Le débat économique, une nécessité en péril – Alternatives Économiques

[Les débats interdits en économie] Nous avons plus que jamais besoin d’aborder les questions économiques et sociales de manière différente. Preuve en douze points des bienfaits de la diversité des pensées en économie.
« A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? », demandait un livre paru il y a quelques années. Cette question prend un tour particulier dès lors qu’aujourd’hui plus que jamais, comme le souligne l’économiste Florence Jany-Catrice, le pluralisme des idées, des concepts, des méthodes est en très grand péril.
Il peut encore exister des débats et controverses, mais ils tendent à devenir confinés à des économistes issus du même moule théorique. Ainsi Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, défendant des propositions progressistes supposant l’intervention forte de l’Etat, peuvent s’opposer à…
« A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? », demandait un livre paru il y a quelques années. Cette question prend un tour particulier dès lors qu’aujourd’hui plus que jamais, comme le souligne l’économiste Florence Jany-Catrice, le pluralisme des idées, des concepts, des méthodes est en très grand péril.
Il peut encore exister des débats et controverses, mais ils tendent à devenir confinés à des économistes issus du même moule théorique. Ainsi Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, défendant des propositions progressistes supposant l’intervention forte de l’Etat, peuvent s’opposer à Eugene Fama ou Jean Tirole, apôtres de choix plus franchement libéraux. Pour autant, ces débats ne peuvent masquer un problème plus structurel et plus profond qui tient non pas aux personnalités mais aux cadres conceptuels et aux outils théoriques utilisés, et à ce qu’ils permettent de penser, ou pas.
Ainsi, à la reine d’Angleterre se demandant après la crise des subprime pourquoi « aucun » économiste ne l’avait anticipée, il avait fallu expliquer que la théorie dominante avait tout simplement écarté la possibilité d’une crise financière. Ce que le cadre théorique dominant ne peut permettre d’envisager n’existe pas… jusqu’à ce que cela se produise ! Il y avait bien alors d’autres économistes, issus d’autres courants, pratiquant d’autres méthodes, persuadés de l’imminence du désastre, mais, telle Cassandre, ils étaient inaudibles.
Ces économistes pratiquant l’économie autrement sont, pour cette raison même, souvent appelés « hétérodoxes ». John Maynard Keynes les qualifiait – et se qualifiait lui-même – « d’hérétiques », pour souligner de quelles formes de bannissement ils pouvaient faire l’objet. Leur caractéristique commune est sans doute de reconnaître l’importance cruciale des institutions face à l’idée que les rapports économiques obéissent à des lois naturelles et universelles. Pour cette raison – et sans nier leur grande diversité (et divergences) d’analyses –, il nous semble préférable de les qualifier sous le vocable plus positif d’économistes institutionnalistes. Leur façon de penser l’économie, au sein des sciences sociales, permet de poser des débats et de rendre visibles des problèmes – essentiels – qui ne peuvent être au mieux qu’esquissés par l’approche standard.
Il s’agit au fond ici de permettre une pensée des « alternatives ». Les institutionnalistes distinguent clairement le « capitalisme », dans lequel nous vivons, de « l’économie de marché », modèle théorique sans actualité concrète. Ils identifient les caractéristiques du mode de production capitaliste (propriété privée des moyens de production, gestion marchande du travail, de la monnaie et de la nature, rôle de l’Etat…), ce qui permet de penser la diversité des formes que peut prendre le capitalisme (qui peut être plus ou moins financiarisé, socialisé, encastré socialement), mais aussi les autres modes de production possibles. Saisir la dimension instituée – et donc mouvante et politiquement construite – des modes de production permet en effet d’identifier les fragilités des différents modèles et de proposer des institutions nouvelles, et ainsi d’ouvrir le champ des possibles. La sphère de l’économie sociale et solidaire (ESS) ou l’approche des « communs » questionnent le principe de la propriété privée, tandis que la réflexion sur les monnaies alternatives ou les formes plus expérimentales de réinvention comme les zones à défendre (ZAD) dessinent des perspectives d’émancipation politique.
Or, penser autrement le rapport que nos sociétés entretiennent avec la question de la production et de la distribution des richesses est aujourd’hui devenu une nécessité vitale pour la survie de notre planète et, donc, de l’humanité. Pour cela, nous avons plus que jamais besoin d’une diversité d’approches en économie et, donc, des institutionnalistes. C’est à une recension, non exhaustive, des éclairages permis par cet autre regard que nous avons cherché à nous consacrer, sous la forme d’une défense et d’une illustration du bienfait d’une diversité de pensées en économie !

