Le Green Brief : l'Europe est trop timide en matière d'économie d'énergies – EURACTIV France

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Par : Frédéric Simon, Nikolaus J. Kurmayer et Valentina Romano | EURACTIV.com | translated by Anne-Sophie Gayet et Arthur Riffaud
16-11-2022
Langues : English

Bienvenue sur le Green Brief d’EURACTIV. Vous y trouverez les dernières actualités en matière d’énergie et d’environnement en provenance de toute l’Europe. Vous pouvez vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cliquant ici.
La guerre en Ukraine a contraint les Européens à envisager de se passer du pétrole et du gaz russe. Pourtant, la plupart des efforts en ce sens portent sur les mesures relatives à l’offre et non sur des solutions de réduction de la demande en énergie, qui sont, selon certains, cruciales pour éviter le risque de coupures d’électricité.
La nécessité de remplacer rapidement les combustibles fossiles russes a poussé les Européens à rechercher de nouveaux approvisionnements en gaz liquéfié en provenance du Qatar ou des États-Unis et à envisager des mesures d’urgence pour accélérer la construction de nouveaux parcs éoliens et solaires.
La semaine dernière, la Commission européenne a présenté de nouvelles règles d’urgence visant à accélérer les procédures d’autorisation pour les nouvelles installations d’énergie renouvelable, une mesure pragmatique dictée par l’urgence de la situation.
Toutefois, si les nouveaux approvisionnements en énergie sont les bienvenus, certains acteurs du secteur s’inquiètent du manque de réactivité sur la question de la demande en énergie.
« Nous aimerions qu’il en soit de même pour l’efficacité énergétique, le développement des pompes à chaleur et la rénovation des bâtiments », a indiqué une source de l’industrie.
Il est vrai que l’UE a adopté de nouvelles mesures en septembre comprenant un objectif contraignant de réduction de la consommation d’électricité de 5% aux heures de pointe pour les États membres. Et, dès août, les gouvernements européens ont rapidement adopté des mesures visant à réduire la demande en gaz avant l’hiver.
Cependant, les projets de l’UE visant à réduire la demande d’électricité laissent aux États membres toute latitude pour atteindre leur objectif. L’objectif plus général d’une réduction de 10 % de la consommation a quant à lui été retenu à titre indicatif, ce qui témoigne de la timidité de l’UE lorsqu’il s’agit de fixer des objectifs ambitieux en matière de réduction de la demande d’électricité.
Ces préoccupations ont été soulevées la semaine dernière lors d’un séminaire réunissant les hauts responsables de la Commission européenne — y compris la présidente Ursula von der Leyen — et un groupe de PDG d’une série d’industries touchées par la crise énergétique.
L’un des PDG qui a répondu aux questions d’EURACTIV sous couvert d’anonymat a déclaré que le risque de blackout en Europe dans les 18 mois à venir était devenu « extrêmement important » en raison de l’écart entre le pic de demande et la capacité disponible.
Selon lui, « il n’y a pas de plan de réaction d’urgence » au niveau de l’UE au cas où un blackout se produirait.
« Nous sommes donc dans une situation grave », a-t-il poursuivi.
Pour éviter les coupures, la première chose à faire est dorganiser la réduction de la demande afin que les grands consommateurs industriels dénergie soient incités à se déconnecter du réseau lorsque la demande est la plus forte, soit aux alentours de 19 heures.
Ainsi, un cimentier, par exemple, pourrait faire une offre pour mettre son usine hors service pendant une période de deux heures à partir de 18 h 30 et être récompensé en espèces.
« Ce type de marchés de réponse à la demande est déjà utilisé aux États-Unis et en Australie, mais il est encore relativement peu développé en Europe. Ce que nous demandons, c’est un règlement pour les développer le plus rapidement possible », a déclaré le chef d’entreprise.
Et contrairement aux projets d’énergie éolienne à grande échelle, dont la réalisation prend des années, « c’est quelque chose qui peut être déployé en quelques mois ou semaines », a-t-il noté.
Les experts s’accordent sur ce point. Si la dernière réforme des règles du marché européen de l’électricité a jeté les bases de la réponse concernant la demande, le marché n’a pas encore atteint une ampleur suffisante pour pouvoir faire la différence, a déclaré Zsuzanna Pato, chercheuse au groupe de réflexion Regulatory Assistance Project (RAP).
