« En finir avec la polio » : Quelles solutions pour prévenir une nouvelle pandémie ? – Magazine Handirect

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« Résurgence du virus de la Poliomyélite en Occident : quelles solutions pour prévenir une nouvelle pandémie ? » : Tel était le thème de la conférence-débat organisée à la Maison de la Recherche à Paris, le 24 octobre dernier, dans le cadre de la journée mondiale de mobilisation citoyenne contre la poliomyélite à l’initiative du Rotary International et du lancement de la campagne « En finir avec la polio ».
Animée par Lionel Rieulier, coordinateur de la campagne médiatique Rotary Belgique-Luxembourg-France-Andorre et Monaco, cette conférence avait pour but d’informer l’opinion publique des risques sanitaires encourus face à la réapparition inquiétante du virus de la polio partout à travers le monde depuis le printemps dernier en Occident (Israël, Angleterre et Etats-Unis).
– Michel Zaffran, Directeur de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite (IMEP) au sein de l’OMS de 2016 à 2021 et Coordinateur « En Finir avec la Polio » pour le Rotary International – France, Belgique, Luxembourg, Andorre et Monaco. Il s’est exprimé sur le thème : « La stratégie mondiale pour l’Eradication de la Polio ».
– Emmanuel Vidor, Expert Médical Mondial de la Polio chez Sanofi Pasteur. Il a abordé le thème : « Vaccins antipoliomyélitiques et traitements innovants ».
– Maël Bessaud, chercheur spécialisé dans les poliovirus au sein de l’Institut Pasteur et Directeur du Centre collaborateur de l’OMS pour les entérovirus. Il a pour sa part présenté : « La situation épidémiologique actuelle dans le monde ».
– Nadine Pigny, infirmière (interventions dans le cadre des plans nationaux de vaccination des pays émergents) et d’Adda Abdelli, comédien et scénariste, victime de la polio et ambassadeur Rotary « En finir avec la polio » 2022-2023, ont quant à eux apporté leurs témoignages de terrain sur le syndrome post-polio.
Nous vous proposons de découvrir ici un compte-rendu des différentes interventions.
« Grâce aux efforts déployés par le monde de la recherche, le soutien financier des nombreux partenaires publics et privés de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite (IMEP),depuis 1988 et le travail remarquable des équipes bénévoles rotariennes de vaccination sur le terrain, de nombreux progrès ont été accomplis ces 10 dernières années pour éradiquer la poliomyélite dans le monde, notamment celles dues aux virus sauvages de type 2 et de type 3, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui confirmait en 2020 une éradication à 99,9 % du virus. », explique Michel Zaffran.
Au cours des 10 premiers mois de 2022, le virus a fait son retour en occident, d’où l’inquiétude des autorités sanitaires. 1 cas de paralysie a été signalé en Israël (le premier depuis 30 ans) chez un enfant non vacciné et 1 cas de paralysie à New-York chez un jeune adulte de 20 ans non vacciné. Par ailleurs, des virus ont été isolés dans les eaux usées de l’Etat de New-York, en Israël et à Londres, témoignant de la présence d’un grand nombre de personnes infectées.
Aujourd’hui, les plus vulnérables restent les enfants, affectés par le virus vaccinal mutant circulant de type 2. Au 24 octobre 2022, ont été recensés 29 cas de poliomyélite causés par le virus sauvage de type 1 dont 20 au Pakistan, 2 en Afghanistan, 7 au Mozambique et 440 cas de poliomyélite causés par des poliovirus mutants circulant de type 2, dérivés de la souche vaccinale (PVDVc). Peu de cas en détection officielle mais il faut savoir qu’un seul cas de paralysie cache le fait qu’environ 300 personnes ont été infectées mais n’ont pas développé de paralysie. Il est difficile d’éradiquer ce virus pour plusieurs raisons: le caractère largement asymptomatique de l’infection, des communautés isolées non vaccinées et coupées du monde, un virus vaccinal aux mutations génétiques rapides, des détections tardives des virus dans l’environnement et donc d’une réponse vaccinale à une flambée. Ce qui explique notre difficulté à l’éradiquer dans les derniers bastions où circule le poliovirus sauvage et les PVDVc, principalement à ce jour en Afrique et au Moyen-Orient. »
La réponse d’Emmanuel Vidor est sans appel. « Il n’existe aucun remède pour guérir de la polio, un virus extrêmement contagieux parfois mortel, appartenant à la famille des entérovirus. Il existe trois sérotypes de poliovirus (1, 2 et 3) dotés d’une forte résistance dans le milieu extérieur et dont la particularité est d’infecter les cellules des muqueuses digestives. La contamination s’effectue soit par voie orale à la suite de contacts avec des eaux souillées ou aliments contaminés par les selles, soit par voie directe via contact rapproché avec un sujet infecté. Dans 20 à 30% des cas, le virus franchit la barrière intestinale et passe dans le sang où il infecte et détruit les cellules responsables de la transmission des influx nerveux aux muscles. Une personne infectée sur 200 à 300 va présenter une paralysie invalidante des membres inférieurs. Une fois que le virus pénètre dans l’organisme, il est impossible de le détruire. La seule option réside dans la vaccination préventive. Rappelons que jusqu’en 1985, 1 enfant était paralysé toutes les 2 minutes et 350 000 cas par an étaient détectés