La chute du prodige Sam Bankman-Fried jette un froid sur les cryptomonnaies – FRANCE 24

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Considéré comme l’une des personnalités les plus influentes et les plus fiables du secteur, Sam Bankman-Fried, 30 ans, a perdu la quasi-totalité de sa fortune en quelques jours, soit 16 milliards de dollars. Son entreprise, FTX, une célèbre plateforme d’échange de monnaies virtuelles, s’est déclarée en faillite vendredi. Une chute spectaculaire qui pourrait durablement affecter l’univers des cryptomonnaies.
Ce n’est pas le premier revers de fortune à secouer le monde des monnaies virtuelles mais la chute de Sam Bankman-Fried, le PDG démissionnaire de FTX, a tout d’un avertissement sans frais pour le secteur des cryptomonnaies. Deuxième plateforme d’échange au monde, FTX a déposé le bilan vendredi 11 novembre à l’issue d’une semaine cauchemardesque.
Plus jeune milliardaire de la planète, philanthrope engagé en politique, celui que l’on surnommait « le roi des cryptomonnaies » est aujourd’hui à 30 ans un homme ruiné. Sa fortune, estimée à 16 milliards de dollars, s’est évaporée en quelques jours dans le sillage de la débâcle de FTX.
Cheveux en bataille, style adolescent et intelligence hors norme, Sam Bankman-Fried, dit « SBF », a tout du parfait geek de la Silicon Valley. Élevé en Californie par des parents professeurs de droit à Stanford, ce diplômé du prestigieux MIT fait pourtant peu de cas de son parcours universitaire : « Rien de ce que j’ai appris à l’école ne s’est avéré vraiment utile, hormis le développement des compétences sociales. Mais d’un point de vue académique, cela ne sert à rien », expliquait-il dans une interview accordée en 2021.
Après ses études, ce génie des mathématiques fait ses premières armes chez Jane Street Capital, une entreprise de trading, avant de lancer FTX en 2019, une bourse d’échange de monnaies virtuelles valorisée en début d’année à 32 milliards de dollars. Aujourd’hui, l’entreprise ne vaut plus rien ou presque.
Cette déroute éclair est d’autant plus spectaculaire que « SBF » faisait figure de valeur sûre dans le secteur peu régulé des cryptomonnaies. Fin septembre, Sequoia Capital, une importante société américaine de capital risque spécialisée dans le financement d’entreprises innovantes, dressait les louanges du jeune prodige de la finance numérique. À Washington, cet argentier du Parti démocrate, deuxième plus gros donateur personnel de la campagne de l’actuel président américain Joe Biden, plaidait pour un meilleur contrôle du marché des monnaies virtuelles avec pour objectif un rapprochement avec le secteur bancaire traditionnel.
Mais sous le vernis de la respectabilité, « SBF » et son cercle rapproché usaient en réalité de montages financiers hasardeux voire carrément frauduleux. Selon plusieurs médias spécialisés, FTX aurait par exemple transféré secrètement plusieurs milliards de dollars appartenant à ses clients vers les portefeuilles d’Alameda Research, un fonds d’investissement lancé par Sam Bankman-Fried. 
Installé aux Bahamas, un paradis fiscal où se trouve le siège de FTX, ce fanatique du jeu vidéo League of Legends cultivait l’image d’un milliardaire iconoclaste se rendant au travail en Toyota et partageant sa vie avec dix colocataires et associés dans un luxueux appartement-terrasse.
« Toute l’affaire était contrôlée par une bande de gamins aux Bahamas », résume une source anonyme citée par le média spécialisé CoinDesk dans un article qui révèle l’opacité du fonctionnement de FTX et l’étrange mélange des genres entre vie professionnelle et vie intime qui régnait dans l’entreprise.
La faillite de FTX après seulement trois années d’existence s’explique par une perte de confiance massive des investisseurs enclenchée début novembre lorsque des médias révèlent que les fonds détenus par Alameda Research étaient principalement des FTT, le jeton lancé par FTX. En somme, la santé financière de l’entreprise ne reposait pas sur de l’argent sonnant et trébuchant mais sur une monnaie virtuelle sujette à de fortes variations. Résultat : la valeur du FTT s’effondre de 94 % en un mois.
