JO 2024 : fin de l'insouciance, place à la vigilance et à la sobriété ? – Le Figaro

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Armand de Rendinger, expert du monde de l’Olympisme, revient sur la dernière visite parisienne de la Commission de coordination du CIO qui a fait le point avec Paris et son environnement olympique sur l’avancement des travaux en vue des JO de 2024.
Propos recueillis par Wulfran Devauchelle, expert du marketing, de football et des sports américains.
L’Observatoire du sport business : Selon son rapport d’évaluation tout semble aller pour le mieux. Dans le contexte géopolitique actuel une telle manifestation peut-elle encore avoir un sens ?
Armand de Rendinger : Le contexte politique et économique actuel n’est pas, pour moi, une raison pour remettre en cause le principe d’un projet olympique qui pourrait paraître pour certains bien dérisoire et même déplacé par rapport à des priorités plus importantes dans les temps qui courent. Bien que devenus d’une complexité croissante avec son gigantisme et ses obligations de plus en plus difficiles à surmonter, les Jeux Olympiques sont une grande cause mobilisatrice. Ils incarnent encore des qualités fondamentales pour les sportifs, qu’ils soient champions ou pas, et accessoirement pour le moral d’un pays.
Le principe des Jeux en eux-mêmes n’est pas à condamner parce qu’il serait menacé par des forces contraires. Il serait condamnable s’ils engendraient des dérives opposées à l’esprit olympique et surtout s’ils s’organisaient à n’importe quel coût et en faisant fi des promesses faites aux citoyens du pays concerné par son organisation. Aussi, le fait de préparer les JO ne vous soustrait pas à des règles élémentaires de bon sens et de bonne gestion d’une entreprise.
Oui pour des JO, en France ou ailleurs, mais pas à n’importe quel prix, c’est bien cela ? Aussi est-ce dans cet esprit que s’inscrit notre nouvel entretien à moins de 700 jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris.
Concernant la question sur le rapport de visite du CIO, que peut-on retenir ?
Rien de nouveau. Comme il est de coutume (et il sera ainsi jusqu’à la veille de la cérémonie d’ouverture des Jeux), la commission de coordination, à l’instar de ce qui se fait lors de chacune de ses visites effectuées à l’occasion de tous les JO, a considéré, entre séances de travail, visites de sites et promenades sur la Seine, que : « Paris 2024 faisait un excellent travail et que tout sera prêt dans les temps. Félicitations à toutes les équipes. Les Jeux en France seront une grande réussite et que Paris 2024 devait poursuivre ses efforts pour livrer dans les temps une manifestation dont le monde entier se souviendra».
Discours habituel et convenu de confiance et de circonstance. Le CIO n’est pas là pour publiquement sanctionner ou affoler les foules. Il est là pour conseiller et le cas échéant réorienter si nécessaire le dossier. Il l’a toujours fait ainsi et ses critiques, si elles doivent exister, ne se font pas au grand jour. Enfin sa communication publique est toujours « teintée » de sa belle langue olympique et diplomatique qu’il appartiendra à chaque observateur de déchiffrer à sa guise.
Rien à signaler donc et rendez-vous pour confirmer tout cela dans 6 mois, c’est bien ce qui doit rester de cette visite ?
Cette posture olympique est immuable et illustre parfaitement le décalage, qui pourrait exister entre : d’une part des acteurs au cœur du dispositif de la préparation complexe des JO avec leurs contraintes, le ressenti de médias indépendants couvrant la préparation des Jeux et d’autre part, l’objectif du CIO qui est de s’assurer que les JO seront organisés au mieux et surtout « rentables », au plan des recettes et de l’image véhiculée.
Sans doute le COJO, baignant dans l’entente cordiale avec l’Institution faîtière du mouvement olympique, au-delà des multiples selfies et autres formes de communication habituelles, ne sera pas dupe du discours officiel de fin de visite. Il ne le devrait être pas plus du satisfecit qui lui sera accordé et des encouragements prodigués, sachant que le plus dur pour lui reste à faire dans ces 2 prochaines années. Rien de neuf donc.
