«La logistique s'est ouverte au consommateur final», Jean-Michel Huet – Decision-achats

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La logistique est l’élément structurel sans lequel tout le commerce international ne pourrait pas exister. C’est ce qui permet au (e)commerce de se développer. Sans elle, nous ne serions pas sorti de l’ère du troc au milieu du village. L’histoire de l’économie est un peu aussi celle de la logistique. Aujourd’hui, le champ s’est élargi et ce secteur ne se limite pas à l’industrie et aux transports. La plupart des secteurs sont concernés : santé, collectivités territoriales, économie sociale et solidaire… Dans la pratique, c’est davantage une fonction de l’entreprise -au même titre que la comptabilité ou le marketing- qu’un secteur d’activité. Pour autant, malgré son poids, la logistique n’est pas très représentée à travers des institutions car c’est un secteur peu régulé. Et il est donc plus difficile de rassembler les différents acteurs.
Le secteur est représenté par de multiples structures qui vont d’une EURL avec un chauffeur, à une multinationale comme Keolis qui réunit 40000 salariés. Il est même difficile de définir les contours de la logistique. Qui en fait partie Les transports, les infrastructures, les achats, les retailers…? Historiquement, Amazon est avant tout une entreprise de logistique avant d’être une start-up digitale. Idem pour Vente-privee.com (Veepee) en France: c’est du commerce mais c’est surtout un back office performant.
La supply chain a longtemps été considérée comme une fonction support très technique, peu valorisée comparativement aux ressources humaines ou à la finance. Ce n’est pas fréquent d’avoir un directeur de la supply chain qui soit membre du comex. Et puis, beaucoup d’entreprises font souvent appel à des prestataires de services qui sont des intermédiaires.
Née en 1994, Amazon est une entreprise de l’e-commerce et du cloud, mais la base de son succès tient également à la formidable machine de guerre logistique qu’elle a su déployer. Zara ou Ikea ont su, elles aussi, se tailler de beaux succès qui doivent beaucoup à une logistique exemplaire. Cette année, les acteurs qui ont su gérer la crise de 2020 se sont démarqués. Ce sont ceux qui ont su anticiper le phénomène du drive et du click & collect, comme Leclerc.
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De manière générale, les distributeurs s’en sont bien sortis. D’un autre côté, les internautes qui ont davantage consommé sur internet ont pris de nouvelles habitudes, comme le principe systématique du retour du colis en cas d’insatisfaction. Or, cela a un coût économique mais aussi écologique car un colis qui fait plusieurs aller-retour n’est pas un modèle durable.
Il faut avoir un contrôle sur toute la chaîne et surtout s’appuyer sur de bons modèles de prévision des ventes. C’est un élément structurant pour éviter les invendus et les retours de stock. Cela nécessite un fin maillage territorial. Et on comprend là tout l’attrait du big data pour arriver à simuler les bons volumes quotidiens pour chaque point de vente. C’est le principal impact du digital sur la supply chain. Par ailleurs, les logisticiens vont devoir intégrer l’ensemble des moyens digitaux de paiement (M-paiement, E-Money) tout au long de la chaîne et pas seulement auprès du client final. Enfin, la block chain pourra être un bon outil pour assurer une meilleure traçabilité et un moyen d’instaurer plus de confiance.
Ces enjeux écologiques sont le nouveau défi des acteurs du secteur. Impact carbone à tous les niveaux, achats responsables, logistique verte, reverse logistics… autant de dossiers qui sont d’actualité. La logistique « verte », c’est celle qui réussit à s’adapter à un champ d’exigences toujours plus important, poussé par les citoyens et les politiques. Au-delà du volet écologique, social et fiscal, le « licence to operate » au niveau local est un enjeu de taille dans la construction d’un nouveau centre de logistique par exemple. Or, on sait au regard du déploiement des centres aux États-Unis, que la France va multiplier la construction de grands centres dédiés. Les logisticiens vont devoir gérer plusieurs injonctions paradoxales, notamment celle de devoir être au coeur de la transformation digitale et des exigences environnementales.
