La Commission européenne annonce une communication sur les engrais – EURACTIV France

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Par : Natasha Foote | EURACTIV.com | translated by Anne-Sophie Gayet
07-10-2022
Lors d’un débat en séance plénière du Parlement européen jeudi (6 octobre), le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a déclaré que l’exécutif européen était « prêt à présenter sa communication sur les engrais » à la lumière des perturbations auxquelles le secteur est confronté depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. [SHUTTERSTOCK]
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La Commission européenne présentera une communication sur les engrais dans le cadre des efforts déployés pour faire face aux perturbations causées par la guerre en Ukraine, mais elle reste en deçà de la stratégie européenne en matière d’engrais réclamée par les acteurs du secteur.
Lors d’un débat en séance plénière du Parlement européen jeudi (6 octobre), le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a déclaré que l’exécutif européen était « prêt à présenter sa communication sur les engrais » à la lumière des perturbations auxquelles le secteur est confronté depuis le début de l’invasion russe en Ukraine.
« Nous avons besoin d’une vision claire sur la manière de garantir, au vu de cette situation de crise, la sécurité économique de nos agriculteurs et, avant tout, la sécurité alimentaire de notre société », a-t-il souligné.
Toutefois, la communication n’établira pas de stratégie européenne pour les engrais et ne comprendra aucune nouvelle action politique. Au lieu de cela, toute nouvelle action devra être adoptée dans le cadre d’un instrument distinct, a expliqué un porte-parole de la Commission à EURACTIV.
Le porte-parole s’est également abstenu de donner un calendrier pour la publication de la communication, expliquant que les dates n’ont pas encore été confirmées.
La communication aura pour objectif de rendre l’industrie des engrais moins dépendante des pays tiers tout en explorant simultanément les moyens de rendre les agriculteurs européens moins dépendants des engrais.
Elle couvrira également les dimensions externes, telles que les pays vulnérables d’Afrique, ainsi que les aspects de sécurité alimentaire et de durabilité.
Selon le commissaire européen, elle sera également l’occasion d’examiner l’efficacité des plans stratégiques nationaux (PSN) de la Politique agricole commune (PAC) afin d’apporter des solutions au problème des engrais en général.
Il s’agira notamment d’évaluer si une le niveau d’attention nécessaire a été accordé, lors de l’élaboration des plans nationaux, à l’agriculture de précision, à une planification rationnelle de l’utilisation des engrais et à la promotion des alternatives biologiques et autres aux engrais traditionnels.
Les récentes interruptions des flux de gaz russe vers l’Europe ont relancé les débats sur les tarifs d’importation des engrais, mais les agriculteurs et le secteur industriel restent divisés quant à savoir si les suspensions tarifaires doivent inclure tous les engrais minéraux.
 
Selon les données de l’association industrielle Fertilizers Europe, la Russie et la Biélorussie fournissent 60 % des engrais utilisés dans l’Union européenne.
Les sanctions introduites en mars sur les importations de potasse en provenance de Biélorussie et les interruptions des échanges commerciaux avec la Russie ont exercé une pression importante sur les approvisionnements, laissant le secteur se démener pour trouver d’autres sources.
Parallèlement, le processus de production d’engrais, qui demande beaucoup d’énergie, a également été touché par la flambée des coûts de celle-ci, ce qui a fait grimper encore davantage le prix des engrais.
La nouvelle fait suite à une question posée par les eurodéputés de centre-droit Colm Markey et Herbert Dorfmann, qui ont évoqué un « besoin urgent » de s’attaquer à la pénurie actuelle d’engrais et ont exhorté la Commission à agir immédiatement pour faire face aux coûts insoutenables des intrants auxquels sont confrontés les agriculteurs.
Se félicitant de la nouvelle selon laquelle l’exécutif européen présenterait une communication spécifique sur la question, Markey a souligné que la rapidité était essentielle.
« Nous devons agir maintenant pour le printemps prochain, tout simplement, le printemps prochain sera trop tard », a-t-il déclaré, appelant à des mesures d’urgence répondant aux problèmes à court terme.