Justement pour les néophytes et autres amoureux des JO, cette posture du CIO semble parfois paradoxale voire en contradiction avec un certain « ressenti » local et/ou la réalité du terrain. D’autant plus que le 25 juillet, un mois donc avant cette visite, le Président de la République Emmanuel Macron réunissait les 10 ministres principaux, concernés par les JO de Paris 2024, pour faire un point d’étape en présence notamment de Tony Estanguet, président du COJO. À deux ans du début des Jeux, s’agissait-il d’un simple point d’étape et/ou d’une reprise en mains du dossier par l’État ?
Il est évident que, vu les doutes s’accumulant quant au respect des budgets, des échéances et de promesses « envoûtantes » maintes fois répétées, la réunion du 25 juillet, initiée par la nouvelle Ministre des Sports et maintenant des JO, marque un tournant dans la gouvernance du dossier Paris 2024. Comme je vous l’avais dit lors d’un précédent entretien, l’État, qui jusqu’à présent semblait (bien que largement contributif au plan financier) se limiter à un rôle de soutien et être parfois complaisant au regard de la situation que lui présentait la direction du COJO, devait au minimum rappeler chacun à ses devoirs et surtout pour le gouvernement reprendre la main sur le projet au plus tôt. Rappelant, à cette occasion, que le dossier olympique était une cause nationale, les propos du Président de la République confirmaient cette nécessité de changement radical.
Vu l’état de la situation du dossier Paris 2024, rappeler cela n’est pas le fruit d’un excès de pessimisme ou de découragement d’observateurs des JO, mais a pour objectif majeur de prôner le renforcement de la vigilance et de l’anticipation des problèmes dans la gestion d’un projet. Projet ô combien complexe et qui appelle des compétences bien particulières.
Vous parlez donc d’un tournant politique. Mais à cette réunion n’étaient pas présents, des responsables de piliers incontournables du projet, à savoir la Ville de Paris et la Région Ile-de-France, au travers d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse. Cette réunion serait-elle un simple coup de communication politicienne pour faire oublier par exemple le fiasco du Stade de France ?
Certainement pas. Vu les sujets traités, en particulier celui majeur de la sécurité des JO, il est normal que le Président de la République organise une réunion gouvernementale pour faire le point sur les engagements spécifiques de l’État. Il peut le faire sans pour cela convoquer tout le Conseil d’administration du COJO et/ou remettre en cause le rôle essentiel de la Ville de Paris (cf. les règles olympiques d’organisation des JO) et de la Région Ile-de-France dans le cas spécifique des JO de Paris.
Sans doute y a-t-il eu une erreur de communication quant à l’objectif et la raison d’être de cette réunion lors de son annonce et ce d’autant plus qu’est recherchée la solidarité entre les partis politiques pour faire avancer le dossier olympique. Toutefois on ne peut pas accuser les initiateurs de cette réunion, en premier lieu la Ministre des Sports, après avoir rencontré toutes les parties prenantes sans exception et essayer de les « embarquer à bord » du paquebot Paris 2024, de ne faire que de la politique politicienne et de la communication sur un dossier d’une telle importance, aussi sensible et sur lequel la France met en jeu sa crédibilité et son image.
Une polémique de cette nature n’est pas la première et ne sera peut-être pas la dernière ?
Exactement d’autant plus que Paris 2024 attire les convoitises. Au gouvernement et en conséquence au COJO d’y veiller, car sans union politique c’est l’échec assuré quant au succès espéré et à la mobilisation indispensable de la population derrière Paris 2024. Cette union est d’autant plus nécessaire et que suite à cette réunion, l’État a pris le leadership du projet et si certains responsables actuels continuent à se persuader du contraire, les citoyens français le verront ainsi. L’État, donc le gouvernement et non les Estanguet et compagnie, sera donc considéré comme responsable des JO 2024. Ceci est d’autant plus vrai que la Ministre des Sports et des JO affiche en permanence que ces derniers sont un élément déterminant et catalyseur de la nouvelle politique sportive que le Président de la République veut mettre en œuvre pour le pays. Le dossier Paris 2024, cause nationale et élément majeur de cette politique, est donc l’affaire de l’État, dans l’espoir qu’il ne devienne pas une affaire d’État.
