Léa Drucker : "Ce que j'aime dans les comédiens, c'est quand j'ai l … – radiofrance.fr

Après être passée devant la caméra de Mathieu Kassovitz (« Assassin(s) », 1997), Cédric Klapisch (« Peut-être », 1999), Coline Serreau (« Chaos », 2001), Claude Duty (« Filles perdues, cheveux gras », 2002, « Bienvenue au gîte », 2003), Antoine de Caunes (« Coluche L’Histoire d’un mec », 2008), il faut attendre 2015 et la série « Le Bureau des légendes » pour qu’on propose à Léa Drucker des rôles plus costauds. Son interprétation dans « Place publique » (2018) d’Agnès Jaoui, participe aussi à la métamorphose du regard que la profession lui porte. En 2019, elle reçoit le César de la meilleure actrice pour « Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand. La même année est lancée une création originale Canal+ « La Guerre des Mondes » de Howard Overman. Inspirée du roman de science-fiction de H.G. Wells, Léa Drucker y interprète une astrophysicienne. La nouvelle et troisième saison, sortie prévue cette année, va connaître son dénouement.
Léa Drucker interprète souvent des personnages difficiles : Dans « Virgil » (2005), premier long de Mabrouk El-Mechri, elle joue Margot qu’une visite à son père, en prison pour meurtre, précipite dans les bras d’un jeune homme, Jalil Lespert, dont le géniteur purge également une peine. Femme au cœur d’un meurtre passionnel dans « La Chambre bleue » (Matthieu Amalric, 2014), psychologue de la DGSE dans « le Bureau des légendes », victime de violences conjugales dans « Jusqu’à la garde »… Sa reconnaissance lui a ouvert de nouveaux et de multiples rôles, qui la fait être à l’affiche, après la période du Covid-19, de sept films en 2022 dont « Petite Solange » d’Axelle Roppert, « Chère Léa » de Jérôme Bonnell, « Adieu Paris » d’Édouard Baer, « Le Monde d’hier » de Diastème… Elle était également membre du jury du Festival du cinéma américain de Deauville 2022.
À l’affiche du prochain film de Lukas Dhont « Close » puis de « Couleurs de l’incendie » de Clovis Cornillac, l’occasion est idéale pour interroger Léa Drucker sur les temps forts de sa carrière, ses inspirations et son processus de création.
« J’adore travailler avec des enfants ou des adolescents car ça explose toute la technique que j’ai pu apprendre au théâtre, au cinéma, dans les expériences que j’ai eu. Ça déstabilise dans le bon sens, ça t’envoie complètement ailleurs. […] Les acteurs doivent travailler, proposer, se nourrir de plein de choses, apprendre à utiliser des émotions, à pouvoir les sortir sur un plateau. Mais Il faut aussi respecter une part de magie, une part d’imprévu et ça se fait dans la rencontre avec les autres, avec les équipes techniques, et avant tout, avec le partenaire. Si on se sur-prépare on peut passer à côté d’une relation, d’une écoute. Ce qui est imprévisible est toujours très fort. […] Parfois, pour jouer une comédie tu dois être lugubre, il faut jouer une situation qui peut être féroce. Je l’ai beaucoup appris avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, quand j’ai joué dans leurs pièces et dans « Place publique » ils avaient ce sens-là, leur écriture est très drôle alors que leurs personnages ne jouent pas des choses drôles et ça me plaît. » Léa Drucker
« Je suis rentrée à 20 ans à la Rue Blanche [L’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre] […] J’ai eu un très bon professeur, Xavier Marcheski, qui avait le Studio Théâtre De Stains. Et je l’aimais beaucoup car il m’emmenait vers des choses que je ne connaissais pas, vers le Vaudeville… et j’ai pu développer une fantaisie qui m’amusait beaucoup sur scène. Mais après, il a fallu déconstruire ce qu’on m’avait enseignée. Il n’y a pas de dogme. Le plus difficile c’est de ne pas jouer, ce que j’aime dans les comédiens quand ils sont bons c’est quand j’ai l’impression que ça ne joue plus. Ça peut être le parcours d’une vie, et c’est mon objectif. Ce qui me plaît le plus c’est le moment où tu débranches, où quelque chose te dépasse, où tu perds le contrôle. Ça ne se fait pas tout seul, je travaille avec des personnes qui doivent aussi avoir envie de ça. Petit à petit l’expérience a fait que je suis allée vers des gens qui travaillent comme ça. Lukas Dhont travaille comme ça, on arrive dans une séquence sans savoir jusqu’où ça va aller. On peut aller encore plus loin, dans quelque chose qui nous dépassera tous. Et le cinéma est beau pour ça, quand ça marche. » Léa Drucker
« La tendresse que Lukas Dhont exprime dans sa direction d’acteurs, avec une grande exigence aussi, ainsi que les gens qu’il a réuni pour ce film, « Close », tout cela était très déroutant. J’avais déjà eu cette sensation dans « Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand, où j’avais l’impression de ne rien faire, me demandant si je travaillais bien. Finalement, en voyant les films, je me suis rendue compte que ce sont les metteurs en scène qui nous mettent en situation, choisissent une distribution qui marche ensemble, et voilà, parfois il n’y a pas grand-chose à faire, il suffit de créer les liens, créer le regard qu’ils peuvent avoir sur vous. Même dans les moments extrêmement éprouvants, sentir une tendresse et une douceur de la part du réalisateur ou de la réalisatrice, comme Zabou Breitman, moi ça me cueille, je fais confiance à la personne et je m’abandonne. » Léa Drucker
