Economie : à Balaclava, les chercheurs africains plaident pour un développement climato-intelligent – La Tribune Afrique

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« Il nous faut marcher en ordre de bataille face à une guerre climatique qui ne dit pas son nom. Notre continent n’a pas d’autres choix que de renforcer sa résilience ». L’appel est de Renganaden Padayachy, ministre mauricien des Finances, de la Planification économique et du Développement lors de la cérémonie d’ouverture de la 17ème Conférence économique africaine présidée vendredi par le Chef du gouvernement mauricien Pravind Jugnauth. Cet économiste formé à l’école française est aux côtés d’experts venus des quatre coins de l’Afrique pour tenter de répondre au comment d’un développement qui inclut les urgences socio-économiques et climatiques. Co-organisée du 9 au 11 décembre à Balaclava -station balnéaire au Nord de Maurice- par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (UNECA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), cette dix-septième édition a pour thème : « Soutenir un développement sensible aux changements climatiques ».
« Quand j’ai commencé à travailler sur les changements climatiques dans les années 1990, on parlait de probabilité faible, voire incertaine. Aujourd’hui, la probabilité est certaine », fait remarquer le Professeur Kévin Urama, Vice-président de la Banque africaine de développement (BAD) pour la gouvernance économique et économiste en chef par intérim, représentant le président de la Banque Akinwumi Adesina. Ce chercheur émérite formé à l’école britannique et qui a notamment enseigné à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud et à la Murdoch University en Australie présente un autre regard sur les réalités actuelles liées au climat.
« Le changement climatique n’est pas un obstacle au développement, mais une opportunité de croître plus intelligemment, d’utiliser de meilleures technologies et d’être en mesure d’accélérer le développement », affirme-t-il.
Bien que l’Afrique n’émet qu’environ 4% des émissions mondiales de carbone, le continent est la région du monde qui en subit le plus les méfaits dont la sécheresse qui renforce l’insécurité alimentaire, mais aussi les inondations, les cyclones, les ouragans et les marées qui représentent un risque majeur pour la sécurité des personnes et des infrastructures … Les Etats insulaires font aussi face à la montée du niveau de la mer. Celle-ci atteint les 5 à 6 mm par an sur l’île Maurice et sur la façade africaine de la côte atlantique, alors que la moyenne mondiale est de 3 mm. Ici, les craintes sont surtout liées aux incidences sur le tourisme, un des cœurs battant de l’économie avec une contribution au PIB d’environ 25%.
Alors que les 54 pays qui peuplent le continent doivent livrer une course contre la montre afin de rattraper leur retard de développement, concrétiser la démarche en s’industrialisant, en améliorant la qualité de vie des populations, tout en continuant d’émettre le moins de CO2 possible devient une priorité. « Le développement tenant compte du climat est le seul modèle qui permettra de libérer le potentiel du continent africain », soutient Hannan Morsy, Secrétaire exécutive adjointe de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique. Un avis partagé par Ahunna Eziakonwa, directrice régionale pour l’Afrique du PNUD qui relève la « priorité urgente » d’une développement climato-intelligent pour atteindre les objectifs de développement de l’Agenda qui, rappelons-le, poursuit deux agendas : celui des Nations Unies à l’horizon 2030 et celui de l’Union africaine (UA) d’ici 2063.
L’essor de l’agriculture durable, la transformation locale des matières premières et la production des biens et services nécessaires aux quotidiens des populations dont 650 millions sont encore privées d’électricité, sont autant de priorités dans cette course vers l’émergence économique et sociale de l’Afrique. Pour y parvenir, les économistes venus des quatre coins de l’Afrique estiment la question de l’énergie centrale.
AEC Balaclava
Le pays hôte de la conférence fait office d’exemple avec un plan ambitieux de 60% d’énergies renouvelables d’ici 2030, de vulgarisation de véhicules électriques avec une réduction de 10% sur les achats de véhicules électriques par les Mauriciens. Plusieurs autres pays sont également cités pour leurs orientations nationales en matière d’énergie comme l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda ou encore plus au Nord, le Maroc.
Selon les experts, résoudre la question de l’énergie permettra de répondre plusieurs autres défis de développement dont la méticuleuse question des industries…, mais celle du développement du commerce intra et extra-africain, selon Yuvan Beejadhur, Senior Adviser de la directrice général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la nigériane Ngozi Okonjo Iweala. « La part de l’Afrique dans le commerce mondial est encore tellement faible. Le continent ne plus se payer le luxe de parler d’incapacité », défend-t-il, évoquant par ailleurs la méticuleuse question de la logistique commerciale. « Il est parfois plus facile pour un pays africain de commercer avec un pays européen plutôt qu’avec un autre pays africain. Ce n’est pas normal. Il nous faut relever le défi de la logistique pour pouvoir tirer parti de la Zlecaf », martèle-t-il.
La nécessaire mobilisation financière revient également de manière persistante. Car, pour que le continent implémente les stratégies adoptées suite à l’Accord de Paris avec notamment les Contributions déterminées au niveau national et la très récente COP 27 de Charm el-Cheikh en Egypte, les besoins annuels se chiffrent à environ 170 milliards de dollars, selon la BAD. A Maurice, pays abritant une population de 1,5 millions d’habitants, les autorités tablent sur une enveloppe annuelle de 500 millions de dollars.
Professeur Avom Désiré est le doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II au Cameroun. A cette conférence qui est la plus prestigieuse pour les chercheurs économistes africains, il dirige une délégation de plusieurs chercheurs-doctorants qui travaillent sur les questions liées aux changements climatiques. Pour lui, l’accent devrait également davantage porter sur la promotion du savoir africain. « L’Afrique est un continent vierge en matière de recherche. Les chercheurs africains ne représentent que 0,7% des chercheurs dans le monde. Avec ce pourcentage, il sera extrêmement difficile d’envisager un développement autonome, surtout au regard des contraintes qui sont les nôtres dans le contexte actuel », explique Professeur Avom, soulignant la réussite des chercheurs occidentaux dans l’accompagnement de l’essor de leurs nations grâce à l’accompagnement dont ils bénéficient. « Malheureusement en Afrique, les ressources allouées aux projets de recherche sont faibles, pourtant le potentiel en la matière est énorme », regrette qui lance un appel sans équivoque.
« Pour réaliser le développement de notre  continent de manière à répondre aux exigences de l’heure, il faut davantage financer la recherche. Et mon expérience me fait dire que ce ne sont pas les moyens qui manquent, c’est davantage une question de volonté politique. Il faut faire confiance aux chercheurs africains qui connaissent la réalité, qui comprennent le monde dans lequel ils vivent et qui peuvent faire des propositions qui nous permettent d’avancer », estime ce professeur agrégé.
Pour le professeur Urama, l’accroissement des connaissances et des expertises est capital pour faire face aux urgences de développement du continent : « Les changements climatiques induisent d’énormes pertes financières, alors que les pays sont déjà confrontés à des pressions budgétaires. Il faut trouver les voix de transition alignées aux stratégies de développement des pays. Et c’est justement la maîtrise de ces sujets tant en théorie qu’en pratique qui permettra de transformer les défis en opportunités pour le développement de notre continent ».

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