Emploi-cadre en Occitanie : avec la reprise, un marché à nouveau … – La Tribune Occitanie Montpellier

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Dans le contexte actuel de sortie de crise liée au Covid, l’APEC vient de dévoiler une analyse* de l’attractivité des territoires et des opportunités d’emploi cadre pour chaque région.
En Occitanie, « la dynamique retrouvée de l’emploi-cadre risque désormais d’être impactée par les difficultés de recrutement que rencontrent toutes les entreprises de la région, y compris celles implantées dans des territoires plus attractifs », note l’association dans ses conclusions.
« On est de nouveau face aux tensions qu’on avait avant la crise sanitaire : pour la 1ère fois depuis le début de la crise sanitaire, le volume trimestriel des offres d’emploi-cadre a dépassé celui de 2019, année record pour les recrutements, fait observer Carole Fistahl, déléguée régionale APEC Occitanie. Au 31 décembre 2021, on comptabilisait 37.652 offres d’emploi-cadre en Occitanie, dont 9.065 ouvertes aux jeunes diplômés, soit le même volume qu’en 2019 et la moitié sur la métropole toulousaine… Et sur le seul mois de janvier 2022, les offres dépassent de 23% le niveau de janvier 2020. Ces bonnes orientations devraient amplifier les difficultés de recrutement déjà à l’œuvre, sur un marché de l’emploi-cadre en Occitanie qui n’a jamais cessé d’être en tension. »
Figurant au 4e rang des régions les plus créatrices de richesse, l’Occitanie bénéficie d’un tissu économique diversifié avec notamment des activités à forte valeur ajoutée (aéronautique, spatial, santé, ingénierie, informatique, R&D, etc.), principalement polarisées dans les métropoles toulousaine et montpelliéraine : les 277.700 cadres de la sphère privée qui font de l’Occitanie la 3e région en termes de population cadre (soit un taux d’encadrement de 20%), se concentrent principalement sur la zone d’emploi de Toulouse (51% des cadres) et autour de Montpellier (15%). Les zones d’emploi de Nîmes et de Perpignan drainent, ensemble, 8% de l’emploi-cadre régional.
41 % des cadres sont en poste dans les services à forte valeur ajoutée, une proportion en-deçà de celle observée pour l’ensemble de la France (44%) « qui n’est pas sans conséquence sur la capacité de la région à attirer des cadres, avec une vraie césure entre les grandes agglomérations métropolitaines toulousaine et montpelliéraine d’un côté, et les autres territoires occitans de l’autre », rappelle l’APEC Occitanie.
La récession liée à la crise sanitaire a fortement impacté le tissu économique régional, notamment l’écosystème lié à l’aéronautique, même si la situation économique s’est améliorée en 2021. En 2020, la dynamique des recrutements de cadres s’est enrayée : en Occitanie, ils ont reculé de 29% (15.890 CDI et CDD d’un an et plus, contre 15.890 en 2019), contre 19 % dans l’Hexagone, affectant en premier lieu les jeunes diplômés.
Selon l’APEC Occitanie, les profils recrutés ont concerné en premier lieu les cadres de l’informatique (25%), des études R&D (19%) et ceux de l’exploitation tertiaire (13%).
« Cet épisode récessif intense ne s’est pas accompagné de destructions d’emplois de cadres, ajoute l’APEC. En effet, les sorties (démissions, licenciements et départs à la retraite) ont reculé (- 20 % en 2020). Les cadres, par mesure de précaution, ont remis sine die leur projet de mobilité externe et les entreprises, protégées par l’intervention massive de la puissance publique, ont limité les plans de licenciements massifs. Les acteurs économiques de l’Occitanie ont ainsi créé 2.950 postes de cadres en 2020, contre 5.880 en 2019. La création d’emplois cadres est, toutefois, en baisse de 50%. »
La reprise économique, observée depuis l’été 2021, a déclenché une bonne orientation des offres d’emploi-cadre régionales sur le site apec.fr, avec un volume qui progresse à un rythme plus élevé qu’à l’échelle nationale (+ 62 % vs + 55 % entre le T3 2020 et le T3 2021). Mais certains secteurs, notamment l’industrie, n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’offres d’avant-crise.
« Les compétences pour les métiers à forte expertise technique, que ce soit dans l’informatique (développement, data science, cybersécurité, etc. – NDLR), l’ingénierie R&D ou dans la sphère industrielle, restent difficiles à trouver, même dans les zones urbaines les plus attractives de notre région », souligne la déléguée régionale de l’APEC Occitanie. Les entreprises régionales sont dans l’obligation d’élargir leur recherche à l’échelle nationale, faute d’un vivier de candidatures suffisamment important pour répondre à la demande. »
Dans l’industrie, ce sont notamment les métiers de la maintenance qui souffrent de difficultés de recrutement, l’automatisation et la robotisation croissantes des processus nécessitant de nouvelles compétences que ne détiennent pas toujours les cadres les plus expérimentés.