« La mise en œuvre est très fragmentée dans les États membres et va beaucoup trop lentement », a confié Mme Pato à EURACTIV. Selon elle, l’exécutif européen s’en est rendu compte et va « probablement essayer de renforcer la législation européenne » à cet égard.
« Mais le problème de la mise en œuvre demeure », a-t-elle ajouté.
La chercheuse a également pointé du doigt les détails tels que les règles de participation au marché, qui n’ont pas encore été finalisées et agissent comme de « puissantes barrières » pour les entreprises qui cherchent à entrer sur le marché de la réponse à la demande.
En ce qui concerne les ménages, la réduction de la demande peut être encouragée par des technologies numériques permettant aux gens de surveiller leur consommation d’énergie en temps réel afin qu’ils puissent adapter leur utilisation, en baissant leur thermostat par exemple.
« En quelques mois, nous constatons que les consommateurs sont en mesure d’économiser au moins 10 % sur leurs factures d’énergie », a affirmé le PDG de l’entreprise. Et au prix actuel de l’électricité, le temps de retour sur investissement se situe entre un et trois ans, a-t-il précisé.
Des mesures de ce type sont déjà envisagées dans le cadre de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD), qui est en train d’être mise à jour pour refléter l’ambition climatique accrue du bloc pour 2030.
Toutefois, le processus de révision n’est pas encore terminé alors que la situation impose une mise en œuvre urgente. « Le problème de la directive EPBD est le retard de mise en œuvre et le sentiment d’urgence qui fait défaut », a déclaré le PDG.
Dans le même temps, au lieu de redoubler d’efforts pour réduire la demande, les États membres multiplient les subventions pour protéger les ménages et les entreprises de la hausse des factures d’électricité. Selon le groupe de réflexion Bruegel, les gouvernements européens ont jusqu’à présent affecté près de 600 milliards d’euros pour atténuer l’impact de la crise.
« Ce sont 600 milliards d’euros qui pourraient être consacrés à des projets d’efficacité énergétique », a déclaré le PDG. « Au lieu de cela, nous brûlons de l’argent pour continuer à vivre dans le monde d’hier ».
Frédéric Simon 
Le responsable du climat de l’Union européenne, Frans Timmermans, arrive à Charm El-Cheikh pour le sommet de la COP27 avec de bonnes nouvelles : l’objectif climatique de l’UE pour 2030 « peut désormais être porté à 57 % », au lieu du de 55% prévu précédemment, a-t-il confirmé.
Après un accord conclu vendredi (11 novembre) en fin de journée, le gouvernement allemand a annoncé son intention de se retirer du Traité sur la charte de l’énergie (TCE), suivant ainsi des décisions similaires dans d’autres grands pays de l’UE, ce qui a fait jubiler les militants.
Alors que les petits États insulaires et les pays pauvres font pression pour la création d’un nouveau fonds destiné à compenser les « pertes et dommages » causés par les catastrophes climatiques, les États-Unis et l’Europe ont coordonné une réponse douce mais ferme.
Dans le Vercors, l’Europe à la rencontre d’un futur champion de la batterie lithium-ionPaul Messad 
L’opposition tentée par un « service public de l’énergie plus intégréPaul Messad
Impasse dans les négociations en trilogues sur le marché européen du carboneNikolaus J. Kurmayer
Les États-Unis annoncent le « Projet Phoenix » pour remplacer le charbon par le nucléaire en Europe de l’Est. John Kerry, envoyé spécial des États-Unis pour le Climat, a annoncé le lancement d’une nouvelle coopération sur les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) avec l’Ukraine.
Le projet, annoncé samedi (12 novembre), a pour objectif de mettre en place un projet pilote unique de production à l’échelle commerciale d’hydrogène à faible teneur en carbone à partir de SMR utilisant l’électrolyse à oxyde solide, a indiqué le département d’État américain dans un communiqué.
Dans ce même communiqué, M. Kerry a annoncé le lancement d’une initiative plus large appelée « Projet Phoenix », visant à « accélérer la transition en Europe des centrales au charbon vers les petits réacteurs nucléaires modulaires ».
