Le Cilog lance une nouvelle stratégie nationale logistique tournée … – Voxlog

©
Voxlog I De face, Roland Lescure à gauche et Clément Beaune, à droite.
C’est avec vue sur le terminal PTSA sur le port de Gennevilliers que se tenait le Cilog ce lundi 12 décembre. Une troisième édition pour le comité interministériel de la logistique qui était aussi l’occasion de lancer sa Stratégie nationale pour « faire de la France un territoire d’excellence de la logistique durable ». Un défi bien intégré par tous les acteurs représentants de la filière, présents ce jour-là autour de la table : « L’année 2021 a permis d’avancer sur plusieurs des éléments de la chaîne logistique, comme la stratégie nationale portuaire ou celle pour le développement du fret ferroviaire. Le dernier Cilog a conduit à adopter une feuille de route sur la logistique urbaine et il y a une certaine logique à ce que tout cela s’assemble pour qu’on ait enfin une stratégie nationale logistique », commentait le ministre délégué chargé des Transports, Clément Beaune.
La feuille de route compte huit grands objectifs. Doter durablement la filière logistique d’une gouvernance structurée, mettre en place les chaînes logistiques au service de la reconquête industrielle nationale et européenne, améliorer la compétitivité de la supply chain pour relocaliser les bassins de production au plus près des bassins de consommation, créer des champions mondiaux de l’innovation logistique, utiliser le foncier pour favoriser des chaînes logistiques plus écologiques, augmenter l’utilisation des modes les plus écologiques et articuler les différents modes de transport, accélérer la décarbonation du mode routier du transport de marchandises, soutenir des solutions locales pour une logistique du dernier kilomètre plus durable. Ces objectifs se déclinent en 23 actions autour desquelles découlent quelques mots d’ordre : en premier lieu, la décarbonation, « d’abord à travers le fret ferroviaire et fluvial, mais aussi pour le fret routier dans des chaînes intermodales », souligne Clément Beaune. L'objectif est de passer à 18 % de part modale du ferroviaire en 2030 et à une augmentation de 50 % de la part modale du fret fluviale mesurée en t-km. Le ministre note les faiblesses françaises : « Dans nos grands ports maritimes en particulier, nous devons nous améliorer sur la connexion intermodale par le fret ferroviaire ou routier, parfois avec l’hinterland ou les grands centres urbains ». Autre élément-clé, la compétitivité : « Nous avons un secteur pourvoyeur d’emplois. Il a besoin de se transformer sur le plan écologique mais reste un formidable poumon économique pour l’avenir de notre pays et il est évident que nous devons continuer nos efforts de compétitivité par rapport à nos grands concurrents internationaux ».

À ce sujet étaient mis en avant les derniers soutiens financiers aux innovations apportés par les ministères avec l’annonce des six premiers lauréats de l’appel à projet Logistique 4.0 (dispositif de France 2030 instruit par l’Ademe) avec une enveloppe de 90 millions d’euros, ainsi que l’annonce, pour 65 millions d’euros, des lauréats de l’appel à projet Ecosystème des véhicules lourds électriques de France Relance, instruit également par l’Ademe et visant à soutenir l’acquisition et la location longue durée de poids-lourds électriques ainsi que l’installation de bornes de recharge électrique. La suite du programme InTerLUD pour la logistique urbaine et le déploiement de chartes y étaient également actés.
Outre les travaux en cours, Eric Hémar, président de l’Union TLF, profitait de cette réunion, pour évoquer les « goulots d’étranglement » vécus par le secteur : celui des ZFE en premier lieu, évoquant la nécessité d’une réglementation qui « tienne la route » face à ces calendriers resserrées, sous peine de se retrouver dans une impasse : « En tant que professionnels, nous avons besoin de nous organiser. Prenez ce sujet à bras le corps, le temps commence à être compté ». Autre sujet d’inquiétude, celui de la ZAN (zéro artificialisation nette voulue à l’horizon 2050) : « Si l’on veut un amont embranché en ferroviaire ou fluvial, il faut qu’on puisse monter des entrepôts quelque part. Nous avons donc la nécessité trouver une formule pour construire des zones logistiques qui soient le plus orientées possibles en termes de développement durable ». Sur le sujet de l’immobilier logistique, Claude Samson, président d’Afilog, soulignait la problématique des délais d’instruction et la nécessité d’une cartographie des sites logistiques disponibles : « Lorsque l’on sait où on peut s’implanter, en général, on gagne un ou deux ans sur la problématique des délais ». La Stratégie nationale logistique entend justement fiabiliser ces temps d'instruction (y compris pièces complémentaires) avec des délais moyens de cinq mois pour l'enregistrement des dossiers sans aménagements et de 10 mois pour l'autorisation. Sur le sujet, Roland Lescure indiquait par ailleurs vouloir lancer un « référencement exhaustif des terrains disponibles en France » en concertation avec Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, afin d’avoir accès à un catalogue de terrains, sous forme de friches ou autres, qui soit accessible à tous.
 
