«Grève chez TotalEnergies: sortir de ce bourbier grâce à la transparence» – Le Figaro

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour éviter le statu quo entre les salariés de TotalEnergies en grève et la direction, le directeur et membre associé de l’Institut de recherche et d’enseignement sur la négociation, Aurélien Colson, défend la stratégie «Dracula», qui repose sur une totale transparence dans les discussions.
Aurélien Colson est directeur de l’Institut de recherche et d’enseignement sur la négociation (IRENE Paris, Singapour & Bruxelles) depuis 2008, professeur associé de science politique à l’ESSEC, et le coauteur de Mediation.
Negotiation by other move (Éditions John Wiley & Sons, 2021).
Il n’y a pas 1000 façons de se débarrasser d’un vampire. L’ail ne permet qu’un éloignement temporaire. Le pieu plongé dans le cœur est efficace, mais salissant. Reste l’exposition à la lumière du jour: le vampire tombe en poussière, et un coup d’aspirateur achève de régler le problème. La méthode est transposable à la négociation, comme l’ont bien compris les activistes de tous horizons. Ainsi s’exprimait en 2002, à l’occasion du Forum social mondial réuni à Porto Alegre, la directrice de l’ONG Global Trade Watch: «Notre meilleure arme est la “stratégie de Dracula”: exposer les détails d’un pacte à la lumière d’un examen public». Lori Wallach souhaitait alors décrédibiliser certaines options en cours de négociation à l’Organisation mondiale du commerce.
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J’ai analysé dans plusieurs travaux de recherche la délicate articulation, en négociation, entre secret – ou discrétion, en tout cas – et transparence vis-à-vis de tiers. Pour aboutir, les négociateurs doivent identifier une zone d’accord respectant leurs lignes rouges respectives. Identifier cette zone requiert de partager de l’information, de tenter des ouvertures, de tester des concessions. Cela n’est possible que si une relative discrétion entoure les tractations, jusqu’à ce qu’un équilibre soit trouvé. Mais, en sens inverse, des négociations d’intérêt public exigent d’être mise en transparence: dans nos sociétés démocratiques, il est légitime que soient portés à la connaissance du public les tenants et aboutissants – et en particulier les résultats – d’une négociation, à partir du moment où elle est de nature politique, c’est-à-dire d’intérêt général.
TotalEnergies peut avoir choisi des chiffres qui ne reflètent pas la totalité des situations individuelles. Il n’en reste pas moins que l’empressement avec lequel la CGT est montée au créneau souligne l’efficace de la méthode de Dracula.
Dans une négociation, même modeste, la stratégie de Dracula fonctionne assez bien: elle permet de mettre en porte à faux un interlocuteur qui, dans le confort d’une discussion discrète, génère du blocage au nom d’arguments qu’il ne pourrait tenir en public, voire en se passant de tout argument. Dès qu’il est exposé à l’observation de tiers, ce même interlocuteur se trouve en demeure de devoir démontrer la légitimité de ses arguments – ou d’en trouver. C’est cette dynamique qui a été lancée par TotalEnergies face au blocage de ses raffineries. L’employeur a levé un coin de voile sur les rémunérations des salariés concernés, appliquant la «stratégie de Dracula». L’employeur affirme que la rémunération mensuelle d’un opérateur de raffinerie est de 4.300 € bruts, à quoi s’ajoutent 9.100 € d’intéressement en 2022. Soit plus de 60.000 € bruts par an ou 5.000 € brut par mois: 50 % de plus que le salaire moyen en France (3.275 €).
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Les responsables syndicaux de la CGT ont rapidement avancé d’autres chiffres de rémunération, moins généreux. Certes, il est possible que l’employeur ait choisi des chiffres qui, tout en étant exacts, ne reflètent pas la totalité des situations individuelles – et comment le pourraient-ils, puisque ce sont des moyennes. Il n’en reste pas moins que l’empressement avec lequel la CGT est montée au créneau souligne l’efficace de la méthode de Dracula. D’aucuns pourraient arguer que cette mise en transparence n’a pas à s’appliquer, s’agissant d’une négociation entre employeur et salariés d’une entreprise privée. On rétorquera que les grévistes ayant jusqu’à présent volontiers pris le pays à témoin, cherchant à générer de la sympathie contre «le grand capital pétrolier», puis ayant provoqué un blocage tel qu’il entrave la liberté de circulation de tout un chacun, il n’est pas anormal que l’objet de la négociation soit éclairé en place publique.
Si l’on faisait la pleine lumière sur les rémunérations des personnels, chacun pourrait déterminer s’il s’agit d’une « grève par procuration » au bénéfice de tous, ou bien de la défense d’intérêts en faisant levier sur un service public.
On se gardera ici de préjuger de l’issue de ces négociations. On notera cependant que la «stratégie de Dracula» reste légitime chaque fois que des intérêts privés, adossés à des moyens de pression que permet une situation de quasi-monopole, profitent de l’ombre des négociations pour faire perdurer voire conforter des situations illégitimes. Par exemple, lors de la prochaine grève des aiguilleurs du ciel, il serait socialement utile que la DGAC, pour éclairer le débat public, fasse la pleine lumière sur les rémunérations des personnels concernés. Idem à la prochaine grève dans les transports publics. Chacun pourrait ainsi déterminer s’il s’agit d’une «grève par procuration» au bénéfice de tous, ou bien de la défense d’intérêts bien compris en faisant levier sur un service public au détriment de ses usagers. Et cette même logique de transparence vaut aussi, bien sûr, pour les dirigeants de grandes entreprises qui doivent se soumettre au say on pay – la publication de leur régime de rémunération.
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Le Burgonde
le
La CGT demoli tout , après le secteur public , c ’ est au tour du privé
Le Burgonde
le
Total n a qu ’ a fermer ces raffineries en France , il y a des tas de pays qui seront content de les accueillir
luke
le
Reformer le droit syndical et interdire de prendre la France en otage.
L’éditorial du Figaro, par Gaëtan de Capèle.
FIGAROVOX/TRIBUNE – Le taux de la taxe foncière à Paris va augmenter de plus de 50% en 2023, a annoncé Anne Hidalgo. Selon la fiscaliste Virginie Pradel, cette augmentation est la conséquence de l’endettement de la mairie de Paris et de la suppression de la taxe d’habitation par Emmanuel Macron.
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