Un économiste institutionnaliste, c’est quoi ?

Les institutionnalistes partent du principe que tout processus économique se déroule dans des institutions (la monnaie, l’Etat, les relations de travail, la définition de la nature, etc.) qui sont situées historiquement et spatialement, et porteuses d’un sens politique et culturel (contrairement à l’approche dominante qui réfléchit à partir d’individus rationnels situés hors du temps historique et de tout ancrage social).

Diverses, ces approches cherchent à rendre intelligibles les différentes formes que prend le processus de production et de répartition des ressources assurant la survie des groupes humains dans leur diversité 1. Les institutionnalistes ne prétendent pas à l’émission de vérités universelles qui s’imposeraient partout et toujours, et réduiraient l’espace politique du débat. Au contraire, ils prétendent éclairer les controverses, donner des clés de compréhension de la logique des différents systèmes productifs et sociaux et nourrir le débat sur leurs transformations possibles. L’économie n’a pas de vérité à dicter à la société et encore moins à la biosphère, elle doit retrouver une position plus modeste, au service des choix sociaux et politiques compatibles avec le maintien de la vie humaine sur Terre.

  • 1.   Un manuel recensant de manière exhaustive les analyses des institutionnalistes sera publié en mai prochain chez Dunod : Grand manuel d’économie politique, sous la coordination de Yann Guy, Anaïs Henneguelle et Emmanuelle Puissant.

Un économiste institutionnaliste, c’est quoi ?

Les institutionnalistes partent du principe que tout processus économique se déroule dans des institutions (la monnaie, l’Etat, les relations de travail, la définition de la nature, etc.) qui sont situées historiquement et spatialement, et porteuses d’un sens politique et culturel (contrairement à l’approche dominante qui réfléchit à partir d’individus rationnels situés hors du temps historique et de tout ancrage social).

Diverses, ces approches cherchent à rendre intelligibles les différentes formes que prend le processus de production et de répartition des ressources assurant la survie des groupes humains dans leur diversité 1. Les institutionnalistes ne prétendent pas à l’émission de vérités universelles qui s’imposeraient partout et toujours, et réduiraient l’espace politique du débat. Au contraire, ils prétendent éclairer les controverses, donner des clés de compréhension de la logique des différents systèmes productifs et sociaux et nourrir le débat sur leurs transformations possibles. L’économie n’a pas de vérité à dicter à la société et encore moins à la biosphère, elle doit retrouver une position plus modeste, au service des choix sociaux et politiques compatibles avec le maintien de la vie humaine sur Terre.

  • 1.   Un manuel recensant de manière exhaustive les analyses des institutionnalistes sera publié en mai prochain chez Dunod : Grand manuel d’économie politique, sous la coordination de Yann Guy, Anaïs Henneguelle et Emmanuelle Puissant.

Les institutionnalistes partent du principe que tout processus économique se déroule dans des institutions (la monnaie, l’Etat, les relations de travail, la définition de la nature, etc.) qui sont situées historiquement et spatialement, et porteuses d’un sens politique et culturel (contrairement à l’approche dominante qui réfléchit à partir d’individus rationnels situés hors du temps historique et de tout ancrage social).
Diverses, ces approches cherchent à rendre intelligibles les différentes formes que prend le processus de production et de répartition des ressources assurant la survie des groupes humains dans leur diversité 1. Les institutionnalistes ne prétendent pas à l’émission de vérités universelles qui s’imposeraient partout et toujours, et réduiraient l’espace politique du débat. Au contraire, ils prétendent éclairer les controverses, donner des clés de compréhension de la logique des différents systèmes productifs et sociaux et nourrir le débat sur leurs transformations possibles. L’économie n’a pas de vérité à dicter à la société et encore moins à la biosphère, elle doit retrouver une position plus modeste, au service des choix sociaux et politiques compatibles avec le maintien de la vie humaine sur Terre.
Les institutionnalistes partent du principe que tout processus économique se déroule dans des institutions (la monnaie, l’Etat, les relations de travail, la définition de la nature, etc.) qui sont situées historiquement et spatialement, et porteuses d’un sens politique et culturel (contrairement à l’approche dominante qui réfléchit à partir d’individus rationnels situés hors du temps historique et de tout ancrage social).
Diverses, ces approches cherchent à rendre intelligibles les différentes formes que prend le processus de production et de répartition des ressources assurant la survie des groupes humains dans leur diversité 1. Les institutionnalistes ne prétendent pas à l’émission de vérités universelles qui s’imposeraient partout et toujours, et réduiraient l’espace politique du débat. Au contraire, ils prétendent éclairer les controverses, donner des clés de compréhension de la logique des différents systèmes productifs et sociaux et nourrir le débat sur leurs transformations possibles. L’économie n’a pas de vérité à dicter à la société et encore moins à la biosphère, elle doit retrouver une position plus modeste, au service des choix sociaux et politiques compatibles avec le maintien de la vie humaine sur Terre.

