ENTRETIEN. Hugo Clément face aux lecteurs de La Dépêche du Midi : "L'élevage intensif est une forme d'extrémis – LaDepeche.fr

l’essentiel Le journaliste Hugo Clément était ce vendredi 9 décembre l’invité de la Dépêche du Midi, pour répondre aux questions de la rédaction et de nos lecteurs. Militant de la cause animale, le journaliste publie un nouveau livre, « Les lapins ne mangent pas de carottes ». Bien-être animal, surconsommation, chasse, corridas… un débat engagé, ouvert et sans langue de bois.
La rédaction : À quel moment de votre vie avez-vous renoncé à consommer de la viande et qu'est ce qui vous a décidé à devenir un journaliste militant ? 
Hugo Clément : C'est un processus long de plusieurs années. Je ne viens pas d'un milieu particulièrement militant, mon père était pêcheur, et j'ai toujours mangé de la viande ou du poisson sans me poser des questions jusqu'à mes 26 ans. C’est mon métier de reporter qui m’a amené à visiter des lieux que je n'aurais probablement jamais eu l'occasion de découvrir autrement, j'ai pu aller dans des abattoirs, partir en mer avec des chalutiers… Tous ces reportages m’ont fait me poser des questions sur mon mode de consommation et notre modèle de société. Il y a également eu le constat que l’environnement, au sens large, a eu une faible place dans les médias jusque très récemment. 
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Denis Ben : Les artisans bouchers désirent le bien-être de l'animal. Ce qui est important pour nous, c'est la manière dont l'animal est né, a été élevé, son abattage… Nous avons à cœur le bien-être animal comme vous, mais d'une manière différente.
Le bien-être animal peut-être casé "à toutes les sauces", c'est le cas de le dire. Il est régi par l'article 214 du Code Rural, qui dit que tout animal doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques. Ce n'est le cas que dans une minorité d'élevage. Selon les chiffres de la filière du porc, 95 % des élevages porcins sont dans des bâtiments sur caillebotis, donc sans contact avec de l'herbe ou de la terre. De manière générale, sur le milliard d'animaux abattus en France par an, 150 millions ont accès au plein air. Le bien-être animal n'est pour moi et des scientifiques pas compatibles avec ces conditions sans plein air. Ce qui ne veut pas dire que les éleveurs maltraitent les animaux, c'est plutôt le système qui maltraite. 
Ce que je dis dans mon livre, c'est que le niveau de consommation de viande actuel en France, à 86 kilos par personne par an, ne permet pas d'aboutir à un élevage raisonné. L'élevage paysan ne peut pas assumer 86 kilos de viande par français, donc on doit réduire la consommation de viande, ce qui augmentera le bien-être animal et réduira avec ça l'impact écologique. 
La rédaction : Le journalisme militant avec des messages parfois extrémistes peut conduire à des menaces de mort auprès de bouchers, des saccages de magasins… Comment communiquer sans aboutir à ces débordements ? 
Je suis évidemment opposé à ces méthodes qui utilisent la violence comme intimidation, c'est intolérable. Mais on parle aussi moins souvent des violences issues de syndicats agricoles, comme quand la FNSEA recouvre de bouse une préfecture. Un militant qui brise une vitrine commet un acte illégal, mais ça cache un autre extrémisme, l'élevage intensif, avec des dégâts abominables pour l’environnement et les éleveurs. Par exemple quand la moitié des plages bretonnes sont interdites à la baignade à cause des algues vertes suite aux rejets de l'exploitation porcine. 
J'ai par ailleurs rencontré beaucoup d'éleveurs qui sont opposés à ce modèle mais sont piégés dans le système, bloqués à cause de dettes suite à des plans irréalistes proposés par des banques et coopératives. Et ceux qui prétendent défendre les agriculteurs sont souvent ceux qui leur causent cette souffrance, avec le soutien à l'élevage intensif qui détruit des emplois et le manque de soutien financier aux agriculteurs pour les aider à s'en sortir.

