EN DIRECT – Grève interprofessionnelle : mobilisation modérée chez les profs, forte dans les lycées pro – Libération

Des manifestants portant une pancarte « Non à la casse des lycées professionnels » à Marseille le 18 octobre 2022. (NICOLAS TUCAT/AFP)
– En marge du mouvement social dans les raffineries en cours depuis trois semaines, et au jour d’une mobilisation déjà prévue dans les lycées professionnels, une intersyndicale réunissant public et privé a appelé à la grève pour ce mardi.
– Divers secteurs devraient être concernés par les débrayages, au premier rang desquels les transports. Le trafic des trains en région, ainsi qu’en Ile-de-France, devrait être perturbé.
– Des manifestations sont prévues dans de nombreuses villes de France. A Paris, le cortège s’élancera de la place d’Italie à partir de 14 heures.
«L’éducation est un droit », avec les grévistes d’un lycée parisien. Un blocus filtré est en cours au lycée général Hélène Boucher dans le 20ème arrondissement de Paris. Depuis 8 heures, une quarantaine d’élèves sont regroupés derrière une barricade de fortune constituée de poubelles. Les inscriptions «Jeunesse en galère, lycéens en colère» et «ACAB» (All cops are bastards) sont affichés sur des banderoles. Elliott, qui a participé à l’organisation du blocus, égrène les raisons de cette action : «L’éducation est un droit. On est ici pour lutter contre la précarité étudiante, la réforme des lycées professionnels, l’inaction climatique et les violences policières.» La situation est calme. Les élèves qui le souhaitent peuvent entrer dans l’établissement. Par Marine Bourrier.
Jean-Luc Mélenchon au soutien des manifestants. Ils sont plus d’une centaine à suivre l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon à Gare de Lyon, venu en soutien à la manifestation des cheminots de la SNCF, initiée par la CGT et SUD rail PSE. Se dirigeant vers l’ancien centre de tri de l’entreprise ferroviaire, l’ex-député des bouches du Rhône lance «nous sommes unis par de nombreux liens, de nombreuses luttes menées ensemble (avec les syndicats présents aujourd’hui, ndlr)» avant d’ajouter «on espère que notre présence donne de l’élan à une lutte qui est juste». Dans l’ancien centre de tri, les quelques grévistes déjà présents allument un feu sur une chanson de Bob Marley. Jean-Luc Mélenchon s’approche d’un des chefs de file de la CGT cheminot, le visage las. «Vous êtes une entreprise vitale», lui assure l’insoumis. «Dans les pays où les chemins de fer ont été démantelés, on a pu constater la catastrophe engendrée». Par Théodore Laurent
6 % de profs grévistes. Le ministère de l’Education nationale communique sur une moyenne nationale de 6,04 % d’enseignants participant au mouvement de grève du jour. La mobilisation est principalement portée dans les lycées professionnels (22,94 %). Elle a été moins suivie dans le primaire (2,48 %). La voie professionnelle est touchée par une refonte voulue par Emmanuel Macron. Ce projet, en renforçant les stages, risque de faire reculer l’école au profit des entreprises.
Universités et lycées bloqués dans plusieurs villes en France. Traditionnellement parmi les plus mobilisés lors des mouvements sociaux et étudiants, le site de Tolbiac, de l’université Paris-I, et Paris-8, à Saint-Denis, sont bloqués ce mardi matin en raison de la journée de mobilisation. Selon Solidaires étudiants, Sciences-Po Lille l’est également, rejoignant plusieurs dizaines de lycées à Paris, Marseille, Rennes, Angers ou encore Grenoble.
Accord majoritaire contre vote d’une majorité, la passe d’armes Roussel /Le Maire. En réponse à Bruno Le Maire qui appelait les grévistes de TotalEnergies à respecter l’accord signé par les syndicats majoritaires de l’entreprise, Fabien Roussel demande au gouvernement de respecter le vote sur la taxation des superprofits passé à l’Assemblée nationale contre l’avis du gouvernement. «Le temps de la négociation est passé. Il y a eu une négociation, il y a eu un accord, cela veut dire qu’il faut que force reste à la voix majoritaire», avait déclaré le ministre, lundi. «On va pouvoir en parler, du respect des accords majoritaires», ironise en retour Fabien Roussel. «Quand il y a une majorité de députés de gauche et de droite qui votent de mettre des dotations à la hauteur pour les communes, qui demandent qu’il y ait une taxe sur les superprofits […], il faut que ce soit respecté dans le projet de loi de finances».
