« Les craintes de coupures d'électricité n'ont pas de répercussion … – La Tribune.fr

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LA TRIBUNE- La mise en œuvre de l’Inflation Reduction Act (IRA) du président Joe Biden inquiète dans les milieux économiques et politiques en Europe. Quelle stratégie la France compte-t-elle adopter dans les prochaines semaines après le déplacement du président Macron aux États-Unis ?
OLIVIER BECHT- La première étape était de convaincre nos partenaires européens mais aussi américains que c’était un sujet majeur. C’est tout le sens du déplacement que le président de la République a effectué aux Etats-Unis et c’est pour cela que nous avons mis en place une task force avec les États-Unis pour essayer de trouver des solutions. La première solution que nous souhaitons est une adaptation du droit américain.
Les textes américains doivent accorder aux entreprises européennes les mêmes avantages que ce que les Américains accordent à leurs propres entreprises et à celles installées dans les pays avec lesquels les Etats-Unis ont un accord commercial comme le Canada ou le Mexique par exemple, car  nous sommes des partenaires et des alliés. Aujourd’hui, nous privilégions la voie du dialogue offerte par les marges d’interprétation du droit américain. Si nous avançons dans cette voie, tant mieux.
Enfin, il faut également que les entreprises sachent que si elles partent pour aller produire aux États-Unis et bénéficier de l’Inflation Reduction Act, le retour des produits en Europe ne se fera pas dans les mêmes conditions, car certaines des dispositions de l’IRA sont contraires au droit de l’OMC.
En parallèle, nous devons avancer au niveau européen pour mettre en place des dispositifs de soutien renforcés sur les secteurs de la transition énergétique et construire une vraie industrie européenne de la décarbonation. Nous avons déjà commencé à construire cette politique industrielle européenne sur les batteries ou encore l’électronique mais il faut aller plus vite et plus loin.
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La crise énergétique a ravivé de graves divisions au sein de l’Europe ces derniers mois. L’Allemagne a annoncé un plan de 200 milliards d’euros fin septembre. Où en est la France dans ses échanges avec l’Allemagne sur ce dossier?
La compétition interne par le biais de subventions sur les prix de l’énergie aggraverait les tensions nées de l’Inflation Reduction Act. Ce n’est pas le moment de faire la course aux subventions entre membres de l’Union européenne.
La priorité est de trouver des solutions communes à l’ensemble des pays européens. S’agissant du plan de 200 milliards d’euros de l’Allemagne, la France a aussi mis en place un certain nombre de dispositifs pour protéger les consommateurs et les entreprises. Lorsqu’on additionne toutes les mesures, la France doit s’approcher de ce montant.
Comment mettre en place un Buy European Act avec autant de divisions ?
Je crois au contraire qu’il y a un momentum au niveau européen pour renforcer notre souveraineté et notre capacité à développer nos industries de demain. C’est l’enjeu, par exemple, des projets importants d’intérêt européen commun, les PIIEC, qui ont permis de soutenir plusieurs usines de batteries et de production de composants électroniques en France. Ces dispositifs doivent être accélérés et renforcés.
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Existe-t-il vraiment un risque de désindustrialisation en Europe du fait de l’IRA ?
Notre objectif est de favoriser la réindustrialisation de la France et de l’Europe, notamment sur les secteurs d’avenir et stratégiques. Cette dynamique est lancée et nous avons réussi à recréer plus de 50.000 emplois industriels sur le précédent quinquennat.
Le risque est surtout celui de voir des projets susceptibles de s’installer en Europe choisir d’autres géographies en raison des distorsions créées par l’IRA. C’est ce que nous voulons éviter et les Américains l’ont bien compris et ils partagent notre volonté.
Quel bilan tirez-vous du commerce extérieur en 2022 ?
Il y a des sources de satisfaction avec 140.000 entreprises exportatrices. C’est 20.000 de plus qu’en 2016. Certains secteurs repartent à la hausse. L’aéronautique et l’automobile ont accéléré au cours du second semestre. Nous avons également des résultats exceptionnels en matière de services, avec un excédent de 34 milliards d’euros sur le seul premier semestre 2022, et nous tirons largement profit de nos investissements à l’étranger qui ont contribué à nous rapporter plus de 54 milliards d’euros en 2021.
