Hervé Mariton: «La gestion de l'eau en période de sécheresse … – Le Figaro

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors qu’une importante sécheresse frappe l’Hexagone, le maire de Crest (Drôme), ancien ministre, juge la gestion de l’eau trop étatique et uniforme face à la variété des situations locales, et influencée par des dérives idéologiques.
Hervé Mariton est ancien ministre de l’Outre-mer et maire LR de Crest.
L’été est très sec. L’eau manque pour satisfaire tous les besoins. La sobriété dans l’usage est indispensable ; réflexion et action sont convoquées pour préparer l’avenir. Quel avenir ? Les propositions, les décisions de ces derniers jours illustrent des lignes de débat qui structurent souvent les sujets d’écologie. Et quelques vieux démons du «mal français» jaillissent, aussi important et exigeant soit l’enjeu.
Le nivellement par le bas: si quelqu’un doit être contraint, il faut que d’autres le soient aussi. Les rivières sont basses et cela conduit à des interdictions d’irrigation, pénalisantes pour les agriculteurs. Au même endroit, les nappes phréatiques peuvent être supérieures aux années antérieures (à Crest, supérieures aux niveaux de 2020, 2019 et 2018), mais l’usage urbain sera aussi contraint. Le maire de Colmar se plaint d’interdictions d’arroser qu’il estime injustifiées compte tenu de l’abondance de sa nappe. Au moment du confinement, on avait déjà observé que la nécessité de ne pas trop se déplacer en ville (1 km) devait aller, sans grande justification sanitaire, avec celle de ne pas non plus pénétrer montagnes et forêts voisines. Le malheur des uns exige le malheur des autres. Au demeurant beaucoup de nappes phréatiques sont, cet été, anormalement basses. Mais pas toutes. Est-il juste d’appliquer la même règle ?
Peut-être l’interdiction pouvait-elle permettre de déclencher indemnités et assurances. À l’époque du Covid, déjà, une activité totalement arrêtée par l’administration devenait plus rentable qu’une activité partielle.
L’état des rivières peut empêcher des activités ou justifier des contraintes. Attention d’abord à ne pas confondre. Les loueurs de canoë, dans la Drôme, envisageaient de limiter ou d’arrêter leur activité. Il fut question de l’interdire… Curieuse idée de vouloir interdire ce qu’on ne peut pas faire ! Et comme on interdirait le canoë sur la Drôme, il fallait interdire le canyoning sur les torrents de montagne, eux convenablement chargés en eau. Si Pierre est embêté, il est juste que Paul le soit…
Peut-être l’interdiction pouvait-elle permettre de déclencher indemnités et assurances. À l’époque du Covid, déjà, une activité totalement arrêtée par l’administration devenait plus rentable qu’une activité partielle. Quand la France s’engage sur un chemin sans issue !
L’État s’affirme, dans la situation présente, à la fois ambitieux et pointilleux. L’ambition de répondre à des difficultés immédiates et à un défi d’avenir est bienvenue. Mais l’État est-il le mieux placé pour gérer la question de l’eau? En gros, si sa gestion incombe aux collectivités locales, la police de l’eau , elle, revient à l’État. Ce n’est ni cohérent, ni responsabilisant. Ces jours-ci, l’État assume une parole de crise (il renforce ainsi sa légitimité), mais n’est-ce pas plutôt aux élus d’assumer les arbitrages d’usage, le réglage fin des décisions locales, et pas simplement en exprimant leur avis sur demande du représentant de l’État, mais bien en décidant ?
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L’État pourrait être attendu sur une stratégie nationale ; il interdit la mise à niveau des piscines. Le litrage en cause est ridicule, la mesure décrite par les techniciens comme périlleuse pour la structure même des bassins. Le contrôle impossible, sauf appel à la dénonciation par les voisins…
D’où vient cette décision largement répandue dans les départements ? On lit qu’il s’agirait d’une mesure de pédagogie. Alors il ne s’agirait plus d’une contrainte. Et la pédagogie de la sobriété d’usage – assurément justifiée – gagnerait beaucoup à s’exprimer, auprès de citoyens majeurs, par des messages plus pertinents.
L’État fait au mieux, lesté de nos mauvais réflexes. Il est aussi contesté par ceux qui voient dans chaque actualité environnementale l’occasion de proposer une révolution écologiste. C’est un autre de nos traits de caractère, la tentation de la dérive idéologique.