« C’est un grand plaisir pour moi de jouer dans des fictions historiques. J’avais joué dans « Les Brigades du tigre » (2006) où j’avais rencontré Clovis Cornillac, ou encore dans un téléfilm sur Emilie du Châtelet qui se passait au XVIIIème siècle. Les costumes, les décors, voir d’autres acteurs en costume, tout cela facilite la tâche, on se tient différemment. Plus on joue des choses proches de soi, plus c’est difficile. Voir Benoît Poelvoorde arriver en Gustave Joubert, c’était très crédible. Comme je suis très rêveuse et que l’illusion m’anime et me porte, les films historiques m’emmènent dans quelque chose de ludique. Pour la préparation des « Couleurs de l’incendie », j’ai passé beaucoup de temps dans les ateliers de Pierre-Jean Larroque, le chef costumier, et rien que leur langage – ce sont des spécialistes de l’époque – devient un vocabulaire qui m’intéresse et m’emmène dans le film. » Léa Drucker
« Parfois on aime un acteur juste pour sa voix. Ce n’est pas forcément quelque chose de conscient. J’ai eu une expérience avec Jean-Paul Belmondo quand j’étais jeune. Je jouais dans « Peut-être » de Klapisch (1999), et j’avais une ou deux scènes avec Jean-Paul Belmondo, ce qui était pour moi un événement. Il y avait des costumes, et il n’avait pas du tout l’allure qu’il a l’habitude mais, à un moment donné, j’ai entendu sa voix, et j’ai instantanément été projeté dans les films de Godard, dans toute sa filmographie. C’est impressionnant les voix car ça voyage dans le temps et s’ancre très fort en nous. Les artistes qu’on aime on les reconnaît tout de suite. […] J’ai dû travailler ma voix sans m’en rendre compte, en faisant du théâtre. Plus jeune j’avais une voix plus légère, puis au fil du temps en faisant des personnages assez lourds, plus âgés, en  jouant des choses assez violentes, j’ai trouvé une voix, il y a quelque chose qui se patine et ça raconte notre vie. Par exemple, la voix de Marianne Faithfull n’est pas du tout la même quand on entend « As Tears Go By » ou quand on l’entend aujourd’hui, c’est magnifique. » Léa Drucker
« Tout est une question de s’y croire. J’adore cette phrase « je m’y suis cru ». Quand je commence à m’y croire c’est que quelque chose fonctionne. Pour « Close », le travail était immersif. Lukas Dhont me faisait venir en Belgique plusieurs jours et j’étais avec la famille d’horticulteurs, j’ai appris à planter des fleurs, à conduire un tracteur, on travaillait avec les machines pendant une après-midi entière. Tu as l’impression que c’est mécanique mais en fait tu rentres dans ce travail physique et si tu te fais confiance et si tu te laisses aller, ça va arriver à l’image, ça va aller. […] Les personnages il faut les rêver, et pour les rêver il faut avoir rencontré plein de gens différents et il faut les aimer aussi. » Léa Drucker
Films :
– « Close » réalisé par Lukas Dhont, sortie le 1er novembre prochain, avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Emilie Dequenne, Léa Drucker
Synopsis : « Léo et Rémi, 13 ans, sont amis depuis toujours. Jusqu’à ce qu’un événement impensable les sépare. Léo se rapproche alors de Sophie, la mère de Rémi, pour essayer de comprendre… »
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– « Couleurs de l’incendie » adaptation de Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre, suite de la saga initiée par Au revoir là-haut, réalisé par Clovis Cornillac, sortie le 09 novembre prochain, avec Léa Drucker, Benoît Poelvoorde, Alice Isaaz.
Synopsis : Février 1927. Après le décès de Marcel Péricourt, sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière. Mais elle a un fils, Paul, qui d’un geste inattendu et tragique va la placer sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l’adversité des hommes, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra mettre tout en œuvre pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
– « Les Femmes du square » réalisé par Julien Rambaldi, avec Eye Haïdara, Ahmed Sylla, Léa Drucker, sortie le 16 novembre prochain. 
Synopsis : « Angèle, jeune femme ivoirienne, s’en est toujours sortie grâce à sa tchatche et à son culot. Pour s’éviter les représailles d’une bande de malfrats, elle parvient à se faire embaucher comme nounou d’Arthur, un garçon de 8 ans des beaux quartiers. En découvrant les conditions de travail des autres nounous et leur précarité, Angèle décide de prendre les choses en mains. Sous l’œil admiratif d’Arthur et avec l’aide d’Édouard, jeune avocat qui ne tarde pas à tomber sous son charme, Angèle va alors se battre pour rendre justice… »
– Bande-annonce de « Close » de Lukas Dhont
– Archive de l’actrice et réalisatrice Zabou Breitman invitée d' »Affaires culturelles », le 01/04/2021
– « Lady Grinning Soul » de David Bowie – Album « Aladdin Sane » (1973) – Label RCA
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