La guerre en Ukraine menace l'emploi des cadres – La Tribune.fr

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La guerre en Ukraine a considérablement assombri l’horizon économique. Après un fort rebond en 2021 (+18%), l’emploi des cadres pourrait pâtir des répercussions en chaîne de ce conflit aux portes de l’Union européenne. En effet, la plupart des instituts de prévision économique ont révisé à la baisse leurs chiffres de croissance pour 2022.
Dans son bilan de l’année 2021 dévoilé ce lundi 4 avril, l’association pour l’emploi des cadres (Apec) redoute des volumes de recrutement de cadres revus à la baisse pour les entreprises. « De possibles ajustements voire des reports de projets d’investissement et/ou de transformation dans les entreprises pourraient survenir, tout comme des résultats financiers moindres qu’attendus. La hausse des prix de l’énergie et de nombreuses matières premières pourrait avoir un impact particulièrement prégnant dans certaines activités industrielles, voire dans certains secteurs des services étroitement liés à la sphère industrielle », prévient l’Apec. Même si l’association ne s’avance pas sur des prévisions chiffrées pour l’année 2022, la perspective d’une guerre à rallonge pourrait bien rebattre les cartes du marché de l’emploi particulièrement dynamique en 2021.
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La reprise économique en 2021 a visiblement profité à l’emploi des cadres. Après une contraction massive en 2020 suite à la chute abyssale du PIB (-8%), l’emploi du personnel cadre a rebondi de 18% l’année dernière sans retrouver son niveau d’avant-crise (281.000). Le niveau est encore inférieur de 4% entre 2019 et 2021.
Il faut néanmoins rappeler que 2019 a été exceptionnelle. Entre 2016 et 2018, le nombre de recrutements a oscillé entre 218.800 et 266.400. Avec l’assouplissement des règles sanitaires et l’accélération de la vaccination en 2021, la croissance économique a boosté les embauches l’année dernière, en particulier pour les cadres.
Sans surprise, les cadres en informatique figurent sur la première marche des recrutements en 2021 (59.000). Il s’agit d’un niveau inédit depuis que l’Apec réalise de telles études. Viennent ensuite les cadres dans la recherche et le développement (46.500) et le commercial ou le marketing (40.000).
Dans le bas de classement figurent les profils dans la maintenance, la logistique ou encore la sécurité (16.700), la finance et la comptabilité (21.700) ou encore la production industrielle (24.700).
Les résultats de l’Apec montrent que toutes les régions ont bénéficié d’une hausse de l’emploi des cadres. Parmi les principales dynamiques, figurent en premier lieu la Normandie (+33%), l’Occitanie (+33%) la Bourgogne-Franche-Comté (+20%) . En Normandie ou en Occitanie, les hausses spectaculaires s’expliquent par les répercussions importantes de la crise sanitaire sur certains secteurs (automobile, aéronautique, autres matériels de transport) très implantés dans ces régions.
Après avoir chuté lourdement, l’activité est repartie dans ces deux secteurs. La pandémie risque cependant de laisser des traces profondes dans l’aéronautique et l’automobile en raison notamment des difficultés d’approvisionnement aggravées par la guerre en Ukraine. D’autres régions comme l’Ile-de-France (19%), les Hauts-de-France (17%), Auvergne-Rhône-Alpes (11%) ont connu une augmentation sans retrouver leur niveau d’avant crise.
Sur le classement, trois régions ont tiré leur épingle du jeu. Il s’agit de la Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et la Corse. Elles sont les seules à avoir dépassé leur niveau d’avant crise. La Bretagne a notamment profité du boom des recrutements dans l’ingénierie et la recherche et le développement.
En PACA et en Corse, les entreprises spécialisées dans l’informatique, le secteur des énergies, l’eau et la gestion des déchets ont été particulièrement dynamiques.
Sur l’ensemble des secteurs, l’immobilier (+40%), le bâtiment, le génie civil et les matériaux de construction (+32%) ou encore la banque et l’assurance (25%) affichent des hausses de recrutement impressionnantes. « Cet effet de rattrapage d’ampleur, après le trou d’air de 2020, a pu se combiner, pour certains secteurs, avec les changements en cours de leur modèle économique nécessitant de nouvelles compétences cadres comme la digitalisation à marche forcée des services bancaires par exemple », indiquent les auteurs de l’étude. Les activités informatiques, les activités juridiques ont été dopées par la reprise mais les embauches de cadres n’ont pas retrouvé leur niveau de 2019 dans ces deux secteurs.
La rémunération médiane des cadres a très peu évolué ces dernières années passant de 50.000 euros en 2018 à 51.000 euros en 2021. Surtout, cette hausse peut sembler modeste au regard des poussées inflationnistes déjà visibles en 2021 dans le contexte de la reprise économique.
Derrière le chiffre médian de 51.000 euros, les inégalités entre les hommes et les femmes persistent largement. Entre 2011 et 2021, l’écart entre les sexes est resté le même, à 7.000 euros. « En 2021, les femmes cadres gagnent encore 15 % de moins que les hommes cadres et sont pourtant, en proportion, toujours moins augmentées que les hommes », indique l’Apec. Lassociation souligne que les inégalités salariales apparaissent dès le début de carrière (27.600 euros pour les femmes contre 33.000 pour les hommes) et voit un « point d’alerte » dans le fait que 20% des jeunes en poste considèrent leur emploi comme un « job alimentaire ».
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Dans d’autres secteurs, les conséquences de la crise sanitaire sont particulièrement tenaces. Les niveaux de recrutement dans l’hôtellerie, la restauration ou encore les loisirs sont encore inférieurs de 20% à ceux enregistrés en 2019. Du côté de l’automobile ou encore l’aéronautique, les volumes d’embauches sont encore très en deçà de 2019 (-24%). Enfin, le commerce et la distribution sont également très loin des bons chiffres de 2019 (-15%). Avec la guerre en Ukraine, la perspective de retrouver des niveaux d’emploi comparables à 2019 s’éloignent de plus en plus dans ces secteurs particulièrement marqués par les stigmates de la pandémie.
Méthode : cette étude repose sur une enquête annuelle, menée auprès d’un échantillon permanent de 8 000 entreprises représentatif de la répartition par région, par taille et secteur d’activités des salariés du secteur privé en France métropolitaine et représentant 1,4 million de salariés dont 345.500 cadres. L’interrogation téléphonique a été confiée à l’institut BVA Inférence et s’est déroulée du 24 novembre 2021 au 24 janvier 2022.
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