Le sujet de la gestion de l’eau est suffisamment important pour entrer dans des explications structurées, nuancées, adaptées à la force de l’enjeu et à la différenciation des ressources, des usages, dans des situations locales variées. L’État fait au mieux, lesté de nos mauvais réflexes. Il est aussi contesté par ceux qui voient dans chaque actualité environnementale l’occasion de proposer une révolution écologiste. C’est un autre de nos traits de caractère, la tentation de la dérive idéologique. «Il faut changer le modèle» est le leitmotiv. Il faudrait revenir à une agriculture vivrière de proximité. Qui nourrira les villes ? Dans ma région, il n’est pas rare que des agriculteurs alternatifs, urbains en reconversion, aient acquis des terres délaissées, pas chères, mal fournies en eau. Leurs difficultés doivent-elles entraîner des collègues plus avisés ?
Cette remarque ne dispense pas de constater la gravité de la situation et de chercher des solutions, avec le secours de la raison et de la science. Mais la France s’interdit d’examiner l’intérêt des OGM en besoins en eau réduits. Certains veulent attribuer une personnalité morale aux rivières qui pourraient se défendre, ester en justice. Cet animisme naturaliste n’est pas de nature à renforcer la responsabilité de décideurs faits de chair et d’os.
Il doit y avoir une voie, pour l’eau, comme pour l’ensemble des défis écologiques, afin d’agir dans le plus grand respect de la responsabilité des acteurs. Les quelques défauts du tempérament français n’aident pas à l’explorer, privilégiant l’autorité à la responsabilité, l’uniformité à la liberté.
Au-delà d’affirmations idéologiques ou d’annonces sans effet concret, cette voie est un passage nécessaire. Et, chacun devant prendre sa part, je préciserai que ma maison, à Crest, n’est pas raccordée au réseau d’eau de la ville, ce qui constitue une très efficace pédagogie de la sobriété.
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Anonyme
le
Vendée : deux réserves d’eau dédiées à l’agriculture vandalisées. Les ministres de l’Agriculture Marc Fesneau et de la Transition écologique Christophe Béchu ont condamné « avec fermeté ces faits de vandalisme » près de La Roche-sur-Yon. Le syndicat a précisé qu’il n’y avait « pas de perte d’eau » mais que des bâches entourant les retenues « avaient été coupées ». « Les dégâts occasionnés sont actuellement en cours d’estimation, mais il est évident que l’unité de mesure sera le million d’euros », poursuit le communiqué.
elrousa2
le
Une gestion plus décentralisée s’impose à l’évidence. Ainsi les nombreuses régions côtières dont dispose la France auraient-elles sans doute intérêts à développer des programmes de désalinisation des eaux de mer, que les spécialistes semblent ignorer. Que ne l’expliquent-ils à leurs concitoyens!
rcr
le
L’eau est une ressource difficile à transporter car sa valeur est trop faible et nos besoins trop grands. Sa gestion est d’abord du ressort des habitants et utilisateurs d’un BASSIN. Malheureusement, pour compliquer , nous administrons l’eau d’un BASSIN pour au moins 2 approches distinctes et sans connexion, alors qu’elles sont dépendantes de l’une de l’autre. L’eau agricole / l’eau de rivière et de nos consommations personnelles et industrielles. En fait il n’y a qu’une eau. Ainsi les agriculteurs ont beaucoup de difficultés à pouvoir stocker l’eau lorsqu’elle est abondante et les villes s’inquiètent des inondations et de la pollution. Une vision globale permettrait d’inclure les besoins de stockage des agriculteurs dans un plan global du Bassin. Exemple: plutôt que de dépenser des millions en digues , aidons les agriculteurs à construire des réserves, avec en échange des obligations de service (vidange avant l’arrivée de fortes pluies etc…) et de respect de la biodiversité (état des berges, présence de végétation, échelles à poissons etc…).
Saurons nous le faire?
ENTRETIEN – Le système d’intégration français est défaillant depuis longtemps, estime le directeur de la Fondapol.
TRIBUNE – Le 10 janvier prochain, l’Assemblée nationale votera le projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. La multiplication des éoliennes et des panneaux photovoltaïques risque d’enlaidir de façon irréversible les paysages français, alerte l’écrivain de l’Académie française.
FIGAROVOX/TRIBUNE – Après la démission de l’élu socialiste Boris Venon qui a déclaré avoir subi des «agressions homophobes et racistes», France 2 a enquêté sur l’homophobie dans la ville des Mureaux. Face à ce constat sans appel, l’essayiste Paul Melun dénonce le silence de la gauche intersectionnelle face aux violences dans les banlieues.
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Hervé Mariton: «La gestion de l’eau en période de sécheresse illustre le mal français»
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