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Édition du 11 Mai 2022

Édition du 11 Mai 2022
En 2021, 84% des achats de biens de la société d’État ont été réalisés au ­Québec. Cette proportion s’élevait à 97 % pour les services. (Photo: Hydro-Québec)
Hydro-Québec est en train de changer en profondeur sa stratégie d’approvisionnement, car la société d’État veut qu’une part beaucoup plus importante de ses achats de biens (fournitures, composants, équipements, etc.) soient fabriqués ou assemblés dans la province.
Ce projet survient alors que Québec favorise davantage les achats locaux depuis le début de la pandémie, et que la crise des chaînes d’approvisionnement mondiale a démontré aux organisations l’importance d’avoir des fournisseurs locaux, surtout pour les achats stratégiques.
En 2021, le coût des approvisionnements d’Hydro-Québec a totalisé 3,7 milliards de dollars canadiens. Selon les données de la société d’État, 84 % des achats de biens ont été réalisés au Québec — cette proportion s’élevait à 97 % pour les services.
Or, cette proportion de 84 % ne signifie pas que 84 % de ces biens ont été fabriqués ou assemblés au Québec, mais plutôt qu’Hydro-Québec les a achetés auprès d’une entreprise ayant une adresse dans la province.
Aussi, plusieurs fournisseurs qui ont un ou des points de vente au Québec peuvent par exemple lui vendre des équipements qu’ils ont eux-mêmes importés de l’Europe, des États-Unis ou de la Chine.
 
En entrevue à « Les Affaires », Mario Albert, directeur principal des approvisionnements stratégiques à Hydro-Québec, a estimé à environ 30 % la proportion de ces biens (dans les 84 % achetés dans la province) qui sont fabriqués ou assemblés au Québec.
C’est donc cette proportion de 30 % que la société d’État veut accroître dans les prochaines années (et non pas la valeur totale de 3,7 G$) afin de maximiser ses retombées économiques locales — comme c’est du reste sa stratégie depuis des décennies.
« On a donné un mandat à une firme de consultation pour évaluer le plein potentiel au Québec afin de savoir jusqu’où on peut aller. Le plein potentiel est-il de 40 %, 50 % ou 60 %, par exemple ? » explique Mario Albert.
Hydro-Québec connaîtra cette information à la fin de 2022, quand la firme lui aura remis son rapport. Par la suite, la société d’État se donne jusqu’en 2026 pour atteindre le plein potentiel de produits fabriqués ou assemblés ici.
Mario Albert souligne que cette nouvelle stratégie d’approvisionnement d’Hydro-Québec s’appuie en grande partie sur le concept de la substitution des importations — un thème abordé souvent par Les Affaires au fil des ans (relire «Bye Bye l’Asie, bon retour au Québec!»).
La substitution des importations ne s’appuie pas sur une logique de protectionnisme ou de nationalisme économique, mais plutôt sur une logique où il est rentable et économiquement viable de fabriquer des produits sur une base locale plutôt que de les importer.
Mario Albert tient à le préciser: pas question ici pour Hydro-Québec de perdre de l’argent ou de faire des compromis sur la fiabilité d’un équipement afin de créer davantage de retombées économiques au Québec.
Aussi, les entreprises qui salivent déjà à l’idée de décrocher un contrat tout simplement parce qu’elles peuvent produire ou assembler des biens au Québec risquent de déchanter, car elles devront aussi être compétitives et offrir des produits de qualité.
 
Dans sa nouvelle politique d’achat, Hydro-Québec calculera d’ailleurs « le point d’équilibre financier acceptable » pour chaque catégorie d’achat, et ce, en fonction des retombées économiques globales québécoises.
« Si on trouve un produit de substitution au Québec et que cela entraîne des coûts additionnels, on va le payer si les retombées économiques sont au moins équivalentes », insiste Mario Albert.
Dans certains cas, la société d’État pourrait même accepter de perdre de l’argent, si un approvisionnement local est vraiment « stratégique » pour ses activités, précise Mario Albert.
Par ailleurs, Hydro-Québec devra aussi tenir compte des ententes commerciales auxquelles le Québec et le Canada sont assujettis, comme l’Accord de libre-échange canadien (entre les provinces canadiennes) ou l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne.
Ces ententes font en sorte que le producteur d’énergie doit respecter les règles concernant les marchés publics — les achats des gouvernements et de leurs sociétés d’État — et les ouvrir à la concurrence extérieure dans certaines situations (incluant la valeur des contrats).
Mario Albert se veut rassurant à ce sujet. Il affirme que la nouvelle stratégie d’approvisionnement d’Hydro-Québec peut se déployer dans ce cadre réglementaire — qui exclut les achats dits stratégiques — sans effet majeur.
« Sur nos achats annuels de 3,7 milliards de dollars, environ 600 millions sont assujettis aux accords commerciaux. Il va falloir en tenir compte pour atteindre le plein potentiel », dit-il.
 
 


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