Cette obligation crée donc une situation nouvelle où l’État, à tort ou à raison, doit être en mesure d’apprécier et de « recalibrer » les moyens nécessaires dorénavant pour assurer le succès des JO. Cette situation est aussi inédite, car des JO amalgamés à la politique nationale peuvent entraîner le refus de soutenir les JO par opposition « idéologique » au Président Macron. Étant donné l’ambiance politique nationale du moment, guère « touchée » par la grâce olympique faite de paix et d’union, une telle éventualité n’est pas à exclure. Cette appréciation et ce calibrage passent obligatoirement par une analyse objective de la situation et une action rationnelle quant aux mesures à prendre, quitte à remettre en cause ce qui, à 2 ans de la cérémonie d’ouverture, devient inutilement coûteux en argent et en temps pour la réussite de cette manifestation.
Le temps venu n’est plus à promettre le sublime et l’idéal, mais à s’assurer à court terme du possible, sans que la passion pour les JO de Paris soit obérée par un rationnel purement technocratique. L’ambition raisonnée et non le rêve, le bon sens et non la naïveté, la transparence et non le mensonge, l’efficacité et non la complaisance … en résumé la compétence et non l’amateurisme, sont des vertus à privilégier et doivent rester d’actualité. Aux responsables de s’en convaincre et de ne point dorénavant y déroger.
Mais cet amalgame possible et sans doute nuisible pour les JO se pose déjà au niveau de la Ville de Paris, du fait de la politique menée par sa Maire Anne Hidalgo ?
Effectivement, mais il y a une différence notoire. La Maire de Paris, une fois qu’elle s’est avérée convaincue en 2015 de l’utilité des JO, s’est impliquée dans le dossier de candidature pour obtenir ceux de 2024 et a toujours dit haut et fort, en dépit des fortes oppositions à sa méthode de « transformation » de Paris, que les JO étaient pour elle un élément clé afin d’accélérer la mutation écologique de sa ville. Sur le plan de sa responsabilité olympique, elle en a la légitimité.
C’était un pari osé, mais on ne peut pas lui reprocher la volonté qu’elle a toujours affichée, contre vents et marées, pour atteindre ses objectifs. En attendant, conformément à ses engagements, elle « trace sa route » et continue à gérer une opposition grandissante lui reprochant de « saccager » Paris, JO responsables ou non, de cet état de fait. Nonobstant cela, sa détermination constante a toujours eu raison des oppositions lors des élections parisiennes. Paradoxe bien français, quand on analyse les raisons de son sérieux échec aux dernières élections présidentielles.
Paris restera-t-elle, avec ses JO à la française, cette autre originalité que regarde avec curiosité le monde olympique ? Les électeurs auront-ils tout le loisir d’attendre les prochaines élections municipales pour se prononcer quant à l’héritage laissé par la Maire de Paris à l’issue de son présent mandat ? Seul l’avenir nous le dira.
Pour le gouvernement prenant le leadership des JO, c’est par contre un challenge nouveau pour éviter que les JO soient prisonniers dorénavant de sa politique. À peine la réunion du 25 juillet achevée que déjà des voix s’élevaient pour condamner ce risque et cet amalgame. Rien de nouveau en la matière, tous les pays qui ont organisé des JO ont connu le même problème et ont su le surmonter, certes plus ou moins bien (cf. notamment les récents JO de Tokyo 2020, Rio 2016, Londres 2012, Turin 2006, Athènes 2004).
Vous parlez d’originalité concernant le dossier Paris 2024, précisément en quoi celle-ci serait problématique et à moins de deux ans de la cérémonie d’ouverture qu’elles seraient les problèmes majeurs à régler ?
Dans un premier temps, à moins de catastrophes extérieures possibles dont le COJO ne serait pas responsable (crises politiques, sociales, sanitaires, météorologiques, grèves à répétition, désordre du type « gilets jaunes », terrorisme, guerre, boycott international, par exemple), il est utile de rappeler que les Jeux seront organisés et devraient se dérouler normalement sur le territoire français en 2024. Bien qu’aucune autre manifestation sportive que les JO n’a leur degré de complexité, la France a démontré le plus souvent (en dépit du fiasco lors de la dernière finale de la Ligue des Champions de football) qu’elle avait un savoir-faire en matière d’organisation de compétitions internationales.