Réunion ce soir à la CGT des sites pétroliers de TotalEnergies pour décider de la suite. Les représentants CGT du raffinage chez TotalEnergies se réuniront mardi à dix-huit heures, pour discuter du mouvement en cours. «On verra la suite, si on poursuit, ou pas, ou partiellement. Cela dépendra notamment de la journée d’aujourd’hui, cela redonne de l’élan et il y a toujours ce sentiment de colère. On verra si cela suffit pour pousser le mouvement. Et in fine ce sont les salariés qui voteront,» explique le coordinateur CGT pour le groupe, Eric Sellini. Le mouvement de grève à l’appel de la CGT les sites TotalEnergies de Normandie, Donges, La Mède, Feyzin (le dépôt, la raffinerie étant à l’arrêt pour raison technique) et Flandres (dépôt). La CGT n’a pas signé l’accord sur les salaires conclu vendredi dernier entre la direction et deux syndicats majoritaires.
Entre Emmanuel Macron et les salariés, un immense gouffre. C’est toujours plus facile de refaire l’histoire après coup. Mais, tout de même, si l’on redéroule le film de ces dernières semaines on comprend vite pourquoi on en est arrivé là, englué dans ce mouvement de colère que l’exécutif peine à arrêter. L’appel à la grève de ce mardi 18 octobre est le résultat prévisible d’une conception verticale du pouvoir et d’une forme de déni, qui n’ont fait que s’aggraver ces dernières semaines. L’édito d’Alexandra Schwartzbrod.
Nucléaire, hydraulique… L’énergie étend le domaine de la lutte. Le secteur de l’énergie traverse des zones de turbulences. Et elles sont aussi sociales depuis plusieurs semaines. Selon la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT, la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime) est devenue ce mardi matin le 11e site en grève, certaines retardant des opérations de maintenance, d’autres ayant un impact sur la production d’énergie, comme à Gravelines, la plus grande d’Europe de l’Ouest, ou depuis ce mardi matin dans la centrale de Bugey. Les usines hydrauliques amplifient de leur côté leur mouvement, trois sites dans la vallée de l’Ain et en Isère ayant une baisse de production, selon la FNME-CGT. «La centrale EDF de Cordemais a rejoint l’action de grève nationale interprofessionnelle à l’appel de la CGT, affirme à Libération un représentant syndical du site. Usine de traitement des déchets à Saint-Ouen, Compagnie parisienne de chauffage urbain, Enedis, GRDF… Diverses entreprises sont elles aussi en mouvement ce mardi. «Tous les secteurs de l’énergie sont mobilisés ce mardi sur les questions salariales, mais aussi sur les retraites et contre la répression syndicale», résume à Libé Julien Lambert, de la FNME-CGT. Damien Dole.
Dans un lycée parisien, un élève demande qu’on «écoute la jeunesse d’aujourd’hui». Le blocage se poursuit dans le calme au lycée général Hélène-Boucher, dans le XXe arrondissement. Les forces de l’ordre se sont positionnées à l’entrée de l’établissement pour assurer le filtrage. Une trentaine d’élèves, debout sur les poubelles alignées devant l’entrée, brandissent des pancartes : «Notre planète se meurt», «Contre le pouvoir, pour notre avenir». Nathalie, chauffeuse de bus et parent d’élève, est venue soutenir les lycéens : «Je suis sur le piquet de grève depuis 4 h 30 ce matin. Il faut écouter la jeunesse d’aujourd’hui, elle a plein de choses à nous dire.» Les élèves appellent à se joindre à la manifestation prévue aujourd’hui à 14 heures au départ de place d’Italie. Par Marine Bourrier
«Agacée», mais «ils ont le droit de faire grève, vu certains bénéfices réalisés». Sur le quai de la ligne E, le télétravail semble avoir eu raison de l’affluence habituelle. Mais pour la poignée de voyageurs qui n’ont pas eu d’autres choix que d’utiliser la ligne, «c’est très très compliqué». Sara, 37 ans, n’avait pas d’autre alternative : son chef a refusé le distanciel. En panne d’essence, elle est partie à 7 heures de Saint-Gratien (Val-d’Oise). «Il est 8 h 47 et je ne sais pas quand je vais arriver», désespère-t-elle, avec un sourire de circonstance. En voiture, la psychologue aurait rejoint Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où elle doit enchaîner «les comptes rendus et les réunions», en à peine trente minutes. Les grèves successives de ces deux dernières semaines ? «Curieux», estime-t-elle, tout en «comprenant le fond du problème», elle qui a une sœur chez TotalEnergies. «Toutes ces revendications m’ont semblé légitimes», poursuit-elle, avant d’avouer être «agacée» par «l’accumulation essence et transports». Surtout qu’elle sort d’une journée à rallonge la veille, et plusieurs heures à arpenter les transports en commun entre Créteil, Bondy et le Blanc-Mesnil. Sara ne fait jamais grève mais soutient les grévistes : «Ils ont le droit, vu certains bénéfices réalisés par les groupes. Un peu de partage, ça ne fait pas de mal.» Par Romain Métairie
Makhlouf, agent de sécurité de nuit de 59 ans, sort du travail. Il est reparti de Bonneuil à 7 heures et rentre à Aulnay-sous-Bois. (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
Ivan, 20 ans, est étudiant. Il vient d’Epinay-sur-Seine et se rend à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis). (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
En temps de pénurie, l’homme est-il un loup pour l’homme ? S’il est naturellement égoïste et peut donner libre cours à ses plus bas instincts à la première pénurie, l’homme n’est pas le seul coupable. Selon Gilles Vervisch, professeur de philosophie, c’est le système qu’il faut changer, celui qui consiste à vouloir «épargner», «capitaliser», surproduire. Notre tribune.
