Emploi : la grande débrouille des entreprises face au manque de personnel – La Croix

Le taux de chômage est quasi stable au premier trimestre 2022 à 7,3 % (– 0,1 point). De très nombreux secteurs d’activité cherchent à recruter mais ne trouvent pas preneur. Les sociétés doivent parfois adapter leur organisation à cette pénurie, tout en répondant aux nouvelles exigences des salariés.
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Emploi : la grande débrouille des entreprises face au manque de personnel
Pour attirer de nouvelles recrues, la grande distribution essaye d’améliorer les conditions de travail des salariés.
Alain Le Bot/Photononstop
La semaine dernière, un appel téléphonique a priori banal est parvenu au standard de ce supermarché de la Côte d’Azur. Un client expliquait vouloir passer une commande de poissons, et demandait à être mis en contact avec le responsable du rayon. « Mon poissonnier est venu me voir peu après, m’expliquant avoir fait l’objet d’une tentative de débauchage d’un restaurateur », sourit Clément Bourassin, propriétaire de magasins U à Grasse et à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes).
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Portés notamment par la sortie de crise et la reprise de l’activité, les besoins de main-d’œuvre n’ont jamais été aussi importants dans de nombreux secteurs : plus de 3 millions d’embauches pourraient être réalisées en 2022, selon l’enquête annuelle « Besoins de main-d’œuvre » (BMO) réalisée fin 2021 par Pôle emploi.
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Au sommet des métiers les plus demandés, ceux de l’hôtellerie-restauration tiennent toujours la corde, suivis par les agents d’entretien et les professions du soin et de la santé. La construction peine également à recruter. Même les cabinets de consultants crient famine de collaborateurs et de nombreuses entreprises tentent de débusquer des commerciaux.
Force est de s’adapter. « Je suis devenu moi-même une variable d’ajustement en salle ou en cuisine et je fais désormais partie intégrante du planning de service », explique Didier Desert, propriétaire du restaurant L’Ambassade d’Auvergne, à Paris. Dans ses supermarchés, Clément Bourassin compte notamment sur la polyvalence de ses employés. « Cela ouvre la boîte de Pandore des heures supplémentaires », pointe-t-il, ajoutant que la solution n’est que de court terme en raison d’un risque de fatigue des salariés.
Adaptation peut signifier abandon. Malgré des salaires augmentés et de multiples annonces, la conserverie La Quiberonnaise, à Quiberon (Morbihan), aurait besoin du double de ses effectifs. « Du coup, on ne produit pas ce qu’on devrait produire », regrette Théo Mourlin, responsable de production.
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Chez un grand fabricant de pâtes alimentaires, la demande explose mais on explique devoir brider la production. Même désillusion dans le bâtiment. « Beaucoup de nos membres doivent sélectionner davantage leurs chantiers, faute de salariés ou de matériaux », explique Jean-Christophe Repon, électricien dans le Var et président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb).
→ ANALYSE. Emploi : 6 % des recrutements n’aboutissent pas, faute de candidats
Dans la restauration, où 20 % des salariés seraient partis pendant la parenthèse de la crise sanitaire, les horaires s’adaptent. « De nombreux établissements risquent désormais de fonctionner un jour de moins par semaine, dit Laurent Fréchet, président de la branche restauration du Groupement national des indépendants (GNI). Je crains que, avec la saison estivale, l’afflux de clientèle conjugué avec la réduction des effectifs n’oblige beaucoup d’entre eux, comme l’année dernière, à demander aux clients de passer leurs commandes au comptoir faute de personnel de salle. »
L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) a passé une convention avec le ministère du tourisme tunisien pour faire venir 4 000 jeunes cet été sous contrat à durée déterminée. « Ils ont été formés dans leur pays à nos métiers mais manquent de travail chez eux », explique Hubert Jan, président de la branche restauration au syndicat.
Les employeurs font feu de tout bois. « Notre prime de cooptation, versée aux salariés qui nous permettent d’engager un nouveau collaborateur, est passée de 50 à 500 € », raconte Julien Poron, responsable du recrutement et de la mobilité chez le transporteur DHL Express France, où les commerciaux sont devenus une ressource rare.