Cependant avec les JO, nous sommes dans une autre dimension. Personne ne peut se targuer d’avoir une expertise et une compétence exhaustives pour réussir seule leur organisation et ce d’autant plus que chaque JO d’été est original en lui-même. Alors pourquoi la France, toute novice qu’elle soit, ne réussirait-elle pas là où les autres pays, aussi inexpérimentés qu’ils aient été, ont su les organiser avec succès ?
Cependant, au regard des 5 années qui se sont écoulées depuis l’attribution des JO à Paris, force est de constater que malgré le bon avancement de certains travaux au sein de la préparation des JO, des problèmes importants et prévisibles subsistent. Ils ont été, soit ignorés, soit éludés. Ils sont sur la table aujourd’hui et devront faire l’objet de mesures drastiques et immédiates. Cela évitera que les 2 prochaines années soient un calvaire financier et opérationnel pour respecter la contrainte de livrer les Jeux à temps, tout en assumant les promesses de responsabilité et de qualité promises en son temps à la population française.
Dans cette perspective, peut-on imaginer des JO parisiens moins spectaculaires, plus sobres et responsables par rapport aux promesses ?
Pourquoi pas, encore faut-il préciser la nature et l’ampleur de cette dégradation ! Des JO, dégradés ou non, seront certes préparés et prêts en France en 2024, mais à quel coût et à quelles conditions ?
Autant de questions qui appellent une réponse immédiate pour éviter la fuite en avant d’un COJO s’abritant derrière ses mantras habituels de communication, tels que : « les Jeux payent les Jeux », « la nécessité d’un quoi qu’il en coûte olympique » et « avec les Jeux à Paris et la cérémonie d’ouverture sur la Seine nous en mettrons plein les yeux au monde entier ». Les slogans, de type « Made for Sharing » ou « Ouvrons grand les Jeux », tout intéressants ou surprenants qu’ils sont, ne peuvent servir de placebo pour masquer la difficulté de la réalité et du travail préparatoire à effectuer. Idem pour cacher les réticences, pour ne pas dire les oppositions, qui s’expriment à propos des valeurs des JO et de la trop grande l’importance économique qui leur est accordée par rapport à d’autres priorités sociales.
Ce travail devra s’accomplir, non plus au travers d’une communication coûteuse n’ayant pour but que de justifier les JO, mais par une focalisation sur les tâches à mener pour que les Jeux soient bien organisés et jugés comme responsables au plan financier et social. Cela passe au préalable par un devoir de transparence sur l’état des lieux à ce jour, sachant qu’en l’espèce et pour l’exemple, dès 2018 à propos en particulier des rémunérations importantes que s’était alloué le COJO, et dès 2019 le CIO, des économistes et politiques avisés, avaient demandé déjà au COJO de lancer un plan drastique d’économies pour parer toute dérive importante des coûts à venir.
3 ans plus tard quelle a été la portée des mesures prises ? Y a-t-il eu un changement de cap et/ou une réduction significative de la voilure des dépenses ?
Si peu, au-delà de la simple prise de conscience et des déclarations d’intention. Sur ce thème se répétant à chaque préparation de JO, en règle générale c’est dans les 3 premières années suivant l’attribution des Jeux que s’imposent des changements de direction. Ce ne fut pas le cas pour Paris 2024 en dépit de multiples alertes s’exprimant à propos de la préparation de nos JO et notamment de la pléthore des recrutements effectués et émargeant au budget du COJO. À l’évidence, certains ne s’imposaient pas.
Sur la nature de ce type de problème obérant lourdement les charges de fonctionnement du COJO, les expériences vécues lors d’olympiades passées peuvent servir d’exemple. Récemment encore, le gouvernement italien, le 11 août 2022, n’a pas attendu pour reprendre la gouvernance de son COJO, en charge de préparer les Jeux d’hiver de 2026 à Milan et Cortina d’Ampezzo qui lui furent attribués en 2019. En la circonstance, comme il est de coutume, une décision a donc été prise 4 ans avant la cérémonie d’ouverture, là où en France on n’a cessé de tergiverser depuis 3 ans.
Mise en scène d’une communication personnalisée à coups de selfies et encore récemment avec la mise en valeur de la délégation du COJO lors d’un déplacement à Tahiti, risques de conflits d’intérêts, messages, certes pertinents, destinés à mobiliser le grand public sur le déroulement quotidien des disciplines sportives durant les Jeux, mais décalés par rapport aux préoccupations actuelles de ce dernier (plus préoccupé par les questions de pouvoir d’achat ou de sécheresse et canicule), inversion des priorités calendaires en cette phase de préparation des JO, banalisation des différents rapports dénonçant les risques de dérive et manque d’anticipation dans la prise de décisions qui s’imposaient, etc., entretiennent le doute et qui plus est en cette période.