1. Penser l’entreprise comme institution

Pour l’économie standard, l’entreprise est une boîte noire ou, au mieux, un dispositif économisant des coûts de transaction : pour faire un magazine, mieux vaut des salariés dans la même entreprise qu’un chef échangeant avec des dizaines de journalistes entrepreneurs indépendants ! A contrario, penser l’entreprise comme une ­institution l’amène à devenir plus que cela, un acteur autant politique qu’économique. Une analyse qui invite à penser la responsabilité sociale et écologique de l’entreprise, sa contribution à l’intérêt général (travaux sur la responsabilité sociale des entreprises, ou RSE), sans s’arrêter aux conditions de maximisation des profits privés. Ce qui pousse à définir les conditions d’un fonctionnement démocratique au sein de l’entreprise, avec tous les travaux sur la gouvernance et la codétermination (la place et le pouvoir des salariés dans les conseils d’administration).

2. Penser les crises financières

L’approche dominante affirmait au début des années 2000 que les crises financières appartenaient au passé et que le fonctionnement des marchés libéralisés les rendait impossibles. Même après les subprime en 2008, l’un des principaux défenseurs de cette thèse, Eugene Fama, affirme : « Je ne sais pas ce qu’est une bulle. » Aucun déni de réalité de ce genre chez les institutionnalistes, ni aucune prescience, mais une analyse du fonctionnement des marchés qui démontre leurs mécanismes de dérapage. Par exemple, le caractère mimétique des traders (pour gagner de l’argent, mieux vaut faire comme les autres) provoque de vastes mouvements de hausse ou de baisse des actions, du pétrole, etc., tout cela dans le cadre de conventions partagées sur la finance (tout le monde pense le monde de la même façon).
Les institutionnalistes ont mis en évidence depuis longtemps les fragilités et les risques portés par un capitalisme où la finance prend de plus en plus de poids. Ils l’ont fait car ils ne considèrent pas que la monnaie est une marchandise comme les autres et ils analysent le rôle déstabilisant des bulles de crédit. D’où leurs appels à un encadrement de la monnaie, à une régulation financière, montrant que la forme que prend cet encadrement est absolument déterminante pour la qualité du financement de l’économie, notamment des dettes publiques, et pour la définition des politiques économiques.

3. Penser les limites écologiques, la richesse et sa mesure

La question des limites écologiques du capitalisme se conçoit difficilement en dehors d’un effort intellectuel de « réencastrement » de l’économique dans la bio­sphère. C’est l’objet de la construction progressive d’une économie écologique qui, dans le sillage de quelques anciens (Nicholas Georgescu-Roegen, William Kapp, René Passet…), développe une conception de l’économie comme devant se déployer à l’intérieur de limites environnementales et non pas en les contraignant. Ou en faisant mine de pouvoir les repousser sans cesse, notamment en substituant du capital technique (des centrales nucléaires, de l’hydrogène…) à du capital naturel.
Ce qui implique de repenser ce qui fait la valeur des choses et la richesse d’une économie. Ces thèmes ont longtemps été au cœur de l’analyse économique. Ce n’est plus le cas, et c’est le signe d’une perte complète de boussole théorique de l’économie mainstream, qui semble avoir rompu le fil qui reliait l’étude des phénomènes économiques à celle de la bonne santé des sociétés humaines. Savoir ce qui vaut est une question essentielle et comment le mesurer aussi. Dans le débat autour de l’expression – sans doute maladroite – de décroissance (car il s’agit surtout de cesser de faire décroître l’usage de ce qui menace la survie de l’humanité), il faut être capable de répondre à la question de la construction sociale des besoins (de quoi avons-nous vraiment besoin ?) et faire des indicateurs habituels (l’indice des prix ou le PIB) des objets de débat. C’est une question vitale qui suppose de ne pas réifier ces catégories et de comprendre leur dimension politique. Ce ne sont pas que des indicateurs techniques, ils sont le résultat de choix politiques, d’autres choix pourraient être faits. C’est l’intérêt des recherches sur ces questions menées par les institutionnalistes.

