ERP : jusqu’où veut aller Workday ? – LeMagIT

Avec son offre d’outils de développement Extend, lancée en 2020, mais star de l’année 2022 de l’éditeur d’ERP financier et de SIRH, Workday veut clairement aller plus loin. Mais jusqu’où ?
Ira-t-il jusqu’à proposer un PaaS sur lequel créer des applications métiers sur mesure, reliées au Grand livre comptable et aux données RH qu’il héberge ? Ou au contraire, va-t-il se concentrer sur ses deux cœurs de métiers, mais en s’ouvrant encore plus pour devenir incontournable dans une logique « best of breed » ?
Le co-PDG de Workday, Chano Fernandez a répondu à ces questions stratégiques lors d’un entretien qu’il a accordé au MagIT lors de l’évènement européen de l’éditeur (Rising). Chano Fernandez est également revenu sur l’annonce de « verticaux » (alias les « Industry Accelerators ») et sur l’opportunité que pourrait tout de même représenter pour Workday le ralentissement économique qui s’annonce.
LeMagIT : Quelles sont les annonces clés (technologie et produit) à retenir du Workday Rising Europe de cette année 2022 ?
Chano Fernandez : La première, clairement, est Workday Extend. D’autant plus que nous avons annoncé que nous avions le plus grand nombre de participants IT à la conférence. Les DSI essaient de consolider et de réduire le nombre de plateformes qu’ils ont. Et ils nous considèrent de plus en plus – puisque nous devenons une plateforme – comme stratégiques pour leur entreprise.
La deuxième, et à mesure que nous nous développons dans le domaine financier, ce sont les « Industry Accelerators ».
Avec ces accélérateurs, notre proposition de valeur pour un secteur particulier devient beaucoup plus significative, également grâce à nos partenaires qui apportent leurs contributions (car nous ne pourrons pas tout construire seuls).
LeMagIT : Qu’est qu’un « industry accelerator » exactement ?
Chano Fernandez : Comme je le disais, voyez-le comme notre « proposition de valeur pour un secteur particulier » (ou pour un processus particulier), avec des choses qui ne font pas encore partie de notre feuille de route, mais que les partenaires nous aident à construire en s’appuyant sur notre plateforme.
LeMagIT : Pour en revenir à Extend (qui facilite ces développements) avez-vous des exemples d’apps représentatives de ce que font vos clients avec cet outil ?
Chano Fernandez : Nous avons déjà quelque 750 apps et extensions conçues avec Workday Extend. Par exemple, l’un de nos clients a utilisé notre solution pour suivre la vaccination de ses employés pendant la pandémie. Un autre, Flex, l’a utilisée pour faire un outil de gestion de ses parkings. Nos clients font des choses vraiment très différentes avec Extend.
LeMagIT : Ces deux exemples montrent en tout cas qu’avec Extend, vous allez bien au-delà du Core RH et du Core Finance. Jusqu’où voulez-vous aller ? Extend pourrait-il, un jour, être utilisé pour construire (ou laisser vos clients construire) une application métier complète ?
Chano Fernandez : Les clients peuvent aller plus loin dans la personnalisation [de Workday] en utilisant soit les données concernant les employés, soit les données financières, soit les deux. C’est ça l’idée. Nous ne sommes pas encore dans une phase où Extend serait utilisé pour construire toute une stack logicielle. Nous n’en sommes pas encore là. L’idée, par exemple, n’est pas de construire un système de paie [pour des marchés où Workday n’en proposerait pas].
Extend s’adresse aux entreprises qui cherchent à personnaliser davantage – ou à « étendre » – un processus particulier et ses fonctionnalités, et à l’enrichir avec des données externes (comme une mesure). C’est comme cela que les clients l’utilisent.
LeMagIT : L’idée n’est donc pas, pour Workday, de poser des fondations pour, ensuite, permettre le développement de choses comme, par exemple, un Field Service Management ?