En fait, nous assistons à ce phénomène classique qu’il faut anticiper et surtout juguler : plus on communique (dans le seul but de mobiliser les foules) et plus on soulève les oppositions. Le record en la matière aura été le récent tweet affligeant, ridicule et blasphématoire de Tony Estanguet détournant l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle pour en faire un appel à tous les Français de devoir soutenir les Jeux Paralympiques !
Cependant ces risques sont-ils si importants pour s’en alarmer ?
Pour certains non, quand d’autres s’en offusquent devant tant de refus à l’égard d’interrogations qui pourraient ébranler les certitudes de la direction du COJO. Pour couper court à ces interrogations, le 27 juillet, suite à la réunion gouvernementale, le Ministère des Sports et des JO notamment communiquait sur les réseaux que tout était sous contrôle, que les équipes étaient unies et que les échéances et promesses seront tenues. La confiance en haut lieu semble donc revenue et de mise.
L’avenir nous dira rapidement si celle-ci est justifiée et/ou annonciatrice ou pas de mesures importantes. À ce stade, il serait funeste d’entrer dans une mortifère polémique de savoir qui a tort ou raison. Seule attitude à avoir : faire preuve de vigilance et d’anticipation et ne pas sous-estimer toute économie qui pourrait être réalisée à court terme. C’est une question de professionnalisme et de respect des promesses effectuées que seuls en fait les citoyens seront à même juger à terme s’ils en ont eu pour leur argent. En effet, c’est à la fin des Jeux que seront dressés les comptes. Vu des Français, le passé sera oublié, seuls compteront : la qualité de la parenthèse et de la fête de juillet-août 2024, l’image du pays, le nombre de médailles françaises, les retombées sociétales pour la France et le coût à la charge de chaque citoyen. Le reste et les difficultés pour organiser les Jeux, si elles sont surmontées, seront vite oubliés, le COJO avec !
Selon vous et en dépit des bons points habituels distribués par le CIO et par la Ministre des Sports qui se déploie beaucoup sur tous les terrains relevant de son Ministère, la réunion du 25 juillet devrait donc conduire à repenser le fond et la forme de la communication pratiquée par le COJO et destinée au grand public, tout en s’assurant que les travaux de préparation se déroulent correctement pour respecter les engagements pris par ce dernier ?
Oui et d’une manière immédiate et déterminée. En premier lieu concernant la communication et le rapport du COJO avec le grand public, la « méthode Coué » et la multiplication de sondages positifs ou négatifs concernant le bien-fondé des Jeux ne sont plus de mises. La communication doit se focaliser essentiellement sur l’objectif de mobiliser les Français et non de vendre des promesses au travers d’un éventuel savoir-faire de la direction du COJO. À ce sujet, des critiques, fondées ou non, se font jour sur « l’incompétence » supposée notamment de Tony Estanguet et de sa direction de projet. L’heure du bilan se fera à l’issue des JO fin 2024 et nous ne sommes aujourd’hui qu’à un point d’étape crucial pour anticiper les problèmes à venir et les résoudre. Aussi pour éviter toute polémique sur ce sujet une mise au point s’impose. Ce n’est pas la compétence d’un tel qui est en jeu, mais sans doute son inexpérience professionnelle pour se permettre de diriger une manifestation unique et d’une telle ampleur. Déjà le fait d’appréhender et de maîtriser l’organisation de l’équivalent de 33 championnats du monde en même temps est complexe, mais encore il faut avoir l’expérience de diriger une entreprise faisant appel d’une manière progressive à des compétences multiples qu’il faut savoir identifier sur le marché et manager durant une période déterminée. Des recrutements sérieux ont été faits et font leur travail, quand d’autres inutiles mettent en lumière une gestion des ressources humaines contestable, ayant conduit en particulier à un turnover conséquent et des démissions et/ou licenciements regrettables à des postes clés.
