De « Starmania » à « Andor », faut-il réinventer les dystopies ? – 20 Minutes

Culture Les œuvres pessimistes nous rendent-elles plus heureux ?
noir c’est noir De nombreux récits de fictions – spectacles, séries ou films – présentent des sociétés totalitaires et écocides pour nous alerter sur nos comportements et les dérives de nos sociétés bien réelles
« Quand viendra l’an 2000, on aura 40 ans ! Si on ne vit pas maintenant, demain il sera trop tard ! » Forcément, certaines répliques ont un peu vieilli… Pour autant la nouvelle mise en scène de Starmania actuellement à l’affiche, après deux ans de report pour cause de pandémie, est affreusement d’actualité. Pourquoi affreusement ? Parce que Starmania, c’est affreux.
A la sortie de la Seine musicale, les spectateurs du spectacle sont sous le choc. « Je ne me souvenais pas de cette violence », explique Nathalie, venue avec sa fille de 14 ans. Léa, fan des chansons de Starmania et de Balavoine en particulier est toute retournée : « Le personnage de Johnny est très dur, c’est difficile de l’aimer. Et puis c’est si triste… »
« En 1979, Starmania, c’était une dystopie, une projection pessimiste de notre humanité dans le futur, explique Thomas Jolly, metteur en scène du spectacle. Aujourd’hui, la réalité a rattrapé la fiction. Plamondon a été prophétique. Il y a plein de choses stupéfiantes dans ses textes : la question du genre, de l’écologie, de la montée des nationalismes, du terrorisme… Quelque part, Starmania a prévu les attentats 11-septembre puisqu’elle se termine sur la destruction de la plus haute tour de l’Occident… » Plus généralement, Starmania 2022 parlera au cœur de la génération désenchantée post-Covid, avec une chanson sur deux qui évoque le désespoir, la perte de sens et les pensées suicidaires.
La mise en scène de Thomas Jolly s’appuie, bien sûr, sur les chansons originales qui sont, pour la plupart des tubes, mais aussi sur des lumières tranchantes, des contrastes angoissants avec des personnages au visage dans l’ombre. La tour de Zéro Janvier et les costumes reprennent aussi des codes des dystopies récentes telles que Hunger Games ou Squid Game.
En cela, Starmania colle parfaitement à la définition de la dystopie que nous donne Jean-Pierre Andrevon, auteur de romans de science-fiction et de l’Anthologie des dystopies : « La question que posent les dystopies, c’est “qu’est-ce qu’on choisit comme société”. Les pires dystopies sont celles qui sont vaillamment acceptées par celles et ceux qui la vivent sans s’en rendre compte. Aujourd’hui, le danger c’est l’emballement climatique, l’épuisement des ressources, la pollution… Les méchants d’une dystopie d’aujourd’hui, ce serait des climatosceptiques. »
Mais il n’y a pas que sur la scène de la Seine musicale que le genre dystopique est remis au goût du jour. Sur Disney+, la série Andor place l’univers Star Wars sur ce créneau. Régime totalitaire déshumanisant (avec des costumes impériaux dignes d’un III Reich SF), destruction des écosystèmes et des cultures autochtones, corruption des élites… et résistance héroïquement désespérée.
Sur une autre plateforme, Hulu, c’est la saison 5 de The Handmaid’s Tales qui vient de s’achever. La série, et le livre de Margaret Atwood dont elle est tirée, dépeigne une société victime d’une épidémie qui met les femmes en esclavage pour assurer la survie de l’espèce humaine. Une dystopie à succès qui a relancé le genre. Mais qui pose aussi la question de l’intérêt du genre
« Il y a actuellement un débat dans le milieu de l’imaginaire, constate Betty Piccioli, autrice et directrice littéraire du festival l’Ouest hurlant. Est-ce qu’on n’est pas trop dans le pessimisme permanent dans nos fictions ? Est-ce qu’on ne ferait pas mieux d’écrire des utopies ? En tant qu’auteurs, n’a-t-on pas une responsabilité de montrer autre chose ? »

Joachim Thôme, auteur du jeu Les tribus du vent, abonde dans le même sens : « Il me semble qu’il y a une jouissance malsaine à imaginer le pire, la catastrophe, et à la raconter. Pourquoi un récit de science-fiction serait forcément négatif, sombre et violent. Dans mon jeu, j’ai voulu imaginer un récit inspirant. L’idée de reconstruction ou de construction m’intéresse plus que l’idée d’effondrement. »
Si dans Les tribus du vent, les joueurs doivent, en tribu et donc en coopération, reconstruire un monde meilleur, plus coloré et centré sur la préservation de la nature, le jeu est un peu seul dans son créneau. De nombreuses œuvres dystopiques décrivent des sociétés aliénantes et leur effondrement. « Il y a un désir de voir disparaître la société qui nous fait souffrir, constate Joachim Thôme. Mais pour plusieurs générations ça va être l’horreur cet effondrement. »
Pourquoi, alors, ne pas se projeter sur l’après, ou mieux, sur des récits de réparation. « Il y a un aspect technique difficile à contourner : pour écrire une histoire, on a besoin de conflit, constate Betty Piccioli. C’est plus facile d’écrire une histoire où tout va mal que quand tout va bien… Mais on peut le faire en sortant de la fascination pour le malheur. »
D’autant que ce malheur a tendance à frapper toujours les mêmes… Dans Starmania, ce sont les personnes féminines qui meurent (Cristal est assassinée, Stella se suicide, Marie-Jeanne est condamnée au malheur…). « Dans les dystopies, et le genre de l’imaginaire en général, les personnages féminins sont souvent les plus mal traitées, constate Betty Piccioli. C’est comme si, pour devenir un personnage intéressant, une femme devait forcément souffrir et affronter des traumas spécifiques à son genre. C’est quelque chose dont je parle beaucoup avec d’autres autrices. Si on choisit de faire souffrir nos personnages féminins, au moins faisons-le de façon moins sexiste. »
The Handmaid’s Tales a ainsi été accusée de se complaire dans le spectacle de la souffrance des femmes. Mais les dystopies actuelles ou plus anciennes connaissent d’autres angles morts : la situation des personnes racisées, la question du handicap, l’homophobie… Pour rester dans le coup (d’après), les dystopies doivent imaginer le pire pour toutes et tous.
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