Handicap et inclusion : changeons de regard – PS

Thème : Handicap
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L’inclusion est un mot dont on trouve difficilement la définition exacte. Pourtant la loi 2005-102 du 11 février 2005 est assez claire sur son objectif :
« Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. »
« À cette fin, l’action poursuivie vise à assurer l’accès de l’enfant, de l’adolescent ou de l’adulte handicapé aux institutions ouvertes à l’ensemble de la population et son maintien dans un cadre ordinaire de scolarité, de travail et de vie. Elle garantit l’accompagnement et le soutien des familles et des proches des personnes handicapées. »
Cette loi comme celles qui l’ont précédée est claire sur l’objectif de l’inclusion sociale des personnes en situation de handicap mais elle ne prévoyait pas les moyens de sa mise en œuvre. Force est de constater que dans les faits 17 ans après, l’inclusion sociale est encore loin d’être une réalité pour beaucoup de personnes en situation de handicap qui veulent aussi être parties prenantes de leur propre existence.
 
ENFANCE ET SCOLARITÉ
Les enfants en situation de handicap sont avant tout des enfants mais dès le plus jeune âge, ils se retrouvent face à des inégalités de traitement (difficultés d’accueil en crèche ou autre mode de garde) puis à l’école, au collège, au lycée, jusqu’à l’université…
L’accessibilité des lieux d’accueil, d’éducation et de formation reste encore à améliorer.
Selon la loi, l’inclusion doit être garantie notamment à l’école. Aujourd’hui encore trop d’enfants se retrouvent écartés du système scolaire par manque de moyens mis en place par l’éducation nationale.
La mise en place des PIAL (Pôle Inclusif d’Accompagnement Localisé) met à mal le travail des AESH et par ricochet le bon accompagnement des enfants. Les PIAL les obligent à se partager leurs heures de travail entre plusieurs enfants, voire plusieurs établissements.
Pour un accompagnement à la hauteur, il est nécessaire d’accorder aux AESH un véritable statut : une réelle formation, la reconnaissance de leurs compétences et
donc du métier, la fin des temps partiels subis et un salaire leur permettant de vivre dignement.
Rendre le métier attractif serait un gage de pérennité et de qualité pour le bon accompagnement des enfants.
Garantir les meilleures conditions pour la scolarité des enfants en situation de handicap c’est également former les enseignants. A l’heure où on rogne sur la préparation à l’enseignement pour les jeunes contractuels, il est important de rappeler que l’adaptation des enseignements s’apprend.
Donner les moyens aux personnels de l’éducation nationale d’accueillir au mieux les enfants aux besoins particuliers c’est garantir l’égalité républicaine pour tous.
 
EMPLOI
La question du handicap dans le monde du travail est souvent vue comme un frein. Les freins sont financiers, juridiques et souvent psychologiques.
Ceci explique un taux de chômage deux fois plus élevé chez les personnes en situation de handicap mais également une durée d’inscription à Pôle Emploi plus longue.
35 ans après la loi du 10 juillet 1987 qui a créé l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, nous devons porter le renforcement des dispositions existantes. L’obligation est une chose, encourager et changer le regard sur le handicap en est une autre et c’est ce vers quoi nous devons nous orienter.
Le handicap reste une des principales discriminations à l’embauche alors qu’inclure les personnes en situation de handicap est un atout pour le monde du travail et même au-delà. En effet, par manque d’informations sur les dispositifs existants, certains employeurs appréhendent le recrutement des travailleurs handicapés.
Sensibiliser, accompagner les employeurs privés et publics est une nécessité pour atteindre le plein emploi que les associations appellent de leurs vœux. Il est important de porter à la connaissance des employeurs les possibilités d’accompagnement de formation à l’embauche d’une personne en situation de handicap (Aides techniques, adaptation du poste de travail, formations diverses à L’accueil, etc..). Et avec l’aide des diverses associations, développer les démonstrations des compétences spécifiques et qu’apporte une personne handicapée dans une entreprise.
Cependant, il également important de porter notre regard sur les personnes qui ne peuvent exercer une activité professionnelle. Le montant maximum de l’AAH (956e) reste en dessous du seuil de pauvreté (1063e).
L’instauration d’un revenu d’autonomie, tel que proposé dans le programme de la NUPES, est nécessaire à l’heure où l’inflation touche durement les plus fragiles d’entre nous.
Concernant le travail en ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail), il apparait urgent que la fluidité des parcours milieu protégé-milieu ordinaire devienne une réalité.
Les travailleurs en ESAT ont le statut d’usagers d’un établissement médico-social. Il est nécessaire qu’ils aient les mêmes droits que les salariés. Le taux de sortie n’est que de 1%.
Il est nécessaire de développer des postes « d’ESAT hors les murs » afin que les travailleurs handicapés qui en ont la capacité, soient intégrés dans une entreprise, tout en gardant l’accompagnement social nécessaire à sa situation. Il est anormal qu’une personne qui a développé depuis des années des compétences reste en ESAT alors qu’elle pourrait être incluse et utile en entreprise.
 