4. Penser l’inégalité et la justice sociale

En mobilisant l’histoire, la géographie et l’analyse de la dynamique du capitalisme, les institutionnalistes proposent une analyse solide non seulement de la description des inégalités mais aussi des raisons de leur dynamique. C’est l’un des rares domaines d’étude qu’ils ont réussi à imposer à l’économie dominante. Ils le font dans le cadre d’une conceptualisation du rapport salarial (et de son dépassement) avec une mesure des inégalités de salaires, sans oublier de prendre en compte les inégalités de genre. Au passage, l’analyse du rapport salarial, de sa diversité, est au cœur des travaux institutionnalistes portant sur la mesure de l’emploi, son contenu, sa qualité. De même, il s’agit de penser les voies d’émancipation possibles du salariat à travers le contenu du travail, les relations d’emploi, les formes de mise au travail, la quête d’autonomie au travail. Le tout dans le cadre de réflexions sur la question de la justice en économie.

5. Penser la protection sociale

Contre une représentation du travail comme une simple marchandise (à l’instar de l’analyse standard du marché du travail), les institutionnalistes se positionnent en l’inscrivant, depuis Karl Marx, dans l’inégalité structurelle entre capital et travail. Ce qui justifie l’immense effort collectif, politique, de devoir protéger le travail, « propriété sociale » des individus. Les économistes de la protection sociale conceptualisent alors cette dernière comme faisant partie intégrante du système économique et de son fonctionnement. Et pas uniquement comme un coût supplémentaire du travail ou une rigidité qu’il faudrait à tout prix gommer.
De fait, le financement de notre système de protection sociale repose, fondamentalement, sur le rapport salarial comme institution centrale de notre mode de production. On peut expliquer à ce titre que la « cotisation sociale », perçue par le courant mainstream comme une charge à réduire, renvoie à une logique tout à fait différente d’une taxe : c’est un moyen par lequel les travailleurs se construisent, eux-mêmes, leurs propres droits à du salaire différé. Pas inutile de s’en souvenir en ces temps de réforme des retraites, qui entend faire supporter le coût de la « politique de l’offre » (la réduction du coût de la protection sociale) par un allongement de la durée de cotisation.

6. Penser le chômage comme involontaire

Dans l’optique standard, le chômage résulte du comportement des salariés : ils refusent la baisse de leur salaire au niveau qui, compte tenu de leurs compétences, leur permettrait de trouver du travail. Le chômage est ainsi le fait des chômeurs : trop exigeants, fainéants, assistés… Le seul remède est donc de durcir les conditions de durée et de niveau d’obtention des allocations chômage (comme c’est aujourd’hui le cas).
Contre cette doxa, les institutionnalistes montrent que le chômage est la conséquence des exigences excessives des détenteurs de capitaux qui réclament une forte rentabilité du capital investi, en demandant beaucoup de dividendes (ce sont des actionnaires) et en poussant pour avoir des taux d’intérêt élevés (ce sont des créanciers), ce qui réduit les capacités d’investissement et d’emploi des entreprises. Réduire le chômage suppose donc d’instituer un contrôle des conditions de financement de l’économie et de mieux partager le travail par une baisse du temps de travail.

7. Penser le protectionnisme

Faut-il systématiquement favoriser le libre-échange ? Cela a du sens de penser un protectionnisme éducateur (comme le démontrait Friedrich List, un institutionnaliste allemand du XIXe siècle), dans la mesure où celui-ci laisse le temps aux industries d’un pays de se développer avant de s’ouvrir aux vents de la concurrence internationale. De même, cela a du sens d’envisager des clauses sociales et environnementales pour préserver le marché européen d’une concurrence déloyale de produits qui ne respectent aucun critère en la matière. Ce protectionnisme fait penser l’échange international comme un rapport de force et non comme un gentil marché dans lequel il faut toujours rechercher le maximum de concurrence. Les institutionnalistes mènent ces réflexions sur les politiques de libre-échange, leur limite, la nécessité de déployer des dispositifs protecteurs.