Anne-Marie Idrac, présidente de France Logistique, insistait sur plusieurs aspects fondamentaux pour la filière : le besoin d’une gouvernance transverse et co-construite, avec la nécessité, pour cette dernière, « d'aller de plus en plus proche du local en matière de logistique urbaine et de schémas locaux d’aménagement. L'objectif est d'aboutir à des cartographies opérationnelles permettant l’augmentation des entrepôts et des infrastructures ». L’ancienne secrétaire d’État aux Transports appelait également à voir la compétitivité sous un regard européen, en observant « ce qui se fait de mieux ailleurs » par exemple, sur l’implantation des entrepôts, en s’inspirant de l’Allemagne. Concernant l’intermodalité, Anne-Marie Idrac interrogeait sur le fret ferroviaire : est-ce que le développement souhaité pour les passagers va laisser des sillons disponibles pour le fret de marchandises ? Quant aux aides annoncées pour le transport routier, « il n’y en aura pas assez », jugeait-elle, car les besoins sont forts malgré les incertitudes technologiques qui demeurent : « On ne sait pas ce qui va prédominer dans le mix énergétique, mais ce sera un sujet macro-économique et macro-budgétaire qu’il va falloir programmer ». Présente en distanciel, Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR, indiquait l’importance de s’inscrire dans une stratégie de planification avec comme sujet majeur la décarbonation des transports : « Nous y travaillons et allons rendre bientôt notre feuille de route, stipulait-elle. Nous sommes conscients que l’Etat ne pourra être le seul à être sollicités pour l’accompagnement financier et que l’apport devra être partagé ». La participation de partenaires comme les banques dans cet accompagnement y était soulignée pour en faire une priorité en termes d’investissements. 
 
Le Cilog était également l’occasion d’annoncer différentes missions en cours : celle confiée à l’IGEDD pour analyser l’opportunité et les conditions d’une expérimentation de l’éco-combi sur le territoire national, ainsi que celle confiée au président de la confédération des grossistes de France, Philippe Barbier, pour préfigurer un comité de technique de liaison de la logistique urbaine.  Celui-ci s'est dit amené à « reprendre le bâton de pèlerin » et faire les tours des confédérations en s’inspirant de France logistique et du GART pour essayer de proposer un système de gouvernance simple et des outils d’amélioration des services. « Nous n’oublierons personne sur l’intermodal et le multimodal », commentait-il. Ses travaux devraient aboutir au mois de mars 2023. Une année qui comptera d’autres échéances : un nouveau Cilog (qui pourrait être présidé par la Première ministre), la deuxième relève de l’appel à projets Logistique 4.0, avec 100 millions d’euros à la clef, et un nouvel appel à projets pour les poids-lourds électriques qui devrait être annoncé en début d’année, mais dont l’enveloppe n’est pas encore définie. À plus long terme, le lancement d'un appel à projets de logistique du dernier kilomètre est également prévu d'ici 2025 par la Stratégie nationale. Et face au défi de la décarbonation, la chaîne logistique routière a toute sa place, avec + 10 % des immatriculations neuves de poids lourds non diesel fossile prévus en 2025 par la Stratégie : « Nous devons assumer de dire que nous aurons besoin de véhicules sur route et que ceux-ci peuvent faire un effort de transformation et de décarbonation si nous les accompagnons, si nous finançons l’électrification, si nous faisons du made in France, et si nous réindustrialisons », déclarait Clément Beaune. Des enjeux qui touchent plus largement à l’acceptation de cette filière auprès du public : « Sur les questions foncières, il faut avoir un peu de courage pour dire que si nous voulons une logistique fluviale propre à Gennevilliers par exemple, il faut des entrepôts qui respectent les règles mais également accepter cette contrainte de densification urbaine ». « Cette acceptabilité sociale de la transition écologique est essentielle. Et c’est aussi notre travail, en tant que ministres, de publiciser tous les efforts réalisés dans nos filières respectives pour montrer que tout le monde a intégré cet objectif de décarbonation », concluait Roland Lescure.
 
La Stratégie nationale nationale logistique complète est accessible ici
 

source

A propos de l'auteur

Backlink pro

Ajouter un commentaire