dans 125 pays. Nous devons à deux médecins américains les premiers vaccins antipoliomyélitiques utilisés encore aujourd’hui, soit le Vaccin  Poliovirus Injectable (VPI) contenant les trois sérotypes de virus inactivés, mis au point en 1954 par le docteur Jonas Salk et le Vaccin Poliomyélitique Oral (VPO), un vaccin vivant atténué par mutations et développé par le docteur Albert Sabin dans les années 1960. Le premier est injecté par voie intramusculaire. Il nécessite un personnel médical formé, plusieurs rappels et du matériel d’injection stérile. Il confère une excellente immunité contre les paralysies mais il n’empêche pas l’infection intestinale donc la transmission des virus par voie féco-orale. Il est surtout utilisé dans les pays développés. Le VPO, de son côté, peu coûteux et facile à administrer par voie orale, réduit la transmission des poliovirus mais du fait de son instabilité génétique, implique une surveillance continue. Il reste l’outil privilégié de l’éradication de la circulation des virus aujourd’hui dans les pays en voie de développement. Pour stopper la propagation du virus, les autorités israéliennes, britanniques et américaines ont immédiatement instauré l’été dernier des campagnes de rattrapage vaccinal contre la poliomyélite (avec le VPI) au sein de multiples classes d’âge. »
« Je l’ai contractée à l’âge d’un an. J’ai donc toujours vécu avec elle et dû, durant de nombreuses années, supporter des appareillages en cuir et en métal très lourds pour un enfant. Au fil du temps et des progrès scientifiques, j’ai observé avec satisfaction que le virus était combattu avec succès. J’ai même cru qu’il avait disparu. Nos équipements se sont allégés. Mais en vieillissant, je suis plus fragile. Pour rester sur une note positive, grâce au virus, j’ai découvert le métier de comédien et remplis aujourd’hui avec fierté mon rôle d’ambassadeur du Rotary pour l’éradication de la polio. »
« En 2018, une centaine de cas à peine était recensée dans le monde, rappelle Maël Bessaud, Mais, depuis 2020, nous assistons à un rebond de foyers épidémiques au Pakistan, au Nigéria et en Afrique sub-saharienne en raison de plusieurs facteurs :
Des progrès encourageants ont néanmoins été enregistrés depuis 2021. Au Pakistan, consécutivement aux campagnes de sensibilisation citoyennes menées, le taux de refus à la vaccination est aujourd’hui de moins de 10% et en Afghanistan, les talibans se montrant favorables à la vaccination, nous avons enregistré en 2022 une baisse sensible de cas de polio : 2 cas officiels seulement aujourd’hui.
La problématique reste la grande faculté de mutation du virus vaccinal contenu dans le VPO parmi les communautés non vaccinées qui provoque des épidémies de PVDVc, pas le vaccin lui-même.
Pour le moment, l’excellente couverture vaccinale en France est rassurante, procurant une très bonne protection vis-à-vis des paralysies en cas de contamination, le risque d’apparition de cas et /ou de clusters au sein de la population française demeurant extrêmement faible. Néanmoins, il nous faut renforcer notre vigilance, le virus voyage avec les flux migratoires. L’hétérogénéité de la couverture vaccinale de la primo-vaccination en Occident pourrait permettre une propagation du virus ainsi que nous l’observons dans le monde au sein de l’Institut Pasteur. Le rattrapage vaccinal dans les populations ou communautés non insuffisamment vaccinées est donc important pour prévenir l’apparition de foyers de transmission à partir de sujets infectés en provenance de nombreux pays du monde et aux frontières européennes. Les aéroports restent des vecteurs à risque du virus.
Autre problématique : la plupart des infections liées à ces virus sont asymptomatiques, ce qui signifie qu’un cas de paralysie témoigne en fait de l’existence de centaines de personnes infectées. La surveillance environnementale des eaux usées est un des dispositifs sécuritaires parmi les plus efficaces pour détecter une flambée épidémiologique et éviter une prolifération rapide du virus. »
Nadine Pigny qui a sillonné le monde, notamment l’Asie et l’Afrique, en tant qu’infirmière rotarienne mandatée par les pays émergents, nous raconte la complexité de leur mise en place :
« La priorité de nos missions nationales consiste à appliquer une vaccination de routine selon des protocoles standardisés dans les villages puis à identifier et à évaluer le nombre d’enfants qui ont échappé à la vaccination. Nous devons ensuite effectuer notre travail sur une zone d’un rayon de 5 à 15 kms une fois qu’un « crieur » a réalisé le tour des villages la veille pour informer les populations de notre venue. Au-delà de ce périmètre des 15 kms, les équipes de soignants doivent aller en motos sur des terrains accidentés, munis de valises réfrigérantes pour maintenir la température des vaccins dans les villages qui ont accepté les campagnes de vaccination. Les mères sont en général ouvertes et désireuses de protéger leurs enfants, conscientes des conséquences des risques sanitaires. Ces campagnes de vaccination doivent enfin s’effectuer dans de bonnes conditions d’hygiène une fois les populations convaincues mais souvent le manque d’eau, d’électricité et l’absence de latrines rendent ces actions très difficiles. Cela exige beaucoup de patience, de ténacité et d’adaptabilité des équipes de vaccinateurs.