La semaine dernière, le PDG de Binance, le principal concurrent de la société de Sam Bankman-Fried, a planté la dernière banderille dans le corps blessé de FTX. Changpeng Zhao a revendu l’intégralité de ses jetons FTT pour 23 millions de dollars après les avoir achetés 529 millions. L’annonce a provoqué une saignée chez les traders, qui ont retiré 6 milliards de dollars de la plateforme en seulement 72 heures. Binance a ensuite offert mardi de racheter FTX, avant de se rétracter le lendemain.
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Comme si cela ne suffisait pas, la plateforme a été victime d’un piratage ce week-end. « Les portefeuilles de FTX ont été vidés de plus de 663 millions de dollars », selon une analyse publiée samedi par le cabinet Elliptic, et, dans le détail, « 477 millions de dollars auraient été volés, tandis que le reste aurait été transféré dans un stockage sécurisé par FTX elle-même ».
Le timing et l’efficacité de l’opération laissent penser que les hackers ont pu bénéficier de complicités au sein de l’entreprise. Une enquête a été ouverte par la police des Bahamas pour déterminer si des faits de nature criminelle ont eu lieu, en lien avec le régulateur boursier et financier de l’archipel. Selon le New York Times, le groupe fait également l’objet d’une enquête de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, et du ministère de la Justice à New York.
La chute en disgrâce de Sam Bankman-Fried s’est même étendue jusqu’à la NBA, la franchise de basket Miami Heat annonçant que son enceinte sportive, la FTX Arena, allait être renommée.
Pour certains spécialistes, ce scandale pourrait être « le moment Lehman Brothers » de l’univers des cryptomonnaies, en référence à la faillite de la banque éponyme en 2008, dont la chute avait précipité la crise économique mondiale. « Pour le moment, les marchés traditionnels ne semblent pas trop touchés », tempère Christophe Dansette, chroniqueur économie à France 24. « Wall Street a connu une clôture euphorique vendredi au moment même où FTX s’effondrait. En revanche, le fonds d’investissement japonais SoftBank, qui avait investi dans FTX, a vu son action perdre près de 14 %. »
Si pour le moment, un effet domino ne semble pas s’enclencher, plusieurs cryptomonnaies vacillent et la chute du bitcoin, entamée depuis un an, s’est accélérée, la monnaie passant sous la barre des 16 000 dollars lundi, bien loin de son pic observé il y a un an à plus de 67 000 dollars.
Par ailleurs, la crise de confiance qui a fait chuter FTX pourrait s’étendre à d’autres entreprises du secteur. Ainsi, Kris Marszalek, le patron de Crypto.com, l’une des dix principales plateformes d’échange de cryptoactifs du monde par le volume de transactions, a dû s’exprimer lundi pour démentir les informations selon lesquelles sa société se trouve en difficulté. Il a ainsi répondu indirectement aux questions soulevées par la découverte d’un transfert de 400 millions de dollars en ethers de Crypto.com vers une autre plateforme le mois dernier.
Kris Marszalek avait déjà expliqué sur Twitter que ce transfert était accidentel et qu’il avait été annulé, sans parvenir à apaiser les inquiétudes. Selon le Wall Street Journal, la plateforme Crypto.com a elle aussi subi une vague de retraits pendant le week-end.
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Cette affaire repose également la délicate question d’une meilleure régulation du monde des cryptomonnaies. « Nous sommes un secteur neuf, on l’a vu la semaine dernière, la situation est en train de devenir folle dans le secteur », a déclaré Changpeng Zhao, le patron du géant Binance, en amont du sommet du G20 à Bali. « Nous avons vraiment besoin de régulation, il faut que ce soit fait correctement, il faut que ce soit fait de manière stable. »
Dans un message publié sur Twitter, Changpeng Zhao a par ailleurs annoncé que Binance allait créer un fonds destiné à aider des projets « crypto » confrontés à des problèmes de liquidité, dans le but de « limiter les futurs effets en cascade négatifs de FTX » .
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