De gauche à droite : Alfred Vismara, Denis Ben, Noémie Della Faille, Emmanuelle Parache, Léa Delaplace et Noémie Della Faille, aux côtés d'Hugo Clément.
De gauche à droite : Alfred Vismara, Denis Ben, Noémie Della Faille, Emmanuelle Parache, Léa Delaplace et Noémie Della Faille, aux côtés d'Hugo Clément. DDM – NATHALIE SAINT-AFFRE

Léa Delaplace : Avec Sur Le Front diffusé sur France 2 ou le média Vakita que tu lances, est-ce que tu ne touches pas un public qui est déjà convaincu, sans pouvoir parler aux personnes qui ne se sentent pas concernées ?
Le public de Sur le Front est relativement âgé, 60 ans en moyenne. Les spectateurs sont des retraités et actifs en fin de carrière plutôt que des étudiants engagés. Et c'est ce qui fait que ça marche, puisqu'on met en lumière des gens qui agissent, qui proposent des solutions, que ce soit des militaires, militants, ingénieurs…
On ne touche pas tout le monde avec un média, avec plusieurs par contre on peut multiplier les publics, on sort de sa bulle en multipliant ainsi les canaux de diffusion. Ça passe aussi par les réseaux sociaux, le premier média en termes d'utilisateurs. 
Léa Delaplace : Concernant Vakita, le média que vous avez lancé se décrit comme indépendant, mais il est en partie financé par Xavier Niel… n'est-ce pas perdre en crédibilité ?
Pour lancer un média, il n'y a pas 36 solutions : il faut hériter d’un capital pour lancer le tout, ou lever des fonds. Je préfère lever des fonds privés et payer correctement les employés plutôt que lancer une cagnotte Leetchi pour ne prendre que des stagiaires.
Vous avez cité Xavier Niel, je le connais, on partage les mêmes valeurs. On a sélectionné pour le financement des personnes avec qui on partage des engagements, comme Artémis et Médiawan, mais mon associé et moi restons majoritaires. Il ne faut pas être naïf sur nos solutions de financement, tous les médias privés ont des investisseurs privés.
Léa Delaplace : Est-ce qu'un média engagé doit forcément passer par l'incarnation ?
Pas forcément, beaucoup de médias engagés font sans, je procède comme ça parce que ça me plaît, je trouve ça plus fluide. C'est une forme de transparence aussi. Mais il y a plein d'autres manières de faire du journalisme, c'est ce qui fait la force et la diversité de la France, d'avoir plein de médias dirigés par différentes personnes. C'est une force d'avoir Libération et Le Figaro, Valeurs Actuelles et l'Humanité, La Dépêche du Midi et Ouest-France, autant de moyens pour les Français de s'informer. 
Alfred Vismara : On a l'impression que les journalistes montrent toujours le mauvais côté des choses… Seriez-vous prêt à faire un reportage dans un élevage de bovins extensif comme le mien, dans les Pyrénées audoises, où l'on produit en respectant les exigences sociétales et environnementales ?
C'est ce que nous faisons régulièrement. Par exemple en Dordogne en allant voir des éleveurs de porc en plein air, qui ne représentent que 1% de la production porcine nationale. Ou lorsque nous étions aux côtés d'éleveurs bovins qui dénonçaient les méfaits des éoliennes sur leur cheptel… Il y a un prisme déformant en fonction de l'endroit où on se situe. En réalité, nous donnons très souvent la parole à des éleveurs qui travaillent de manière vertueuse, en tout cas non intensive. Souvent des éleveurs de bovins d'ailleurs, dont la majorité a accès au plein air une majeure partie de l'année. Mais il y reste les chiffres : on abat 6 millions de bovins chaque année en France, contre 800 millions de poulets, dont 80% sont élevés en intensif. Ceux-là, on ne les prend pas en compte, on ne les voit pas, puisqu'ils sont enfermés dans des bâtiments. Et c'est aussi aux journalistes de montrer cette réalité des choses, pour que ça change.
La rédaction : La corrida et la chasse sont des thématiques extrêmement clivantes, qui peuvent susciter aujourd'hui de violentes réactions…
Je ne mets pas la chasse et la corrida dans le même panier. Je ne suis pas contre la chasse. On ne va pas aller expliquer à une tribu d'Amazonie qu'elle doit arrêter de manger des tortues et faire ses courses au supermarché ! En revanche, tirer sur des animaux pour s’amuser, ce n’est pas acceptable. En France, les animaux les plus chassés sont des perdrix ou des faisans, que l'on sort de leur cage et qu'on lâche pour les abattre au cul d'un camion. Interdire la chasse de loisir me semble une évidence.
De l'autre côté, la corrida est juste un rituel. Il s'agit de mettre à mort un animal, le plus lentement possible. De mettre en scène l'agonie d'un animal au nom d'une culture, d'une tradition. Avec les traditions vous pouvez justifier tout et n'importe quoi. Que dire de la tradition de brûler les femmes que l'on considérait comme des sorcières au Moyen Âge ? Ou de la tradition des gladiateurs ? Tout cela est injustifiable et dans le cas de la corrida, évidemment antinomique avec le bien-être animal.