FEMMES ET HANDICAP
Le mouvement « Me Too » a mis en lumière les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes.
Malgré les changements opérés par la société, les violences subies par les femmes en situation de handicap restent encore invisibilisées. Ce point a été particulièrement souligné par l’article 6 de la Convention internationale des personnes handicapées et nécessite une action vigoureuse.
On estime que quatre femmes en situation de handicap sur cinq ont subi des violences.
Les vulnérabilités des femmes en situation de handicap s’accroissent également du fait de leur situation économique (près de la moitié d’entre elles sont sans emploi). La déconjugalisation des revenus du conjoint pour le versement de l’AAH n’étant pas encore mise en application (celle-ci est prévue pour le 1er octobre 2023) placent celles qui ne perçoivent pas de revenu dans une situation de dépendance économique.
Même si les choses ont évolué dans le bon sens, le dépôt de plaintes reste difficile pour les femmes victimes de violences. Il l’est encore plus pour une femme en situation de handicap.
Outre l’accessibilité des bâtiments qui est encore aujourd’hui un frein, reste la question de l’accueil de la parole des victimes.
Comment recevoir la parole d’une femme qui ne verbalise pas par exemple (sourdes, malentendantes, aphasiques ou ayant des troubles du langage) ? Les personnels de police ou de gendarmerie ne sont pas formés à cela.
Étant en situation de handicap, ces femmes sont exposées à différentes formes de violences (qu’elles soient physiques, verbales, sexuelles, psychologiques) : premièrement en tant que femmes et, deuxièmement, en tant que personnes handicapées et ce quelle que soit la nature du handicap.
Libérer la parole des victimes qui sont en établissements médico-sociaux est aussi primordiale et cela passe par la sensibilisation et la formation des personnels.
La région Nouvelle-Aquitaine, suite à une enquête qu’elle a réalisé sur le sujet en 2021, préconise ceci :
 
ACCESSIBILITÉ DES BÂTIMENTS ET LOGEMENT
Evoquée plus haut, l’accessibilité des bâtiments et des services (notamment les services de santé) est un frein à tous les âges de la vie d’une personne en situation de handicap.
Quel bilan peut-on faire des agendas d’accessibilité programmée “AD’AP” pour les ERP depuis l’ordonnance de septembre 2014 qui les a créés ?
L’évaluation que devait faire le Gouvernement fin 2018 n’est pas parue…
La loi Elan du 23 novembre 2018 a réduit de 100% à 20% l’exigence d’accessibilité des bâtiments neufs. Une telle absence de volonté politique pour rendre la cité accessible n’est pas acceptable alors qu’encore une fois l’accessibilité et la conception universelle sont parties intégrantes de la convention de l’ONU relative aux personnes handicapées que la France a ratifiée en 2010.
Faciliter l’accès à un logement accessible est également un axe essentiel pour rendre la personne en situation de handicap incluse dans la société.
Il est impérieux de développer l’habitat partagé et inclusif en direction des personnes en situation de handicap qui le souhaitent comme c’est de plus en plus le cas déjà en direction des personnes vieillissantes.
L’habitat participatif est caractérisé par la volonté des citoyens de vivre ensemble. Des groupes de citoyens vont s’associer pour concevoir, réaliser et gérer leur habitat collectivement, en combinant des espaces privatifs et des espaces communs. Le logement sera adapté aux besoins de chacun et peut permettre ainsi à des personnes
âgées ou des personnes en situation de handicap de trouver une alternative à l’entrée en établissement, en restant dans un domicile privé, tout en évitant l’isolement et en permettant un lien social renforcé.
Ceci relève d’un axe fort d’une politique de solidarité. Il doit faire partie de nos priorités en matière de politique à destination des personnes en situation de handicap.
La loi 3DS permet d’engager une coordination du développement de l’habitat inclusif et l’adaptation des logements au vieillissement de la population.
Il serait judicieux d’inciter les départements à s’engager à mettre en œuvre une aide à la vie partagée et à soutenir le développement de l’habitat inclusif via une prestation individuelle visant à financer l’animation du projet de vie partagée mais aussi celui de la coordination du projet de vie sociale du “vivre ensemble”.
 
