parle de la chaîne du livre ou j’invite un auteur. Après l’intervention, la classe se rend en librairie. Ce moment-là est clé. Certains élèves n’y ont jamais mis les pieds de leur vie. Et c’est là où on peut agir, en leur expliquant ce qu’on fait et ce qu’ils peuvent trouver ici. Nous faisons surtout de la pédagogie. Car nombreux sont ceux qui ne sont pas au courant du prix unique du livre et pensent que les mangas sont moins chers en supermarché ! Nous participons aussi aux actions de Livre et lecture en Bretagne.
J’ai découvert cette ville et ses habitants grâce à cette librairie. La découverte a été étonnante, ils m’ont adopté et je me suis ajusté. J’ai adapté aussi mes achats, mon fonds et mes choix éditoriaux en fonction de cette clientèle très éclectique. Il n’y a pas de client type. Vous avez des gamins qui foncent vers le rayon manga et n’ont pas besoin d’aide mais aussi des dames d’un certain âge qui se laissent conseiller. L’été, nous avons une forte fréquentation touristique. En ce moment, les clients demandent des livres versés sur les questions écologiques. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’édition régionale n’est pas plébiscitée. L’émission télé la plus prescriptrice pour nous reste 28 minutes sur Arte.
D’ici la fin de l’année, je vais ouvrir un espace de travail partagé au premier étage. Idéalement, j’aimerais que des personnes issues de la chaîne du livre trouvent ici leur bureau. Mais cet espace de 150 m2 est évidemment ouvert à tous. Il y aura aussi un jardin d’hiver. Puis… j’ai plein d’idées ! Notamment dans l’événementiel. Tout ce qui peut toucher à l’art et à la littérature m’intéresse.
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