Face à un besoin de recrutement de 400 postes, la direction diocésaine de l’enseignement catholique de Paris a adressé une lettre à tous les parents d’élèves pour savoir s’ils connaissaient des personnes intéressées. Une démarche inhabituelle qui a porté ses fruits. « En trois jours, nous avons eu 150 contacts », relève Étienne Tercinier, responsable des ressources humaines. Une première réunion d’information a réuni 75 candidats potentiels et 90 autres sont inscrits à une prochaine rencontre.
Dans l’industrie, certaines entreprises élargissent le spectre de leurs recherches sans regarder les diplômes. Dans l’usine Thalès d’Étrelles (Ille-et-Vilaine), où sont fabriquées des cartes électroniques pour les avions Rafale, le CV n’est plus demandé pour les postes de production. Les candidats passent des tests de dextérité et, s’ils sont concluants, un plan de 400 heures de formation interne leur est proposé. Selon l’entreprise, l’opération permet de diversifier les profils et d’accélérer aussi la féminisation, en encourageant les reconversions professionnelles avec, par exemple, l’embauche d’anciennes couturières.
En Savoie, neuf entreprises pourtant concurrentes, de la TPE de quatre employés à la PME de 70 personnes, ont créé la Fab’Académie, un centre de formation soutenu notamment par la banque publique d’investissement et l’Union des industries et métiers de la métallurgie locales.
Partout on diversifie les canaux de recrutement. De nombreux commerces affichent des petites annonces sur leurs vitrines. « Les petites annonces traditionnelles ? On a la quasi-certitude que personne n’y répondra », soupire un responsable de café-restaurant parisien. De nombreux hypermarchés organisent des sessions de « job dating », rencontres informelles entre des candidats et les enseignes. Les réseaux sociaux sont appelés à la rescousse.
Surtout, on dit s’habituer à répondre à de nouvelles exigences : horaires plus souples, questionnements sur les actions en matière de politique sociale ou environnementale, télétravail pour les emplois qui le permettent… « Pour certains postes, nous n’exigeons pas plus d’un jour de présence par mois », assure Marie-Alice Goujard, responsable des ressources humaines chez le consultant Sia Partners. Selon un autre responsable DRH, les seniors « commencent à oser avoir de nombreuses exigences tandis que pour certains jeunes, il ne peut pas en être autrement ».
→ ANALYSE. Conditions de travail, revalorisations… La revanche des petits salaires
Les promesses doivent être tenues. « Il faut prendre le temps d’accueillir les nouveaux salariés lors de leur premier jour, dit par exemple Clément Bourassin, soigner les locaux réservés au personnel, alors que ces réflexes ne sont pas encore ancrés dans la tradition de la grande distribution. » Et gare à ceux qui faillissent. Dans certains métiers, les salariés s’expriment très librement sur des réseaux sociaux sur leurs entreprises, les salaires ou les conditions de travail. Certains sont même devenus des outils essentiels de choix pour les salariés.
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Au premier trimestre 2022, la France comptait 3 192 800 chômeurs de catégorie A (personnes en recherche active n’ayant pas exercé d’activité le mois précédent), soit une baisse de 5 % par rapport à la fin 2021 (1).
3 046 000 embauches pourraient être réalisées en 2022 selon Pôle emploi (+ 12 % par rapport à 2021), dont 54,3 % devraient être des CDI. Néanmoins, 57,9 % des entreprises anticipent des difficultés de recrutement.
6 % des projets de recrutement entamés par les entreprises n’aboutiraient pas, soit l’équivalent de 255 000 à 390 000 emplois. Les raisons invoquées sont multiples : manque de motivation du candidat (67 %), d’expérience (60 %), de compétences (57 %) ou encore insuffisance de la formation (55 %).
Au quatrième trimestre 2021, 350 900 emplois étaient vacants (+ 22 % par rapport au troisième trimestre 2021).

(1) Source : Pôle emploi, Dares (Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques)
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