« Le projet Phoenix apportera un soutien direct des États-Unis à des études de faisabilité sur le passage du charbon à des SRM et à des activités connexes en vue de soutenir les objectifs de sécurité énergétique des pays d’Europe centrale et orientale », peut-on également lire.
Le groupe industriel européen NuclearEurope suit ces développements avec enthousiasme et appréhension à la fois.
« Nous sommes conscients que les États-Unis participent activement au développement de nouvelles technologies nucléaires et, avec le soutien du gouvernement, cherchent à les déployer dans d’autres pays, y compris en Europe », a déclaré Jessica Johnson, directrice de la communication chez NuclearEurope.
À cet égard, l’UE « devrait faire davantage » pour reconnaître la valeur du nucléaire dans la décarbonation de l’économie, « et ensuite pour soutenir et développer sa propre industrie nucléaire », a indiqué Mme Johnson à EURACTIV.
« Comme le montre cette initiative américaine, il est parfaitement possible d’aider les travailleurs du secteur du charbon à effectuer la transition vers le nucléaire, à condition de disposer du soutien financier adéquat. Par conséquent, les décideurs européens doivent à présent inclure le nucléaire dans toutes les politiques qui visent à faire passer l’Europe à une économie neutre en carbone », a-t-elle fait valoir.
Contactée par EURACTIV lundi (14 novembre), la Commission européenne n’a pas commenté l’initiative américaine et la possibilité qu’elle contribue aux objectifs de décarbonations de l’Europe ou à son indépendance énergétique.
(Frédéric Simon | EURACTIV.com)
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L’Allemagne consacre 550 millions d’euros supplémentaires à l’économie mondiale de l’hydrogène. Le gouvernement allemand a annoncé qu’il investirait 550 millions d’euros supplémentaires dans la création de chaînes de valeur de l’hydrogène dans les pays les plus pauvres. Le montant est réparti entre le ministère du Développement (250 millions d’euros), et le ministère de l’Économie (300 millions d’euros).
Ces sommes sont destinées à contribuer à la réduction du déficit de financement des projets d’hydrogène vert à grande échelle. Les fonds subventionnent les investissements tout au long de la chaîne de valeur : de la production d’hydrogène vert, en passant par la transformation, jusqu’au stockage et à l’infrastructure de transport de l’hydrogène et de ses dérivés.
En pratique, cela signifie que les 250 millions d’euros du ministère du Développement seront destiné à des entreprises locales dans les pays les plus pauvres afin de leur permettre de commencer à utiliser l’hydrogène vert dans des domaines tels que la production d’engrais. Les 300 millions d’euros restants sont destinés à des entreprises basées en Allemagne qui travaillent à la mise en place d’une économie mondiale de l’hydrogène.
L’ensemble du programme est appelé la « plateforme PtX ». La ministre allemande du Développement, Svenja Schulze, a déclaré qu’il s’agissait d’une « occasion unique » de façonner les marchés mondiaux de l’énergie « d’une manière plus solidaire et plus équitable ».
(Nikolaus J. Kurmayer | EURACTIV Allemagne)
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Soutien énergétique à l’Ukraine. Le 9 novembre, la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a lancé un appel à l’échelle européenne pour aider le secteur énergétique ukrainien en difficulté. À la suite des attaques russes contre des infrastructures critiques, des milliers d’Ukrainiens se retrouvent privés d’énergie.
« Il est conseillé aux gouvernements, aux entreprises et aux associations de contacter l’équipe spéciale de soutien à l’Ukraine du secrétariat de la Communauté de l’énergie afin d’obtenir la liste la plus récente des besoins urgents et une assistance », a exhorté Mme Simson.
Les équipements dont ont le plus urgemment besoin les Ukrainiens sont les transformateurs et les générateurs d’électricité, les appareils de chauffage, les carburants et les huiles, les voitures et les camions pour les équipes de réparation et les outils. Cogen Europe, l’association du secteur de la cogénération de chaleur, a déjà exprimé son soutien au nom de ses membres. Mme Simson a également remercié Hitachi pour son soutien à l’Ukraine mardi (15 novembre).
Au 3 novembre, des équipements pour un montant de 5 millions d’euros ont été donnés dans le cadre de cette initiative.
(Nikolaus J. Kurmayer | EURACTIV Allemagne)
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