Le nouveau livre d'Hugo Clément, "Les lapins ne mangent pas de carottes", est disponible aux éditions Fayard.
Le nouveau livre d'Hugo Clément, "Les lapins ne mangent pas de carottes", est disponible aux éditions Fayard. DDM – NATHALIE SAINT-AFFRE

La rédaction : Des personnalités politiques comme Sandrine Rousseau ou Aymeric Caron s’expriment, souvent avec force… ne contribuent-ils pas à dévaloriser l’écologie politique et ne jouent-ils pas contre leur camp ?
Je ne me retrouve pas dans les personnalités que vous citez, même si je trouve normal qu'on les entende, c'est la diversité. Mais je n’ai pas la même manière de faire. Et je crois que politiser l'écologie est une erreur. Il faut qu’il y ait des défenseurs de l'environnement dans tous les camps, que ce soit une question transpartisane. Je rêve d'un jour où l'on trouvera des projets écologiques ambitieux dans les programmes de tous les partis. De toute façon, nous allons subir ensemble les conséquences du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité. Nous sommes tous sur le même bateau.
Emmanuelle Parache : Les entreprises ne sont pas là pour sauver la planète, mais pour créer des richesses. Comment amener davantage de chefs d'entreprise à se soucier de l'environnement, à réinventer un modèle plus responsable ?
Les entreprises ne tombent pas du ciel. Elles existent parce qu'il y a des consommateurs. Les entreprises, c'est nous en fait. Nous avons donc une grande responsabilité en choisissant ce que nous achetons. Ensuite, il y a la responsabilité de l'Etat, qui est celui qui fixe les règles et les normes. Par exemple, si nous voulons vendre en France des t-shirts fabriqués de manière responsable, à 25 euros, alors il faudrait que l'Etat interdise ou taxe les t-shirts fabriqués au Bengladesh à 3 euros. Une chose est sûre on ne réglera pas nos problèmes sans les entreprises. Je pense que dans chacune, à chaque poste, il peut y avoir un impact positif. La moindre décision a un effet sur l'ensemble de l'écosystème.
La rédaction : On voit se multiplier les actions écologistes coup de poing. Avec des œuvres d’art souillées, des militants qui se collent la main sur le bitume… Est-ce de bonnes méthodes selon vous pour faire avancer la question environnementale ?
Non, parce que c'est inefficace. Je ne vois pas quel sens il y a à jeter de la sauce sur des œuvres d'art qui se trouvent derrière des vitres. Je le précise parce que les mots ont un sens, et qu'on ne peut pas traiter ces jeunes de terroristes, ils ne sont pas dangereux. Mais je considère que leurs actions ne servent à rien parce qu'on ne les comprend pas. Alors qu'il y a plein de gens sur le terrain qui se battent pour l'environnement et dont on ne parle jamais. Les médias sont responsables de la multiplication de ce type d’actions, car ce sont eux qui braquent la lumière dessus.
Noémie Della Faille : Comment en tant que journaliste on peut arriver à changer le regard global de l'homme sur l'animal ? Comment toucher les acteurs de la corrida ou de la chasse eux-mêmes ?