Chano Fernandez : Non, ce n’est pas le but. Un FSM est une application entièrement différente. Bien sûr, vous pouvez vous dire, « vous proposez un framework pour la sécurité, un framework pour la confidentialité, vous avez beaucoup d’objets, et aussi un framework pour les processus métiers, donc je pourrais utiliser toutes ces choses pour faire un FSM ». Mais ce n’est pas pour cela qu’Extend a été conçu. Parce qu’un outil de gestion des interventions sur le terrain, c’est plus qu’une extension. C’est une application complète.
LeMagIT : Si je comprends bien, Extend est donc plus destiné à la création d’add-ons ?
Chano Fernandez : Exactement. Des add-ons ; des extensions. C’est aussi pour cela que nous l’avons appelé Extend.
Nous voulons donner aux clients la possibilité de personnaliser davantage des choses qui n’auraient peut-être pas trop de sens à être faites par nous-mêmes (comme des outils pour les places de parking ou le suivi des vaccinations). Nous, Workday, notre objectif c’est de créer des fonctionnalités qui soient utiles à tous nos clients (même si elles ne sont pas toujours utilisées par 100 % d’entre eux, mais c’est l’idée).
LeMagIT : Néanmoins, certains de vos nouveaux produits pouvaient laisser suggérer que vous vouliez aller plus loin que le HCM/SIRH et l’ERP financier, comme la gestion des stocks (Inventory Management) ou des choses dans la chaîne logistique. Cela fait-il partie de votre stratégie à long terme ou pas du tout ?
Chano Fernandez : Déjà, nous avons des offres liées à la Supply chain et à l’Inventory management uniquement pour le secteur de la santé. Je tiens à être très clair là-dessus. Notre stratégie se concentre sur la planification, l’exécution et l’analytique dans la finance et dans les RH, le tout avec une seule et unique version de notre système.
Alors, pourquoi avons-nous ces offres pour la santé, me direz-vous ? Et bien parce que c’est un des secteurs les plus stratégiques pour nous ; et que ses clients achètent généralement les RH et les finances en même temps [que ce type d’outils]. Sans une gestion spécifique des stocks, notre proposition de valeur aurait pu être moins intéressante pour eux. Mais en tout état de cause, ce n’est pas quelque chose qui peut être construit sur Extend. C’est une stack complète que nous avons construite dans ce but très spécifique.
LeMagIT : Aujourd’hui, vous ciblez le DAF. Vous venez des RH. C’est un grand défi. Où en êtes-vous dans cette stratégie ?
Chano Fernandez : Nous sommes très satisfaits de ce que nous avons réussi à faire jusqu’ici. Nous avons maintenant plus de 1 400 clients sur notre Core Finance. Et nous avons doublé notre nombre de clients qui sont dans le Fortune 500.
Je pense que notre solution a aujourd’hui prouvé son évolutivité et sa capacité à répondre aux exigences des plus grandes entreprises du monde.
Mais pour revenir à votre question sur nos priorités et notre stratégie, avec Core Finance nous ciblons principalement les industries de services : services financiers, services professionnels, services aux entreprises, hôtellerie, etc.
Bien sûr, nous avons aussi de gros clients dans des services plus axés « ventes » – par exemple dans le secteur des produits de grande consommation ou la distribution. Dans ces secteurs, certains ont aussi choisi notre solution Core Finance parce qu’ils ont vu que Workday est vraiment unique en matière de comptabilité (GL, taxes, etc.). Mais ce sont des acteurs qui sont prêts à faire du « best of breed » et à connecter leurs applications de merchandising ou de logistique au Grand Livre de Workday.
LeMagIT : Mais les grands industriels, comme les constructeurs automobiles, ne sont pas vos cibles principales ?
Chano Fernandez : Pour Core Finance, non, pas vraiment. Même si, encore une fois, il leur est parfaitement possible de prendre notre Grand Livre et nos outils de gestion comptable dans une approche best of breed.
