Des pôles unifiés pour amplifier l'innovation française – cnrs.fr

Partie prenante de cinq sites expérimentaux lancés en novembre 2021 par le gouvernement, le CNRS s’investit dans les Pôles universitaires d’innovation, afin de mieux accompagner les découvertes scientifiques vers le monde socio-économique.
« Le CNRS souhaite pleinement contribuer au développement, à l’essor et à l’efficacité des PUI », affirme Jean-Luc Moullet, directeur général délégué à l’innovation du CNRS. Ces Pôles universitaires d’innovation (PUI) visent à démultiplier les retombées économiques et sociales de la recherche, en favorisant l’organisation d’écosystèmes d’innovation efficaces au sein des sites universitaires.
Issus de la Loi de programmation de la recherche de 2020, ces PUI doivent réunir les acteurs de chaque site avec des stratégies d’innovation partagées et des actions coordonnées, afin de fluidifier les relations avec le monde socio-économique du territoire et de rendre plus lisible l’ensemble de l’offre de transfert de connaissances et de technologies – expertise et formation, accès aux plateformes technologiques, partenariat de recherche, propriété intellectuelle, création de start-up, etc.
Mettre les acteurs en synergie
Une action « indispensable » pour Jean-Luc Moullet qui pressent un « large potentiel d’innovation encore sous-exploité » dans les laboratoires publics. Avec chaque année la signature d’un millier de contrats R&D avec des entreprises et la création d’une centaine de start-up, le CNRS a pourtant déjà une forte activité de valorisation de la recherche. L’organisme est aussi le sixième déposant national de brevets et le premier co-déposant public avec des entreprises. Mais « nous devrions pouvoir faire mieux », assure le directeur général, calculant que la moyenne actuelle est d’un contrat par an et d’une création de start-up tous les 10 ans par laboratoire dont le CNRS est une tutelle.
Les PUI pourraient donc aider à améliorer l’efficacité de la détection d’innovations dans les laboratoires et de leur accompagnement vers le monde socio-économique. « Pour limiter les pertes d’énergie, vouloir mettre en synergie les activités de valorisation des acteurs d’un même site n’est pas une idée nouvelle », ajoute le DGDI. Dans la région de Poitiers, le Service Partenariat et Valorisation de la Recherche (SPVR) mutualise ainsi depuis 26 ans les services de valorisation et de partenariat entre l’Université de Poitiers, l’école d’ingénieurs Ensma et le CNRS (voir encadré). 87 % des unités CNRS ont aussi aujourd’hui un mandataire unique pour la valorisation des résultats de recherche.
Au sein d’organismes, d’universités ou d’écoles d’ingénieurs, les Services Partenariat et Valorisation (SPV) sont dédiés à l’amélioration de la valorisation économique de la recherche et des relations entre laboratoires et monde socio-économique, de la détection d’innovations au transfert de technologie en passant par l’accompagnement au montage de projets et la négociation des contrats de recherche. Celui de Poitiers est particulier car il est mutualisé entre le CNRS, l’Ensma4  et l’Université de Poitiers : « nous fonctionnons comme une unité mixte de recherche avec trois tutelles », explique Cédric Lebailly, directeur du SPVR qui, chaque année, détecte une quarantaine d’innovations et accompagne deux à trois prématurations et deux à trois créations de start-up. Le territoire, qui couvre le Limousin et le Poitou-Charentes, comprend aussi 20 laboratoires communs. Les raisons du succès ? « Le SPVR a toujours été mutualisé, depuis sa création il y a 26 ans, ce qui a permis de construire une culture et un mode de fonctionnement communs, en faisant la synthèse entre les différentes logiques d’établissement », témoigne Cédric Lebailly. Mais, au-delà de cet aspect historique « non reproductible », la mutualisation n’est pas une simple mise en commun de bâtiments et d’outils avec des personnels travaillant chacun pour leur employeur : « Notre mutualisation est aboutie : tout le monde travaille pour le bien commun et s’investit pour présenter un guichet unique qui nous permet de mieux accompagner les scientifiques et d’avoir une vue d’ensemble du territoire », estime le directeur. De plus, bien que très différents dans leur organisation et leur périmètre, les trois établissements partagent une stratégie et des objectifs clairement définis dans une feuille de route régulièrement mise à jour. « Il est intéressant de voir que notre mode de fonctionnement, malgré son quart de siècle, pourrait devenir un modèle pour les PUI aujourd’hui. Il est en tout cas plébiscité par les laboratoires ! », s’enthousiasme Cédric Lebailly.