Il y aura toujours une partie des gens que vous ne pourrez pas faire changer d’avis. Les changements de société se font toujours contre la volonté d’une partie de la population. Vous n’arriverez pas convaincre un torero qu’il faut interdire la corrida. Bien qu'il existe des personnes comme cela, tel le célèbre dresseur de fauve Joseph Bouglione, qui un jour a décidé de monter un cirque sans animaux sauvage. De plus on peut toujours trouver des solutions, en dialoguant. Par exemple, le Portugal organise désormais des corridas sans mise à mort. Et au final, quand le désaccord persiste, alors, c'est à l'Etat de trancher.
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Les quelques propos de certains commentaires sont totalement hors sols, car ils témoignent a minima d'une totale méconnaissance des conséquences de ces élevages industriels.
Au lieu de stigmatiser le "messager" selon des pratiques assez usitées et passablement fallacieuses, je conseille aux commentateurs d'aller un peu à la recherche d'informations.
Déforestations massives, émissions de méthane (dont le pouvoir d'effet de serre est 30 fois supérieur au CO2), usage anarchique et massif de médicaments surtout d'antibiotiques, accaparement immense de terres agricoles destinées à la production de nourriture pour le bétail encagé dont la qualité de la viande est extrêmement médiocre, gaspillage immense d'eau, millions de camions qui se déplacent alors qu'il est là aussi urgent de ralentir.
La liste des dégâts est immense.
Le tout, pour exporter de la barbaque de très médiocre qualité, à la limite de empoisonnement par les pesticides (vu les consommations d'herbages quasi-chimiques), par les antibiotiques (qui passent ainsi de l'animal aux sols, aux humains) et par un modèle agrochimique qui tue le vivant et aussi les gens (le tribu payé par les agriculteurs aux maladies provoquées par la chimie est énorme !) qui fait les beaux jours des géants des semences OGM et de la chimie.
Il y a là des drames humains en cours pour les éleveurs, poussés vers un "toujours plus" délétère, pour eux et pour le vivant.
L’absurde et mortifère fuite en avant ne produit que des désastres.
Je suis d'accord avec vous. Je ne sais pas si son témoignage charge uniquement les agriculteurs car je ne peux pas lire la totalité.
En revanche, maltraiter les animaux comme le font les grosses sociétés de l'élevage intensif est scandaleux. Et les modes d'abattage rituel, qui sont des exceptions autorisées à la souffrance animale pénalement interdite, sont aussi scandaleux.
on decouvre tardivement sur quoi notre modele de consommation et de production repose ..
allo , on a mis cela en place suite à la guerre .. pour nourrir tout le monde …
l autoflagelation wookiste, d europeen gaté qui se sent coupable, n'est le folklore qui arrive bien apres la bataille ..
le vrai probleme, cest de nourrir la populaiton toujours plus nombreuse …
on fait ocmment ? un cochon dans chaque jardin ?
quel modele propose til pour nourrir tout le monde et a un prix que tout le monde peut payer … arf c'est la coupure pub ..

Qu'il se présente aux élections , avec un programme , là , il pourra faire voter des lois . C'est au Parlement Européen que tout ce décide mais apparemment , il préfère la communication , stérile , une fois de plus .
Il esr vrai qu' il est un expert en "extrémisme " comme la plupart des grpoupuscules végans qui veulent imposer leur mode de vie à l' immense majorité des citoyens .

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