En fait, le COJO est victime de son seul fait et ce en corrélation avec d’autres causes dont il ne serait pas responsable : le trio Estanguet-Thobois-Aloïsio, sous la gouverne notamment d’Anne Hidalgo et de Bernard Lapasset, ayant mené avec succès la candidature, s’est en quelque sorte autoproclamé devoir présider et diriger l’organisation des Jeux de Paris. Ce trio avait-il le potentiel pour assumer cette fonction aussi difficile que prestigieuse ? En avait-il perçu l’ampleur et les moyens nécessaires à recruter ? La question reste ouverte. Cette posture a conduit en particulier ce trio à procéder à des « pseudos appels d’offres » pour recruter certains directeurs et un nouveau directeur général. Cette posture a conduit à éliminer des candidats jugés, un comble, trop compétents ou surdimensionnés pour certains postes envisagés. L’exemple le plus patent est celui d’Amélie Oudéa-Castéra dont la candidature fut exclue, car présentant une compétence et une vision des Jeux remarquables. Ironie cruelle de l’histoire est que 3 ans plus tard, celle-ci revient par la grande porte en tant que Ministre des Sports et en charge des JO !
Rarement, pour ne pas dire jamais, un responsable d’une candidature aux JO n’a assuré la présidence de son organisation qui a suivi.
Pourtant, ne pourrait-on pas comparer les profils de Tony Estanguet à Jean-Claude Killy (JO d’Albertville 1992) et Sebastian Coe (JO de Londres 2012) ?
Tous les 3 sont champions olympiques, ont présidé une candidature aux JO, puis pour les 2 derniers en ont présidés la préparation et l’organisation avec le succès que l’on connaît. Cependant, il existe une différence fondamentale entre ces deux derniers et Estanguet. Killy et Coe ne se sont pas imposés (bien au contraire). Ils ont été appelés pour assurer la présidence, parce qu’en premier lieu, au-delà de leurs qualités propres, ils avaient eu une expérience professionnelle majeure de direction générale d’entreprise durant plus de 15 ans, entre le moment où ils ont quitté la scène des compétitions et celui de « replonger » dans le monde des JO. 15 ans d’expérience permettent de s’autoriser à accepter de présider une manifestation aussi complexe que les JO et ce d’autant plus, qu’ils ont su s’entourer de compétences complémentaires et structurées dans un mode de gouvernance optimal, dont le seul objectif était d’organiser les JO et non obligatoirement de faire de la politique et/ou carrière par la suite. Ils étaient là pour organiser les Jeux et non pour se substituer aux politiques pour incarner la politique sportive et territoriale du pays.
Aussi reprocher à Tony Estanguet et à sa direction leur incompétence est un procès inutile, mais l’inexpérience professionnelle, aussi ambitieux que l’on soit, est rédhibitoire et doit être comblée, à défaut d’être remplacée, par des compétences réelles où les services de l’État et de vrais patrons d’entreprise doivent exercer leurs responsabilités. Ces compétences en activité existent. Elles n’attendent qu’à être sollicitées pour relever ce challenge dans le cadre d’une mission courte et qui se doit être temporaire.
Au-delà de la communication et de la gouvernance qui vont de pair, qu’en est-il des questions opérationnelles qui se présentent sous forme de défis pour le gouvernement et un COJO restructuré ?
Rappelons juste 3 éléments « plantant le décor » de la situation à ce jour :
D’abord, le budget des JO en 2017 était de 6 milliards d’euros environ pour être estimé aujourd’hui à 8.4 milliards. Dérive habituelle pour des JO d’été et nous nous trouvons sur une trajectoire qui devrait nous conduire autour des 10 milliards à terme. Ce montant, annoncé depuis longtemps par ceux qui suivent en toute indépendance le dossier Paris 2024, correspond pour l’essentiel à une réintégration de postes de dépenses non et/ou insuffisamment budgétés à l’origine (coûts des fonctionnaires affectés aux JO, complexité des transports, modèles économiques de reconversion des villages olympiques, services olympiques spécifiques, coût croissant de prestations extérieures, provisions pour aléas, etc.) et pour certains volontairement sous-évalués (sécurité en particulier).