En novembre 2021, le gouvernement a annoncé cinq expérimentations pour le dispositif PUI,  pilotées par Normandie Université, Sorbonne Université et les universités de Clermont-Auvergne, Montpellier et Strasbourg. Chacune avec une histoire et un écosystème particulier, avec ou sans Sociétés d’accélération du transfert de technologies (Satt1 ), avec un système d’innovation déjà largement intégré ou des partenaires commençant à peine à s’organiser de manière unifiée. Ces sites coconstruisent, depuis la fin du premier trimestre 2022, leurs principes de gouvernance et leur stratégie d’action respectifs, sans appliquer un modèle unique.
Si l’université est la coordinatrice naturelle de ces pôles, qui ont une dimension territoriale forte, les écoles d’ingénieur et organismes de recherche sont largement impliqués dans la gouvernance et sur le plan opérationnel. Par exemple, sur chacun des sites, deux ingénieurs-transfert financés par le CNRS contribueront à l’action des PUI (voir encadré). Mais « le PUI ne doit pas se substituer à l’identité de chacun de ses membres », met en garde Jean-Luc Moullet : loin de l’ajout d’une strate supplémentaire, il doit rester une structure opérationnelle de mise en commun de moyens, la priorité étant à la définition d’un plan d’action plutôt qu’à la mise en place d’une communication propre au PUI ou à l’élaboration de cartographies « très rapidement obsolètes ».
Partager les informations
Ces pôles s’appuient sur « trois idées assez naturelles ». D’abord, améliorer le partage et la consolidation de l’information, afin d’obtenir une vision d’ensemble des activités des différents acteurs sur un site donné. « On ne peut prétendre piloter un site sur la thématique d’innovation sans connaître avec précision les actions des partenaires », estime le directeur général. La mise en commun des informations est donc « primordiale ».
Ensuite, il faut éviter les redondances et optimiser la coordination des projets et la prospection de nouvelles innovations. « Les trois mots clés sont : simplification, efficacité et efficience », confirme Pierre Charles Romond, président de la filiale universitaire Clermont Auvergne Innovation (CAI). Celle-ci est l’opérateur principal du PUI Clermont Auvergne, coordonné par l’Université de Clermont-Auvergne et qui couvre l’ensemble du territoire auvergnat. Elle traite déjà, pour le compte du site universitaire, l’ensemble de la chaîne de valorisation, de la création d’entreprise à la maturation, en passant par le transfert des technologies et le développement des partenariats. « Dans un premier temps, les partenaires doivent mettre les choses à plat pour identifier les idées, dispositifs et outils qui fonctionnent et peuvent être mutualisés, déterminer ce que l’on peut améliorer et les difficultés. Dans ce monde très compétitif, il faut par exemple simplifier les strates administratives pour négocier les contrats plus rapidement. L’objectif est de trouver comment mieux travailler ensemble de manière efficace, au service des scientifiques dans les laboratoires et des entrepreneurs. » Ce PUI a aussi choisi de développer des liens plus forts avec les acteurs économiques sous la forme de structures opérationnelles thématiques, comme au sein d’un centre d’excellence sur les matériaux durables de Michelin qui accueille notamment des laboratoires communs avec le CNRS. « Nous souhaitons créer une politique d’innovation ouverte, en créant plus de start-up et en en attirant pour travailler avec les laboratoires. Pour cela, nous devons être davantage présents dans ce type de projets emblématiques qui permettent de créer du lien. », précise Pierre Charles Romond.