Les lycéens dans la danse. Un blocus filtré est en cours depuis le petit matin au lycée général Hélène Boucher, dans le XXe arrondissement de Paris. Une quarantaine d’élèves sont regroupés derrière une barricade de fortune constituée de poubelles. Les inscriptions «Jeunesse en galère, lycéens en colère» et «ACAB» sont affichés sur des banderoles. Elliott, qui a participé à l’organisation du blocus, égrène les raisons de cette action : «L’éducation est un droit. On est ici pour lutter contre la précarité étudiante, la réforme des lycées professionnels, l’inaction climatique et les violences policières.» Les élèves qui le souhaitent peuvent tout de même entrer dans l’établissement. Par Marine Bourrier
Les cheminots sur les rails d’une grève prolongée ? A Saint-Denis comme à gare du Nord, les cheminots ont voté la grève dès ce lundi, à la veille de la mobilisation interprofessionnelle, avec la question des salaires au centre des AG. En cas de réussite de la mobilisation ce mardi, certains pourraient être tentés de prolonger le mouvement avec les vacances de la semaine prochaine en ligne de mire, afin d’obtenir gain de cause. Interrogé sur une éventuelle poursuite de la grève à la SNCF, le dirigeant de la CGT Philippe Martinez a toutefois affirmé ce mardi matin sur RTL ne pas avoir donné de consigne : «Ce sont les salariés en grève qui décideront. Comme chez TotalEnergies».
Gare du Nord ce matin. (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
Les syndicats, meneurs d’enjeux. «Prendre les Français en otage», «cégétisation du débat politique»… Ce sont des mots, des expressions, qui semblaient remisés depuis quelques années. Un lexique du «monde d’avant», en quelque sorte, qui fait son retour ces jours-ci. Et dit bien combien l’atmosphère sociale en France a changé en l’espace d’un mois. Malgré un soutien tardif aux raffineries, la CGT, Solidaires, FO et la FSU portent la grève de ce mardi, amplifiée par les réquisitions dans les dépôts. Notre analyse.
«Moi, si je veux une augmentation je vais procéder autrement». Ce mardi, Luxen a anticipé. Cet étudiant de 22 ans, en alternance dans l’informatique, a pris un train plus tôt que d’habitude au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), où il vit, histoire de s’éviter des galères dans la jungle des transports parisiens. Le jeune homme devrait s’en tirer avec une quinzaine de minutes de débours seulement, en arrivant au boulot à Bondy (Seine-Saint-Denis). «J’ai l’habitude des transports ici», souffle-t-il. Les revendications sur la hausse des salaires, sur le droit à faire grève, il soutient et comprend «lorsque ça concerne l’essence et les raffineries». Moins lorsqu’il s’agit d’évoquer la généralisation du mouvement : «Moi, si je veux une augmentation je vais procéder autrement, en discuter directement avec mes supérieurs. Là, ça pénalise tout le monde.» Par Romain Métairie
Darmanin «demande aux employeurs de négocier». Bien conscient que «les stations essences ne fonctionnent pas normalement» ce mardi matin, le ministre de l’Intérieur avance sur RTL les deux mêmes réponses que le gouvernement depuis plusieurs jours sur cette crise des carburants : «Il faut qu’on y réponde en ouvrant les stocks stratégiques, ce qu’a fait la Première ministre, et aussi en demandant aux employeurs de négocier. Tous les employeurs ne l’ont pas fait de la même manière. Il faut que ces négociations salariales se terminent le plus vite possible. La Première ministre met largement la pression sur ces employeurs». Darmanin admet toutefois qu’il «ne [peut] pas s’engager» sur une date de sortie de crise.