Ensuite, cette dérive, relativement limitée par rapport à d’autres Jeux précédemment organisés, ne serait pas un problème en soi, si les recettes privées attendues (plus en espèces qu’en produits) étaient au rendez-vous et surtout en augmentation pour combler le déficit actuel et à venir. Or il n’en est rien et ceci est d’autant plus navrant que le COJO a toujours expliqué qu’il n’y aurait pas de surcoûts, parce que 95% des infrastructures nécessaires aux JO (postes où en règle générale l’on doit supporter les plus grandes dérives budgétaires) étaient déjà disponibles. À ce sujet le groupement public Solideo en charge de la livraison de ces ouvrages olympiques (recensés au nombre de 64 !), en dépit de quelques surprises, a fait et fait son travail. Maîtrisant au mieux au stade actuel les échéances exigées et les budgets alloués, ce groupement se trouve confronté aux problèmes de l’inflation en forte hausse, dont le montant à venir n’avait pu être budgété.
Enfin, Paris 2024 serait donc déficitaire plus pour des raisons de fonctionnement inapproprié que d’investissement inconsidéré. Dans ce cadre, à défaut de recettes privées complémentaires, ce déficit serait une charge supplémentaire pour le contribuable. La question à terme sera donc de savoir si ce déficit sera acceptable et supportable, considéré comme un investissement prioritaire pour le sport et l’image de la France au détriment d’autres priorités politiques et sociales ou tout simplement une dépense inéluctable et nouvelle liée pour l’essentiel à une mauvaise gestion du dossier Paris 2024.
Il sera toujours temps à l’issue des JO de savoir si toutes les promesses relatives à l’effet JO auront été tenues. En l’espèce des économistes parlaient en 2017 de 11 milliards d’euros de retombées pour les 15 prochaines années en création d’emplois, de tourisme … Prévision qu’il sera toujours utile d’analyser et de suivre. Il sera tout aussi important de voir comment, au travers de ses JO, la France est passée d’un pays de sportifs à une nation sportive, a favorisé l’intégration des personnes en situation de handicap (image, couverture médiatique de leurs compétitions, accès aux infrastructures et au transport en commun), a permis un développement pérenne du sport à l’école et a encouragé la refonte et/ou rénovation du mille-feuille administratif de sa gouvernance sportive (Ministère des sports, Agence nationale du sport, CNOSF, Fédérations nationales sportives, Structures territoriales, etc.).
Le projet JO devenu cause nationale ou pas, la question effectivement aujourd’hui est avant tout de s’assurer que Paris et la France seront au rendez-vous des JO le 24 juillet 2024. Déjà lors d’une séance parlementaire de nuit en novembre 2021, le gouvernement a fait passer sa garantie de couverture des dépenses des JO de 1.2 à 3 milliards d’euros, dépenses déjà fléchées. Cette mesure s’inscrit dans l’esprit de la loi d’exception olympique qui s’impose lors de l’organisation d’une manifestation de cette nature où le respect des échéances est une règle incontournable, sous peine de pénalités. Elle illustre la volonté du gouvernement que tout soit prêt pour l’été 2024, quitte à encourager des partenariats avec des médias publics et privés pour véhiculer la bonne parole et faire taire les manifestations hostiles.
Dans ce contexte, au-delà du problème de la gouvernance opérationnelle du COJO, de la problématique se chiffrant en plusieurs dizaines de millions d’euros de rémunérations actuelles et à venir dans le prolongement des JO, des actions nécessaires de mobilisation de la population française derrière les JO au travers notamment des actions développées au sein du programme « Terre de Jeux 2024 », au stade actuel d’avancement des travaux, de nombreux dossiers sont traités avec efficience, quand des postes majeurs de dépenses doivent faire l’objet d’une maîtrise économique, opérationnelle et politique particulière. À savoir : la sécurité globale des Jeux, le transport et la circulation au sein de la capitale, la qualité du village des athlètes, l’étendue du village des médias, la dispersion et la répartition des sites sportifs, ainsi que leur acceptation officielle par les fédérations internationales sportives concernées, les services offerts aux VIP olympiques et la question récurrente concernant le coût du choix de la localisation du surf à Tahiti et bien sûr la faisabilité du projet somptueux et somptuaire de la cérémonie d’ouverture des Jeux sur la Seine. Quant à ce dernier projet, au fur et à mesure que les semaines passent, il se transforme en un casse-tête se heurtant en particulier à la réalité des problèmes de coût et de sécurité.