En accord avec son Contrat d’objectifs et de performance, le CNRS a engagé une politique de recrutement de 100 ingénieurs « transferts » sur trois ans. Leur mission : aller au-devant des entreprises pour comprendre leurs besoins et leur présenter les compétences des laboratoires, avec pour objectif de tisser des liens et d’augmenter in fine le nombre de contrats signés entre les laboratoires et les entreprises de toute taille. Ils apporteront ainsi une dimension nouvelle de « business developer » dans l’écosystème CNRS. Recrutés et financés par l’organisme, ces ingénieurs pourront contribuer au développement sur le territoire des PUI, chacun en recevant deux, explique Jean-Luc Moullet : « nous espérons que cela aura un effet levier, incitant les autres partenaires à financer d’autres ingénieurs pour multiplier les forces et mieux explorer et exploiter les opportunités du territoire de manière coordonnée ».
Enfin, la troisième idée pour les PUI est de s’engager dans la voie, assez inexplorée jusqu’à présent, du « business development ». Pour Jean-Luc Moullet, « au CNRS, les délégations régionales de valorisation et de partenariat font un excellent travail pour identifier les innovations et les amener jusqu’aux industriels qui se sont manifestés. Mais nous pouvons améliorer notre capacité de développement en nous projetant davantage vers le tissu industriel local pour présenter les résultats et les compétences des laboratoires, mais aussi pour entendre les besoins des entreprises et initier un dialogue constructif avec elles ».
Aller davantage au-devant des entreprises
Cette communication vers le monde économique régional, PME et grandes entreprises, est au cœur de la stratégie proposée par le PUI Alsace. Historiquement le plus intégré et piloté par l’Université de Strasbourg, ce PUI rassemble aussi l’Université de Haute-Alsace et deux écoles d’ingénieurs, l’Insa Strasbourg et l’ENGEES2 , ainsi que les organismes de recherche impliqués dans les laboratoires comme le CNRS. Les partenaires disposent déjà d’une continuité de dispositifs accompagnant les innovations du laboratoire à la start-up : la SATT Conectus possède le mandat de gestion de toute la propriété intellectuelle sur le site et gère les contrats industriels pour tous les partenaires sauf le CNRS, les partenaires ont des relations étroites avec l’unique incubateur de la région (le Semia), les pôles de compétitivité comme BioValley France (60 % de l’innovation alsacienne porte sur le domaine de la santé), ainsi que la structure d’innovation de la collectivité régionale Grand E-Nov+. L’Université de Strasbourg, le CNRS et l’Inserm ont également mis en place des délégations de gestion complètes de leurs unités mixtes de recherche, avec un mandataire unique, depuis une dizaine d’années. Restent trois défis : simplifier les processus de coordination, mieux détecter les innovations et acculturer les scientifiques à l’innovation en renforçant la présence dans les laboratoires de manière coordonnée entre les tutelles, et construire des relations plus étroites avec les industriels. « Pour les scientifiques et les entreprises, il importe peu de savoir quel organisme de recherche ou université tutelle est l’interlocuteur pour l’innovation, tant que la compétence est présente. Le PUI doit être un facilitateur bénéfique pour ces deux bouts de la chaîne, avec une organisation interne si fluide qu’elle en devient invisible. », témoigne Michel de Mathelin, vice-président « Relations avec le monde socio-économique et valorisation » de l’Université de Strasbourg. « Le PUI renforce aussi les liens entre universités et organismes de recherche puisque les interactions deviennent plus continues », se félicite le professeur, également directeur du Laboratoire des sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie3 .
Il faudra cependant « mesurer l’efficacité du dispositif, s’interroger sur les moyens mis à disposition et l’utilisation de ces moyens », prévient Jean-Luc Moullet. « Tous les acteurs sont investis d’une même mission au service de la valorisation. Nous devons travailler ensemble de manière coordonnée et transparente », conclut-il.
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