AIDE AUX AIDANTS
Notre pays compte environ 11 millions d’aidants soit 3 français sur 10. Peut-on parler d’inclusion sans évoquer la situation des aidants familiaux?
Peu reconnus, les aidants souffrent d’une invisibilité institutionnelle.
Il est également important de rappeler que les aidants sont très souvent des femmes.
L’éventail de leurs tâches est large : soutien moral, surveillance de l’état de santé, veille technique, aide au déplacement à domicile, accompagnement aux rendez-vous, intendance administrative, tâches ménagères, gestion des urgences et soins d’hygiène.
Quelques faits : l’espérance de vie d’un aidant est plus courte que la moyenne, l’impact sur leur santé physique et morale est important (troubles musculo- squelettiques, stress, dépression, …). Il est évident que la question de leur bien-être et leur santé est un enjeu dont nous devons nous saisir.
Le Dr Hélène Rossinot dans son livre “aidants, ces invisibles” propose de mettre en place un parcours de l’aidant tout comme il existe un parcours du patient. Ceci afin d’accompagner l’aidant dans sa vie quotidienne, pour organiser son travail ou ses études.
Former les soignants c’est également les sensibiliser et apporter de l’empathie là où parfois on en rencontre peu en tant qu’aidant.
Être aidant a aussi un impact financier : plus d’un tiers des aidants apporte un soutien financier à la personne aidée mais 9 aidants sur 10 ne perçoivent aucune contrepartie financière.
Soutenir les aidants, c’est aussi évaluer de manière chiffrée en euros le travail de ces aidants bénévoles (qui diminuent leur temps de travail voir même n’ont plus d’activité
professionnelle), ainsi il est important d’élargir la PCH (prestation de compensation du handicap).
La reconnaissance passe également par une ouverture à de nouveaux droits pour le travailleur aidant. Certains droits existent mais de façon inégale entre secteur privé et public. Ainsi il semble important d’harmoniser ceux-ci tout en les adaptant selon la branche.
Une reconnaissance du statut d’aidant permettrait également une reconnaissance par la médecine du travail. Ainsi après une période non-travaillée, le retour sur le poste devrait passer par la médecine du travail qui jaugerait des éventuelles conséquences physiques et morales de cette période sur le travailleur-aidant.
La réduction du temps de travail hebdomadaire, quand elle est souhaitée, devrait également être de droit pour tous les secteurs.
Afin de prévenir l’épuisement subi par environ 62 % des aidants, il serait important de favoriser l’accès aux services de professionnels du secteur médico-social pour soulager les familles.
 
CONCLUSION
L’inclusion ne trouve certes pas de définition exacte car elle dépend de nous, de notre vision, de ce que nous voulons pour notre société.
Nous faisons des constats et nous avons des propositions en accord avec notre vision socialiste de la société. En premier lieu faire appliquer la loi partout et en toutes circonstances.
L’inclusion des personnes en situation de handicap ne bénéficie pas qu’aux seules personnes en situation de handicap mais à toute la société. Les avancées faites pour le handicap profitent à tout à chacun.
Nous portons des valeurs humanistes et de solidarité : nous voulons qu’un enfant, qu’un adolescent et qu’adulte ou une personne âgée handicapée ait un accès à la citoyenneté, à la culture, aux loisirs tout au long de sa vie.
La société inclusive c’est la société du bien-vivre ensemble, du mieux-vivre ensemble. Accepter l’altérité, la considérer c’est la voir comme une richesse pour tous sans exception et c’est cela être socialiste.
Changeons de regard pour changer la société.
Signataires :
Samira Laal
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