La macronie en galère Total. Un mois après le début des arrêts de travail dans les raffineries, l’exécutif tente de rattraper le retard pris dans la gestion du conflit sur le carburant. En procédant aux réquisitions, il en est devenu l’un des acteurs. Et le chef de l’Etat guette les autres foyers inflammables : la journée d’action interprofessionnelle prévue ce mardi et, à l’Assemblée, un recours au 49.3 sur le projet de budget imminent. Notre récit.
Malgré les galères de transport, les usagers «soutiennent le mouvement». Il est un peu plus de 7 heures ce mardi matin à la gare du Nord. Ambre est partie aux aurores de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), direction Bures-sur-Yvette (Essonne), mais elle sait déjà qu’elle ne sera pas à l’heure à 8 h 15 pour le travail. En temps normal, cette médiatrice culturelle, 23 ans, met 1 h 15 en guise de trajet. Là, avec seulement 1 train sur 3 prévus pour la journée sur la ligne du RER D, «ça risque d’être plus aux alentours de 2 heures». Malgré tout, Ambre dit «comprendre totalement» le mouvement social de ce mardi, et celui en cours depuis deux semaines dans le secteur pétrolier. Son regard balaie le quai semi-désert, à cette heure très matinale. «Aujourd’hui, ça semble être le seul moyen de faire quelque chose pour obtenir des avancées», estime-t-elle, masque bleu sur le visage, tout en scrutant le tableau d’affichage des trains. Elle se dit «étonnée» que la RATP ne soit pas «assez impliquée» dans cette grève interprofessionnelle. «Est-ce que ce sont les conséquences de la grève de 2019 ?», s’interroge-t-elle. «En tout cas, je soutiens le mouvement». Par Romain Métairie
A la gare du Nord ce mardi matin, Ambre, médiatrice culturelle de 23 ans, vient de Bagnolet et se rend à Bures-sur-Yvette. (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
Demandez le programme. A Paris, la manifestation s’ébranlera à 14 heures de la place d’Italie (XIIIe arrondissement), en direction de la place Vauban (VIIe). Un autre cortège, pour protester contre la réforme des lycées professionnels, défilera du métro Saint-François-Xavier (VIIe) au métro Sèvres-Babylone (VIe-VIIe). La police anticipe respectivement 15 000 et 2 000 personnes pour les deux manifestations dans la capitale, et les autorités s’attendent à voir les «ultrajaunes» et «l’ultragauche» essayer de constituer un cortège devant le carré syndical. Le 29 septembre dernier, entre 13 500 et 40 000 personnes – suivant la police et les organisateurs – avaient battu le pavé parisien pour la précédente journée de manifestation interprofessionnelle.
Parole de grévistes. Certains font grève pour la première fois, d’autres retrouveront ce mardi le bitume qu’ils ont souvent parcouru à l’occasion de précédents mouvements sociaux : Libération donne la parole à six salariés en grève pour réclamer une «augmentation des salaires».
Des cortèges à travers toute la France. Près de 150 points de rassemblement sont prévus en France, selon la CGT, qui organise cette journée avec les syndicats FO, Solidaires et FSU et les organisations de jeunesse Fidl, MNL, Unef et la Vie lycéenne. Les manifestants défileront pour «l’augmentation des salaires et la défense du droit de grève», selon les termes du communiqué intersyndical publié la semaine dernière. La précédente journée de mobilisation interprofessionnelle, le 29 septembre, avait rassemblé 118 500 personnes selon la police (250 000 et 40 000 selon les organisateurs). Le sujet des retraites, sur fond de réforme macronienne, s’était invité dans cette marche pour les salaires. Notre reportage.
Macron met la pression. Coincé dans ce sujet inflammable depuis de longs jours et soucieux de régler les difficultés d’approvisionnement en carburant des Français «le plus vite possible», le président de la République a convoqué ce lundi en fin d’après-midi une réunion à l’Elysée. Possible signe de l’urgence, les ministres ont appris par une annonce de l’AFP un peu plus tôt qu’ils étaient sommés de se rendre au palais, selon le site l’Opinion. «Le président de la République en a appelé à l’esprit de responsabilité de tous et a mis en exergue les conséquences insupportables pour ceux qui souffrent quotidiennement de cette galère», a raconté un participant à cette réunion, sous couvert d’anonymat.
L’état des lieux dans les huit raffineries françaises. La grève dans les raffineries françaises de TotalEnergies a été reconduite sur cinq sites par la CGT lundi tandis que, du côté d’Esso-ExxonMobil, elle a été levée jeudi et vendredi. Libé fait le point sur la situation des raffineries mobilisées.

© Libé 2022
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