Parmi les 15 familles de métiers cadres qui concentrent le plus de projets de recrutement, l’indice de difficulté des recrutements prévus en 2021 établi par l’APEC Occitanie se révèle le plus élevé pour « les cadres techniques de la maintenance et de l’environnement », devant « les ingénieurs et cadres d’études, R&D en informatique, chefs de projets informatiques », « les agents immobiliers, syndics », « les ingénieurs du BTP, chefs de chantier et conducteurs de travaux », « les ingénieurs et cadres technico-commerciaux » et « les cadres de l’hôtellerie-restauration ».
Les difficultés des entreprises dans leur process de recrutements de cadres sont diverses, notamment en raison des niveaux d’attractivité des territoires très contrasté entre zones urbaines très peuplées (Toulouse et Montpellier) et bassins à forte vocation rurale (Lozère, Aveyron, Ariège, Lot…).
Dans les territoires hors des zones d’influence toulousaine et montpelliéraine, les entreprises implantées dans des agglomérations urbaines de plus petite taille (Tarbes, Foix, Mende…) souffrent d’un déficit d’attractivité avec des tissus économiques à faible densité et constitués par des activités sectorielles employant peu de cadres.
Sans surprise, Carole Fistahl souligne que « dans les territoires à moindre densité économique, les difficultés sont encore plus prégnantes », les entreprises, et plus particulièrement les PME situées dans des espaces excentrés ou mal desservis, peinant à attirer les candidats.
Ainsi, les acteurs économiques implantés dans les territoires gersois, tarnais ou encore aveyronnais « ont du mal à faire venir et à fidéliser les compétences cadres dont ils ont besoin », les entreprises locales, souvent de petite taille, peinant à être compétitives face aux entreprises toulousaines ou montpelliéraines (de nombreuses grandes entreprises et sièges sociaux) en termes de conditions d’emploi et de rémunération. D’autant que l’exigence salariale des cadres candidats est exacerbée par les tensions sur le marché de l’emploi-cadre.
Autres points faibles de ces territoires ruraux pour attirer les profils cadres, qu’ils soient débutants ou plus expérimentés : un déficit de services (santé, formation, culture…) et un potentiel d’évolution professionnelle moindre.
« Les territoires à forte vocation industrielle (Castres-Mazamet, Bagnols-sur-Cèze ou encore Figeac-Villefranche) éprouvent des difficultés à attirer des cadres de production industrielle mais également ceux des fonctions supports (ressources humaines, comptabilité…) qui vont donner leurs préférences à des entreprises de services implantées dans les grandes agglomérations. Enfin, dans ces territoires peu denses économiquement, la problématique de l’emploi du conjoint est particulièrement saillante et peut constituer un obstacle majeur à la finalisation d’un recrutement. »
Enfin, les entreprises de certaines zones d’emploi rapportent le côté rédhibitoire des navettes domicile-travail longues et chronophages pour beaucoup de candidats potentiels occitans. Un frein que pourrait atténuer la généralisation du télétravail, d’autant que la crise sanitaire pourrait aussi renforcer l’attractivité des territoires ruraux en offrant une alternative aux phénomènes de concentration, de saturation ou de pollution qui caractérisent les grandes métropoles.
Reste que les services à forte valeur ajoutée et à fort taux d’encadrement, les sièges sociaux ou les grands établissements se polarisent encore dans les grands centres urbains…
Comment les entreprises peuvent-elles contourner ces contraintes et attirer les compétences cadres ?
« Les entreprises ouvrent le champ des possibles, et s’affranchissent du mouton à cinq pattes qu’elles cherchent souvent à recruter, indique Carole Fistahl. Elles commencent à s’interroger et à revoir leurs critères d’éligibilité de recrutement. Mais sur les métiers en tension, il faut aussi professionnaliser les pratiques à adopter en matière de recrutement et aller plus loin, en particulier sur les sujets de la marque et de la promesse employeur, de la valorisation de nos territoires et de l’intégration des cadres dans les entreprises (aides au déménagement, solutions de recherche d’emploi pour le conjoint, mesures facilitant l’intégration professionnelle du candidat recruté, NDLR)… L’APEC peut les accompagner sur le sourcing, leur donner des clés de compréhension du marché, les informer sur les questions de rémunération. »
* Cette étude s’appuie sur l’exploitation de données de l’APEC (enquête annuelle 2021 de recrutements de cadres auprès de 8.000 établissements dont 632 en Occitanie, exhaustivité des offres d’emploi cadre publiées sur apec.fr en Occitanie entre le 3e trimestre 2019 et le 3e trimestre 2021), de Pôle emploi (enquête Besoins en main d’œuvre 2021) et de l’INSEE (déclaration sociale nominative 2018 et données conjoncturelles), mais aussi sur les résultats d’entretiens menés auprès de 160 consultants de l’APEC et personnes en charge du recrutement pour leur entreprise (dont 14 en Occitanie).
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