L’activité logistique est gourmande en emballages y compris les palettes. Les efforts peuvent porter sur la réduction des produits d’emballage utilisés, la limitation des suremballages, la réduction de leur taille par une adaptation plus fine à l’encombrement du produit, les modifications des produits de protection des objets, le choix de matières recyclées… Mais les modifications de ce poste nécessitent une évolution des process de préparation de commande. Et comme l’emballage est un élément d’identification du produit par le consommateur, il faut associer en particulier le département marketing dans la démarche.
La logistique a quitté son refuge: au même titre que d’autres disciplines comme le marketing, elle s’est ouverte au consommateur final. Elle est désormais bien plus perceptible, du fait que le consommateur dispose dorénavant d’une multiplicité d’options logistiques pour effectuer ses achats : magasins, livraisons à domicile, point retrait, drive, etc. De fait, il expérimente la qualité de service qui lui est proposée et cela est devenu un argument de vente et de différenciation des retailers. Certains magasins vont même jusqu’à décharger auprès de leurs clients des tâches logistiques qu’ils prenaient en charge auparavant, à l’instar d’Ikea. Enfin, avec l’essor du digital, on assiste à une intégration informationnelle du consommateur qui lui permet de remplir de nouvelles actions à distance, renforcées par le déploiement des technologies de la maison connectée. Par exemple, des serrures connectées permettraient au client de laisser entrer à distance des livreurs à l’intérieur de son domicile…
Lire aussi : Supply chain et transparence : de vastes chantiers à prévoir
L’essor de l’e-commerce entraîne une accélération de la logistique. Le dernier kilomètre devient un enjeu économique clé. C’est très différent selon les zones géographiques. En Europe, l’e-commerce va devoir développer l’achat sur mobile, même si son usage a explosé cette année. Outre la mobilité, il va falloir mettre en scène le phygital. « La bataille du dernier kilomètre » est plus que jamais au coeur des stratégies des retailers (2,6 milliards d’euros de C.A à horizon 2025 en France; +10% de croissance annuelle).
C’est le dernier maillon, chargé physiquement et symboliquement de ce qu’il véhicule, et donc lourd de conséquences, car en contact avec le client final. Le dernier kilomètre fait face à un double enjeu à la fois en termes de business (et notamment concernant l’expérience client) et en termes de coût. La manière de mener cette bataille a été bousculée par l’explosion de l’e-commerce et l’arrivée de nouveaux acteurs (plateformes numériques) qui viennent remplacer des acteurs historiques. Alors qu’il s’agit d’un acte essentiel, il est surprenant de le voir aussi peu considéré dans la réalité. Depuis des décennies, les entreprises de messagerie et les sociétés de livraison express ont adopté des stratégies de survie face à l’évolution du marché. Qui ont conduit à paupériser la filière.
En Europe, le risque est lié en quelque sorte à la rançon du succès. Ce réseau intermédiaire de distribution est confronté à l’explosion de l’e-commerce, et notamment la livraison d’articles volumineux. L’accroissement de l’usage va plus vite que la capacité de stockage des boutiques physique et la saturation est assurée.
Face au constat que le dernier kilomètre s’est allongé, de nombreuses villes essaient de recréer des espaces logistiques qu’elles souhaitent voir mutualiser entre intervenants. De nombreuses initiatives sont lancées. Certaines idées sont intéressantes: consignes automatiques disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, mutualisation de flux de plusieurs sources, logiciels d’optimisation de tournées, poids lourds ou conteneurs intelligents servant de base logistique à des livraisons douces… l’avenir dira dans quelle mesure elles seront déployées.
À l’évidence, les technologies liées au tracking via les applications mobiles pour pouvoir suivre la traçabilité de son colis vont se développer. De nouvelles sociétés émergent dans ce secteur et nous ne sommes qu’au début de l’histoire.

Son parcours
1997 : Diplômé de NEOMA Business School puis de Sciences Po Paris
1997-1999: Orange, chef de produit Internet
1999-2004: PwC Consulting, senior consultant dans le secteur des télécoms et médias
Depuis 2004: BearingPoint, associé en charge de l’équipe Africa & International Development

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