Le virus voyage et s’attaque aussi bien aux personnes aisées qu’aux plus démunies. Au Cameroun, par exemple, voilà quelques années, la grande bourgeoisie locale se préoccupait peu du virus de la polio. Elle refusait de se faire vacciner, estimant que le virus s’attaquait aux plus défavorisés. Nos équipes de bénévoles rotariens ont dû se lancer dans de nombreuses démarches de porte à porte pour convaincre les populations locales. Au Pakistan et en Afghanistan, ce sont les femmes qui réalisent cette mission. Elles sont formées par les organismes humanitaires pour vacciner les enfants avec le VPO. »
« Tant que la circulation des poliovirus ne sera pas complètement éradiquée, le risque de résurgence planera toujours sur les populations insuffisamment protégées et vaccinées, rappelle Michel Zaffran. Cette année, l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Polio (IMEP) a réadapté son approche afin d’éradiquer cette maladie d’ici 2026. À l’issue du Sommet Mondial pour la Santé, le 18 octobre 2022, l’IMEP a reçu 2,66 milliards d’Euros dont une contribution annuelle de 50 millions d’Euros de la France. Cette somme globale représente plus de la moitié du montant jugé nécessaire (4,8 milliards de dollars) pour atteindre cet objectif prioritaire. Ces sommes conséquentes vont permettre de vacciner 370 millions d’enfants sur les cinq prochaines années, assurer la continuité du réseau de surveillance et de dépistage de la maladie et des virus dans 50 pays, maintenir l’engagement des communautés ainsi que la formation de personnels médicaux locaux grâce à une communication régulière auprès des gouvernements, les incitant à octroyer au secteur santé un budget entre 5 et 10 % environ de leur PIB national. Il est important également de reconnaître le travail exceptionnel souvent méconnu des équipes sur le terrain pour renforcer leurs motivations et implications.
Cette nouvelle levée de fonds importante va également soutenir la recherche scientifique et pharmaceutique pour continuer à déployer sur le terrain le nouveau vaccin vivant atténué buccal monovalent polio de type 2 plus stable génétiquement. Déployé depuis mars 2021, ses résultats sont prometteurs. 500 millions de doses de ce vaccin ont été délivrées dans 23 pays (Afrique et Moyen-Orient). A ce jour, aucun cas de paralysie n’a été détecté dans 20 pays sur les 23 en phase test. Il nous faut assurer enfin des prélèvements réguliers dans les zones à risque.
L’ampleur des dispositifs déployés nous permet d’envisager l’arrêt de la circulation de virus en 2023, à travers le monde et, après une phase de surveillance que nous estimons devoir être d’une durée de 3 ans, confirmer l’éradication des virus de la poliomyélite définitivement en 2026. »
En accord avec ce nouvel objectif, le Rotary International mobilise l’ensemble de ses membres et réaffirme son engagement dans la poursuite des efforts déployés depuis 37 ans. Les 32000 membres des clubs rotariens européens francophones organisent tout au long de l’année des opérations bénévoles solidaires originales en régions, afin de collecter des fonds pour relever ce défi :  
Vous pouvez suivre cette campagne francophone (France-Belgique-Luxembourg-Monaco) sur le site    internet officiel et réseaux dédiés (facebook, youtube et twitchtv) : https://www.enfiniraveclapolio.org/
Et sur les réseaux sociaux (twitter, facebook) de Rotary Mag, Magazine et site d’information francophone du Rotary International, partenaire officiel de la campagne :    https://www.rotarymag.org/
Photos Droits réservés © Rotary
Légende de la photo principale : De gauche à droite : Nadine Pigny, infirmière intervenant à l’international pour les campagnes nationales de vaccination des pays émergents Emmanuel Vidor, Expert mondial de la polio chez Sanofi Vaccins, Michel Zaffran, Directeur de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite (IMEP) au sein de l’OMS de 2016 à 2021 et aujourd’hui, Coordinateur « En finir avec la polio » pour le Rotary International/France-Belgique-Luxembourg-Monaco et Andorre, Maël Bessaud, chercheur spécialisé dans les poliovirus à l’Institut Pasteur et Directeur du Centre collaborateur de l’OMS pour les entérovirus et Adda Abdelli, comédien et scénariste, victime de la polio et ambassadeur Rotary « En finir avec la polio » 2022-2023).
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