En revanche, s’agissant de nos échanges de biens, la crise énergétique a plombé certains secteurs. Les prix de l’énergie ont été multipliés par cinq en 2022 par rapport à 2020. La dépréciation de l’euro face au dollar accroît d’autant le coût de la facture énergétique. La France devrait terminer l’année 2022 avec un déficit en matière d’échanges de biens qui sera proche de 150 milliards d’euros. Ce chiffre n’est pas bon. Il ne faut pas le nier.
Justement, Bercy table sur un solde négatif de 156 milliards d’euros, d’après les documents du projet de loi de finances pour 2023. Comment expliquez-vous un tel niveau de déficit ?
Les deux tiers de ce déficit sont liés à la crise énergétique. Le dernier tiers est structurel. Il est lié à la désindustrialisation de la France entre la fin des années 80 et le milieu des années 2010, et à la faiblesse exportatrice de nos PME. Sur ces raisons structurelles, nous devons agir.
Cela passe par une réindustrialisation du pays avec le plan France 2030. Cette enveloppe de 54 milliards d’euros doit permettre de développer les industries du futur dans des domaines stratégiques pour notre souveraineté comme le nucléaire, l’hydrogène, les énergies renouvelables, le numérique, la santé. Ce mouvement avait par ailleurs commencé avant la présentation du plan France 2030. Depuis trois ans, la France a plus d’ouvertures de sites industriels que de fermetures, plus de créations d’emplois industriels que de destructions. Ce mouvement est porté par l’attractivité de la France. J’agis également pour que les entreprises de ces filières d’avenir fassent de leur capacité d’innovation un levier pour la conquête de nouveaux marchés à l’export.
S’agissant des PME, nous allons établir une feuille de route au cours de l’année 2023. L’objectif sera de porter davantage de PME à l’export et de renforcer celles qui y sont déjà en leur permettant de se développer sur de nouveaux marchés. L’export est indispensable pour leur survie à long terme. Cela permet de diversifier les risques et d’augmenter les marges.
Où en est l’attractivité de la France ?
L’attractivité se porte bien. L’économie française bénéficie des fruits des réformes réalisées sous le quinquennat précédent comme les baisses de l’impôt sur les sociétés, les baisses des impôts de production ainsi que les réformes du droit du travail. La France est devenue la première terre d’accueil des investissements directs étrangers pour la troisième année consécutive. Chaque année, plus de 1.500 projets sont recensés.
La moitié de ces projets bénéficie à des communautés de communes de moins de 50.000 habitants. Cela signifie que la réindustrialisation participe à l’objectif de rééquilibrage des territoires français. En outre, la France bénéficie du Brexit. Cette décision nationale coûte cher au Royaume-Uni.
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Le Brexit a-t-il vraiment profité à la place de Paris ?
Paris a doublé la place de Londres sur les marchés actions il y a quelques semaines. Paris est devenue la première place en Europe dans ce domaine. Cela se traduit aussi par des banques qui rapatrient leur siège européen à Paris, comme Bank of America. Certains fonds asiatiques comme Temasek qui gère 300 milliards d’euros d’actifs ont choisi Paris plutôt que Francfort.
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Les craintes de coupures d’électricité en janvier peuvent-elles jouer en défaveur de l’attractivité de la France ?
Il faut arrêter de se faire peur. La France est autant concernée que tous les autres pays européens. Est-ce que la France va réussir à faire les efforts nécessaires pour baisser la consommation ? La baisse de 8% constatée ces dernières semaines signifie que l’industrie et les Français jouent le jeu. La consommation d’électricité va également dépendre de la météo.
Nous continuons à mettre la pression sur EDF pour qu’il respecte le calendrier des travaux de maintenance sur les centrales. Si tout le monde joue le jeu, j’ai bon espoir que la France ne connaisse pas de délestage.
Quoiqu’il en soit, ces craintes de coupures d’électricité n’ont pas de répercussion sur l’attractivité du territoire. En revanche, le prix de l’énergie est un facteur décisif pour l’attractivité en Europe.
Cette année l’euro est tombé au plus bas face au dollar. Dans quelle mesure cette dépréciation de l’euro face au billet vert a-t-elle pénalisé les exportateurs français ?