Prenez Renault. C’est l’un de nos clients HCM/SIRH. Renault peut trouver que notre solution Finance est tellement géniale qu’ils veulent l’utiliser. Mais Renault devra alors connecter tous ses systèmes opérationnels et de supply chain à nos solutions. Workday extraira alors les données de ces différents systèmes et agira comme une sorte de couche de visualisation. Mais Workday n’a en aucun cas vocation à gérer leurs systèmes d’automatisation opérationnelle, ni le pilotage de leurs ateliers (shop floor controllers), ou leurs processus de fabrication (manufacturing).
LeMagIT : En tant que co-PDG de Workday, vous rencontrez beaucoup de chefs d’entreprise et de décideurs. Vous avez une position de « témoin privilégié » de l’économie réelle. Comment voyez-vous le contexte mondial pour les mois à venir ?
Chano Fernandez : Je pense que nous allons passer par un chemin difficile. Mais je suppose que je ne vous dis rien que vous ne sachiez déjà. D’un point de vue humanitaire, il y a bien sûr l’invasion de l’Ukraine. Et d’un point de vue commercial et économique, le retour de l’inflation est certainement le plus gros sujet. Le resserrement de la politique monétaire aura, je l’espère, son effet. Mais en Europe, le problème risque d’être encore plus important en raison du défi énergétique causé par la situation en Russie.
LeMagIT : Du coup, êtes-vous plutôt pessimiste ou plutôt optimiste ?
Chano Fernandez : Je suis toujours optimiste… Je suis également optimiste pour Workday, car, égoïstement, nous sommes un facilitateur dans la conduite des processus de transformation numérique.
De nombreuses entreprises ont souffert pendant la pandémie : elles n’étaient pas en mesure de clôturer leurs comptes à distance, ou de savoir qui étaient leurs employés ou d’établir un contact « engageant » avec eux. Elles ont senti qu’il devait y avoir une meilleure façon de faire les choses.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés au moment où les entreprises veulent se transformer concrètement et devenir beaucoup plus efficaces. Elles se disent « nous devons prendre de meilleures décisions et avoir une meilleure visibilité. Nous devons mieux gérer et optimiser nos effectifs ». Et nous, nous pouvons les aider dans tout cela et donc à améliorer leurs résultats.
LeMagIT : Certainement, mais la récession mondiale qui risque d’arriver peut aussi impacter drastiquement les budgets IT. Et par ricochet, avoir un impact sur vos ventes. N’est-ce pas un risque pour Workday ?
Chano Fernandez : Si nous aidons les entreprises à faire des économies et que nous leur proposons de bons business cases, alors je ne crois pas. C’est toujours cette question de la valeur, vous savez.
Par exemple, dans le secteur des services financiers, parce que nous pouvons apporter « une seule version de la vérité » autour des processus de conformité, nous faisons généralement économiser beaucoup d’argent aux entreprises (parce qu’actuellement, elles vont chercher les données dans des tonnes de systèmes différents, rien que pour faire un rapport aux instances compétentes).
C’est la même chose lorsque vous voulez réorganiser une entreprise, changer votre modèle économique ou racheter une entreprise. Avoir un système flexible et adaptable, qui vous permet d’être rapide et d’avoir une visibilité, n’est pas un « nice to have », c’est un « must have ».
Donc je ne dis pas « achetez Workday ! » (car nous ne sommes « que » des facilitateurs.) Ce que je dis, c’est qu’une fois que vous avez réfléchi à un nouveau modèle d’affaires, à de nouveaux modes de fonctionnement ou à vos futures cibles d’acquisition, demandez-vous à quelle vitesse votre technologie peut s’adapter et soutenir votre transformation et vous aider à prioriser les projets les plus utiles. Sur toutes ces questions, je pense que notre proposition de valeur est très forte.
Propos recueillis le 16 novembre à Stockholm, relus et validés par Workday et Chano Fernandez
La seconde partie de cet échange aborde la problématique d’un éventuel Workday hébergé sur un cloud souverain.

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