8. Penser notre mode de production dans le temps long

Dans le sillage des travaux fondateurs de Karl Polanyi, de Fernand Braudel ou ­d’Immanuel Wallerstein, des économistes historiens développent, à partir d’une filiation institutionnaliste, des réflexions sur le passé et le futur de notre mode de production, sur l’évolution des formes de mobilisation du travail, du financement des économies, du rôle des banques centrales, etc. Cette approche permet notamment de prendre la mesure des phénomènes d’irréversibilité, ­d’expliquer la situation actuelle par le chemin parcouru, de mettre en évidence les choix différents effectués, à d’autres époques et dans d’autres pays, et donc d’ouvrir le champ des possibles. Tout en montrant que les théories économiques sont filles de l’histoire, qu’elles ne sont pas universelles mais dépendent de la situation économique du moment où elles sont construites.

9. Penser la mondialisation et la territorialité

Les institutionnalistes proposent une analyse du capitalisme située non seulement dans le temps, mais aussi dans l’espace. Ainsi, le concept de mondialisation, le poids des multinationales dans la structuration du mode de production, l’échange économique inégal entre pays, les inégalités de développement et les questions de régulation posées par tous ces phénomènes relèvent de la sphère institutionnaliste.
Prenant le contre-pied de l’idée dominante selon laquelle la logique industrielle serait systématiquement celle d’une course au moindre coût, l’identification de savoir-faire – ancrés dans les territoires, organisés selon un maillage institutionnel précis – permet de donner à voir des espaces alliant efficacité productive et retombées sociales et environnementales positives, sans forcément offrir la main-d’œuvre la moins chère.

10. Penser l’organisation des marchés

L’approche institutionnaliste s’intéresse aux marchés non pas comme des entités fonctionnant toutes seules, mais obéissant à des règles collectives, juridiques, financières, etc., nécessaires à leur existence. On peut alors réfléchir à des moyens d’organisation différents de celui de la quête maximale d’une concurrence libre et non faussée telle que l’envisage le courant mainstream. C’est l’objet des analyses portant sur des normes de consommation « engagée » (commerce équitable, de produits bio), ou bien sur la façon de structurer un marché des droits à polluer, de penser la finance dite « responsable », l’achat public responsable, etc.

11. Penser nos besoins contre le mythe d’une consommation sans limite

Dans l’approche standard, le consommateur est totalement souverain, il décide seul de sa consommation, en suivant le principe selon lequel plus il consomme, moins il en retire progressivement de plaisir ; mais il en retire toujours un peu, et il n’est jamais rassasié. Penser le monde qui vient suppose de déconstruire cette image.
Une approche institutionnaliste, depuis Thorstein Veblen, permet de penser la détermination institutionnelle des désirs, de la consommation, influencée par différents motifs : l’ostentation, la volonté de faire comme les riches ou comme les autres, l’influence de la publicité, etc. Elle permet aussi de faire de la consommation une question de choix politique et collectif au moment où une transition écologique est nécessaire et qu’il faut donc déterminer ce dont nous avons réellement besoin et ce dont nous pourrions nous passer.

12. Penser la pertinence des services publics

Une des caractéristiques du capitalisme de ces dernières années est d’avoir impulsé des réformes profondes des services publics, non plus en les privatisant, mais en modifiant leur fonctionnement selon un principe marchand : ils doivent se comporter comme des entreprises privées toujours en quête de rentabilité. Ainsi, l’usager des services publics est devenu un client et le fonctionnaire un coût.
A l’inverse, les institutionnalistes partent des besoins auxquels doivent répondre les services publics, de santé, de transport, etc., pour définir la meilleure organisation possible au service des populations. Cette approche est d’application très vaste en économie. Elle englobe les réflexions sur l’organisation des politiques de recherche, la lutte contre la mainmise des Gafam sur les données individuelles, l’économie de la santé, de la gestion des transports, de l’eau, du logement, etc. Le service public est pensé comme alternative à l’idée du tout-marchand.
Retrouvez notre dossier « Les débats interdits : comment la pensée unique s’est imposée en économie »
 
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