La dépréciation renchérit le prix des importations car l’énergie est libellée la plupart du temps en dollar. En revanche, c’est une opportunité pour les exportations. C’est un signal positif pour les entreprises qui doivent saisir cette chance pour se lancer ou consolider leurs positions à l’export.
Quel regard portez-vous sur la notion de friendshoring exprimée par la secrétaire au Trésor américaine Janet Yellen ?
Les Etats-Unis veulent progressivement se découpler de la Chine et faire du commerce entre « amis ».  Le commerce a vocation à être mondial. Certains produits continueront d’être fabriqués ailleurs sur des considérations avant tout économiques. On fait plus facilement du commerce avec des États qui partagent nos valeurs.
Si on veut vraiment faire les choses entre alliés, il faut se respecter. C’est le message porté par le Président de la République aux États-Unis. S’agissant de l’IRA, il est difficile de dire à l’Europe de faire du commerce entre « amis »,
La pandémie et la guerre en Ukraine ont rebattu les cartes de la mondialisation et du commerce international. L’Europe est apparue particulièrement dépendante de l’étranger en matière d’énergie, de santé ou de composants électroniques. Avec un tel niveau de dépendance, est-il possible de vraiment faire machine arrière ?
Les crises ont démontré la nécessité, au niveau européen, de renforcer notre souveraineté et la résilience de nos chaînes de valeur. Cela passe par la diversification de nos fournisseurs, la sécurisation de nos approvisionnements en matières premières critiques et nos efforts de réindustrialisation.
La France relocalise certaines activités indispensables sur les nouvelles technologies et les secteurs stratégiques. Par exemple, pour les médicaments, avec la relocalisation de la production du paracétamol en Isère. Un investissement de 5,7 milliards d’euros pour créer une « méga-fab » a récemment été annoncé par Globalfoundries et STMicroelectronics qui contribuera à doubler la production nationale de composants.
Pour autant, l’Europe et la France ne relocaliseront pas tout. Il y a des secteurs où la compétitivité européenne ne sera jamais suffisante pour assurer une rentabilité de certains produits. La France peut également faire du « nearshoring » en soutenant la relocalisation de certaines activités dans des pays plus proches de chez nous.
Comment les entreprises françaises implantées en Ukraine sont-elles affectées par le conflit ?
Les entreprises françaises présentes participent à la résilience de l’économie ukrainienne. Une conférence doit se tenir à Paris sur ce thème la semaine prochaine. Cette résilience passe également par la décision que nous avons prise, en juin dernier, de libéraliser totalement et pour un an les échanges entre l’Union européenne et l’Ukraine. Ce qui se traduit par une suppression complète des droits de douane sur les produits ukrainiens arrivant sur le sol européen.
En parallèle, nous devons inciter nos entreprises à participer, le moment venu, à la reconstruction de l’Ukraine. Les besoins ukrainiens en la matière sont très importants, en particulier s’agissant des infrastructures d’adduction d’eau, d’assainissement des eaux usées et de transport. Certaines de nos entreprises sont déjà très engagées aux côtés des Ukrainiens pour préparer l’Ukraine de demain.
Quelle est la position du gouvernement sur les entreprises françaises implantées en Russie ?
Les sanctions décidées à l’échelle européenne doivent être respectées par les entreprises. Dans la mesure où elles respectent les réglementations nationales et européennes en vigueur, les entreprises qui sont encore en Russie sont libres, en tant qu’acteur privé, de prendre leur décision en fonction des risques, notamment économiques et réputationnels, qu’elles évaluent.
Comment concilier le commerce extérieur et la nécessaire réduction des émissions de CO2 dans le contexte du réchauffement climatique ?
Nous préférons agir pour moderniser nos accords commerciaux, qui doivent être pleinement compatibles avec nos engagements climatiques. Nous avons intégré, pour la première fois, l’accord de Paris au cœur de l’accord commercial avec la Nouvelle Zélande
Par ailleurs, la décarbonation du transport est un vrai enjeu de réduction de nos émissions. Nous comptons notamment sur l’avion du futur et un transport maritime plus vert, sur lesquels nous investissons beaucoup à travers France 2030. Il faut résister à l’idée absurde de la décroissance.
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