« Si les engrais sont coûteux, les aliments le seront aussi, et si les aliments coûteux, ce n’est tout simplement pas abordable pour certaines personnes. Nous devons donc agir, et nous devons agir maintenant », a-t-il conclu.
L’annonce de la proposition a été largement saluée par d’autres eurodéputés de tous les bords politiques, même si certains ont critiqué la Commission pour sa lenteur à prendre en charge la question.
« La stratégie que nous présentons aujourd’hui doit certainement être saluée, mais elle arrive si tard », a déclaré l’eurodéputé d’extrême droite Gilles Lebreton, ajoutant que cela « réaffirme [son] idée que la Commission est toujours en retard pour agir ».
Dans le même temps, il a également exprimé ses craintes que les solutions proposées soient insuffisantes.
« J’attends une véritable stratégie qui nous permettra de ramener la production d’engrais en Europe, et nous avons besoin [de ces engrais] », a-t-il déclaré.
M. Dorfmann s’est joint aux appels en faveur d’une stratégie ciblée, expliquant que les prix élevés des engrais ont déjà fait chuter la production européenne.
« Nous devons résoudre un problème à plus long terme. Nous avons besoin d’une stratégie, d’argent et de recherche et nous devrions améliorer notre compréhension des engrais », a-t-il déclaré.
Ces appels ont été repris par Mónica Andrés Enríquez, la vice-présidente exécutive du fabricant d’engrais Yara, qui a confié à EURACTIV qu’il ne peut pas y avoir de « sécurité alimentaire en Europe ou dans le monde sans une stratégie européenne en matière d’engrais ».
« Sans une telle stratégie, la dépendance du système alimentaire européen aux engrais russes, plus intensifs en carbone, continuera de croître », a-t-elle prévenu.
Pour sa part, Ariel Brunner, responsable de la politique du groupe de campagne européen BirdLife Europe, a confié à EURACTIV qu’il n’était pas opposé en principe à l’idée d’une stratégie, mais seulement si l’accent était mis sur la réduction de l’utilisation des engrais et la durabilité des nutriments.
« Ce que nous devons faire, c’est aider les agriculteurs à consommer l’azote de manière plus économe et plus efficace, et nous concentrer sur une stratégie qui ne consiste pas à subventionner les intrants ou à se concentrer sur la production d’engrais de l’UE », a-t-il expliqué.
Une initiative éventuelle visant à stimuler la production nationale d’engrais afin de réduire la dépendance à l’égard des pays tiers — notamment la Russie — a été évoquée en août lors d’une réunion entre le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, et son homologue français, Marc Fesneau.
À l’époque, la France avait souligné la nécessité de mettre en place « une stratégie européenne pour les engrais à l’instar de la stratégie énergétique », en référence au plan européen REPowerEU visant à limiter la dépendance aux combustibles fossiles russes. M. Planas avait quant à lui souligné l’importance de retrouver une autonomie stratégique dans la production d’engrais.
Cette stratégie a déjà reçu un soutien timide de la part du commissaire européen à l’Agriculture, M. Wojcieichowski, qui a expliqué à EURACTIV avant une réunion informelle des ministres de l’Agriculture du bloc à Prague le 16 septembre qu’elle nécessitait un examen sérieux.
Les plans stratégiques nationaux (PSN) sont l’une des principales nouveautés de la réforme de la Politique agricole commune (PAC), qui couvrira la période allant de 2023 à 2027.
Grâce à ces plans, les États membres de l’UE détaillent la manière dont ils vont atteindre les neuf objectifs de la PAC réformée à l’échelle de l’UE tout en répondant aux besoins de leurs agriculteurs et de leurs communautés rurales.
En d’autres termes, la Commission européenne définira l’orientation générale de la future PAC, mais les modalités de son application relèveront des administrations nationales.
Les États membres avaient jusqu’à la fin de 2021 pour soumettre leurs plans nationaux à l’approbation de la Commission, un processus qui est toujours en cours.
Pour plus d’informations sur la réforme de la PAC, consultez les articles d’EURACTIV sur le sujet.
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