Élisabeth Borne, la Première ministre spécialiste des autoroutes – Reporterre

Politique
Élisabeth Borne sortant de l’Élysée, le 11 mai 2022.
Élisabeth Borne sortant de l’Élysée, le 11 mai 2022.
Durée de lecture : 7 minutes
Emmanuel Macron a nommé à Matignon l’actuelle ministre du Travail, anciennement chargée des Transports et de la Transition écologique. L’écologie sera une de ses priorités, mais son bilan dans le domaine n’est pas convaincant.
Après trois semaines d’attente, Emmanuel Macron a nommé, lundi 16 mai, l’actuelle ministre du Travail, Élisabeth Borne, au poste de Première ministre. Elle est la seconde femme à accéder à cette fonction – avant elle, la socialiste Édith Cresson avait occupé Matignon de 1991 à 1992, sous la présidence de François Mitterrand. En 2017, après son élection, Emmanuel Macron avait déjà avancé l’idée de nommer une autre femme à ce poste… avant de donner le job à Édouard Philippe, puis à Jean Castex (Les Républicains).
Le nom d’Élisabeth Borne circulait dans les couloirs de l’Élysée depuis la réélection du Président de la République. Lors de son premier déplacement, celui-ci avait assuré qu’il nommerait à Matignon « quelqu’un attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive ».
Or Élisabeth Borne « coche toutes les cases », d’après plusieurs proches du chef de l’État. Avant d’être ministre du Travail, de 2020 à 2022, cette haute fonctionnaire de 61 ans a également été en charge des Transports (2017-2019), puis de la Transition écologique (2019-2020). Un parcours important, puisqu’en tant que Première ministre, elle devrait désormais mener la planification écologique, comme l’avait annoncé Emmanuel Macron dans l’entre-deux tours.
Son rapide passage au ministère de l’Écologie n’a pourtant pas marqué les esprits. Élisabeth Borne a surtout acté des projets législatifs initiés avant son arrivée – par ses prédécesseurs Nicolas Hulot et François de Rugy – comme la loi Énergie-climat, la loi d’orientation des mobilités, ou encore la loi contre le gaspillage.
« Grande connaisseuse des dossiers et ouverte au dialogue avec les parties prenantes, elle a pourtant obtenu peu d’avancées mémorables dans le domaine de la lutte contre le changement climatique », a indiqué dans un communiqué de presse le Réseau action climat, après sa nomination à Matignon.
« Que ce soit dans le cadre de la loi d’Orientations des mobilités qui s’est avérée décevante, la loi Climat-énergie où elle a fait reculer de 10 ans le délai accordé à la réduction du nucléaire dans le mix énergétique, ou encore son engagement (vain) à “mettre en œuvre” les 146 mesures [de la Convention citoyenne pour le climat] qui n’ont pas été retoquées par le Président lui-même, Élisabeth Borne n’a pas brillé par des positions fortes et ambitieuses sur l’écologie, écrit de son côté Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France dans un communiqué. Sa nomination n’augure donc guère d’espoir de voir la France opérer sa transition écologique comme l’urgence climatique l’y oblige pourtant. »
Dans un tweet, la députée insoumise Mathilde Panot l’a même qualifiée de « ministre fantôme de l’écologie ». De son côté, l’écologiste Sandrine Rousseau a pointé les échecs de son court mandat : « Non respect de la convention citoyenne sur le climat, maintien de l’avantage fiscal sur l’huile de palme, condamnation par le Conseil d’État sur la pollution de l’air », a-t-elle notamment énuméré sur Twitter.
« Je ne pense pas qu’elle soit écolo, affirmait à Reporterre en 2019, Daniel Ibanez, alors chargé des transports pour les Amis de la Terre. Elle est convaincue des problèmes de climat, mais je ne pense pas qu’elle ait pris la mesure des changements à mener pour y faire face. » Anne Lassman-Trappier, experte mobilité chez France Nature Environnement, estimait toutefois qu’Élisabeth Borne avait « vraiment une compréhension des enjeux écologiques, énergétiques, climatiques, dans le domaine des transports ».
Lorsqu’elle était ministre sur cette question, Élisabeth Borne a fait adopter la réforme de la SNCF en juillet 2018, malgré l’opposition farouche des syndicats de cheminots et trois mois de grève. Une réforme qui a entraîné la transformation de la SNCF en société à capitaux publics, la suppression du statut des cheminots pour les nouveaux arrivants et l’ouverture à la concurrence des lignes TGV et régionales. Une fragilisation de plus pour les petites lignes ferroviaires, déploraient à l’époque les associations écologistes. Mais Élisabeth Borne défend son bilan : « On investit massivement dans le transport ferroviaire, dans les transports du quotidien, on rouvre des petites lignes, on relance les trains de nuit », a-t-elle déclaré en janvier au micro de France Info. Elle a également été présidente de la RATP de 2015 à 2017.
Mais Elisabeth Borne soutient de grands projets inutiles : elle a travaillé un an en 2007 chez Eiffage, constructeur et gestionnaire d’autoroutes. Quand elle était n°2 du cabinet de Ségolène Royal, en 2014 et 2015, elle a oeuvré pour accorder aux sociétés qui opèrent les autoroutes un allongement allant jusqu’à six ans de leurs concessions. Dans le gouvernement de M. Castex, elle a soutenu le projet d’autoroute Toulouse-Castres, qui serait selon elle, rappelle France 3 Régions une « priorité nationale ». Ce projet climaticide est vivement contesté par les écologistes. De même, elle a donné une impulsion décisive à la relance d’une LGV Sud-Ouest qui pourrait détruire 6 000 hectares de terres.
Là où elle s’est démarquée, c’est sur la question du vélo. Le plan vélo, annoncé en 2017, a permis l’aménagement d’itinéraires cyclables, de sas vélo, d’aides financières pour réparer sa bicyclette… « Par rapport à tous les prédécesseurs d’Élisabeth Borne qu’on côtoie depuis 15 ans, c’est la première fois que quelqu’un se saisit réellement du sujet et est à l’écoute », saluait en juillet 2019 Olivier Schneider, président de la Fédération des usagers de la bicyclette – en précisant toutefois que les moyens mis en place restaient insuffisants.
C’est au ministère du Travail, de 2020 à 2022, qu’on se souvient le plus d’elle. Elle a notamment dirigé les réformes controversées des retraites et de l’assurance chômage. Ce qui lui vaut d’être aujourd’hui qualifiée par le député insoumis Jean-Luc Mélenchon de « l’une des figures les plus dures de la maltraitance sociale macroniste ». Élisabeth Borne continue pourtant de se définir comme « une femme de gauche ». Proche du Parti socialiste, elle a également été directrice de cabinet de Ségolène Royal, lorsque celle-ci était ministre de l’Écologie, de 2014 à 2015.
Elle devra désormais s’emparer de la planification écologique. « Les chantiers qui l’attendent sont urgents, d’autant plus dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la montée du prix des énergies et de l’alimentation », a souligné le Réseau action climat. Lors de la passation de pouvoir entre elle et Jean Castex, elle a cité la « situation internationale » et le « défi climatique et écologique » comme ses priorités.
La nomination du gouvernement, et donc des personnalités qui seront chargées de l’épauler à mener la planification écologique et énergétique, devrait se tenir dans la semaine.
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