Pour tous ces postes, la balance coût-utilité-faisabilité-sobriété dans les temps impartis doit être traitée avant toute prise de décision.
À vous entendre, tout est possible quant à l’organisation des JO, mais selon vous quels seront les critères qui prédomineront pour juger de leur succès ?
La préparation de JO fait toujours l’objet de critiques, de doutes et de remises en cause de certaines promesses. Leur succès quant à lui est toujours évalué, comme une chance ou une malédiction*, selon des critères propres aux différents acteurs concernés par les Jeux.
Pour les athlètes, c’est leur confort afin d’accomplir les meilleures performances possibles. Pour leurs accompagnateurs, ce sont la logistique et les facilités mises à leur disposition. Pour le CIO, c’est le prestige de l’image de JO qui lui est renvoyé et les bénéfices engrangés. Pour la France, ce sont évidemment les retombées économiques et sociétales et sa capacité à démontrer au monde entier qu’au travers des JO elle a su inscrire dès aujourd’hui la révolution digitale et les nouvelles technologies dans la transformation de la gouvernance et le développement futur du sport. Pour le gouvernement, c’est le respect des promesses économiques et sociales annoncées. Pour les territoires hors Paris, les sponsors et les médias, c’est la notoriété et le retour sur leurs investissements. Pour la population française, ce sont la couverture médiatique, la qualité de la fête, l’accès à la billetterie et au final, le nombre de médailles obtenues par les athlètes français. Enfin pour les optimistes et les « amoureux » des vertus olympiques et des JO, c’est l’organisation d’une manifestation planétaire responsable, éthique dans tous les sens du terme, contributive au rayonnement du sport et à la hauteur du prestige de la France et de sa capitale Paris.
Quant à l’ardoise financière finale, donc de l’impôt pour le contribuable, elle sera jugée plus tard par les citoyens, au même titre que le nombre de médailles, sachant qu’en la matière, la France, bien qu’ayant peu investi, a mis la barre très haut !
Pour conclure avez-vous confiance quant aux mesures qui devront être prises par l’État et les responsables d’un COJO revisité pour aboutir à une manifestation digne de la France ?
Nonobstant un environnement politique et social peu propice, oui. Quand on voit l’action menée depuis 5 mois et quelques décisions prises par le gouvernement en matière de sport et de diagnostic de la situation réelle du dossier Paris 2024, tout en restant réaliste quand en l’espèce le sans-faute politique est impossible, on peut être relativement optimiste. Par contre est-ce que tous les objectifs, au travers des JO de Paris, seront atteints ? Rien n’est moins sûr et ce d’autant plus que les investissements que certains de ces objectifs réclament depuis longtemps n’ont pas été effectués en leur temps pour être atteints dès 2024.
Pour la manifestation des Jeux elle-même, encore faut-il que l’État se donne les moyens pour renégocier avec le CIO certaines obligations olympiques devenues insupportables et stipulées dans le contrat liant la Ville de Paris, l’État et le CIO. Cette renégociation était impossible (question de conflit d’intérêts) au préalable, quand Tony Estanguet se trouvait à la fois Président du COJO et membre du CIO. Encore faut-il aussi que l’État soit disposé à passer en temps réel du stade de stratège à celui d’opérationnel et que le gouvernement ne travestisse pas la réalité. En effet ce dernier le fait souvent par négligence et/ou crainte de démobiliser la population et d’ajouter inutilement du stress au stress déjà ambiant. Ensuite il est indispensable que celui-ci agisse vite d’ici la fin de l’année, comme le proposent déjà les différents rapports d’audit internes et externes, car le temps presse. La proximité de l’arrivée d’échéances incontournables ne fera que croître la pression sur les responsables des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris.
Enfin, il serait tout aussi inopportun de perpétuer cette « pensée » qui s’insinue depuis un certain temps chez des politiques notamment, confirmant que les responsables des JO de Los Angeles de 2028 seraient chanceux et ont été plus avisés politiquement et économiquement d’avoir laissé ceux de 2024 à Paris.
*cf. le livre : Le pari olympique de 2024, Chance ou malédiction ? 24 défis à relever (Éditions Vigot)
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JO 2024 : fin de l’insouciance, place à la vigilance et à la sobriété ?
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